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I.’ÉGLISE et les libertés

Ils ne font pas à l'Église une guerre ouverte. Ce serait de leur part une maladresse. Mieux vaut, pensent-ils, la déconsidérer en la personne de ses ministres. Voilà pourquoi ils présentent d’ordinaire le clergé comme « l’ennemi des lumières, de la civilisation et du progrès. »

Ils s’en prennent aux institutions ecclésiastiques l’une après l’autre. En attendant leur élimination définitive, ils les réduisent à un état de sujétion inacceptable. C’est ce qui explique le crédit qu’ils accordent aux théoriciens du Gallicanisme et à leurs prétentions périmées.

Ils transfèrent à l’État l’administration et la propriété réelle du domaine ecclésiastique; le clergé n’a rien à y voir.

La constitution même de l’Église, l’autorité du Souverain Pontife, l’indépendance de la société religieuse, sont l’objet d’attaques haineuses sans cesse renouvelées. Pie IX énumère une série d’erreurs sorties de cette préoccupation. Il lui suffit de les signaler pour que des catholiques, soucieux de leur dignité, les aient en aversion.

« Il en est d’aulres, écrit-il, qui, renouvelant les erreurs funestes, et tant de fois condamnées des novateurs, ont l’insigne audace de dire que la suprême autorité donnée à l’Église et à ce Siège Apostolique par Notre-Seigneur Jésus-Christ est soumise au jugement de l’autorité civile et de nier tous les droits de cette même Église et de ce même Siège à l’égard de l’ordre extérieur. En effet, ils ne rougissent pas d’affirmer que les lois de l’Église n’obligent pas en conscience, à moins qu’elles ne soient promulguées par le pouvoir civil; — que les actes et décrets des Pontifes Romains relatifs à la religion et à l’Église ont besoin de la sanction et de l’approbation, ou, tout au moins, de l’assentiment du pouvoir civil ; — que les constitutions apostoliques, portant con-

damnation des Sociétés Secrètes, soit qu’on y exige ou non le serment de garder le secret, et frappant d’anathèmes leurs adeptes et leurs fauteurs, n’ont aucune force dans les pays où le gouvernement civil tolère ces sortes d’association; — que l’excommunication portée par le Concile de Trente et les Pontifes romains contre les envahisseurs et les usurpateurs des droits et des puissances de l’Église repose sur une confusion de Tordre spirituel et de l’ordre civil et politique, et n’a pour but qu’un intérêt terrestre; — que l’Église ne doit rien décréter qui puisse lier la conscience des fidèles relativement à l’usage des biens temporels ; — que l’Église n’a pas le droit de réprimer par des peines temporelles la violation de ses lois; — qu’il est conforme aux principes de la théologie et du droit public de conférer et de maintenir au gouvernement civil la propriété des biens possédés par l’Église, par les congrégations religieuses et par les autres lieux pies. »

« Ils n’ont pas honte de professer hautement et publiquement les axiomes et les principes des hérétiques, source de mille erreurs et de funestes maximes. Ils répètent, en effet, « que la Puissance ecclésiastique n’est pas, de droit divin, distincte et indépendante de la puissance civile, et que cette distinction et cette indépendance ne peuvent exister, sans que l’Église envahisse et usurpe les droits essentiels de la puissance civile. »

Il y a dans cette encyclique autre chose que des mots. Pie IX a posé un grand acte, qui, du reste, n’est pas isolé. Il tient de la manière la plus intime à l’attitude que le Saint-Siège a prise et qu’il conserve en présence de Tordre politique et social connu sous

l’église et les libertés

le nom général de société moderne. Mais cette attitude ne s’était jamais affirmée avec autant de force.

Les circonstances ne permettaient pas d’agir autrement. La révolution très bourgeoise avait toutes les bonnes fortunes. Partout elle était au pouvoir. Elle avait, pour la pousser et la soutenir, une élite intellectuelle. Son triomphe semblait définitif ; c’était l’opinion générale. Il ne manquait pas de catholiques éminents pour le croire et s’en accommoder. Ils voulaient que l’Église, tout en sauvegardant son honneur et en ménageant des susceptibilités légitimes, en prît elle-même son parti.

Aux violateurs du droit et aux distributeurs de conseils pacifiques, le Souverain Pontife oppose simplement une affirmation de la vérité et du droit. Les libéraux s’acharnaient dans leurs négations; le Pape devait couvrir de son affirmation leurs cris.

Pour agir de la sorte, il faut plus que du courage. L^ne intelligence, douée d’une intuition pénétrante, est indispensable. Pie IX possédait cette intelligence et ce courage. Il voyait mieux et plus loin que ses contradicteurs. Nous commençons à en faire l’expérience.

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