SEPTIÈME LEÇON
LA LIBERTÉ DES CULTES
Libre Pensée. — La pensée et la société. — Les vérités et les institutions. — La situation faite à l’Eglise. — La propriété ecclésiastique. — Distinction et union des pouvoirs. Le privilège de l’Eglise. — Judaïsme et Protestantisme. — L’incroyance. — Droits politiques et droits religieux. — L’Eglise militante.
Les faux systèmes philosophiques, dont il a été question, favorisent le développement de la Libre Pensée. Ils n’en sont, au reste, que la conséquence. Ce vice des esprits contemporains a fait des progrès tels qu’il s’est imposé à l’État. L’État lui-même en est atteint. On ne s’écarterait guère de la vérité, si l’on définissait la situation philosophique de la France, l’union de la Libre Pensée et de l’État. C’est juste le contraire de cette union de l’Église et de l’État que nous réclamons. Les privilèges dont l’Église jouissait autrefois sont pour le moment dévolus à la Libre Pensée et à ses partisans. C’est le triomphe du Naturalisme en politique.
Le mot Libre Pensée a cours chez nous, de préférence à tout autre. Les équivoques, pour lesquelles il semble fait, expliquent son succès. Cette Libre Pensée cependant est absurde. Elle ne résiste pas à l’analyse. C’est une idée de confusions, si même on peut l’appeler une idée.
Le public s’arrête à l’adjectif « libre », sans se demander à quoi il s’accroche ou ce qu’il signifie. Comme on lui a fait contracter l’habitude de prendre au sérieux tous les systèmes, affectant une mise en
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œuvre intellectuelle, morale ou politique de la liberté, il se tient pour satisfait en remarquant dans ce terme complexe de Libre Pensée les syllabes racines de son mot favori. Il ne distingue pas les sens variés de cet accouplement de termes, et il se jette sur l’un quand il croit s’emparer d’un autre.
Il y a une libre pensée réelle. Mais le respect de la langue française exigerait une transposition de ces termes, lorsqu’on veut s’en servir pour l’exprimer. 11 faudrait alors parler de la pensée libre et non de la libre pensée. Ces distinctions, malgré leur importance, échappent au vulgaire. On pourrait encore dire la liberté de penser, ou la liberté de la pensée, à la condition d’expliquer ces formules.
La faculté de penser, dont l’homme jouit fonctionne librement. Elle est indépendante de toute contrainte extérieure. Aucune force n’est capable de lui imposer une direction. Son travail s’effectue dans un sanctuaire intime que les puissances politiques ne sauraient violer. L’homme s’y trouve bien chez lui. Il est son maître absolu et il assume la responsabilité de sa pensée. Quand il en est autrement, l’homme n’a pas la pleine jouissance de ses facultés. C’est un être amoindri. Voilà donc une liberté de la pensée acceptable.
Il ne faudrait point se hâter de conclure qu’un homme a le droit de s’arrêter à toute pensée qui lui plaît. Il a le devoir de penser juste, c’est-à-dire de penser la vérité, en conformant sa pensée à l’être ou au fait qui en est l’objet. L’ignorance naturelle où il gît l’expose à des méprises. Ses facultés peuvent ne pas bien fonctionner; ses intérêts mal compris, ses passions, d’autres circonstances encore deviennent pour lui des causes incessantes d’illusions. Les individus, en se rapprochant dans le but de se faire l’existence moins laborieuse, augmentent les
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risques d’erreurs. Leurs ignorances s’accrochent et se multiplient, tout comme leurs passions.
Une société civilisée fournit à ses membres les moyens de remédier à cette faiblesse. L’enfant reçoit une éducation et une instruction, qui rompent ses facultés à un exercice normal. Il se forme à penser juste et à distinguer une erreur d’une vérité. Les résultats des expériences qui l’ont précédé lui sont transmis. Chacun bénéficie, de la sorte, du travail de tous.
On sait à quels signes reconnaître le faux. On arrive à pouvoir douter avec prudence et à sentir devant sa raison des zones infranchissables. Les concours et le secours ne manquent pas à une intelligence humaine. Les écoles mettent ceux qui les fréquentent à même de s’en servir. Tous n’ont malheureusement pas cet avantage. La foule connaît si peu de chose et elle sait si mal ce qu elle connaît qu’elle sort à peine d’une ignorance primitive. Elle attend de la société les idées toutes faites.
Cet homme, qui pense librement, n’a pas le droit de penser ce qui est faux. Alors il penserait ce qui n’existe point et sa pensée serait une erreur. Or cette erreur est un mal. L’homme est donc en danger continuel de commettre ce mal.
Que faire pour l’éviter? Il ne doit pas renoncer à X usage de sa pensée. Il pense lui-même. Mais il lui est possible de trouver des pensées types sur lesquelles régler la sienne. Elles lui présenteront les fruits de longues expériences et des garanties vérifiées contre l’erreur. Ces pensées-types résultent de l’accumulation de pensées multiples, les unes antérieures, les autres contemporaines, les unes et les autres identiques. Elles se conservent pour se
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propager dans des institutions dont le nombre est en raison de ces types intellectuels. Ceux-ci correspondent aux divers besoins des esprits et à l’ordre qui règne dans les idées.
Ces institutions sont, dans une société, au premier rang des autorités. L’Église est en tête. Sa compétence se manifeste en tout oe qui touche à la religion. Ses jugements, en pareille matière, ont force de loi; tout catholique est obligé de les recevoir, comme la fidèle expression de la vérité. Il n’éprouve aucune peine à penser en conséquence. Sa soumission est intelligente. Sa pensée fonctionne librement. Elle va saisir la vérité religieuse où elle se trouve. La pensée religieuse reste donc libre.
Celui qui pense faux ou, ce qui revient au même, qui pense mal, pense librement ; mais il abuse de sa liberté. Ce peut être l’effet de son ignorance, d’une incapacité ou d’une faiblesse quelconque. Dans tous les cas, il pense une chose qu’il n’a pas le droit de penser. Ce mal n’est pas forcément un péché. Mais, dès qu’il s’agit de vérités religieuses, le péché devient facile à commettre.
Aussi longtemps que la pensée reste intime et personnelle, la société n’a pas à s’en occuper. Cela se comprend; elle lui échappe II n'en est plus ainsi, lorsque la pensée est mise en circulation. La société a prise sur elle. Il peut lui en advenir du bien ou du mal. La manifestation de certaines erreurs constitue un danger public; parfois elle porte un grave préjudice à des individus ou à des collectivités. Son intervention, en pareil cas, est de rigueur.
Certaines idées sont criminelles, parce que leur manifestation provoque au crime. C’est le cas de certaines théories anarchistes et socialistes. Car, à force de répéter que la propriété est une injustice, on invite les hommes au vol. L’antipatriotisme phi-
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losophique et le malthusianisme méritent cette qualification sévère. Je pourrais en citer beaucoup d’autres, sans m’arrêter aux doctrines subversives de toute idée religieuse. Il en est qui constituent un danger moins grave, réel cependant. Nous savons par expérience que ce danger n’est pas chimérique. Il y a donc de nombreux délits d’idée.
Eh bien! les citoyens n’ont pas le droit de commettre la faute intérieure de cette pensée mauvaise et encore moins le délit par lequel on la manifeste au dehors. La société, pour la conservation de la paix et de l’ordre, doit pouvoir réprimer ces délits, remédier à leurs conséquences et prévenir leur retour. Faute de quoi, le monde retomberait dans l’anarchie.
La vérité est un trésor, que la société ne peut laisser ni gaspiller ni altérer. Il suffit d’une lueur de bon sens pour le reconnaître. Mais le libre penseur est incapable de saisir l’importance de cet axiome de conservation sociale. C’est un effet de son individualisme, auquel il sacrifie, sans hésiter, les exigences de la saine raison. Il ramène tout à sa notion fausse de l’individu, qu’il déclare indépendant et bon, comme tout fidèle disciple de J. -J. Rousseau.
Cet individu a la prérogative de vouloir et faire spontanément le bien. La somme de ces biens, pensées ou actes, produit dans un pays déterminé la pensée commune et la vie sociale. Les alliages et les opérations s’effectuent dans les heurts et les conflits. L’État impose à force de lois, de décrets et par d’autres procédés encore, ces résultats tumultueux, dans lesquels on devrait avoir la volonté générale. Cet amalgame des pensées individuelles aboutit, par une lente élaboration, à un panthéisme politique et humanitaire. La masse ne s’en doute point; mais les gens avisés n’ont pas l’ombre d’un doute. La Libre Pensée ne peut guère être qu’une étape
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pour qui va de la foi religieuse perdue à un nouveau panthéisme.
Les hommes ont besoin de la vérité, ou, pour parler avec plus d’exactitude, ils ont besoin de nombreuses vérités. La société doit les mettre à leur disposition et, dans ce but, provoquer leur culture et leur essor. Elle a, par un travail parallèle, à combattre l’erreur et à gêner ses développements.
Je dis que tel est le rôle de la société; mais je ne parle point de l’Etat. Car ce n’est pas dans ses attributions naturelles. Le Créateur ne le charge point d’alimenter d’idées les intelligences des citoyens. On ne saurait lui permettre cependant de s’en désintéresser. Car il a' besoin, lui aussi, de savoir certaines vérités pour éclairer son gouvernement. Comment pourrait-il contribuer à leur progrès, sans les connaître ?
On ne lui demande pas de disposer autour des vérités religieuses ou scientifiques des baïonnettes et des canons ou de lancer toujours son procureur et la maréchaussée à la poursuite des contrevenants. Ces interventions officielles, parfois nécessaires, seraient souvent inutiles, pour ne pas dire dangereuses. Je ne répéterai pas ce qui a été dit de l’art de gouverner.'
Tous les devoirs ne sauraient incomber à l’État ou, ce qui revient au même, au Roi. Ceux qui le prétendent font une confusion de pouvoirs. Il importe donc de se rendre un compte exact des fonctions de chacun dans une société et des responsabilités qui en sont la conséquence.
Rappelons d’abord que les vérités, dont un pays a besoin, sont multiples. On les classerait aisément d’après les fonctions auxquelles elles se rattachent.
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II y a des vérités médicales, des vérités juridiques, des vérités administratives, des vérités militaires, des vérités industrielles, des vérités historiques, philosophiques, etc.,, etc. Il y a surtout des vérités morales et des vérités religieuses.
Je ne songe pas, dans cette énumération, à mettre sur un pied d’égalité les vérités religieuses et les vérités industrielles ou autres. Mais, bien que d’ordres très différents, ce sont des vérités. Ce caractère commun permet de les considérer dans une étroite union. Elles servent toutes de fondementsi à des droits, dont on ne saurait les isoler.
Ces vérités et ces droits se rapportent, comme il vient d’être dit, à des fonctions publiques, lesquelles réclament, pour s’exercer utilement, des institutions. Quelques-unes de ces institutions s’attachent d’une manière spéciale à la recherche et à la transmission des vérités, dont la fonction correspondante ne peut se passer. Ce sont, dans un pays, autant d’autorités sociales, appelées à lui rendre des services importants.
Ces institutions ne créent pas les vérités. Elles les discernent, elles les signalent, elles les dégagent de toute erreur, elles les enseignent, elles travaillent à les cultiver scientifiquement, elles dénoncent les contrefaçons, elles dirigent les applications; en un mot, elles s’acquittent de toutes les charges qu’entraîne le service de la vérité.
Le simple fait de la fonction prédispose à la confiance. La durée du service et la valeur des résultats obtenus font de ce sentiment un devoir impérieux et facile. Alors les décisions, qui en émanent; sont acceptées presque spontanément des intéressés, et le public leur accorde volontiers le respect dont elles sont dignes. Tout cela est pris au sérieux.
Une coutume s’établit, à laquelle l’opinion acquiesce. L’État considère le fonctionnement de ce service public, qui l’intéresse à un haut degré. Il le
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l’église et les libertés
favorise dans 1 a mesure de ses moyens, sans en assumer la responsabilité.
A côté de l’État et distinct de lui, il s est ainsi formé un pouvoir public intellectuel. Il ne fait pas la loi; il fait certaines idées nécessaires à la nation. Celle-ci les reçoit en toute confiance. Ceux qui détiennent cette puissance s’en rendent dignes par leur travail. Ils veillent sans cesse au progrès de la vérité. Ils recrutent et ils forment des disciples, qui seront leurs émules, en attendant de continuer leur action bienfaisante.
Ces institutions sont pour un pays un bienfait inappréciable. Une déchéance, amenée par la faute de ceux qui en assurent le succès, serait un désastre. L’État alors devrait intervenir et conjurer ou, tout au moins, réparer ce malheur.
La France garde quelques-unes de ces institutions: c’est l’État-major, l lnstitut, le Parlement et d’autres, qui ont une importance moindre. C’est l’Église, bien qu’on l’ait jetée hors la loi.
A combien d’entraves ne sont-elles pas soumises? Elles n’ont pas la place qui leur est due. L’État cherche de mille façons à leur imposer son influence directe. On le croirait jaloux de celle qu’on leur reconnaît.
L’histoire nationale pourrait fournir les traits d’un tableau représentant une France fortement constituée avec ces organes de la transmission des vérités. Ne nous y arrêtons pas. Mieux vaut s'en tenir au plan de la monarchie française tel que nos Princes nous l’ont esquissé. U Enquête sur la monarchie , de Maurras, les Jalons de route , de M. de la Tour du Pin et tout l’ensemble de notre littérature politique permettent d’en préciser les contours et la distribution.
Nous avons alors, distribués autour du souverain, un corps législatif, une magistrature, une armée,
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des corps savants, que sais-je encore? nous avons l'Église. Ce sont autant de majestueuses autorités, auxquelles sont liés les plus importants services publics. Elles se soutiennent mutuellement. Le prestige de l’une rejaillit sur l’autre. L’édifice national s’appuie sur elles comme sur des colonnes inébranlables. Elles occupent leur place. Elles remplissent leur rôle. Nul ne les conteste. Rien ne prouve mieux la sagesse et la force constitutionnelle d’un peuple chez qui les choses vont de la sorte. La vie publique s’écoule paisible. Chacun est heureux d’en vivre sa part.
Ce coin du monde n’est cependant pas transformé en paradis terrestre. L’ignorance et l’erreur n ont point disparu. 11 y aura toujours des hommes pervers, disposés à exploiter l’une et l’autre. Mais l’ordre règne, l’équilibre s’établit. La liberté de la pensée est protégée contre les écarts, sans le moindre despotisme intellectuel ou moral. Le pays est en paix et en bon sens. Que peut-on obtenir de mieux sur terre?
Quel pourrait être, dans une construction politique édifiée sur ce plan, le statut propre ou le privilège, privata le: r, au sens étymologique du mot, de l’Église catholique? Ce qui a été dit jDrécédemment, le fait prévoir. L’État la laisse exister dans le pays et fonctionner telle qu’elle est, avec sa constitution monarchique, ses institutions diverses, sa doctrine, son culte et sa coutume. Aucune autre attitude de sa part ne serait possible. Ses tentatives, s’il lui prenait fantaisie d’en poser, soulèveraient des résistances, contre lesquelles il ne pourrait rien. Aussi ne se les permettrait-il pas.
Voyez l’Église, avec le Pape à sa tête. C’est un
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souverain. Le Roi le reconnaît pour tel. Dès son avènement, il lui envoie son ambassadeur et il agrée le nonce apostolique. Le Souverain Pontife et le Roi de France peuvent désormais se causer. Car les souverains ne traitent que par le moyen de la diplomatie. Ce qu’ils arrêtent d’un commun accord, oblige et l’Église et la France.
On ne peut prononcer les mots & Église nationale ; ils sont inadmissibles. Ils éveillent dans l’esprit l’idée d’une unité spéciale, par conséquent distincte de la grande unité catholique. On risquerait de croire au retour de l’Église gallicane. Laissons ce concept et ce vocable séparatistes dans le silence de l’histoire, et parlons seulement des Églises de la France. Celles-là existent. Il y en; a autant que de diocèses; les deux termes sont synonymes. Leur existence et leur fonctionnement distinct au sein de la grande unité catholique sont de droit.
Les diocèses forment en France les unités ecclésiastiques auxquelles l’État accorde, avec la reconnaissance légale la personnalité civile L’évêque, nommé par le Pape et en communion avec lui, représente le diocèse aux yeux du Roi et devant les pouvoirs publics.
Les nombreuses unités dont se compose le diocèse jouissent des mêmes libertés. Elles sont reconnues, parce qu’elles existent. Chacune d’elles reste dans la situation que le droit ecclésiastique lui assigne. L’autorité directe de l’évêque ne souffre d aucune gêne dans l’administration générale de son Église. Cependant ses séminaires, petits ou grands, ses collèges, ses paroisses, ses confréries, ses communautés religieuses, ses écoles, ses asiles, ses œuvres diverses ont, sous sa dépendance, une existence presque déterminée par leur fin, leurs traditions, les volontés des bienfaiteurs et les nécessités locales. Tout cela résulte d’une adaptation aux
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temps et aux milieux. IL est impossible à l’État de s’en occuper, pour cette raison fort simple, cela ne le regarde pas. L’Église, avec son gouvernement, son droit et ses ressources, suffit à la tâche.
Certaines institutions plus importantes fonctionnent en marge des organisations diocésaines proprement dites. Ce sont, en particulier, les ordres religieux exempts et les universités. Ces établissements et leur personnel sont placés sous la juridiction immédiate du Souverain Pontife. Ce qui leur crée une situation exceptionnelle dans le diocèse où ils existent. Leurs privilèges seront toujours respectés. Car c’est leur droit; l’État le constate et, s’il y a lieu, le protège. Mais il n’a jamais à se départir, pour exercer cette protection, de son rôle coutumier en ce qui concerne les corporations ou les grands corps sociaux. Ces établissements ecclésiastiques se voient appliquer le droit corporatif. Ils n’en réclament pas davantage, puisque la jouissance de leur droit propre se trouve par là garantie suffisamment.
Rien ne s’oppose à la tenue des assemblées, qui ont eu dans le gouvernement de l’Église une place considérable. Les chapitres généraux des ordres religieux, les synodes diocésains et les conciles provinciaux peuvent se réunir aussi souvent que le droit l’exige. L’État n’a rien à y faire ni à y voir. Les évêques et les théologiens ont toute facilité de se rendre aux conciles œcuméniques. Le va-et-vient des prélats, des prêtres et des fidèles entre Rome et la France n’est soumis à aucun contrôle.
Je ne vois guère un souverain, dans une nation ainsi constituée, éprouvant le besoin de se mêler de toutes ces questions exclusivement religieuses. Elles n’ont aucun intérêt pour lui. Dans tous les cas, s’il tombait dans cette faiblesse, les hommes d’Église auraient moyen de faire respecter leur autonomie.
Voilà pourquoi il importe de leur assurer une in-
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dépendance financière. Car on est toujours plus ou moins le serviteur de celui qui paie.
L’évêque recrute son clergé et il le gouverne; avec sa coopération, il gouverne et il administre son diocèse sous le contrôle de son métropolitain et de la Cour Romaine. Tl faut pourvoir aux charges de cette administration comme aux frais du culte. Les Églises possédaient dans l’ancienne France tout ce qu’il fallait pour cela.
Afin de subvenir à une détresse nationale, le clergé fit un abandon généreux de ses biens. La nation les aliéna. Elle s’était engagée à servir en échange une rente aux évêques et aux curés. Les gouvernements qui se sont succédé depuis lors ont régulièrement acquitté cette dette. Il a fallu attendre la République pour assister à la suppression du budget des cultes. La République refuse ainsi de payer une dette de la France. Ce refus ne peut tenir lieu d’une suppression. La dette subsiste toujours. Elle doit être soldée. Le Pape et le Roi verront dans quelles conditions. Cela les regarde. Mais on peut dès aujourd’hui exprimer le désir qu’on ne l’assimile point dans la pratique au traitement des fonctionnaires.
On le faisait depuis la suppression de la propriété ecclésiastique. La Séparation de l’Église et de l’État a modifié cette situation humiliante et fausse pour le clergé. Il sera nécessaire, dès le lendemain d’une restauration politique, d’acquitter la dette nationale. On le fera sagement en l’inscrivant au grand livre. La somme convenue sera versée tous les ans aux évêques du Royaume. Un bureau nommé par eux se chargerait d’en faire une répartition équitable entre les diocèses. Les curés et autres bénéficiers re-
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cevraient directement de l’administration diocésaine la part qui leur revient.
On ne pourrait limiter à cette somme les ressources de l’Église. Elle a besoin de beaucoup plus. Ce n’est pas l’État qui doit le lui fournir. Une longue expérience a montré que les catholiques ne sont jamais en retard avec elle. Ils lui donnent largement de quoi pourvoir à l’entretien de ses ministres et de ses œuvres. Il n’y aurait donc qu’à lui reconnaître la faculté de posséder et de recevoir des dons. On verrait bientôt se constituer autour des évêchés, des établissements diocésains et des maisons religieuses une propriété suffisante.
Je me borne à ces indications sommaires, me réservant d’étudier plus à fond, l’aimée prochaine, les rapports de l’Église et de 1 État. J’ai fait assez ressortir, il me semble, l’harmonie naturelle qui existe entre les droits de l’Église dans les sociétés et le régime corporatif inscrit au programme de notre monarchie nationale. Ce régime ne supprimerait pas les occasions de conflit entre les deux pouvoirs spirituel et temporel ; ils auraient, du moins, la possibilité de les résoudre à l’amiable, sans les laisser dégénérer en guerre civile ou politique.
Une objection est à prévoir. Le clergé aurait, en somme, mie situation tellement privilégiée que des empiètements seraient à craindre. Un régime qui Lui concéderait ces avantages serait vite absorbé par lui.
Je m’empresse de dire que cette absorption serait plus funeste à l’Église qu’à l’État. Cette théocratie serait pour elle un recul. Au reste, la société civile ne la permettrait pas. Elle me paraît suffisamment armée pour avoir le dessus. Il importerait donc de
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prendre des mesures capables d’écarler tout conflit en pareille matière. Il est aisé de voir comment ils débutent; on ne sait jamais où ils finissent. C’est ce qui démontre la nécessité des concordats et l'importance des relations entre la Cour de Rome et le Souverain. Le Roi et le Pape seraient aisément d’accord pour maintenir le clergé dans l’exercice de ses fonctions. Ils y sont également intéressés.
Ces craintes sont assez répandues en France. C’est pour ce motif qu’il a paru nécessaire d’en dire un mot. Les souvenirs vagues du Moyen-Age et de l’Ancien-Régime, qu’exploitent des hommes mal informés ou d’une bonne foi douteuse, les entretiennent dans les esprits. Ils espèrent créer ainsi autour de l'idée du pouvoir chrétien des nuées de préjugés, capables de rendre son retour impossible, à force d’impopularité. Les réflexions faites sur ce sujet dans une leçon précédente facilitent, je pense, la mise au point des faits et des choses. Il n’y a donc pas lieu d’y revenir^
On ne saurait assez remarquer les avantages que l'Église retirerait de cette organisation corporative de la France. Elle se trouverait naturellement à l’abri de ces ingérences de l’État, dont le Saint- Siège ne s’est jamais accommodé. Il est facile, en suivant une à une les propositions du Syllabus qui s’y rapportent, d’énumérer les libertés précieuses dont elle devrait ainsi bénéficier.
Elle est libre, comme il sied à une société vraie et parfaite; elle jouit de ses droits propres et constants; le pouvoir civil n’a eu ni à les définir, ni à les déterminer ( Proposition 19).
La puissance ecclésiastique, c’est-à-dire le Pape, les évêques et leurs auxiliaires, n’a pas besoin, pour exercer son autorité, de l’assentiment du gouvernement civil (Prop. 20).
L’Église n’est pas confinée dans le domaine des
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choses spirituelles; elle a un pouvoir temporel direct ou indirect (Prop. 2b, 25), qui s'exerce dans des conditions normales pour le service de la religion et le bien du pays. Le droit d’acquérir el de posséder lui est pratiquement reconnu (Prop. 26).
Les actes du Saint-Siège n’ont pas besoin du plaeet gouvernemental (Prop. 28, 29).
Les immunités ecclésiastiques redeviennent possibles. Le Pape et le Roi verront celles qu’il est sage de maintenir ou plutôt de rétablir, car il n’en reste aucune. (Prop. 30, 32). Les tribunaux ecclésiasti-
ques pour les procès des clercs pourront être reconnus, tout comme les tribunaux professionnels. Le jugement d’un citoyen par ses pairs, irréalisable dans un État individualiste, est chose toute naturelle avec un régime corporatif (Prop. 31).
La puissance civile n’a rien à voir dans l’administration des choses sacrées, puisque en vertu de la constitution nationale, elle laisse l’administration des intérêts du pays aux intéressés eux-mêmes (Prop. bl, bb). Tout conflit en pareille matière, se termine nécessairement en faveur du pouvoir religieux qui doit être maître chez lui (Prop. b2, 5b).
Les évêques, dans leurs rapports avec le Souverain Pontife, et dans le gouvernement de leurs diocèses respectifs, sont dans une complète indépendance à l’endroit du pouvoir civil (Prop. 50, 51, 5b).
Les ordres religieux et les autres institutions ecclésiastiques ont les droits inhérents aux associations ; la loi commune les protège dans leur existence et dans leurs fonctions (Prop. 53).
Le Roi, pas plus que l’État, ne prétend à aucune supériorité sur le Pape et les évêques en matières ecclésiastiques. C’est de toute évidence (Prop. 5b).
Un tel régime n’a rien de commun avec la Séparation de l’Église et de l’État. Il consacre leur union et leur indépendance naturelles (Prop. 55). L’accord
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se fait sur les bases fermes du droit corporatif, non sur les bases mouvantes du droit individuel.
Ceux qui ont lu et relu les écrits de nos Princes savent qu’ils ne heurtent en aucune façon ces droits de l’Église. Il faut ne les avoir jamais feuilletés pour affirmer le contraire. J’en dirai autant de la magistrale enquête de Charles Maurras sur la Monarchie»
Depuis quelques années, les représentants de la doctrine royaliste parlent et écrivent beaucoup. L’Action française est devenue une tribune, du haut de laquelle on enseigne constamment. Cette reconnaissance des droits de l’Église s’y fait avec tant d’éclat et d’unanimité que nos adversaires en sont réduits à épiloguer sur la sincérité de ces déclarations, sur les idées philosophiques et religieuses personnelles à l’un ou à l’autre, sur les inconvénients d’une collaboration d’incroyants et de catholiques. Cette insistance, mise à faire dévier l’examen d’une question pourtant fort simple, témoigne, plus qu’on ne le croirait de prime abord, en faveur de la politique religieuse professée à Y Action française.
Cette condition, faite à l’Église dans une France reconstituée corporative ment, est exactement celle que ses théologiens réclament pour elle, en raison de son monopole de la vérité religieuse.
Elle est la seule religion véritable. Ce qui lui vaut sur toutes les autres la prééminence absolue. C’est le privilège incommunicable de la vérité et du droit Il y a là autre chose qu’une supériorité. L’Église est unique. Toute comparaison est avec elle impossible et inutile. L’Église n’est pas seulement unique en vérité et en droit; elle l’est aussi en fait, et en fait politique. L’État ne lui donne rien ; il se borne à reconnaître la constitution forte avec une hiérarchie précise qui la mettent complètement à part.
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Elle possède seule, en effet, parmi toutes les religions, une constitution et une hiérarchie, qui lui assurent tous les avantages d’une vie sociale et politique au grand jour. Car elle est une société parfaite. Les autres cultes n’ont rien de pareil; ils ne sauraient même pas y prétendre.
Qu’on réfléchisse un instant aux prérogatives historiques de l’Église, et elle apparaîtra comme une institution nationale, dont le rôle s’impose dans le passé et dans le présent. Ce fait s’ajoute au précédent pour fortifier encore son privilège et, s’il en était besoin, le légitimer politiquement.
L’égalité de traitement entre lÉglise catholique et les autres confessions religieuses est donc inadmissible. Les gouvernements, qui se sont succédé en France depuis le Concordat de Napoléon fer, ont tous eu le tort d’oublier ce point de droit. Ils se sont permis d’étendre au Protestantisme et au Judaïsme quelques-unes des faveurs stipulées dans le Concordat. C’était anormal.
Il n’y a jamais eu de Concordat entre le gouvernement français et le Protestantisme ou le Judaïsme. Les ministres de ces cultes recevaient néanmoins les mêmes égards et honoraires que les membres du Clergé catholique. Ces cultes dépendaient d’une même administration publique, le ministère ou la. direction des cultes. Les auteurs de la loi de Séparation voulurent maintenir cette égalité au moyen de leurs associations cultuelles. Les Protestants et les Juifs s’en sont accommodés. Les Catholiques, suivant les ordres formels du Souverain Pontife, ont refusé d’en tenir compte.
Le Pape Pie IX rappelle les enseignements de l’Église en cette matière, lorsqu’il condamne, dans la proposition 77e du Syllabus , l’erreur excluant le privilège du catholicisme. Il y est dit: « A notre époque, il n’est plus utile que la religion catholique soit
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considérée comme l’unique religion de lÉtat, à l’exclusion de tous les autres cultes. » Les catholiques auront satisfaction entière sur ce point. Cela ressort de notre exposé avec une évidence telle que toute insistance serait oiseuse. La religion se trouvera bien être en fait, ce qu’elle est en droit, l’unique religion de l’État, à l’exclusion du Protestantisme et du Judaïsme. Cette situation rendrait inutile un ministère ou une direction des cultes.
Quelle sera la condition des autres confessions religieuses? Il faut, pour répondre à celte question, sortir du droit abstrait et se mettre en face de chaque culte. On s’exposerait, sans cela, à des confusions inextricables. Ces cultes ne se ressemblent point et leur condition ne peut être fixée qu’en raison de ce qu’ils peuvent être. Là encore, l’égalité est une chimère. Chacun a son statut propre.
Il y avait, en France, outre le Catholicisme, trois cultes reconnus: le Protestantisme, le Judaïsme e*t l’Islamisme. Ce dernier n’existe qu’en Algérie et dans quelques colonies. Cela le met dans une situation tout à fait à part. On le prend comme un fait d’intérêt colonial. Il serait imprudent de l’ignorer ovi de le combattre ouvertement.
L’État est tenu de seconder, dans la mesure où il le peut, les conquêtes apostoliques de nos missionnaires qui, à tout prendre, sont les meilleurs ouvriers de la pénétration nationale. Il lui est, par ailleurs, permis de favoriser telles organisations cultuelles, qui lui ijermettront d’exercer sur les musulmans un contrôle politique et de garder leurs ministres religieux sous sa dépendance. C’est le seul moyen de prévenir les insurrections, qui trouvent un prétexte facile dans une guerre sainte.
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La situation religieuse des Juifs est prévue dans la 78e proposition du Sijllabus : « Aussi, c’est avec raison que, dans quelques pays catholiques, la loi a pourvu à ce que les étrangers, qui viennent s’y établir, y jouissent de l’exercice de leurs cultes particuliers. »
Les Juifs sont des étrangers, voilà ce qu’il importe de reconnaître, et ce sont des étrangers d’ une catégorie spéciale. Ils existent à l’état de race dispersée, maintenue grâce à son statut familial et religieux, et sans existence nationale. Les autres étrangers, Allemands, Anglais, Turcs ou Chinois, appartiennent à une nation, avec laquelle la France entretient des rapports Elle a chez nous une représentation diplomatique. Aussi ses sujets conservent-ils sur notre territoire quelque chose de leur nationalité, par où l’État
Français les surveille et se protège. Tl n’en est pas ainsi des Juifs.
La nation juive n’existe pas. Ce qui assure à un Juif, dans tous les pays où il s’installe, une situation exceptionnelle. C’est toujours un étranger; il le reste même après sa naturalisationy/La loi de la race est plus forte que celle du jnilieu, pour le sémite
et, en particulier, pour l’Israélite. Il a une sou-
plesse qui le fait entrer nârtout. Partout où il est et où il vit, il s’insinue ey 11 cherche à dissocier. On ne peut l’en empêchent C’est le caractère de sa race. /
Son défaut de /nationalité rend très difficile la résistance à sa pénétration. Il prétend devenir le citoyen du pays où il naît, où il campe. Comme il n’appartient à aucune nation, les pouvoirs publics sont sans défiance et ils favorisent son instinct. Dès qu’il est installé politiquement quelque part, avec les simples droits du citoyen, il a vite fait de conquérir en divisant pour régner.
Ce que Charles Maurras a écrit sur celte question
l’église et les libertés
juive est l’exacte vérité. II réclame pour ce peuple un statut propre, rédigé en connaissance de ce qu’il est, de ce qu’il peut, de ce qu’il fait. C’est indispensable. Les Français ne seront chez eux qu’à ce prix. La situation du culte israélite se trouve ainsi réglée. C’est un culte d’étrangers et, par conséquent, un culte particulier n’ayant aucun droit à l’exercice public. Les Juifs pourront l’exercer dans leurs habitations privées, comme bon leur semblera. L’Ëtaf l’ignore.
Le cas des protestants n’est pas le même. Ce sont des Français. Les propositions 77e et 79 e nous mettent sur la voie d’une solution qui puisse leur convenir. Leur culte ne peut être une religion de l’Ëtat; il n’a pas les droits du culte catholique à “une liberté civile complète. Son organisation intérieure ne comporte pas, au reste, une telle liberté. Sa hiérarchie, qui est très flottante, n’a rien de commun avec celle de l’Église catholique.
Les protestants sont rebelles à toute unité doctrinale. Leurs communautés forment une démocratie religieuse. Chacun se fait son christianisme avec les Écritures et le concours personnel de l’ Esprit-Saint. Ce système favorise la liberté individuelle ; mais il prive la religion de la force que donne une puissante constitution. Aussi le Protestantisme, malgré ses efforts, ne parvient-il pas à s’ériger en grande société religieuse.
En considérant les choses de près, on s’aperçoit que le Protestantisme est multiple; si multiple qu’on a envie de dire: Il n’y a pas de Protestantisme,, il n’y a que des protestants. Ses confessions varient avec les symboles, qui changent eux-mêmes avec les maîtres et les pasteurs.
Les protestants n’ont qu’à organiser entre eux et avec leurs ministres l’exercice de leur culte, tel qu’ils le conçoivent. Le simple droit corporatif et
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les lois sur les associations leur en fournissent les moyens. L’État leur en laisse la liberté. Il n’a pas à leur interdire l’exercice public de leur culte, à moins que ses manifestations extérieures ne deviennent une injure à l’adresse de l'Église catholique ou une occasion de graves désordres. Les associations cultuelles ou autres fondées par les Protestants dans un but religieux auront comme toutes les associations le droit de posséder et de s’administrer elles-mêmes Conformément à leurs statuts. Il n’est pas besoin de les soumettre à un régime d’exception.
Les honoraires que leurs ministres recevaient, à titre gracieux du gouvernement français, ne peuvent être assimilés à la rente servie aux membres du clergé catholique; ils n’avaient fait à l’État l’abandon d’aucun bien. Le Roi n’aurait donc rien à leur restituer.
Le culte des protestants étrangers peut bénéficier d’une large tolérance, mais ils ne sont pas autorisés à faire un prosélytisme public. Le respect dû à l’Église catholique et l’intérêt national bien compris sont d’accord pour l’exiger. On sait au profit de quelle politique rivale se font les missions protestantes sur les côtes de la Manche ou de l’Océan Atlantique et dans les provinces de l’Ouest. Cette propagande religieuse et étrangère devrait être surveillée de plus près encore dans toutes les colonies.
Le Catholicisme et le Protestantisme sont loin d'absorber la totalité des Français. Le nombre des incroyants ou infidèles est considérable et il augmente d’année en année. Beaucoup n’ont reçu aucune initiation religieuse. Ce sont de vrais païens. On les compte par milliers à Paris et dans certaines villes. Des organisations habilement instituées y fonction-
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rient pour empêcher les familles de faire baptiser les enfants.
D’autres, — c’est le plus grand nombre — ont perdu la foi et toute pratique religieuse, après avoir reçu une première formation chrétienne. Chez quelques-uns, cet oubli des vérités religieuses est momentané. Pour la plupart, il risque, sous l’action du milieu, de durer autant que la vie. On ne leur découvre aucune hostilité contre l’Église; ce sont les victimes de l’indifférence.
Les apostasies proprement dites sont nombreuses. Il n’y a pas d’illusion à se faire. La haine, qui les provoque, dégénère en anticléricalisme farouche. Les apostats ne portent pas le nom qu’ils méritent. On doit le regretter. Ils seraient moins dangereux, parce que mieux connus. On les traiterait en conséquence. Nous ne les distinguons pas assez de la foule des indifférents, pour lesquels l’Église use d’une confiante miséricorde.
Ceux-ci lui appartiennent plus qu’ils ne le se figurent. Un Catholicisme rudimentaire et inconscient persiste en eux, malgré des apparences contraires. On les reconnaît à leur langage et à leurs habitudes. Leur éloignement de la religion n’a rien qui équivale à une rupture. C’est un effet malheureux de l’anticléricalisme politique et de l’indifférence intellectuelle qui, par l’école, la presse et toutes les machines à faire l’opinion, ont envahi une grande partie de la France. Mais cette invasion reste superficielle. Si les circonstances politiques venaient à changer, leurs idées prendraient aussitôt une orientation différente. Voyons donc en eux, sous une forte couche d’infidélité, de très pauvres fidèles. Et laissons-les tranquilles. Us ne constitueront point un embarras.
On ne peut en dire autant des apostats et des in-
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croyants sur lesquels leur domination s’exerce. Ils forment les cadres robustes de l’anticléricalisme.
Quelle sera leur situation religieuse? Nulle, puisqu’ils se vantent de n’avoir aucune religion.
L’Église n’a qu’à les convertir, si elle peut. Mais elle fera bien de rester avec eux sur le pied de guerre. Leurs dispositions intérieures et toute leur attitude lui en font un devoir.
Ces hommes ne prétendent pas former d’associations religieuses. Par contre, on les voit se constituer en sociétés d’incroyance. Or, quoique cela semble extraordinaire, les sociétés d’incroyance ressemblent aux associations religieuses. Leur but est identique; c’est la religion. Les uns y vont comme à un bien, dont leurs membres veulent profiter; les autres y tendent comme à un mal pour le faire disparaître. Les premières sont bonnes, elles ont droit à l’existence; les secondes sont mauvaises, elles n’ont aucun droit.
Les sociétés d’incroyance sont absurdes. Elles répondent à une organisation du néant. L’incroyance est bien, en effet, un néant. Elle n’a aucun droit à exister, puisqu’elle n’existe pas. Par conséquent, il est impossible de l’organiser.
Cependant, il y a des associations d’incroyants, qui se sont fait de leur incroyance une religion. Cette religion n’est autre que l’anticléricalisme, avec des dogmes négatifs, une contrefaçon de morale, en attendant les rites d’une liturgie en l’honneur du Dieu-Homme, que chacun prétend être.
Les mots incroyance, libre-pensée, anticléricalisme, couvrent mal le but de ces associations, qui est la guerre organisée contre l'Église catholique. Ce sont des sociétés secrètes ou occultes; elles affectent une fin utile, elles en poursuivent une nuisible.
La Franc-Maçonnerie est le type le plus connu de ces sectes anti-catholiques. Elle s’est introduite en
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France. La démocratie républicaine, qui en a beaucoup profité, lui a permis de faire des progrès considérables. Elle a conquis le gouvernement; elle inspire sa politique. Cet asservissement de la République à la Franc-Maçonnerie faisait Mgr Gouthe-Soulard, archevêque d’Aix, dire: Nous sommes en Franc-Maçonnerie. Mgr le duc d’Orléans a pu dénoncer cette union de la Maçonnerie et de la République. Elle est devenue, par le fait même de la République, l’union de la Maçonnerie et de la France. Tout l’anticléricalisme dont nous souffrons provient de là.
Aucune loi n’autorise la Maçonnerie. Elle s’est imposée, parce qu’elle l’a voulu. La voilà une puissance. Cependant elle ne possède aucun droit.
Le premier soin d’un gouvernement sérieux serait d’abattre pour de bon ces sociétés occultes et de prendre les mesures propres à empêcher leur reconstitution. Toute société d’incroyance devrait être traitée de même; puisque, je le répète, les hommes ne peuvent s’associer pour le néant.
Les incroyants ne peuvent exister politiquement comme tels, mais ils sont citoyens quand même, et, en cela, ils regardent l’État. Mais l’État ignore leur qualité, si c’en est une, d’incroyants. Il en est de même des pouvoirs publics.
La France se compose de citoyens catholiques, protestants ou incroyants. Je ne parle pas des Juifs; ce sont des étrangers. Le Catholicisme, le Protestantisme ou l’incroyance n’augmentent ni ne diminuent les droits du citoyen. Tous appartiennent à la France au même titre. En monarchie, le Roi est également leur souverain ; il est tenu de faire respecter leurs droits, sans mettre entre eux la moindre différence. Leur foi personnelle ne crée ni un privilège ni une irrégularité. Les juges leur appli-
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quent les mêmes textes législatifs avec une impartialité complète. Les chefs des administrations publiques n’ont aucun égard à leur confession religieuse. Cela se comprend sans peine.
On se demande si l’accès aux fonctions publiques doit être aussi facile pour les uns que pour les autres. Je n’hésite pas à répondre: oui, moyennant certaines réserves que dictent le simple respect des convenances et le sentiment des intérêts communs.
Cette égalité serait, je l'avoue, difficile et imprudente avec une organisation individualiste de la société. Les qualités et les défauts des individus se font nécessairement sentir à travers les fonctions qu'ils exercent, au point de mettre fréquemment la fonction au service des idées ou des passions du fonctionnaire. Il n’en serait plus ainsi dans une société réorganisée corporativement. L’esprit de corps imposerait aux individus une discipline qui mettrait leurs idées et leurs actes d’accord avec une profession ou une fonction. Le sentiment religieux n’y perdrait rien. Les citoyens y gagneraient en union et en respect.
J’ai fait allusion aux réserves qui s’imposaient. Il est certain qu’on ne peut faire abstraction complète des idées religieuses des fonctionnaires et des officiers publics. Un magistrat protestant est très acceptable dans le département du Gard, où ses coreligionnaires abondent; il serait déplacé en Bretagne. Je ne vois aucun inconvénient à ce qu’un douanier, un chef de gare, ou un contrôleur des poids et mesures sont incroyants. Il n’en serait pas de même d’un juge de paix ou d’un inspecteur de prisons. Un professeur de géométrie ou d’aviation peut être protestant. J’admettrais difficilement un professeur de philosophie, de morale ou même de littérature, ayant des élèves catholiques, ne partageant pas leurs croyances.
Ces exemples et ceux que l’on pourrait encore donner font partie de ces circonstances de temps, de lieux et de personnes qu’un chef d'Êtat prend toujours en considération, lorsqu’il distribue entre ses sujets les fonctions publiques. Il ne pourrait les négliger, sans compromettre le bien général.
, Le Souverain et ceux qui participent à son gouvernement exigent, avant tout, des candidats aux offices les qualités morales et les aptitudes professionnelles que ces charges comportent. Cela fait, ils veillent à ce que tous leurs officiers respectent les droits de chacun et ceux des institutions reconnues.
Malgré les avantages inappréciables de cette organisation de la France et de cette place faite a l’Église, nous ne pourrions nous attendre à une paix absolue. L’Église n’en a joui jamais, ni nulle part. Cela supposerait un retour de l’homme à la bonté adamique. La terre deviendrait alors un nouveau paradis. Nous le savons, c’est désormais impossible. L’Église aura donc sans cesse des ennemis à combattre, les uns au dedans, les autres au dehors. Pour ce motif, elle est surnommée militante.
. J’ajouterai que ce rêve paradisiaque de paix est irréalisable en France plus qu’ ailleurs. Les Français descendent des Gaulois, dont ils continuent la race. Or, les Gaulois, grands et beaux parleurs, ont besoin, pour satisfaire cet instinct, de discuter et, pour discuter, de se diviser. Leurs querelles passent vite des paroles aux actes. Il en a toujours été ainsi. Même aux beaux siècles de l’unité religieuse, en plein moyen âge, ils se disputaient. Le Protestantisme est venu à son tour. Puis les Catholiques eux-mêmes se sont divisés. Les Ligueurs ne s’entendaient pas.
Nos Pères ont trouvé le calme du règne de
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Louis XIII et des premières années de Louis XIV insupportable; ils ont fait le Jansénisme et renouvelé le Gallicanisme. Je ne dis rien du dix-huitième siècle. Au dix-neuvième, nous avons eu des gallicans et des libéraux Nous avons à cette heure des démocrates et des modernistes.
Ces luttes se passent dans l’intérieur de l’Église. Elle ne réussit pas cependant à les empêcher. Comment pourrait-elle mettre un terme aux attaques qui viennent du dehors?
Heureusement son expérience de la nature humaine a dissipé toutes ses illusions. Le combat est une condition de sa vie. Elle l’accepte. Elle fait mieux, puisqu’elle en profite. Dieu l’a voulu militante, parce que les conditions de la guerre l’arrachent aux séductions de la tranquillité et à la paresse des triomphes faciles.
La violence lui est nécessaire, à elle comme à nous. Cette violence protège et entretient la vie et la santé. Elle est une forme de l’énergie. On ne l’acquiert que dans la lutte contre soi-même, contre le vice et contre l’erreur. Elle est un élément de progrès pour les sociétés comme pour les individus. C’est pour la provoquer que Dieu permet les hérésies et les grandes décadences morales. L’Église, qui veut vivre dans la vérité et la vertu, réagit alors de toutes ses forces et contre l’erreur et contre le vice. Cette réaction énergique se fait nécessairement par la violence contre soi et contre tout. Elle restitue la santé de l’esprit et du caractère.
Mais, pour que ces luttes inévitables ne déchaînent pas les guerres civiles et l’anarchie destructrice des sociétés, il faut, dans l’Église et dans la France, un pouvoir fort. L’Église le possède avec la Papauté. La France, qui en est privée par l’illusion démocratique de la souveraineté du Peuple, ne le retrouvera qu’avec sa monarchie nationale.