PREMIÈRE LEÇON
Droits essentiels de l’Eglise. — Son existence, et sa mission. — Sa constitution. — Droits secondaires de l’Eglise. — Leçons du passé. — Unité religieuse. — Rôle politique. — L’Etatisme et ses dangers. — Résistances nécessaires. — Illusions du pacifisme.
L’Église existe dans tous les pays où il se trouve des Catholiques. Elle y est avec sa mission et les énergies surnaturelles dont elle dispose; elle y est avec sa dignité et avec ses droits. Mais cela ne saurait suffire. Il faut que son existence, sa mission et ses droits soient en fait reconnus.
Cette reconnaissance ne va pas toute seule. Elle subit les conditions que lui imposent les milieux politiques. Aussi est-elle plus ou moins complète et sincère. Il peut même arriver que, par malveillance ou sottise, elle soit refusée. Alors l’Église est, aux yeux d’un pays, comme n’existant point. Cette situation d’humiliée ne fait rien au droit lui-même. Car il existe indépendamment des hommes.
Cette reconnaissance cependant est nécessaire à l’exercice des droits de l’Église. L’expérience nous apprend qu’elle est généralement eh raison du nombre et de l’influence des Catholiques. J’ai dit: généralement, parce que diverses circonstances peuvent intervenir et modifier les situations dans un
L'Église et les libertés.
l’église et les libertés
sens ou dans un autre. Il n’y a donc pas lieu d’être surpris, si l’on constate des applications très variées de ce droit chez des nations voisines ou chez un même peuple au cours de son histoire. Une unité rigoureuse est impossible. Il serait inutile de la demander au passé ou de l’attendre du présent.
Néanmoins quelques-unes de ces applications sont de partout ; elles constituent, pour ainsi dire, la pratique essentielle de ce droit. Elles sont d’une nature telle qu’un État ne peut les refuser, sans violer par ce simple fait la plus élémentaire justice. Les droits de ses citoyens se trouvent lésés en même temps que les droits de l’Église. Cela crée une situation violente, à laquelle les Catholiques ne sauraient se résigner. Leur devoir est alors d’user de tous les moyens légitimes pour conquérir les libertés religieuses qu’on leur dénie.
Les plus importants de ces droits ont un caractère nettement religieux. Cela se comprend. Mais ce ne sont pas les seuls. L’Église en possède d’autres, que lui ont acquis des services anciens et continus. C’est, à la fois, le legs d’un passé glorieux et la garantie fie services futurs. Us varient forcément avec les lieux et les époques. Car ils subissent, beaucoup plus que les droits strictement religieux, l’action des circonstances. Leur variété et le manque de fixité que l’on y découvre ne sauraient être un motif de les nier ou d’atténuer leur caractère. Il n’y aurait pas moins d’inconvénient à n’en tenir aucun compte. Ce sont des faits qui s’imposent à l’attention de l’ observateur et de l’homme politique.
Celui qui les étudie doit éviter, par-dessus tout, les généralités. Il lui faut une précision, en quelque sorte, scientifique. Le mieux pour lui est de les aborder bien de face et dans un pays déterminé. C’est ce que nous allons faire.
Notre propre pays nous fournira un excellent sujet
d’observations. Nous resterons ainsi sur le domaine de nos traditions françaises. Nous verrons comment les droits de l’Église font, en principe, partie intégrante de notre droit national et comment on peut, de nos jours leur donner une application pratique. C’est à cette condition que la France redeviendra chrétienne. Je n’en connais pas d’autre.
Les droits essentiels de l’Église sont faciles à établir. On les exprime aisément en quelques mots: l’Église a le droit d’exister et de remplir sa mission. Ce double droit en implique d’autres qui sont assez nombreux. L’accord au sujet de ce droit est facile. C’est un fait. Nous n’avons pas à développer ici les raisons sur lesquelles sa légitimité se fonde. Je le répète: c’est un fait. Il s’impose. Nous le prenons pour ce qu’il est. Ce droit est un fait, parce que l’Église existe. Impossible de le contester, sans s’attaquer aussitôt à cette existence elle-même.
L’Église existe et elle est une société. Comme toute société, elle a sa constitution. C’est cette constitution qui la fait ce qu’elle est. Modifier cette constitution serait modifier son être.
Son divin Fondateur la lui a donnée. Elle s’est développée à travers toutes les phases de sa longue histoire, conformément au principe surnaturel de vie, qui lui a été communiqué par ce même Fondateur. L’Église est donc ce qu’elle est et les hommes ne peuvent rien sur son organisation.
On devine en quoi consiste son droit à l’existence. Il lui faut être et rester ce qu’elle est et, pour cela se gouverner elle-même d’après son droit propre et sa coutume, maintenir tous ses membres sous l’autorité très réelle de sa hiérarchie, conserver intacte et transmettre la révélation dont le dépôt lui a été