Cyrilli Hierosol. Opéra, p
soit qu’ils comprissent mieux l’esprit du christianisme, soit que leurs tendances pratiques s’accommodassent mal des procédés mystiques qui paraissent avoir eu toujours un grand attrait pour les Orientaux, soit qu’ils n’eussent pas l’habitude des mystères qui ne s’étaient jamais établis dans l’Occident comme des institutions permanentes et nationales. En recommandant de ne pas mettre par écrit le Symbole des Apôtres, ils suivaient une tradition ancienne dont ils ignoraient à la fois et l’origine historique et le sens primitif ; mais ils ne semblent pas y attacher la môme importance que les Pères grecs.
Ces écrivains ecclésiastiques latins auraient été certainement fort étonnés d’entendre soutenir, avec Origène, qu’il y a un christianisme exotérique et un christianisme ésotérique, une doctrine pour les catéchumènes et une autre pour les fidèles. Saint Augustin, en particulier, est si éloigné de cette opinion, qu’en enseignant le Credo aux postulants, il leur déclare à plusieurs reprises qu’il n’y a rien dans ce formulaire qu’ils ne connaissent déjà et qu’ils n’aient appris soit par la lecture des livres saints, soit par les prédications auxquelles ils ont assisté. Le Symbole, leur dit-il, ne contient ni faits ni doctrines qui soient nouveaux pour vous ou que vous n’ayez entendus, non nova vel inaudUa sunt vobis 1 .
\ . Ea quidem quæ breviter accepturi estis, mandanda mémo-
Ce n’est donc pas en réalité d’une initiation au sens propre du mot qu’il s’agit en Occident, au quatrième siècle, quand on fait apprendre aux postulants le Symbole des Apôtres, et quand ceux-ci le récitent à l’évêque au moment de leur baptême. On entend seulement compléter leur instruction religieuse, leur inculquer un résumé de la doctrine chrétienne tel qu’il ne sorte plus de leur mémoire, et leur donner un formulaire par lequel ils puissent s’engager publiquement à faire profession de la foi admise dans l’Eglise, ut fuies vestra œdificetur, et confessio prceparetur, et memoria non gravetur, ainsi que le dit saint Augustin. Le Symbole des Apôtres n’est pas autre chose en réalité pour les Pères latins, à partir de la fin du quatrième siècle, et c’est ce qu’il sera désormais pour l’Église catholique. Quand ils l’appellent un mot de passe, un mot d’ordre, ils n’entendent plus ces expressions dans le sens qu’on leur donnait auparavant. Ils
riæ et ore proferenda, non nova vel inaudita sunt vobis. Nara in sanctis scripturis et in sermonibus ecclesiasticis in mullis modis posita soletis audire.' Sed collecta breviter et in ordinera certain redacta atque constricta tradenda sunt vobis, ut fides vestra ædiücetur, et confessio prceparetur, et momoria non gravetur. Augustini Opéra, t. V, col. 1 371 , Sermo 21 4, § 1 . Et encore : Quidquid in symbolo audituri estis, in divinis sacrarum scripturarum litteris continetur.... hoc est symbolum, quod vûbis per scripturas et sermones ecclesiasticos insinuatum est. Ibid., t. V, col. 1363, Sermo 212, § 2. Voyez aussi ibid., t. VI, col. 917, De Symbolo sermo, § 1 .
n’ont pas conscience, il est vrai, de cette différence ; ils croient qu’on n’a jamais pris ces expressions traditionnelles autrement qu’ils ne les prennent ; ils ne se doutent pas du changement qu’a apporté dans les idées le changement survenu dans la position de l’Église par suite de la propagation du christianisme et de sa victoire sur les religions anciennes. Mais à la fin du second siècle, le Symbole des Apôtres, ou du moins ce qui en tenait lieu au baptême des néophytes, était bien à la lettre une formule d’initiation, servant parmi les chrétiens au même usage que les formules des mystères de la Grèce antique parmi les païens. Il introduisait dans le culte secret de l’Église ; il était la parole à laquelle les fidèles se reconnaissaient entre eux ; et c’est pour cela qu’il n’était pas plus permis aux chrétiens de l’écrire et de le révéler aux profanes, qu’il ne l’avait été aux païens de divulguer les formules des mystères d’Éleusis ou de la Bonne Déesse.
LE SïMUOLE DES A H O T h Eîj IJ.»