‹ Le symbole des apôtresChapitre 11 sur 158 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le Symbole des Apôtres fut inconnu pendant les deux premiers

siècles.

De toutes ces raisons, qui, selon Ellies Dupin, s’élèvent contre l’authenticité du Symbole des Apôtres, la plus frappante est, sans le moindre doute, le silence que les écrivains chrétiens des deux premiers siècles gardent sur ce formulaire. Avant la dernière partie du troisième siècle , il n’en est pas fait mention une seule fois ; et ce ne fut qu’à la fin du siècle suivant que quelques écrivains ecclésiastiques le donnèrent pour l’œuvre des Apôtres. Personne n’en savait rien auparavant. Eusèbe lui-même, qui a recueilli avec tant de soin une foule de détails relatifs aux destinées de l’Église depuis les Apôtres jusqu’au temps où il vivait, ne dit pas un seul mot de ce formulaire. Le Symbole existait cependant alors, non pas, il est vrai, sous sa forme actuelle, mais sous une forme assez peu différente. Il le connaissait certainement. S’il n’en parle pas, c’est que cette pièce n’avait encore ni l’importance ni la réputation qu’elle acquit plus tard, c’es't surtout parce qu’elle ne passait pas alors pour l’œuvre des Apôtres.

De quelle considération, cependant, n’aurait pas été entourée une profession de foi rédigée par les

disciples immédiats de Jésus-Christ ? De quel poids n’aurait-elle pas pesé dans les nombreux et ardents débats qui troublaient l’Église? Elle aurait été le juge suprême des controverses; elle ne fut pas invoquée une seule fois. Il y a plus : peut-on supposer un seul moment que, si elle avait été de la main des Apôtres, si même, sans en être réellement, on avait cru, à la fin du premier siècle ou au milieu du second, qu’elle en était, peut-on supposer qu’elle n’eût pas été insérée dans le recueil des écrits sacrés de la Nouvelle Alliance?

On prétend trouver dans les écrits de quelquesuns des plus célèbres docteurs chrétiens du second et du troisième siècle des preuves que ce formulaire leur était connu, par conséquent qu’il existait de leur temps. S’ils n’en ont pas invoqué l’autorité en termes exprès, ils en ont du moins, dit-on, tantôt cité littéralement et tantôt paraphrasé librement la plupart des articles. Comment auraient-ils pu le faire, ajoute-t-on, si le Symbole des Apôtres leur avait été inconnu et n’avait pas existé de leur temps ?

Voyons donc les citations et les paraphrases du Credo, qu’on prétend trouver dans les ouvrages de ces anciens écrivains chrétiens.

Le premier passage qu’on allègue est de saint Ignace : « Fermez vos oreilles, dit-il aux fidèles de » l’Église deTralle, quand on vous parle sans Jésus-

» Christ qui est de la race de David, fils de Marie, » qui véritablement est né, a mangé et bu; qui vé- » ritablement a souffert la persécution sous Ponce » Pilate, a été véritablement crucifié et est mort, » à la vue de tout ce qui est au ciel, sur la terre et » sous la terre; qui véritablement est ressuscité des » morts, son Père Payant ressuscité comme il nous » ressuscitera nous-mêmes, nous qui croyons; il » nous ressuscitera ainsi en Jésus-Christ, sans qui » nous n’avons pas la véritable vie. Que s’il n’a » souffert qu’en apparence, comme le disent cer- » tains hommes sans Dieu, c’est-à-dire incrédules, » eux qui ne sont qu’en apparence, pourquoi suis-je » chargé de chaînes » *?

11 ne sera pas inutile de rapporter un autre passage de ce Père apostolique. Parallèle en quelque sorte au précédent, il nous fera encore mieux comprendre l’intention dans laquelle l’un et l’autre ont été écrits : « Vous êtes affermis en la charité, par » son sang, dit saint Ignace aux fidèles de Smyrne, » et pleinement persuadés qu’étant Fils de Dieu, il » est véritablement descendu de la race de David, » est né véritablement d’une Vierge par la volonté » et la puissance du Père; qu’il a été baptisé par » Jean pour accomplir toute justice ; qu’il a été vé- » ritablement crucifié en sa chair pour nous, sous

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