‹ Le syllabusChapitre 17 sur 32 · Ouvr. cit · texte numérisé non relu

Ouvr. cit

l’église et les libertés

Heureusement le Pape n’avait pas le goût de ces défaites honteuses. Voici ce qu’il en pense: « Quant à ceux qui, séduits par l’erreur ou entraînés par la crainte, voudraient donner des conseils favorables aux désirs des injustes perturbateurs de la société civile, il est nécessaire, surtout aujourd’hui, qu’ils soient persuadés que ces perturbateurs ne seront jamais satisfaits, tant qu’ils n’auront pas vu renverser tout principe d’autorité, tout frein de religion, toute règle de droit et de justice. Déjà, pour le malheur de la société civile, ces hommes pervers ont réussi, par leurs discours et leurs écrits, à pervertir les intelligences, à affaiblir le sens moral et à ôter l’horreur de l’injustice. » Ce n’était que trop vrai en 1831. Mais cette décomposition des âmes a fait depuis des progrès effrayants. Les peuples ont eu besoin d’une extraordinaire capacité de résistance pour se conserver.

Cette intransigeance de Pie IX provenait de la notion qu’il avait du devoir. Sa connaissance des situations et des hommes, sa prudence et la fermeté de son bon sens l’aidèrent à ne jamais s’en départir. C’est par ce moyen qu’il a maintenu saufs les droits et l’honneur de la Sainte Église Romaine et qu’il a rendu possibles les réactions futures.

J’arrive à l’Encyclique Quanta Cura du 8 décembre 1864. C’est le réquisitoire le plus fort qui ait été dressé contre la Déclaration des droits de l’Homme et le droit moderne, qui en découle. Il aboutit aux condamnations autorisées, sous lesquelles s’effondrent et se dissipent les erreurs que l’on trouve dans les assises de notre société. Le langage du Souverain Pontife est ferme; sa doctrine l’est encore plus. Cette fermeté provient des choses elles-mêmes et des dangers qu’elles font courir aux hommes.

Pie IX rappelle d’abord l’opposition constante de ses prédécesseurs « aux coupables machinations de ces méchants, qui, déchaînant leurs désordres, comme les flots d’une mer en furie, et promettant la liberté, alors qu’ils sont esclaves de la corruption, se sont efforcés par des maximes trompeuses et par de pernicieux écrits, d’arracher les fondements de l’ordre religieux et de l’ordre social, de faire disparaître du monde toute vertu et toute justice, de dépraver les cœurs et les esprits, de soustraire à la règle des mœurs les imprudents et surtout la jeunesse inexpérimentée ( L ). »

Il s’est appliqué lui-même à continuer cette œuvre d’assainissement moral: «Nous avons condamné les monstrueuses opinions, qui dominent surtout aujourd’hui, au grand malheur des âmes et au détriment de la société civile elle-même, et qui, sources de presque toutes les autres erreurs, ne sont pas seulement la ruine de l’Église catholique, de ses salutaires doctrines et de ses droits sacrés, mais encore de l'éternelle loi naturelle, gravée par Dieu même dans tous les cœurs, et de la droite raison. » N’oublions point que ces erreurs, contre lesquelles sévit le Pontife Romain, sont justement celles que l’Action Française combat au nom de la raison et de l’intérêt national.

Mais cette condamnation des erreurs-mères est insuffisante. Il faut en rechercher les applications diverses et s’en prendre à « d’autres opinions sorties des mêmes erreurs comme de leurs sources. » On les propage de tous côtés au moyen de livres, de revues, de journaux, de discours. Elles tendent à entraver d’abord, puis à supprimer l’autorité de l’Église auprès des individus et devant l’opinion publique. Ceux qui les élaborent et les répandent veu-

Page 1