Cyrille do Jérusal., Opéra, p. 16G. Irénée fait seulement
mention dos souffrances de Josus-Ciirisl, passionem, Adv. hæres., lib. I, cap. 10; et Tertullien,de la cruciûxion, Crucifixum, sub Pontio Pilaio, De velandit virgmib., § 1. Dans le Symbole de Nicée, il y a ce seul mot, iraeivTii, et dans celui de Constantinople : $4 UTTip iy.âi iiti nsyri^j niXtircu, xxt leaitm
«aï TaipivT » ,
Ou a déjà vu que les écrivains ecclésiastiques qui combattaient les docètes insistèrent énergiquement sur la réalité des faits mentionnés ici. Jésus- Christ a été « véritablement persécuté ; il est véritablement mort sur la croix sous Ponce Pilate », dit Ignace * ; et de même Origène : « Jésus-Christ a souffert la mort commune à tous les hommes, réellement et non en apparence ; il est mort véritablement » *. Ce fut certainement dans la môme intention polémique que cet article, comme d’ailleurs la plupart des autres de la seconde partie, fut introduit dans la confession de foi des catéchumènes Le souvenir de cette opposition de l’Église aux docètes et aux gnostiques qui professaient le docétisme, ou seulement y inclinaient, se retrouve encore dans les commentateurs latins du Symbole des Apôtres du milieu du cinquième siècle, époque à laquelle cette opinion ne comptait pas un seul partisan dans l’Occident. Maxime de Turin fait remarquer que le fait de l’ensevelissement de Jésus- Christ prouve bien la réalité de sa mort et Pierre de Ravenne y montre une preuve non pas seule-
t. Ëpist. ad TralleM., § 9 et 10; Epist. ad Smyrn., 1 1-3.
S. De principhs, lib. I, § 4.
3. King, Historia Symboli Apostolorum, cap. iti, § Si; Basnage, Exercit. in Baronium, p. 476.
4. Sepultus est ut qui vers mortuus. Maxime ^de.Turin, In Symbolum htmilia, p. 239.
ment de la réalité de sa mort, mais encore de celle du corps humain qu’il avait revêtu*.
4® Descendit ad infema. — Il est descendu aux enfers.
Il n’est pas dit un seul mot de la descente de Jésus-Christ aux enfers dans les règles de foi d’Irénée, de Tertullien et d’Origène. Ces écrivains étaient cependant persuadés que le Seigneur avait visité, après sa mort, les demeures souterraines dans lesquelles les morts sont détenus. Plusieurs de leurs ouvrages en font foi*. Pourquoi donc n’en ont-ils pas parlé dans leurs règles de foi? Évidemment par la même raison qu’ils n’y font pas mention des miracles de Jésus-Christ, qu’ils ne mettent certes pas en doute. Ils avaient voulu donner dans ces sortes de formulaire un exposé sommaire des doctrines proprement dites de la religion chrétiennes, et ces faits, je veux dire la descente de Jésus-Christ aux enfers, tout comme les prodiges qu’il avait opérés, quoique, à leurs yeux, des objets de la croyance chrétienne , n’étaient pas des
t. Sepullum dicis, ut veram carnem Christi, roortemque non perfunctoriam probot confessio sepulturæ. Pieire Chrysol., Tn Symbol, homilia 60, p. 55.
!. Tertullien, De anima, 7 et 55; Origène .Contra Ctltnm, lib. II, S i3.
iM LE SYMBOLE UES APOTKES
doctrines. Voilà pourquoi ils n’en disent rien dans leurs professions de foi.
La descente de Jésus-Christ aux enfers est également passée sous silence dans le Symbole copte, dans celui des Constitutions apostoliques et vraisemblablement aussi dans tous les autres qui ont pu exister au troisième siècle, et sans le moindre doute par la même raison, c’est-à-dire parce que cet acte de la vie du Seigneur ne se rattachait pas encore à une doctrine qui fût devenue l’objet de la croyance de la masse des chrétiens.
A la lin du quatrième, elle ne se trouve encore mentionnée dans aucun Symbole, si ce n’est dans celui de l’Église d’Aquilôe, dans lequel, par une sorte de compensation, manque le mot sepidliis, « il a été enseveli », de l’article précédent, circonstance qui, comme on l’a vu, a servi de point de départ à Vossius, à Dumoulin, à Witsius et à plusieurs autres théologiens protestants pour prétendre que par les mots : « 11 est descendu aux enfers », on a voulu parler de la sépulture de Jésus-Christ. Pourquoi le Symbole d’Aquilée n’a-t-il pas le mot « sepultus», qui se trouve dans les autres Symboles des Apôtres de la môme époqlie, et contient-il au contraire l’article ; Descendit ad inferna, « 11 est descendu aux enfers », qui n’est dans aucun de ceux-ci? Il me paraît impossible d’en donner une explication satisfaisante ; mais quand il serait vrai,
LK 8ÏMBPLK DES APÜTHES 2«i
coiaine Rufin semble le croire et comme plusieurs érudits protestants ont voulu le prouver, que cet article y eût été inscrit pour ^nir lieu du mot sepultus, il n’en resterait pas moins certain que ce fut avec un autre sens et pour marquer un autre fait qu’au sixième siècle, il fut introduit dans les Symboles où se trouvait ce mot sepultus, et où, par conséquent, il était déjà fait mention de la sépulture de Jésus-Christ.
C’est, comme on l’a déjà vu, dans le sermon l" du Supplément de Vignier et dans les 115' et 13R /Je attribués autrefois à saint Augustin et imprimés dans ses œuvres, que l’article ZtescenrffrcKi inferna, « il est descendu aux enfers », se montre pour la première fois, concurremment avec le mot sepultus, « il a été enseveli », dans le Symbole des Apôtres ; et ces sermons, de beaucoup postérieurs au célèbre" docteur de l’Église, dont ils ont pendant longtemps porté le nom, ne peuvent avoir été composés au plus tôt que dans la première moitié du sixième siècle, et, selon toutes les vraisemblances, en Afrique.
Il s’écoula beaucoup de temps avant que cette addition fût admise dans le Symbole par les Églises de ritalje et par celles du nord de la Gaule. Elle n’y pénétra que peu à peu, de proche en proche. On a quelques raisons de croire qu’elle rencontra une opposition marquée dans les Églises frankes.
Pendant plusieurs siècles, on n’y semble pas goûter la légende de la descente de Jésus-Christ aux enfers. L’article Descendit ad infema manque dans le Credo d’un ancien missel d’une Église franke *. A la rigueur, cette omission pourrait être due à une erreur de copiste ; c’est peu probable toutefois, Quelques autres faits plus significatifs encore, ce me semble, laissent d’ailleurs peu de doute sur la répugnance de l’Église franke pour cette légende.
Le missel dont il vient d’être question contient une autre exposition du Symbole {Expositio vel traditio Symboli) ; le Credo qui est en tête présente, il est vrai, l’article Descendit ad infema; mais il n’en est pas dît un seul mot dans l’explication qui suit. Il y a plus : les articles y sont reproduits â mesure qu’on les commente ; celui de la descente aux enfers y est passé sous silence, et après avoir rapporté et expliqué l’article Crucifxus, mortuus et sepultus, on passe immédiatement à l’explication de tertia die resurreocit ,
Il en est de même dans une instruction dressée par Magnus, archevêque de Sens, à la demande de Charlemagne, sur la célébra tion du baptême ,
4. Martène, De antiquis Erdesim ritibus, t. I, p. 95. Je rapporte ce Symbole dans \’ Appendice.