Clément d’Alexandrie, Strom., lib. I, cap. 4 et
C’est à ces doctrines qui n’étaient pas révélées à tout le monde, ou pour mieux dire, c’est à cette partie V v du culte à laquelle on ne les avait pas encore admis, que les catéchumènes étaient initiés par le baptême. Ce qui était secret à cette époque dans le christianisme, c’était moins une doctrine proprement dite que les cérémonies qui s'accomplissaient seulement en présence des fidèles, c’est-à-dire les deux sacrements du baptême et de la sainte cène. Il est bien vrai que ces sacrements représentaient une doctrine, celle de l’union mystique des fidèles avec le Sauveur, doctrine qui était en quelque sorte le dernier mot, le point culminant de la religion chrétienne, et qui avait cligné naissance à la maxime si souvent répétée depuis, mais qui date de cette époque, que hors de l’Église il n’y a pas de salut *. Mais ni cette maxime ni les croyances d’où, elle était sortie comme une conséquence logique n’étaient tenues secrètes ; les véritables mystères étaient les sacrements 2 ; on leur en
1 . Exlra hanc domum, id est, extra ecclcsiam nemo salvalur. Origène, De Jesu Nave homil. ni, § 5. C’est la première fois, si je ne me trompe, que cette opinion est exprimée en termes aussi explicites.
2. Augusti Handbuch dcr christ. Archéologie, t. I, p. 150. La partie de la cérémonie du baptême dans laquelle, après la réci-
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donnait le nom * . C’est donc à des mystères qu’on initiait les postulants (competentes).
Dans cet état de choses, être admis à prendre part aux sacrements, c’était bien, à la lettre, être initié
tation du Symbole des Apôtres et de l’Oraison dominicale, le sacrement était administré au néophyte, ne se célébrait qu’en présence des fidèles; les catéchumènes qui ne devaient pas encore être admis au baptême ne pouvaient y assister, et, avant qu’elle commençât, un diacre les avertissait de sortir. Cela se pratiquait encore au neuvième siècle, comme on le voit dans des rituels de cette époque. Àdmonentur a diacono ita dicendo : Catechumeni recedant. Si quis catechumenus est, recedat. Omnes catechumeni exeant foras. Martène, De antiquis Ecclesiœ ritibus, 1. 1, p. 103 et 172.
i. Cyrille de Jérusalem, Opéra, p. S, præf.,§. 4, p. 9; §7, p. 97. Catech., vi, P 16 ; catech. mystag. v, g 19; Ambroise, De mysteriis, au commencem.; Grégoire de Nazianze, Opéra, 1. 1, p. 687, C; voyez Martène, Ibid., t. I, p. 66 et suiv. « Lorsque les chrétiens, dit M. Alfred Maury, transportèrent à la cérémonie de la messe, c’est-à-dire à l’eucharistie et à l’ensemble des rites dont elle est entourée, le nom de mystères, ils ne firent que continuer à employer cette expression grecque avec son acception païenne, quoique la solennité nouvelle qu’ils substituaient aux anciennes eût un caractère tout différent. La messe est une représentation symbolique de la passion du Sauveur, un ensemble de rites qui communiquent aux assistants* ainsi que le faisaient les mystères antiques, des grâces particulières. La catéchisation et le baptême sont uno véritable initiation, et donnent à ceux qui l'ont reçue le droit d’assister à ces cérémonies augustes. Peu à peu ce privilège des chrétiens catéchisés devint le patrimoine de tous, de même que les mystères de l’Attique, en recevant de plus en plus d’initiés, finissaient par doter la presque totalité de la nation hellénique des avantages qui n’avaient appartenu, dans le principe, qu’à un petit nombre. » Histoire des religions de la Grèce antique, t. II, p. 301 et 302.
LE SYMBOLE DES APOTRES ISi
à des mystères. Cela est tellement manifeste que, pour parler de cette admission des catéchumènes dans l’Église, on se servait du langage des mystères de l’antiquité païenne. La réception des néophytes aunombre des fidèles était appelée l’initiation chrétienne, twv ypt<mavwv ve^ern*, et les catéchumènes qui recevaient le baptême, des initiés, pourvoi, p7]6êVreî s , baptisrni sacramento initiaii, myateriis dignati 3 . ou encore des illuminés, fomÇopivoi, des. nouvellement éclairés, veoipoms-roi 4 .
Que la formule par laquelle se faisait l’initiation chrétienne fût tenue secrète, comme l’avaient été auparavant les formules d’initiation aux mystères païens 5 , cela se comprend. Et en effet on se gardait bien de l’écrire. Tertullien n’en parle qu’en
1. Origène, Contra Celsum, lib. VI, cap. 21. L’expression de «Xml s’appliquait ordinairement à la consécration bachique, à l’admission aux fêtes nocturnes de Dionysos, fêtes qui offraient un caractère secret et auxquelles les initiés pouvaient seuls prendre part. Elle signifiait aussi une fête qui avait pour objet une purification ou une réconciliation. Alfred Maury, Histoire des religions de la Grèce antique, t. II, p. 298. Êt6).é<i«d; signifie, en général, un initié. ÉnXs'aSn; t* *EXtu<rivw, un initié aux mystères d’Éleusis. Lucien, Catapl. 22.
2. Constitut. apostol., lib. VIII, cap. 7 et 8, dans Sacrosancta concilia, t I, col. 465, E. Augusli Handbuch der christl. Archéologie, t. 1, p. 149.
3. Gregorii Ngsseni Opéra , Paris, 1638, t. II, p. 126, B, et 127, D.