CHAPITRE II
Révision des Symboles des Apôlres en usage à la fin du quatrième
siècle
Les Symboles des Apôtres que nous voyons en usage, à la fin du quatrième siècle, à Alexandrie, à Rome, à Aquilée et dans un certain nombre d’Églises de l’Afrique proconsulaire, forment ce qu’on pourrait appeler la seconde période de formation de notre formulaire. Nous avons à en signaler et à en décrire une troisième. Ce n’est pas, en effet, de ces Symboles de la fin du quatrième siècle qu’est sorti directement le Symbole vulgaire. Il y a entre eux et lui un intermédiaire.
Cette nouvelle transformation du Symbole des Apôtres eut lieu vers le commencement du cinquième siècle. On a de bonnes raisons d’en faire honneur à saint Augustin. Le Credo ainsi modifié ne paraît pas s’être répandu bien loin ; mais il importe d’en constater l’existence, parce qu’il est l’antécédent immédiat du Symbole vulgaire, qui n’en est qu’un remaniement. Ce Credo, auquel nous pouvons donner le nom de saint Augustin, forme ainsi la troisième période de formation de notre Symbole.
Quand on cherche dans les écrits de l’évêque d’Hippone quel est le Symbole des Apôtres dont il s’est servi, on ne tarde pas à s’apercevoir, 1° qu’il en a cité et expliqué deux qui diffèrent sensiblement entre eux, et 2° que les écrits dans lesquels il a fait usage de l’un ne sont pas de le, même époque de sa vie que ceux dans lesquels il a fait usage de l’autre.
Il importe de mettre ces deux faits en pleine lumière.
Dans son De Ficle et Symbolo et dans ses sermons 2i3 ét214 sur le Symbole, le formulaire qu’il cite ne diffère en rien de ceux que j’ai désignés sous le nom de Symboles des Apôtres de la fin du quatrième siècle, c’est-à-dire de celui de Rome et de l’oriental, dont parle Rufin. 11 se terminait, comme ceux-ci, par l’article de la résurrection de la chair. « Ces mots, dit saint Augustin, sont la fin, Posl hcec carnis resuvrectionem, iste jam finis est 1 . » Comme ceux-ci encore, il n’avait pas l’article « créateur du ciel et de la terre » . Saint
1. Avgustini Opéra, t. Y, col. 1370, Sermo 213, § 2 ; t. VII, col. 176-180, liber De Fide et Symbolo, Sf 23-23.
Augustin ne l’explique pas en eftet dans ses écrits . Il y parle bien, il est vrai, de la création du monde par Dieu, mais c’est à propos du mot « Tout- Puissant », la création étant, ainsi qu’il le montre avec raison, une preuve et une manifestation de la toute-puissance de Dieu *. Enfin, de même que dans les Symboles de la fin du quatrième siècle, l’Église porte encore ici seulement la qualification de sainte*. Ce n’est pas, sans doute, que saint Augustin ne reconnaisse l’Église comme catholique; il en explique lui-même le caractère de sainteté par celui de catholicité. « L’Eglise est sainte, dit-il dans sou De Fide cl Symbolo, parce qu elle est catholique; üancta Ecclesia utique catholica 1 2 3 . » Mais le mot de catholique n’est pas dans le Symbole dont il se servait alors. *
Dans quelques autres de ses sermons De Symbole, entre autres le 215, et dans V Enchiridion ad Laurentium, le Symbole a quelques termes et quelques articles qui manquent dans ceux delà fin du quatrième siècle et dans celui qui est cité et expliqué dans les sermons 213 et 214 et dans le De Fide et Symbolo. On y trouve l’article de la vie
1. Augvslini Opéra, t. V, col. 1364 et<365, Sermo 243, g 1; col. 4 .372, 1373, Sermo 214, $ 2 et 3.
2. Ibid., t. V, col. 1368 et 4370, Sermo 243, § 7 et 8; col. 1279, Sermo 214, § 11.