‹ Le symbole des Apotres; essai historiqueChapitre 41 sur 150 · Aclet, VIII, Î · texte numérisé non relu

Aclet, VIII, Î

il fallut, en vue du bon ordre et peut-être aussi des convenances, réglementer la cérémonie du baptême, comme d’ailleurs toutes" les autres institutions ecclésiastiques. On eut alors pour profession de foi des formules fixes, variant peut-être avec les Églises, mais, dans tous les cas, fixes dans chacune d’elles. V’ers la fin du troisième siècle, cette formule était dans plusieurs Églises la confession de foi qui nous est connue sous le nom de Symbole des Apôtres. On en a pour garant les Constitutions apostoliques qui, sous la forme de prescriptions données par les Apôtres, décrivent la manière dont la cérémonie du baptême se célébrait à l’époque et dans le lieu où le livre septième de cet ouvrage fut écrit. Les deux passages de saint Cyprien que j’ai rapportés plus haut prouvent que le Symbole des Apôtres était la profession de foi des catéchumènes dans les Églises de l’Afrique proconsulaire, du moins dans celle de Carthage, et le Symbole copte, qu’il en était de même dans les Églises d’Égypte.

Quiconque voit dans ce formulaire le sommaire de la foi reconnaîtra, sans doute, qu’on ne pouvait eu faire qn plus judicieux emploi, et ne sera pas étonné qu’on n’en ait pas fait d’autre dans toute l’antiquité chrétienne. Cette pièce, en effet, n’y a jamais servi à un autre usage '.

1. On ne la li^^ait pas dans le culte public; elle ëlail rëcilée uniquement dans la cëréinonie du baptême. In ecclesia eniin ad

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LK SVMDOLE DES APOTRES !i:i

A partir de la fin du troisième siècle, dans toutes les Églises où il est connu, il sert de profession de foi aux catéchumènes qui, pour faire acte d’adhésion à la religion chrétienne, le récitent immédiatement avant de recevoir le baptême, ou déclarent croire à tout ce qui y est contenu, quand c’est le prêtre qui le récite lui-même. Ces deux modes ont été également pratiqués. Dans l’Église à laquelle appartenait l’auteur du septième livre des Constitutions apostoliques, le catéchumène disait ; « Je m’engage au Christ, je crois et je suis baptisé en un seul Dieu, le Père tout-puissant, etc. » Dans l’Église copte, c’était le prêtre qui le lisait sous cette forme interrogative : « Crois-tu au seul vrai Dieu, le Père tout-puissant? etc.,» et le néophyte répondait : « Je crois ainsi *. » En certains temps et en certaines Églises, on a fait l’un et l’autre à la fois. Le catéchumène récitait le Symbole des Apôtres, et puis le prêtre le reprenait sous cetto forme : «Crois-tu en Dieu, le Père tout-puis-"

sant? etc. » D’ordinaire alors le formulaire que

allare Dei quotidie diciturista dominica oratio, el audiiinl illam fidèles. Non ergo limemus, ne minus diligenter eam leneali.s ; quia el si quis veslruin non poteril lenere perfecte, audiendo quotidie tenebil... Modo eniin nisi teneatis symbolum, in ecclesia,in populo symbolum quotidie non auditis. Augustini Operii, t. V, col. 490, Sermo 58, § 12 eM. 3,

1. Il en était de même à Carthage, comme on le voit par le passage du Credo cité par saint Cyprien : Credis remisnionem percatorum et vitam (rternam per .lanrtnm Knhsiam?

récitait le prêtre était abrégé *. Ce système est suivi dans presr[ue tous les rituels latins du neuvième et du dixième siècle. Mais dans l’un ou l’autre de ces cas, le Symbole des Apôtres était toujours la profession de foi de celui qui se présentait au baptême.

Cet usage s’est maintenu dans l’Église catholique, dont le rituel du baptême ne diffère presque en rien de celui qui était généralement adopté il y a une quinzaine de siècles. Quand il s’agit d’administrer ce sacrement à un enfant, le parrain et la marraine se joignent au prêtre pour réciter le Credo * ; mais au baptême des adultes, c’est ceux-ci qui le prononcent 3, comme cela se pratiquait au quatrième et au cinquième siècle, quand on n’était

<. Voyez quelques-uns do ces formulaires abrégés dans l’Appendice, 11 " 45.

3. On lit dans un ancien rituel de l’Église de Sois'sons : Tune injungat sacerdos palriiiis ut dicanl Pater noster et Credo in Deum. Marlène, JDe antiguis Ecclesiœ ritibus,l.\, p. 48. El dans un ancien rituel ; His omnibus complelis, dical sacerdos patrinis et malrinis : Vos palrini et vos malrinæ, cuslodile hune infanlem a periculo ignis et aquæ usque ad sepiem annos, et dicalis patri et malri èjus, ut ipsum similiter cuslodiant, et docete euni oralionem dominicain Pater nuster et symbolum apostolorum Credo in Deum. Marlène, ibiiL, l. 1-, p. 155.. Hoc symbolum quod competentes in die unclionis accipiunt, aul perse, si majores ælate sunt, aui per ore geslantium, si parvuli sunt, quinta feria ante Pascha sacerdoti recitant atque reddunt. S. Hildephonse, Adnotatione» de ordine èaplismi, cap. 34.

3. Sacerdos imponil inanum super caput ejus, et eleclus cum eo récitât Symbolum apostolorum et orationem dominicain. Ita etiam si plures fuerint, omîtes surgunt et simul recitant. Rituale romanum, Paris, Jacq. Lecoffre, in-32, p. 51 .

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admis dans l’Église par le baptême qu’à l’âge de raison.

L’Église anglicane a également conservé le Symbole des Apôtres dans la cérémonie de l’administration du baptême. Mais, comme dans l’ancien rituel des Églises d’Égypte et dans celui de Carthage du temps de saint Gyprien, c’est le prêtre qui le prononce sous la forme interrogative : « Crois-tu en Dieu, le Père tout-puissant ? etc. » et le parrain et la marraine, s’il s’agit du baptême d’un enfant, ou les personnes qui doivent être baptisées, si elles sont adultes, répondent : « Je crois tout cela fermement ‘ . »

Cet antique usage, encore existant dans les deux Eglises qui tiennent le plus à la tradition, va nous fournir uii point de départ assuré pour nos recherches sur la formation de notre formulaire. C’est en considérant l’emploi qu’on en faisait dans la célébration du baptême, et en étudiant les diverses circonstances qui s’y rapportent, que nous

réussirons à en découvrir les origines.

Huit jours avant d’étre admis au sacrement du baptême, on le faisait apprendre par cœur aux pos-

L La liturgie ou Formulaire des prières selon l'usage de l'Église unie d'Angleterre et d'Irlande, Guernesey, 4835, p. 267, 274 et 275.

LE SYMnOLE DES Al'OTIlES

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tulants, competentes', qui juaju’alors ii’eii avaient jamais entendu parler'^. On se proposait par là un double but ; d’abord, de leur donner un court résumé de ce qu’on regardait alors comme la doctrine chrétienne, résumé qui pût, par sa brièveté même, rester gravé dans leur mémoire; et, ensuite, de les mettre en mesure de faire une profession de foi en présence des fidèles, avant de recevoir le baptême.

. Voilà ce qui se passait au quatrième siècle à Jéru» Salem, à Antioche, à Alexandrie, danslesÉglisesde

t . Competentes dicebantur, quoniam materna viscera, ut nasrerentur, petendo piilsal)anl. Augustini Opéra, t. V, col. 1419, Senno 228, § 1; t. VI, col. 297, De fide et operibns, § 9. Saint Augustin donne une autre définition de ce mot. préférable, du moins, au point de vue philologique : Quid enim aliud sunt competentes, quam simul petentes.’ Nam qiiomodo condocenles, concurrentes, considenles, niliil aliud sunt, quam simul doceiites, simul currentes, simul sedentes; ita eliam competentium vocabulum non aliunde quam de simul petendo ati(ue untim aliquid appetendo compositum est. Ihid., t. V, col. 1386, f>enno 216,

S 1. De même, ibid., t. V, col. 3033, Sermo 267, S Marténe, De antiquis Erelesiæ ritibus, t. I, p. 29 et 30.

2. Synnbolum catechumenis traditum non fuisse, nisi cum mox baplizandi erant et dicebantur competentes. Isidore, De oijiriis eccles., lib. II, cap. 21. J. Bona, Rerum lihirgkaram libri II, p. 122; Marlène, ibid., t. 1, p. 29 et 30. Il fautajouter qu’on faisait aussi apprendre par cœur aux postulants l'Oraison dominicale, dont on leur expliquait également chaque article. Marlène, ihid., t. 1, p. 8’). Il nous reste des expositions de l’Oraison dominicale par Cyrille, Cnteeh. viystagog., V, g 8-23; par saint Augustin, Sermons 56-39, Auijuslini Opéra, t. V, col. 462-493, et par quelques écrivains postérieurs. Sermon* 126 et 182 De lempore, dans les œuvres de saint Augustin.

l’Afrique proconsulaire, à Rome, à Aquilée, et probablement aussi dans les autres Églises d’Italie. On en a la preuve dans tous les écrivains ecclésiastiques de cette époque qui nous ont laissé des traités ou des sermons de Symbolo. Cet usage remontR.it certainement plus haut. Il dut prendre naissance avec l’institution du catéchuménat, c’est-à-dire dans la seconde moitié du deuxième siècle * . La formule qui s< rvait alors de profession de foi à ceux qui étaient a linis au baptême n’était pas encore, il est vrai, notre Symbole des Apôtres; mais, comme on le verra au chapitre suivant, elle en était en quelque sorte le germe.

Dans les Églises de langue latine, — et c’est surtout ce qui se passait dans ces Églises qu’il faut considérer, puisqu’elles seules ont conservé le Symbole des Apôtres, auquel elles ont donné sa forme dernière, — l’enseignement de ce formulaire était désigné dans le langage ecclésiastique, au quatrième siècle, par une expression particulière. On l’appelait iraditio Symholi, la communication du Symbole. Traders Symbolum, communiquer le Symbole *,

K. N'ëander, Allgem. Geschichte der chrUtl, Religion, t. 1, p. 352 et suiv,

2. A ces termes correspondent ceux de redditio Symboli, reddere Symbolum, par lesquels on désignait la récitation du Symbole par les postulants devant l’évéque et en présence des fidèles réunis au moment de leur baptême. On s'assurait par là si rectam jam noviter fidem Symboli eis traditam firmiter te-

c’était l’enseigner aux postulants. Et voici comment cet enseignement se donnait ;

A l’époque fixée, c’est-à-dire, huit jours avant la célébration du baptême, le prêtre chargé de l’instruction des catéchumènes, après avoir fait sortir tous ceux d’entre eux qui ne devaient pas être admis à ce sacrement', récitait devant les postulants le Symbole tout entier. 11 Je répétait d’ordinaire une seconde fois, souvent même une troisième*. Puis, il le reprenait article par article et en donnait l’explication. Tous les sermons De Symbolo qui appartiennent au quatrième siècle et aux deux siècles suivants, — et ils sont nombreux, — sont construits sur ce plan *.

néant. Instruction de Magnus, archevêque de Sens, dressée par ordre de Charlemagne, sur le baptême, dans Marlène. De nntiquisEeclesiæritibus, t. 1, p. 158. Ces termes traditio Symboli et traders Symbolum, redditio Symboli et reddere Symbolum, reviennent fort souvent dans les sermons de Symbolo et dans les anciens rituels. Sur la manière dont on faisait la redditio Symboli, voyez Martène, ibid., t. I, p. 78-86. Cet ordre de choses existait encore, comme on vient de le voir par la citation de l'Instruction de Magnus, du temps de Charlemagne. El. Durand, De ritibus Ecrlesiœ, lib. 1, cap. 19.

1. Post Icctionem et tractatus, dimissis catechumenis, symbolum aliquibus competentibus in baptisteriis Iradcbara. Ambroise, Epistola 33 ad Marcellinam sororem.

2. Augustini Opéra, t. V, col. 2975, Semo 131 De tempore, g 2. Martène, ibid., t, I, p. 85. J. Mabillon, De liturgia gallicana, p. 348.

3. In tradendo porro symbolo hic ordo servabalur : præmisso brevi præloqnio, episcopus integrum symbolum recitabat, tum

Cette instruction était donnée à plusieurs reprises, toujours aux seuls postulants, pendant la semaine qui précédait le dimanche de Pâques ou celui de la Pentecôte * . 1 1 est probable que les postulants étaient interrogés de temps en temps pour s’assurer des progrès qu’ils faisaient dans la connaissance du Symbole. Ils devaient le rétenir littéralement; on ne les admettait an baptême qu’après qu’ils l’avaient récité devant l’évêque ou le prêtre délégué à cet eiîet, en présence de l’assemblée des fidèles*, et ils

illud per partes fusius exponebat. Marlène, De antiquis Ecdesiie ritibus, l. I, p. 83. Comp. Augustini Opéra, t. V, col. 1371, Semo 214, § 1.

1. C’était à ces solennités que, dans les premiers siècles de l'Église, on administrait le sacrement du baptême. Tertullien, De baptismo, § 19; Léon le Grand, Epistola 4, ad univereos episcoposper Siciliam constitutos, cap. 5, dans Léo Magnus, Maxitmis Taurin., etc., éd. de Tliéoph. Raynaud, p. 100. 11 en était encore de même du temps de Charlemagne, Marlène, ibid., t. I, p. 2. Tertullien avait cependant été d’avis que « toutes les heures et ipus les temps sont propres au baptême, o De baptismo, § 19, et après lui, saint Augustin avait également soutenu que ce sacrement pouvait être administré on tout temps : hoc omni die licet accipere. Augustini Opéra, l. V, col. 1348, Sermo 210, § 2.

2. C’est ce qu’on voit dans le récit que fait saint Augustin du baplèino de Yictorin : Üenique, ut vcntum est ad horam profitendæ fidei, quæ verbis certis, conceptisretenlisque memoriler, do loco eminenliore, in conspeclu populi üdelis, Romæ reddi solel ab eis qui accessuri sunt ad gratiam tuam, oblalum esse dicebat Victorino a presbyieris ut secrolius redderet, sicul iionnullis qui verccundia Irepidaturi videbantur, offerri mos eral : illurn autem maluisse salutarem suam in conspectu sanctæ multitudinis pro&teri. Confessiones, lib. VIII, cap. 2, § 6.

too LE SYMBOLE DES APOTRES

ne pouvaient l’apprendre que de la bouche du prêtre qui était chargé de le leur enseigner, car ce formulaire ne s’écrivait pas. Toute l’antiquité ecclésiastique, à partir de la fin du troisième siècle, est unanime sur ce point, et on verra qu’il en était de môme, dès la fin du second, de la formule en usage à cette époque.

« Pour retenir les paroles de ce Symbole, dit saint Augustin aux postulants, auxquels il vient de le faire entendre pour la première fois, vous ne devez l’écrire en aucune façon. Il faut l’apprendre en l’entendant. Quand vous le saurez, il ne faut pas le mettre par écrit. Vous devez le retenir toujoure dans votre mémoire. Tout ce qui y est enseigné est contenu dans les pages divines des saintes Écritures . Mais ce qu’on eu a ainsi recueilli et rédigé en une certaine forme, il n’est pas permis -de l’écrire* .... Apprenez ce Symbole en l’entendant, qu’il soit écrit non sur des tablettes ou sur aucune autre matière, mais dans votre cœur*. » « Que votre mé-

1 . Il veut leur faire entendre par là que ce formulaire ne contient en réalité aucune doctrine qu’ils ne connaissent déjà. C’est ce qu’il leur dit plus clairement dans une autre de ses explications DeSijmholo, Auguslini Opéra, l. V, col. 1371, Sertno 214. § 1.

2. Nec ut eadem verba symboli tenealis, ullo modo debelis scribere; sed audiendo perdiscere: nec cura didisceritis, scribere; sed memoriu semper toiioro atque rocolere. Quidquid eniui in symbolo audituri estis, in divinis sacrarum scripturaruin litteris continetur. Sed quod ita collectum et in forrnam quamdam

moire, leur dil-il ailleurs, vous serve de livre*. »

Cette recommandation de ne pas l’écrire revient dans plusieurs autres des instructions de ce Père de l’Église aux catéchumènes. Il a soin de faire remarquer que ce résumé de la foi a été rédigé à dessein sous une forme concise, non pas seulement pour qu’il s’emparât plus facilement de l’esprit des postulants, mais encore pour qu’il ne fatiguât pas leur mémoire et s’y gravât plus profondément*.

« Il ne faut pas l’écrire sur du papier, mais dans le cœur, » dit également saint Cyrille de Jérusalem Et saint Jérôme : « Le Symbole de votre foi et de votre espérance, qui vous a été transmis par les Apôtres, s’écrit non sur du papier ni avec de l’encre, mais sur les tablettes de chair du cœur*. » Dans la seconde moitié du cinquième siècle, Pierre de Ra venue et Maxime de Turin reviennent sans cesse sur cette prescription *. On finit par s’habituer tel-

redactum non lient scribi.... Aiidiendo symbolum discitur; noe in tabulis, vel in aliqua maleria, seil in corde scribitur. Augustini Opéra, t. V, col. 1363, Sermo 212, § 2.

1. Sit vobis codex vesira memaria, Ihid., l. VI, col. 917, De Symbolo ad Catechum., § 1.

2. Augustini Opéra, l. V, col. 1364 et 1372. Oii disait encore après saint Augustin : Exiguum est, ut memoriaiii non obruat. Sermo 131 De Tempore, dans Augustini Opéra, t. V, col. 2976.

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