‹ Le symbole des apôtresChapitre 9 sur 158 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La confession de foi qui porte le nom de Symbole des Apôtres, et qui est pins ordinairement appelée le Credo par les catholiques, n’est pas, comme on le répète souvent, un lien commun entre toutes les Églises chrétiennes, au-dessus des nombreuses diversités d’opinion qui les divisent. Elle n’est en usage en effet que dans l’Église latine et les diverses communions qui se séparèrent d’elle, au seizième siècle. L’Église grecque ne la connaît pas même de nom.

C’est sans doute un fait considérable quelle soit entièrement inconnue d’une des trois grandes fractions de la chrétienté. Il n’est pas sans valeur pour l’histoire de ce formulaire, et on verra plus loin ce qu’il implique. Il ne saurait cependant en amoin-

drir à nos yeux l’importance. Les Églises qui l’admettent, et en font usage, sont celles qui ont le plus de titres à notre intérêt, non pas seulement parce que nous vivons au milieu d’elles, mais encore et surtout parce qu’elles ont été les foyers de la civilisation moderne. Le catholicisme, après avoir été l’âme de l’Europe civilisée au moyen âge, y exerce encore une influence marquée, et la réforme du seizième siècle a été en quelque sorte le point de départ de la culture actuelle et l’éveil de l’esprit scientifique et critique.

Si l’on s’en rapporte à l’Église catholique, ce formulaire est l’œuvre des Apôtres, comme le titre qu’il porte semble l’indiquer; et cette opinion est partagée par la plupart des protestants, bien que des réformateurs, les uns aient fait des réserves expresses sur l’origine apostolique qu’on lui attribue, et que les autres n’en parlent que comme d’une profession de foi de même nature que celles qui ont été composées par plusieurs anciens docteurs de l’Église.

Une confession de foi attribuée aux Apôtres ne peut être considérée que comme un fidèle résumé des croyances chrétiennes. C’est bien ainsi que l’entend l’Église catholique, quoiqu’il y manque plusieurs des doctrines qu’elle enseigne, entre autres celle de la transsubstantiation. Les réformateurs, tout en se refusant à reconnaître dans ce

formulaire l’œuvre des Apôtres, admirent également qu’il est le sommaire de la foi, quoiqu’il contienne bien des doctrines qu’ils combattaient énergiquement, par exemple celles de l’absolution donnée par l’Église, de l’invocation des saints, et du purgatoire, et qu’il n'y soit pas fait mention de plusieurs de celles auxquelles ils tenaient le plus, telles que celles de la grâce, de la prédestination, et du péché originel.

Quoi qu’il en soit, et quelles que soient les raisons qui aient pu porter les catholiques et les protestants à le prendre pour un sommaire des croyances chrétiennes, c’est par suite de cette opinion que le Symbole des Apôtres est lu comme une profession de foi dans plusieurs cérémonies ecclésiastiques, chez les uns comme chez les autres, et que la récitation en est prescrite aux fidèles de l’un et de l’autre culte, dans leurs dévotions particulières. C’est également à ce titre qu’il a été choisi pour être le thème du Catéchisme du concile de Trente, et celui de tous les anciens catéchismes protestants.

Si l’on consulte l’histoire, on arrive à une opinion bien différente et sur l’origine et sur la valeur dogmatique de ce formulaire. Aussitôt qu’avec la renaissance des lettres se fut éveillé l’esprit d’examen, on attaqua la tradition qui en attribue la composition aux Apôtres, et on en mit en question

i LE SYMBOLE DES APOTRES

l’accord avec le christianisme primitif. Plus tard, au dix-septième siècle, des théologiens réformés, d’une érudition étendue et d’une rare sagacité, ne se bornèrent pas à prouver, comme on l’avait fait jusqu’alors, que le Credo répond non à l’état des croyances dans l’Église apostolique, mais à cel.ui de l’Église latine au quatrième ou au cinquième siècle, et que par conséquent il n’est pas et ne peut pas être l’œuvre des Apôtres, ce qu’ils établissaient d'ailleurs par bien d’autres faits aussi peu contestables. Ils s’attaquèrent à la question même de l’origine historique de ce formulaire, et mirent au-dessus de toute contestation qu’il s’était formé peu à peu, à travers de longues et nombreuses transformations.

Deux faits, entre autres, furent constatés par ces habiles critiques :

1° Que le Symbole des Apôtres dérive de la formule primitive qui, dans les premiers âges de l’Église, servait de profession de foi aux néophytes, au moment de leur baptême, et qui consistait en ces mots : « Je crois au Père, au Fils et au Saint- Esprit » ;

2° Que les additions qu’on y fit furent provoquées par la nécessité dans laquelle se trouva l’Église de prémunir les nouveaux fidèles qu’elle admettait dans son sein contre les erreurs des hérétiques et des schismatiques, principalement con-

tre celles des gnostiques, et d’insérer pour cela dans la formule qui leur servait de profession de foi, à leur baptême, diverses déclarations propres à leur indiquer comment il fallait entendre les vérités chrétiennes, dont les dissidents donnaient des interprétations erronées.

Ces deux faits expliquent l’origine de la plupart des articles qui composent le Credo; mais, ce qui est encore plus important, ils nous apprennent comment ce formulaire a pris naissance, et comment le cercle s’en est élargi à mesure que l’Église a eu à repousser de nouveaux adversaires.

Depuis le dix-septième siècle, la connaissance des premiers âges de l’Église s’est à la fois étendue et rectifiée. On s’est fait des idées plus exactes de la manière de penser propre à cette époque, des conceptions diverses qui s’y trouvèrent en présence, des luttes qu’elles soutinrent entre elles, et des elfets qui en résultèrent pour les croyances et l’organisation ecclésiastique. Grâce à ces nouvelles lumières que la critique a jetées sur cette période de l’histoire de l’Église, il est aujourd’hui possible, facile même, de corriger les erreurs de détail et de combler les lacunes de l’explication que Vossius, Witsius, Basnage et d’autres encore se sont accordés à donner de l’origine et de la formation successive do notre formulaire. C’est ce que l’ai essayé de faire dans cette étude, qui n’est en

somme qu’une continuation des travaux de ces hommes éminents sur le Symbole des Apôtres, et dans laquelle je me suis proposé de montrer comment cette confession de foi a pris naissance vers le milieu du troisième siècle, et par quelles transformations elle a passé avant d’atteindre, environ trois cents ans plus tard, sa forme définitive.

Page 1