Mabillon, Vetera analecta, t. IV, p
Ghœrbald, évêque de Liège, au siècle suivant *, Albert de Padoue au commencement du quatorzième, Gabriel Biel au quinzième, d’autres encore moins connus, reproduisent l’une ou l’autre des divisions précédentes ou en imaginent de nouvelles.
On ne s’est pas contenté d’adopter cettp légende; on a voulu en prouver la vérité historique par une interprétation , aussi absurde toutefois que la légende elle-même, du mot Symbole, cuu.6A.ov, par lequel ce formulaire est désigné. Ce mot, dit Gabriel Biel, dérive de sym (cuv) qui veut dire avec, et de bote (6Ao?) qui signifie morceau , partie. Cette
1. Symbolum vero quod rluodecim apostoli, unusquisquo versiculum sutnn edidit; sicut duodeciin fuerunt apostoli, duodecim versiculosediderunt ad noslram (idem etcredulitatem. Ghærbaldi epiecopi Leodiensis instructio pastoralis ad gvegem suian, dans Veterum scriptorum et monumenlorum amplissima collectio, de Martène et Durand, t. VU, col. 17. L’opinion soutenue par Ghærliald que le Credo doit être divisé en douze articles, parce que chacun des douze Apôtres en avait composé un, est une conséquence mémo de notre légende. Guillaume Durand de Saint- Pourçain la repousse, non sans quelque mépris, tout en rapportant cependant aux Apôtres la composition du Symbole. Alii assignant, dit-il, distinclionem et numerum arliculorum secundum numerum apostolorum, qui primum Symbolum condiderunt. Sed quia lalia assignatïo per accidens est et nimis arlificialis, ideo dimiltilur. Sentent., lib. 111, dist. 25, quart. 2, n° 9.
confession de foi a donc été appelée Symbole, parce qu’elle est un composé de parties diverses, particularurn collectio : chaque Apôtre y a fourni son morceau, quilibet Apostolorum particulam suam, quasi bohim stiurn apposait. 1
Cette belle explication n’est pas cependant de l’invention de Gabriel Biel. Elle avait cours depuis longtemps parmi les érudits du moyen âge. On la trouve déjà dans une exposition du Symbole de Joslen, évêque de Soissons au douzième siècle. De qui celui-ci la tenait-il? Je l’ignore; je n’ai pas su en découvrir le premier auteur, et je le regrelte, car je ne connais pas de spectacle plus riche eu utiles enseignements que celui des efforts que fait l'esprit humain, une fois qu’il est dans le faux, pour se prouver à lui-même qu’il est en pleine possession de la vérité. Quoi qu’il en soit, ce que dit Joslen sur ce sujet mérite d’être connu du lecteur. « Le mot Symbole, dit-il, est composé de syn, pré- » position grecque et de bolc. Syn, signifie avec, et » bole, bouchée, c’est-à-dire ce que la bouche peut » prendre à la fois de pain ou de nourriture. l)e • même donc que plusieurs convives font un pique- » nique, c’est-à-dire un repas en commun, auquel » chacun apporte sa portion, de même firent, on
4 . Gabriel Biel, Kpitome se a colledorium circa l.ombardi sententiarum libros, lib. 111, dist. 23, §4.
» le sait, les saints Apôtres. . . Pour qu’il n’y eût » pas de désaccord dans la prédication des Apôtres, » avant de se séparer, ils se réunirent et tirent un » pique-nique spirituel, je veux dire le Symbole, » dans lequel sans doute ne furent pas spéciale- » ment comprises toutes les parties de la foi, mais » seulement douze sentences, comme ils étaient » eux-mêmes douze, Matthias ayant été déjà sub- » stituô à Judas, de sorte que chacun d’eux apporta » la sienne » *.
Rapporter cette explication de la fable racontée dans les sermons 115 e De tempore et le premier du supplément de Vignier, c’est la juger. « Cette mauvaise plaisanterie de Biel et des autres scolastiques de son espèce, dit itsius, ne mérite pas une réfutation. » 1 2
1. Symbolura nomen est compositum ex Syn, græca præpositione, et bolo. Syn id est cura, unde quod nos conjuga, græcus synjuga dicit. Bolus buccala est, id est quantum panis vel cibi bucca simulcapit. Siculergo multi convivæ confratn faciunt, id est commune convivium, et unusquisque pro se ponit, ita et sancti Apostoli fecisse noscunlur... Nediscors esset fidei prædicatio in numerosis Apostolis, antequam dividerentur, convenerunt, confram spiritualem confecerunt, id est Symbolum, in quo quidem non omnes partes fidei specialiler complexi sunt, setf duodecim tantum sententiæ, sicut ipsi duodecim eranl, substitulo jam Matthia pro Juda, ita ut unusquisque suum poneret. Josleni episcopi Suecionensis expositio Symboli, dans Veterum scriptorum et monumentorum amplissima collectio, ed. Martène et Durand, t. IX, col. 1102 et 11 03.