CHAPITRE V
Causes qui provoquèrent le développement de la formule qui, du temps de Tertullien, servait de profession de foi aux catéchumènes, au moment de leur baptême.
Y eut-il, au troisième siècle et dans les siècles suivants, quelque nécessité de déterminer par des explications le sens dans lequel il fallait entendre chacun des quatre termes qui composent la formule :
« Je crois au Père, au Fils, au Saint-Esprit et à la sainte Eglise » ? Sans le moindre doute. Il n’est pas difficile d’en faire la preuve.
Dans la seconde moitié du deuxième siècle, on avait ajouté le terme de la sainte Église à la formule primitive : « Je crois au Père, aifFils et au Saint- Esprit. » C’est qu’on avait senti la nécessité de faire confesser à quiconque allait prendre rang parmi les fidèles que l’Église qui ouvrait ses portes devant lui était la seule véritable, la seule sainte et légitime, parce que seule elle possédait et continuait avec pureté la tradition apostolique, tandis que celles des hérétiques n’étaient au contraire que des foyers de perdition qu’il fallait fuir avec le plus
IfiO LE SYMBOLE DES APOTRES
grand soin. Il ne fut pas moins nécessaire, dans les siècles suivants, de mettre les fidèles en garde contre les séductions des hérésies de jour en jour plus nombreuses, et de les lier, dès le principe, par leur profession de foi, à la cause de la saine doc- ^ trine.
Los hérétiques avaient en apparence les mêmes dogmes que l’Église. Ils faisaient profession de croire en Dieu le Père ; ils appelaient le Christ le 'Sauveur; ils invoquaient l’Esprit-Saint. Mais les explications qu’ils donnaient de ces doctrines a’é- * taient pas celles qui étaient reçues dans l’Église, tant s’en faut. Pour les uns. Dieu le Père était le principe premier, universel, dont l’ensemble de l’univers n’était qu’une manifestation : ceux-là étaient des panthéistes ; pour d’autres, Dieu le Père était simplement l’ordonnateur de la matière, chaotiquo par nature, une sorte de Ôeoî Dieu
artiste, tel qu’on, se le représentait dans l’antiquité païenne : ceux-ci étaient des dualistes. D’autres assuraient que le Christ n’avait eu qu’un corps faibtastique, le principe divin ne pouvant s’unir réellement à la matière, par elle-même mauvaise, et que, par conséquent, il n’avait souffert qu’en apparence la mort sur la croix ; c’étaient les docètes. Bien d’autres encore, tout en se servant des mêmes expressions quel’Église, les entendaient dans des sens fort différents. Quiconque n’y regardait pas de
LEvSTMBOLE des APOTRES IBl
près pouvait s’y tromper et donner dans l’iérésie, sans même s’en douter. Pour prévenir toute confusion, pour mettre les fidèles en garde contre les fausses interprétations des doctrines chrétiennes, il fallait leur en faire connaître l’interprétation vraie, celle (fue l’Égîisé avait reçue ou croyait avoir reçue des Apôtres.
Au milieu de l’extrême confusion des opinions'réligieuses au troisième siècle, il ne s’agissait plus seulement de déclarer que l’on croyait au Père, au Pils, au Saint-Esprit et à la sainte Église, fl y avait différentes manières d’y croire. Il était indispensable de marquer nettement quelle était la Bonne, c'està-dire celle que l’Église avait sanctionnée de sôn autorité. Ée là la nécessité d’additions explicatives aux quatre termes de la formule usitée à la fin du second siècle.
Rufin avoue ingénument que certains articles ont été introduits dans le Symbole des Apôtres par opposition à dés hérésies.' « Autant qu’on peut le savoir, dit -‘il, on a fait au Symbole, à cause de certaine» hérésies, quelques additions dans l’intention d’exclure des innovations en fait de doctrine *. »
1. Q'uantuna intelligi datur,proptPr nonnullos hæreticos addita quædatn videnlur, per quæ novellaft doctrinæ sensus crederetur excludi. Rufin, Expositio in Symbol. Apostolorum, p. loo. Il est assez étrange que Rufin ne se soit pas aperçu qu’il donnait par cet aveu un démenti formel à sa légende de l’origine apostolique du Symbole.
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Voulait-il seulement parler des mots « invisible et impassible • qui se trouvaient dans le Symbole usité à Aquilée, et qui ne sont dans aucun autre Symbole de cette époque ? c’est possible ; c’est du moins sur ces termes qu’il insiste quelques lignes plus loin. Ils furent, à ce qu’il assure, et non sans raison, insérés dans ce Symbole à cause de l’hérésie des patripassiens*. Mais que Rufin ait constaté une seule addition, ou plusieurs, le nombre n’y fait rien ; il reconnaît que le Symbole a pu être modifié sans le moindre scrupule, par opposition à certaines hérésies *, et cela nous suffit.
Les anciens écrivains ecclésiastiques qui ont laissé des expositions sur le Symbole ne nous signalent, en particulier, aucune des additions faites à ce formulaire ; mais ils s’accordent tous à recon-
^ . Sciendum quod duo isti sermones in Ecclesiæ romaoæ Symbolo non habentur. Constat autem apud nos additos bæreseos causa Sabellii, illius profeclo quæ a noslris palripassiana appellatur... Ut ergo excluderetur talis impietas de Pâtre, videntur bæc addidisse majores, et invisibilem Patrem atque irnpassibilem dixisse. Rufin, Expositio in Symbol. Aposlol., p. 156.
2. Rufin parait avoir compris lui-méme les dangereuses conséquences de son aveu. Il cherche à l’amoindrir, en faisant remarquer qu’à Koine, où l’hérésie ne s’était jamais montrée, le Symbole s’était conservé dans toute sa pureté. Malheureusement, la raison sur laquelle il veut prouver la pureté du Symbole romain est loin d'étre conforme à la vérité historique, en outre qu’elle laisse croire qu’ailleurs il n’en fut pas de même, et qu’on y remania le Symbole des Apôtres en opposition aux hérésies qui s’y^produisirent.
naître qu’il a été composé dans des intentions polémiques. Il n’en est pas un seul qui ne le donne pour une arme de guerre contre les hérétiques.
Saint Augustin l’appelle un préservatif contre le venin du serpent, Symbolum protectionem contra wtiena serpentis^; il exhorte les fidèles à l’avoir sans cesse présent à la mémoire pour être en garde contre ceux qui pensent autrement que l’Église, adversus diversa sentientes, et qui, séduits par le diable, dressent des pièges à la foi, qui insidiantur fidei *.
Cyrille de Jérusalem avertit les catéchumènes auxquels il l’explique qu’il leur donne des armes contre les puissances ennemies, contre les hérétiques, les juifs, les samaritains et les païens*. Avec ce glaive spirituel , leur dit-il, ils pourront combattre les combats du Seigneur, ils vaincront les puissances du mal, ils ne seront plus exposés à se laisser surprendre par les entreprises des hérétiques.
Léon le Grand parle du Symbole et des hérésies comme de choses qui se repoussent réciproquement*.
Augusii/ii Opéra, t. V, col. 96b, De Symbole, § 1.
î. Ibid,, t. V, col. 4372, Sermo 213, § 2.
3. OnXx ^X|xCavei( xxtx xi^éviuv, xxrà ’Is'jSxÎuv, xx'i SxjiafSiTûv, H7I tftvüv. Cyrille de Jérusalem, Opéra, p. 8, prologue des Catéchèses, § 6.
4. Commonimus ut inimicos catholicæ Gdei, hostes ecclesiæ, iocarDalionis domioicæ negantes et instituto a sanctis aposlolis
fl» tÉ SYMfîOtE DÈS AP'OtRES
L’aufetir (ïtr i31® seroiort De tempnre, attribué à saint Augustin, assure qu’il rompt les liens de l’infidélité *.
Ges docteurs de- l’Église pensaient-ils que la plupart des articles qui- f sont contenusy avarient été introduits à mesure qu’il avait été nécessaire d’'âffirmer et de préciser la doctrine de l’Église en opposition à des adversaires? On- peut le croire de saint Augustin, qui ne donne jamais ce formulaire pour l’œuvre des Apôtres. Mais la plupart des autres s’imaginaient que les Apôtres avaient prévu toutes les diverses opinions contradictoires ou erronées qui s’élèveraient plus tard* dans le monde, et qu’ils avaient pris soin de les condamner à l’avance. Maxfme de Turin ledit positivement. Tes Apôtres, en le composant, avaient eu en vue, selon lui, d’armer ï’Église contre la milice' du' diable^. Cette opinion était bien probablement partagée par la plupart des écrivains ecclésiastiques de cette époque. Cette singulière explication du caractère polé-
symbolo répugnantes. Léon le Grand, Opéra, p. 89. üt Iota aposlolici veritate Symboli sublata, nullusmelus lerret impios. Ibid., p. 29.
1. Hoc nexus infidelitafis'absdlvilur. Auouelim Optra, l. Y, eol. 2975.
2. Beali aposloK, ut ego reor, exemplum sequentes Êcclesiæ Del, quant adversum militiam diabolici furoris armobant, mysferium^ Symboli tradiderwit. Meximo de Tumn-, Opéra, p. 239,
■ Jit»' OfpotiUem Spmibdtr héntüiii,- M- éentiU«tteé{b«n$,
LÉ »¥MBOL£ BES ÀP&XRES 1S«
mique du Symbole se comprend chez des hommes qui n’en mettaient pas en doute l’origine apostolique ; mais elle est un non-sens au point de vue historique. Peu importe toutefois l’explication du fait; le point capital, le seul que rhistorieri' doive recueillir, c’est que, de l’aveu unanime, le Credo est une négation des hérésies des premiers siècles, qu’il a été composé en vue de ces hérésies et contre elles. Voilà le fait. Que doit en conclure quiconque s’en tient au point de vue historique, sinon qu’il a été composé après que les hérésies auxquelles il est opposé se furent produites, et dans l’intention de les repousser comme des dangers présents, de les rejeter du sein de l’Église, d’empêcher les fidèles de les prendre pour la véritable doctrine chrétienne?
A ce fait s’en joint un autre qui conduit à la môme conclusion : c’est que le Symbole n’existait pas avànt ces hérésies auxquelles il est opposé. Il ne se montre dans l’histoire qu’au moment où le docétisme, le gnosticisme et toutes les autres théories théosophiques qui y sont liées ont rallié un assez grand nombre de partisans pour être un danger réel aux succès et même à l’existence de l’Église. Avant ce moment, le Symbole des Apôtres n’avait pas de raison d’être. La formule primitive ; «< Je » crois au Père, au Fils et au Saint-Esprit, » était une profession de foi sufiSsaate. On- n’avait qne-faire
de mettre les fidèles en garde contre des erreurs qui n’existaient pas, ou qui, si elles existaient déjà, étaient renfermées dans un cercle fort restreint d’initiés, et n’avaient acquis ni assez de consistance ni assez de notoriété pour qu’on les crût dangereuses.
M. Viguié a très-heureusement mis ce fait en lumière. « La formule du baptême , dit-il, était le seul et vrai signe doctrinal de l’entrée dans l’Église. Cette formule a été dite dans toute sa simplicité tant qu’elle a paru suffisante. Quand elle ne l’a plus été, quand l’Église a senti le besoin d’affirmer, de préciser, de développer son dogme en opposition à des adversaires, alors à la formule simple du baptême sont venues s’ajouter certaines explications, ayant chacune un but direct et polémique que l’histoire nous fait toucher du doigt.
» Et à quel moment cette nécessité dogmatique a-t-eUe provoqué la formation du Symbole? Au moment de la lutte contre les gnostiques. Voilà les hérétiques, si ondoyants, si divers que le Symbole, dans ses enrichissements successifs, veut atteindre*; voilà les erreurs qui seront momentanément con damnées par chacun des articles, qui viennent s’a-
4 . Aux gnostiques, M. Viguié joint avec raison les novaliens et les donatistes, à l'occasion desqüels lurent composés quelques-uns des articles de la quatrième partie du Symbole. Viguié, le Symbole des Apétres, p, 37 et 38.
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jouter aux paroles sacramentelles et primitives du baptême; avant la grande bataille livrée aux gnostiques, il n’y a pas de formation du Symbole *. »
C’est ce qu’avaient déjà très-nettement vu les théologiens réformés de la fin du dix-septième siècle et du commencement du dix-huitième.
« Les Apôtres, dit Basnage ne nous ont point laissé de confession de foi . Contents d’avoir exposé toute la doctrine du salut dans les écrits du Nouveau Testament, ils n’en ont fait aucun abrégé. Il semble aussi que cela n’était pas nécessaire, parce que les hérésies n’étaient pas encore nées, et qu’on demandait seulement aux catéchumène!, avant que de leur conférer le baptême, s’ils croyaient au Père, au Fils et au Saint-Esprit. En effet, c’est là le premier Symbole qui ait paru. Plusieurs siècles se sont même écoulés avant qu’on en ait vu d’autre. Mais enfin, les erreurs se multipliant à proportion qu’on s’éloignait de la source du christianisme, on crut qu’il fallait que les orthodoxes fussent distingués des hérétiques par quelque caractère »
2. Basnage, Histoire de la religion des Églises réformées, t. II, p. 218 et 219.
3. C’est précisément en ces termes que s’expriment les écrivains ecclésiastiques qui, au quatrième siècle et au cinquième, expliquent le Symbole des Apôtres. Ils s’accordent tous à le donner pour, la marque par laquelle les vrais croyants se distinguent des hérétiques et des schismatiques. Voyez plus haut, 1 er partie, chap. 2, p. iS et suiv.
Avant Basnage,Suicer avait fait remarquer, dans son Commentarium in Symholum nicceno-constantinopolitanum, que les hérésies qui s’étaient successivement élevées avaient forcé l’Église d’ajouter, en différentes circonstances, plusieurs articles au Symbole des Apôtres *.
Ce n’est pas seulement les protestants qui ont constaté ce fait ; tous ceux des théologiens catholiques qui ont apporté quelque peu d’esprit critique à l’étude de l’histoire ecclésiastique l’ont également reconnu. Des Odoards Fantin avoue évidemment que ce formulaire s’est développé par opposition aux hérétiques, quand il explique l’absence de certains articles dans les anciens Symboles par cette circonstance qu’il ne s’était pas encore produit des hérésies sur les points qui y sont mentionnés*. Le père Le Brun est plus explicite. A l’occasion de la liturgie des Arméniens, il fait remarquer que plusieurs Églises se trouvèrent dans la nécessité d’ajouter au Symbole certaines déclarations contre les hérésies qui se produisaient au milieu des chrétiens. De ce nombre fut celle des Arméniens, qui s’en tenait, dit-il, au Symbole des Apôtres et qui se crut obligée d’y faire quelques additions contre les nou-
4 . Suicer parle «acore daos le môme Beos, dans 80 b Tktssxnts tcdesiasticui, t. II, p. 4089.
2. Dictionnaire du goucernemai, 4e* loi* et de FÉgiiee, t. VI,
DES ADD^flES «S
v«llâs hénési«6^ ËxajulDaat -ensuite ces dirersee additions, il monti’e -qu’elles furent jEaites contre les gnostiques, les apoUiuaristes, les ariens .
Si le Sjml)ole des Apôtres avait été composé dans l’intention de présenter un tableau des doctrines chrétiennes, elles y seraient mentionnées toutes, pour le moins les principales; il n’en est rien, je l’ai déjà fait remarquer. Plusieurs y naanquent, et des plus importantes. Pourquoi? Tout simplement parce qu’elles ne donnèrent lieu à aucune hérésie, qu’elles ne soulevèrent aucun débat, et que par suite il n’y eut pas lieu de prémunir les fidèles sur ces points. .Voilà comment il se fait qu’elles ne sont pas indiquées dans le Credo.
Quelles sont au contraire les doctrines qui y soat mentionnées? Uniquement celles sur lesquelles, dans les premiers siècles, il y eut de longues et vives discussions, c’est-à-dire sur lesquelles des dissidents, souvent fort nombreux, se séparèrent de l’Église. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à -considérer d’un peu près le Symbole des Apôtres. A l’exception des
4 . Egpiicatùms de la messe, t. III, p. 46t et suit. Le père Le Brun ne cnaoque pas <fen appeler au passage de Rufin cité plus haut.
leo LE SYMBOLE DES APOTRES
trois termes de la formule primitive, Je Père, le Fils et le Saint-Esprit, et d’un très-petit nombre d’articles*, tout le reste trahit une origine polémique, et laisse facilement apercevoir quelles étaient les hérésies qu’on se proposait de combattre.
Déjà la première modification subie par la formule primitive, je veux dire l’addition du terme « la sainte Église » à ceux du Père, du Fils et du Saint-Esprit, fut provoquée par les hérésies du second siècle. Il n’était pas une seule secte qui ne prétendît posséder, à l’exclusion de toutes les autres, la vraie tradition chrétienne, et qui ne s’attribuât en conséquence le privilège d’ouvrir les portes de la vie éternelle, c’est-à-dire qui ne se donnât pour la seule Église légitime. Au milieu de ces compétitions diverses et de ces prétentions rivales, les faibles pouvaient aisément se tromper. L’Église voulut cgnjurer ce danger en avertissant ses enfants que la sainte Église véritable, c'était ellemême ; que c’était à elle seule qu’ils devaient se rallier, s’ils avaient quelque souci de leur salut*;
4. Je veux parler surtout des deux articles : < il est descendu aux enfers > et c la communion des saints >. J’en indiquerai plus loin l’origine; mais je puis déjà affirmer ici qu’ils ne sont pas nés d’une opposition à des hérésies.
5. La célèbre maxime < qu’il n'y a pas de salut hors de l’Église * est implicitement contenue dans la nouvelle formule ; < Je crois au Père, au Fils, au Saint-Esprit et à la sainte Église. » La
LE SYMBOLE DES APOTRES Itft
que les dissidents, artisans de mensonges, égaraient les cons'îiences et perdaient les âmes. 11 ne servait de rien, 1 mr disiif-nll >, de cenfessîr 1e Père, le Fils et le Saint-Esprit, si on ne mettait toute sa confiance en elle, si on ne faisait profession de croire avec elle et comme elle la doctrine, dont le dépôt avait été confié à elle seule.
Faire profession de croire au Père, au Fils, au Saint-Esprit et à la sainte Église, c’était déclarer qu’on n’appartenait et qu’on ne voulait appartenir à aucune des nombreuses sectes hérétiques de cette époque; c’était reconnaître que l’erreur était leur partage’ et la vérité celui de la sainte Église ; c’était, en un mot, s’engager à être chrétien comme eUe entendait qu’on le fût et comme elle enseignait qu’il fallait l’être.
Ce caractère polémique n’est pas moins marqué dans.les autres articles explicatifs du Symbole des Apôtres.
Pourquoi, dans la première partie, est-il question de la création du monde par Dieu le Père? Est-ce parce que cette doctrine est capitale dans les croyances chrétiennes l Mais celle de la Providence ne l’est pas moins; il n’en est cependant pas
maxime et la nouvelle Tormule sont d’ailleurs contemporaines; Je l’ai dtfjà fait remarquer.
m LG STNBOLE DES APOTRES
dit un seul mot dans le Greio *. D’où vient que l’une y est mentionnée et que l’autre y est passée sous silence? C’est que la doctrine de la Providence ne fut pas de celles qui furent débattues entre l’Église et les hétérodoxes, et que celle de la création fut au contraire vivement discutée.
Des gnostiques, les uns na voulaient entendre parler que d’un arrangement de la matière éternelle et chaotique par un Dieu agissant à la manière de l’artiste qui donne une forme harmonieuse à un grossier bloc de marbre; les autres ne voulaient voir dans l’univers que l’œuvre, non du priacipe premier, mais d’un être divin de rang inférieur. L’une et l’autre de ces théories sapaient le christianisme à sa base, celle-ci en brisant les liens qui rattachent l’homme à Dieu et en ne le laissant en rapport qu’avec dos êtres divins inférieurs, celle-là en amoindrissant la puissance divine et en limitant son action. L’Église les repoussa également avec indignation; elle proclama et lit engager ses fidèles à professer que Dieu, comme le disent les Écritures, a créé le ciel et la te^-re.
1. Du moins dans les Symboles des Apûlres de la fin du quatrième siècle et dans ceux des siècles suivants, car il en est fait mention dans celui des Conslilulioits apostulitjuis. qui est du la fin du liui.'ièiiie. Mais celte, doctrine n ayant jus été comprise dans les débats entre l'Église et .les diisidents, on la laissa tomber d un luniiulaire qui n’avait clé fait qu’eu vue de s’opposer aux hérésies.
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S’il pouvait rester quelque doute sur l’origine de cet article, voici un fait qui le dissiperait. Pendant longtemps les mots; « Créateur du ciel et de la terre* » ne se trouvèrent que dans les Symboles des Apôtres en usage dans les Églises de l’Orient *. Ils ne furent introduits que fort tard dans ceux dont on 80 servait dans l’Occident®. Pourquoi étaientüs dans les premiers et manquaient-ils dans les seconds? Par cette raison bien simple que le gnosticisme, actif et puissant à Alexandrie, dans la Syrie, dansl’ Asie Mineure, n’avait jamais réussi à prendre pied à Rome, et était inconnu dans l’Afrique. En Orient, il fallut de bonne heure prémunir les fidèles contre ses théories métaphysiques ; le besoin ne s’en fit pas sentir dans l’Occident.
Pourquoi, dans la seconde partie, la qualification d’unique fut-elle ajoutée au terme de Fils, et le
1 . Ou d’aulres semblables, tels que ceus-ci : t auteur des choses visibles et des invisibles »; Cyrille de Jérusalem, Opéra, p. 1 1 4, Catech., IX, § 3. C’est même en ces termes que cet article fut inséré pour la première fois dans un'Symbolo latin, Aa~ giulini Opéra, t. V, col. 1301.
2. Celui de Jérusalem et celui qui est rapporté dans les Conititutio^is apostoliques, lib. VIII, ch. 42.
3. Cet article ne se trouve dans aucun des Symboles occidentaux de la Gn du quatrième siècle, il fut introduit par saint Augusliii dans celui des Églises d’Afrique ; mais il ne fut admis i[ue plus tard dans ceux des autres Églises latines. Il n'est connu ni de Pierre de Ravenne et de Maxime de Turin, qui vivaient vers le milieu du cinquième siècle, ni môme de Veuaulius Fortuiiatus, évêque du i’oiliers, qui mourut vers Cü'J.
iti LE SYMBOLE DES Al'OTHKâ
titre de « Notre-Seigneur » mentionné dans ce même article? Évidemment parce que les gnostiques ne tenaient pas Jésus-Christ pour le Fils unique du Père, puisqu’ils l’associaient à de nombreuses émanations, et parce qu’ils ne se réclamaient pas de lui comme de leur seul Seigneur. Dans quelques-uns des Symboles eu us^ge dans les Églises de l’Orient, la qualification d’unique se rapporte non au mot de Fils, mais à celui de Seigneur ; cette rédaction est probablement la jdus ancienne. Elle marque encore mieux le caractère polémique de cet article, et montre plus clairement qu’il était dirigé contre des sectaires qui ne voyaient pas dans Jésus- Christ le Fils de Dieu par excellence, et qui avaient plusieurs seigneurs dans la multitude des æons.
Pourquoi faisait-on confesser aux néophytes que Jésus-Christ est né de la Vierge Marie par l’action du Saint-Esprit * ? Ce fait évangélique était, ce semble, assez connu des chrétiens pour qu’il ne fût pas nécessaire d’en faire le sujet spécial d’un article dans une profession de foi. Mais les ébionites et, en général, les chrétiens judaïsants ne tenaient Jésus- Christ que pour un prophète ; la plupart ne savaient rien de sa naissance miraculeuse; et les docètes, par suite de leur opinion sur la matière qu’ils re-
t. La plus ancienne rédaction de cet article était : Nalut de Spiritu Sanclo ex Maria Virijine.
ganlaient comme la source du mal, prétendaient que le Christ n’avait eu qu’un corps apparent. Ces erreurs mettaient en suspicion la véracité des écrivains sacrés ; elles diminuaient les mérites du sacrifice du Sauveur, elles rabaissaient sa personne. Ce fut pour mettre en garde les fidèles contre elles, pour les en éloigner, que l’on inséra dans le Symbole non-seulement l’article relatif à la naissance miraculeuse du Seigneur, mais encore la plupart de ceux qui composent la seconde partiè de ce formulaire, et qui sont comme un résumé de l’histoire de Jésus-Christ. Ces articles ne sont que la reproduction presque liltéralô des déclarations d’Ignace, d’Irénée, de Tertullien, d’Origène contre les docètes. En les leur empruntant pour les faire entrer dans la profession de foi des catéchumènes, on entendait, comme eux, les opposer principalement au docétisme.
Dans quelques Églises de l’Orient, on lisait au lieu de ces mots ; « Né par le Saint-Esprit de la Vierge Marie, crucifié sous Ponce Pilate, » cette formule plus brève : « Incarné et crucifié, » oapxfe)- Ôevva xa'i (jTaupwôévTa, OU celle-ci '. « Incarné, s’étant fait homme et crucifié », aapxuOev-ra svavSpomi'cavTa xa'i oTaupbiOévT» *. Ces expressions montrent clairement qu’on avait ici pour unique hut de bien