Les actes pontificaux
lent « faire cesser cette mutuelle alliance et concorde du Sacerdoce et de l’Empire, qui a toujours été utile à la religion et à la société. »
Le Pape doit s’opposer au progrès de ces fausses doctrines. C’est dans ses attributions. « L’intérêt de l’Église catholique, le salut des âmes... enlin le bien même de la société humaine le demandent impérieusement. » Il ne pourrait suffire à la tâche, s’il était seul. Les évêques sont invités par lui à cette guerre sainte. L’erreur est partout; il faut partout dresser contre elle la vérité.
Toutes ces erreurs proviennent du naturalisme. On désigne sous ce nom le système philosophique imaginé au dix-huitième siècle, d’après lequel l’homme serait à lui-même sa propre fin. Il en serait ainsi de l’État. C’est, en réalité, une amputation de la nature.
Par le fait, les idées répandues sous le couvert de ce naturalisme n’ont rien à voir avec la nature et la raison. Celte nature, tant prônée à cette école, n’est qu’un Dieu laïcisé. On l’arrache au cadre des choses pour l’exhausser dans le domaine des mythes à la place du Créateur, que l’on a, au préalable, déclarée vacante.
Les théoriciens de ce Dieu-nature ont émis un certain nombre d’aphorismes, dont ils se font des dogmes. Il ne saurait y avoir idées plus contraires aux vérités que l’Église catholique enseigne. Elles se repoussent forcément, dès qu’on cherche à les rapprocher. Cette horreur mutuelle fait songer à la répugnance naturelle de la lumière pour la nuit. Elles s’excluent. Il en est toujours ainsi du faux et du vrai.
Voici l’un de ces axiomes. Pie IX le déclare absurde et impie: « Le perfectionnement des gouvernements, et le progrès civil exigent que la société humaine soit constituée et gouvernée, sans plus tenir
compte de la religion que si elle n’existait pas, ou du moins sans faire la moindre distinction entre la vraie et les fausses. » C’est le contraire de cette énormité qui est vrai.
L’État a si peu de raison de traiter ainsi l’Église qu’il lui doit la reconnaissance officielle et la protection. Le Pape le déclare en flétrissant, comme elle le mérite, cette affirmaion erronée: « Le meilleur gouvernement est celui où on ne reconnaît pas au pouvoir l’obligation de réprimer par des peines légales les violations de la loi catholique, si ce n’est lorsque la tranquillité publique le demande. »
Pie IX rappelle ce que Grégoire XVI a écrit de la liberté de conscience et il ajoute: « En soutenant ces affirmations téméraires, ils ne pensent ni ne considèrent qu’ils prêchent la liberté de la perdition et que, s’il est toujours permis aux opinions humaines de tout contester, il ne manquera jamais d’hommes qui oseront résister à la vérité et mettre leur confiance dans le verbiage de la sagesse humaine, vanité très nuisible que la loi et la sagesse chrétienne doivent soigneusement éviter. »
L’Église veille sur son monopole de la vérité religieuse avec un soin extrême. Cela peut paraître insupportable. Mais qu’y faire? Cette prétention est un fait et elle s’impose comme un droit. Il n’y a qu’à en prendre son parti.
Pour qui est capable de réfléchir, la société civile bénéficie de cette attitude sévère. Pie IX en donne une preuve, qui a reçu des événements sa sanction. Lorsque un pays est devenu irréligieux, lorsque ses habitants ont rejeté toute doctrine surnaturelle, « la vraie notion même de la justice et du droit humain s’obscurcit et se perd, et la force matérielle
l’église et, les libertés
prend la place de la vraie justice et du droit légitime. »
Il en résulte une perversion inévitable de l’esprit public, lequel s’aveugle au point de déifier le peuple. On ne prononce pas les mots de Peuple-Dieu, mais c’est tout comme. On proclame, sans sourciller, que « la volonté du Peuple manifestée par ce qu’ils appellent l’opinion publique ou d’une autre manière, constitue la loi suprême, indépendante de tout droit humain et divin, et que, dans l’ordre politique, les faits accomplis, par cela même qu’ils sont accomplis, ont force de droit. »
Le langage du Pape est celui du bon sens. L’erreur, qu’il rejette avec tant d’énergie, est cette Démocratie qui ronge la France et que l’Action Française dénonce sans relâche comme un danger national.
Les théoriciens fanatiques de la liberté s’en prennent aux ordres religieux. Ils leur dénient toute raison d’être. Cela s’explique avec l’idée qu’ils se font de la société. A les croire, elle n’aurait d’autre but que la conquête des richesses et la satisfaction des plaisirs. Ils ramènent tout à un matérialisme grossier.
Le passé, déclarent-ils, ne donne aucun droit, qui s’impose au respect du présent. Cela leur permet de faire abstraction des services rendus pendant des siècles à la société et à la civilisation par les religieux de tous ordres. L’Église se voit refusé, au nom des mêmes principes, le droit d’exercer la charité chrétienne.
Ils abolissent la loi du repos dominical. Rien de ce qui a une origine ecclésiastique ne trouve grâce à leurs yeux.
Dans le système politique et social imaginé par ces prétendus sages, la direction de l’opinion publique appartient à l’État ou à ceux qui le représentent. L’Église ne peut être, dans ces conditions, qu’une rivale gênante. Il faut, à tous prix, s’en 'débarrasser.
L’ordre national qu’ils cherchent à établir s’en charge. Son simple fonctionnement suffit pour exclure des institutions et du pays lui-même le Catholicisme. Il n’a sa place nulle part. L’exclusion se fait d’ellemême.
Le motif qui contraint l’Église de sortir l’empêchera de rentrer. La chose est si claire que toute explication devient inutile.
Le souci de mettre l’Église hors de l’État jette un gouvernement dans tous les excès de l’Étatisme: aucune de ses conséquences, même les plus absurdes, ne lui sera épargnée. Il lui faudra goûter du collectivisme social.
Ces misérables destructeurs de la société chrétienne savent ce qu’ils veulent et ce qu’ils font. La méthode qu’ils suivent est rationnelle. Ils arriveront à leur fin avec le moins d’efforts possible. Ils n’ont qu’à s’emparer de l’enfance et de la jeunesse pour l’éducation. Voilà pourquoi ils réclament pour l’État le monopole complet ou déguisé de renseignement, au détriment de la famille et de ses droits.
« La société domestique ou la famille emprunte toute sa raison d’être au droit purement civil; et, en conséquence, de la loi civile découlent et dépendent tous les droits des parents sur les enfants, et, avant tout, le droit d’instruction et d’éducation. »
Pie IX réprouve cette prétention inacceptable. II dénonce le parti que les ennemis de l’Église espèrent en tirer. « Tous ceux qui ont entrepris de bouleverser l’ordre religieux et l'ordre social et d’anéantir toutes les lois divines et humaines ont, toujours et avant tout, employé leurs conseils, leur activité et leurs efforts à tromper et à dépraver la jeunesse, parce que, comme nous l’avons indiqué plus haut, ils mettent toute leur espérance dans la corruption des jeunes générations. »