‹ Le symbole des Apotres; essai historiqueChapitre 108 sur 150 · Cypriani Opéra, p. 304, Epütola 70 ad Januarium · texte numérisé non relu

Cypriani Opéra, p. 304, Epütola 70 ad Januarium

2. Ibid., p. 296, Epistola 69 ad Magnum. On lit, il est vrai. Crédit remistionem, dans cette édition des œuvres de saint Cyprien, et probablement aussi dans toutes les autres ; mais Baluze lait remarquer que la plupart des manuscrits portent Crédit, in remittionem.

chés et une résurrection de la chair. C’est pour marquer cette différence qu’on a mis dans le Symbole, non pas : Credo in Ecclesiam, comme on y a mis : Credo in Deum, niais : Credo Ecclesiam *.

L’opinion de Rufin parait avoir été celle de saint Augustin. Ce n’est pas que le célèbre évêque d’Hippone s’explique catégoriquement sur ce point; mais la distinction qu’il établit, et sur laquelle il revient dans plusieurs de ses écrits, entre : Credere in Deum,in JesumChnstum,in Spiritum sanctum, croyance qui n’est pas un simple assentiment de l’èsprit, mais encore un fait de sentiment, et Credere Paulo, Petro, apostolo, croyance qui est uniquement un acte de l’intelligence*, peut bien

1. Nondixil in sanctam Ecclesiam, nec in remissionem peccalorum, nec in carnis resurrectionem. Si enim addidisset in præpo?ilionem, una eademque vis fuissel cum superioribus. Nunc autem in illis quidem vocabulis, ubi de divinilate Gdes ordinatur, in Deum Patreni dicitur, et in Jesum Christum filium ejus, et in Spiritum Sanctum; in cæteris vero ubi non de divinilate, sed de creaturis ac mysteriis sermo est, in præpositio non addi* tur, ut dicatur in sanctam Ecclesiam, sed sanctam Ecclesiam credendam esse, non ut in Deum, sed ut EcclesiamDeocongregatam; et remissionem peccatorum credendam esse, non in temissionem peccatorum; et resurrectionem carnis, non in resurrectionem carnis. Hac itaque præpositionis syllaba Creator a creaturis secernitiir, et divins separantur ab humanis. Rufùi, Expositio in Symbolum Apostoloruni, p. 4 65.

2. Si creditis in eum (Deum), credilis ei ; non autem continuo qui crédit ei, crédit in eum. Nam et dæmones credebant ei, et non credebant in eum. Rursus eliaro de apostolis ipsius possumus dicere : credimus Paulo, sed non credimus- in Paulum;

laisser supposer qu'il n’entendait pas mettre sur le même rang ni prendre dans le même sens la croyance à l’Église : Credere Ecclesiam , et la croyance en Dieu, en Jésus-Christ et au Saint- Esprit : Credere in Deum,. in Jesum Christum, in Spiritum sanctum. Cette distinction pouvait servir de confirmation à l’opinion de Rufin sur l’absence de la préposition in devant sanctam Ecclesiam, et on ne saurait être étonné par conséquent de la rencontrer dans ce qu’on peut appeler l’école de saint Augustin.

« Il faut savoir, dit un de ses imitateurs, que nous devons croire l’Église, mais non croire en l’Église, parce que l’Église n’est pas Dieu, mais la maison de Dieu*. » Théodulphe d’Orléans s’exprime presque dans les mêmes termes. « Qu’ils croient aussi, dit-il, la sainte Église catholique, non en la sainte Église, comme ils croient en la Trinité » *. Cette opinion est présentée sous une

credimusPetro, sed non credimus in Pelrum. Credenti enim in eum qni jusliQcat impium, deputatur fides ejus ad juslitiam. Augu%lini Opéra, t. III, col. 2007-2009, Tract, xxix tn Joannit Evang. | 6. Credimus enim aposlolo, sed non credimus in apostolum. Ibid., t. III, col. 2210; Tract, uv tn Joannü Evang., § 3. Voyez encore Ibid., t. IV, col. 2083, Ennar. in Ptalm. 130, § I; Ibid., t. VI, col. 315, De fide et operibus, g 30; Ibid., t. V, col. 1000, Sermo 144, §2.

1 . Sciendumestquod Ecclesiam credere, non tamen in Ecclesiam credere debeamus, quia Ecclesia non est Deus, sed domus Dei est. Sermo 131 De tempore,§ 4, dans .dttjueltni Opéra, t.V, col. 2977.

2, Gredantetiam sanctam Ecclesiam catholicam,id estuniver-

3ia LE SYMBOLE DES APOTRES

forme fort extraordinaire dans un Catéchisme du huitième siècle.

« Demande ; Crois-tu en la sainte Eglise catholique et en la communion des saints ? Réponse ; Non. Elle est bien la sainte Église, mais je ne crois pas en elle, parce qu’elle n’est pas Dieu, mais la convocation ou la co'ngrégation des chrétiens. — Demande : Crois-tu en la rémission des péchés? Réponse : Non, mais je crois qu’il y a la rémission des péchés » *.

Je ne multiplierai pas davantage les citations de ce genre. Je renvoie ceux qui seraient curieux d’en voir d’autres à M. Caspari, qui en a recueilli un certain nombre®. Il est temps d’indiquer les conséquences qu’eut cette opinion.

Puisque Credere Ecclesiam, remissionem peccatorum, etc. , n’exprime pas une croyance de même nature que Credere in Deum, in Jesum Christum, in Spiritum sanctum, n’y aurait-il

Salem, non in sanctam Ecclesiam, ut credenles in Trinitatem. Cité par M. Caspari, Ibid., p. 233, note 22.

4 . Interr. Credis in sanctam Ecclesiam calholicam et in sanctorura communionem? Resp.: Non, esse etenim sanclam Ecclesiam, sed in eam non credo, quia non Deus, sed convocatio seu congregatio chrislianorumest. — Interr. : Credis in remissionem peccatorum? Resp. : Non, sed esse remissionem peccatorum credo. Opéra Alcutnt, éd. Migne, l. II, p. 4137.

2. Caspari, Unbedruckle, unbeachtete und wenig beachtele. Quellen zur Geschichte des Taufsymbols und der Glaubens regel, p. 233, note 22. '

pas quelque avantage, pour prévenir toute équivoque , à ne pas laisser à l’accusatif ces derniers termes, et à les mettre à l’ablatif, qui est un cas régi par la préposition in? C’est ce qu’on pensa dans certaines Églises, où on changea le Credo in Deum, in Jesum Christum, in Spiritum sanctum, en Credo in Deo, in Jesu Chrisio, in Spiritu sancto. Dans quelques autres, on crut qu’il suffisait, pour prévenir l’équivoque qui pouvait naître de la continuité des termes à l’accusatif, de modifier seulement le In Spiritum sanctum en in Spiritu sancto. Le Symbole des Apôtres présentait sous cette forme une singulière cacophonie grammaticale ; mais on s’inquiétait peu de la grammaire à cette époque; tout allait bien, pourvu qu’on évitât ce qu’on jugeait des erreurs funestes au salut.

Ce changement fut opéré, entre autres, dans le Symbole en usage dans l’Église d’Aquilée; mais je crois qu’on se trompe en supposant qu’il était déjà fait du temps de Rufin. Si le Symbole d’Aquiléo dont parle cet écrivain avait eu alors : Credo in Deo, in Jesu Christo, in Spiritu sancto, il est manifeste qu’il n’aurait pas eu occasion d’expliquer l’absence de la préposition in devant Sanctam Ecclesiam et les termes suivants. Ce ne put être qu’après lui, et en conséquence de ce qu’il avait dit à ce sujet, qu’on modifia l’ancienne rédaction des termes relatifs aux trois Personnes di-

au LE STHBOLE DES APOTRES

vines. Il est môme probable qu’on n’y changea d’abord que l’article relatif au Saint-Esprit. Il me semble en voir une preuve dans le Symbole de Venantius Fortunatus. Il l’avait certainement apporté d’Aquilée, en venant dans les Gaules; et comme ce formulaire porte : Credo in Deum, in Jesum Christum, mais en même temps : et in Spiritu sancto, on peut croire que, dans la seconde moitié du neuvième siècle, il n’en était pas autrement dans celui qui était en usage à Aquilée. Ce fut probablement pour mettre de l’harmonie entre les articles relatifs à la Trinité qu’on donna aux deux premiers la forme grammaticale qu’avait déjà le * troisième*.

Aquilée ne fut par la seule Église dans laquelle le Symbole des Apôtres reçut cette modification, pour le moins singulière' : on rencontre un grand nombre de formulaires de ce genre dans les Églises frankes. Martène en rapporte plusieurs*. On avait .été disposé jusqu’à présent à voir dans cette rédac-

1. Tous les inanuscrits, ou du moins les meilleurs de l’Expositio Symboli Apostolorum de RuBn, portent : Credo in Deo, in Jetu Chrieto, in SpirilH lanclo. Cela ne prouve pas que celle rédaelion existât de son temps, mais seulement qu'elle était reçue à l’époque où ces manuscrits furent écrits. Les copistes d'Aquilée, qui les écrivirent au sixième siècle ou plus tard, y employèrent les formes du Symbole usité à leur époque, et non celles qui se trouvaient dans les manuscrits qu’ils transcrivaient.

2. Martène, Ibid.,t. 1, p. 95, 122, etc. ; Hahn, Bibliothek der Symbole, p. 6 et 34,

LE SYMBOLE DES APOTRES 3t5

tion un effet de l’ignorance, de plus en plus profonde du septième au neuvième siècle. C’est une erreur ; il faut y voir le résultat d’une explication erronée de l’absence de la préposition in devant sanctam Ecclesiam et les termes suivants, explication qui trouva une sorte de confirmation ou du moins un appui dans la distinction, au fond, trèsjuste, que saint Augustin fit remarquer entre la croyance en Dieu, en Jésus-Christ et au Saint-Esprit et la croyance en la sainte Église. L’opinion de Rufin que la préposition in avait été omise, dans une vue dogmatique et de propos délibéré, devant sanctam Ecclesiam et les termes suivants, s’était si bien emparée des esprits, qu’à partir du sixième siècle on rendit à peu près constamment, dans les traductions latines du Symbole de Nicée (proprement nicéno-constantinopolitain) , la phrase grecque tî; (iiav aytav scoéQXvxTiv jca't àito5ToXucv)v ’Exxîihoi'av, par unam sawiam, etc. *, et non par in tmam sanctam, comme il aurait fallu, pour être exact

Après ces observations générales sur la quatrième partie du Symbole des Apôtres, nous allons passer à l’examen des articles qui la composent.

Page 1