PREMIÈRE PARTIE
n’est NI l’ceüvre DES HOMMES DONT IL PORTE LE NOM NI LE RÉSUMÉ DE LEURS DOCTRINES
La critique historique venait à peine de naître, à la suite du grand mouvement du quinzième et du seizième siècle, que deux des esprits les plus perspicaces de cette époque, Laurent Valla et Érasme, mirent en question l’origine apostolique du Credo. Luther, qui parle de ce formulaire dans deux ou trois de ses opuscules, ne l’attribue jamais aux Apôtres ; il le met sur le même rang que le Sym bole de saint Athanase et celui de saint Ambroise et de saint Augustin. Il les traduisit tous les trois en allemand, pour donner, dit-il, une nouvelle
LE SYMBOLE DES APOTHES preuve qu’il restait d’accord avec toutes les Églises véritablement chrétiennes *. Calvin n’attache pas la moindre importance à la question de l’origine de cette confession de foi, preuve manifeste qu’il ne la croyait pas des premiers prédicateurs du christianisme. « 11 ne nous faut pas beaucoup nous soucier, dit-il, de l’auteur de ce sommaire » *.
Des théologiens qui tiennent de très-près aux réformateurs, et qui prirent une part active à leur œuvre, furent moins réservés. Jean Brentius nia très-nettement dans son Catéchisme 1 2 3 que notre formulaire fût l’œuvre des Apôtres 4 5 . L. Lavater, gendre de Zwingli, dont il représente vraisemblablement l’opinion sur ce sujet, soutint qu’il ne pouvait pas être antérieur à la fin du quatrième siècle b ; et, par une coïncidence remarquable, si elle est fortuite, Sam. Parker émit, presque en même temps, une opinion identique sur la date du Credo 6 .
1 . Luther, Die drey Symbole, dans la colloclion de ses œuvres, par J. G. Walch, t. X, col. 1198.
2. Calvin, Inst, chrêt., liv. XI, ch. 16, col. 602 de l'édition de 1865.
3 . Calechismus pia et utill erplicatione illustratus, J. Brentio auclore, Francf., 1551, in-4. Ce Catéchisme eut beaucoup d’éditions et fut traduit en allemand. .
4. Adhoc ab apostolis esse negat disertim Joannes Brentius in Catechismo. G. J. Vossius, De tribus Symbolis, p. 6.
5. De descensu Jesu Chrisli ad inferos. Francf., 1610, in-8. Ce traité a dû avoir des éditions antérieures.
6. De descensu Domini nostri Jesu Chrisli ad inferos. Amsterd.,
Au dix- septième siècle, les théologiens réformés les plus éminents de l’Angleterre et de la I-Iollande démontrèrent qu’il était de beaucoup postérieur aux Apôtres*. A la même époque, l’attention ayant été appelée, en Allemagne, sur ce sujet, par les tentatives de Calixte, qui avait conçu le projet de réconcilier les diverses Églises protestantes sur le terrain de ce formulaire, les luthériens orthodoxes finirent aussi par en repousser l’authenticité *. Les théologiens réformés de notre pays se prononcèrent de bonne heure dans le même sens. Daniel Charnier déclara qu’il est pour le moins très-incertain que le Symbole, tel que nous l’avons, ait été composé par les Apôtres 3 . La sévère orthodoxie de Dumoulin ne l’empêcha pas de partager ce sentiment *. Jurieu fit un pas de plus : il ne se borna
4614, in-4. Lavaterus et Parkerus, uteri|ue libro de descensu Christi ad inferos,- demum posl annum CCCLXXXtl condilum arbitrantur. G. J. Yossius. De tribus Symbolis, p. 6.
1 . G. J. Vossius, Dissertaliones tresde tribus Symbolis, apostolico, Atlianasiano et Constantimpolilano. Arnsterd., 4642, in-4, p. 1-117.— Jacip tisserins, De romance Ecclesiœ Symbolo aposlolorum vietere Londres, 1647, in-4. — YYilsius, Exercitationcs sacrœ in Symbolum. Amsterd., 1697, in-4.
2. Kayser, L’origine et ta formation du Symbole des Apôtres, dans la Revue de Théologie. Strasbourg, t. X, p. 153. Malthes, Compar. Symbolik aller christl. Confessionem, p. 45.
3. Esse ab Apostolis Symbolum sic compositum, si non falsum, certe quod proximum falso es.-o nemo negat, incertum est. Dan. Charnier, Panstrolia, lib. IX, De comme, cap. 10.
i. Theses sedanenses , t. 1 , p, 581
pas à en contester l’origine apostolique; il soutint, etnon sans raison, qu’il n’est pas, dans tous les articles qui le composent, en parfaite conformité avec l’Écriture sainte, et qu’il faut en chercher le sens non dans les écrivains sacrés, mais dans l’intention et le but que s’étaient proposés ceux qui le rédigèrent *. Plus précis encore que Jurieu, Basnage montra que les Apôtres n’avaient pas laissé de confession de foi, et que presque tous les articles du Symbole avaient été dressés en vue de repousser et de condamner les hérésies qui se multipliaient à mesure qu’on s’éloignait de la source du christianisme 1 2 . Plusieurs écrivains catholiques se sont également prononcés contre l’origine apostolique du Credo. « On peut douter sans témérité, dit Ellies Dupin, que les Apôtres aient dressé ce Symbole mot pour mot, tel qu’on le récite dans l’Église romaine. Il y a même des raisons très-fortes qui font voir que cette opinion, quoique très-ancienne, est très-peu vraisemblable » 3 .
1 . King, Historia Symboli Apostolorum. La Haye, 1765, cap. 1, § 3Î.
2. Basnage, Histoire de la religion des Églises réformées, t. Il, p. 218 et 21 9, et Exercitationes in Baronium, p. 470 etsuiv.
3. Ellies Dupin, Dissertation préliminaire, ou Prolégomènes sur la Bible, éd. in-4, t. II, p. 99 ; (Grancolas) Critique abrégée des ouvrages des auteurs ecclésiastiques, 1. 1, p. 85-92; Des Odoards Fantin, Dictionn, raisonné du gouvernement, des lois, des usages et de la discipline de l’Eglise, t. VI, p. 162-165.