‹ Le symbole des apôtresChapitre 78 sur 158 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Dernière révision du Symbole des Apétres

Le Symbole des Apôtres, tel qu’il sortit des mains de saint Augustin, n’avait pas encore sa forme définitive. 11 y manquait deux articles, celui de la descente de Jésus-Christ aux enfers et celui de la communion des saints ; et deux des articles qui y étaient déjà, le second de la première partie et l’avant-dernier de la seconde, n’étaient pas tout à fait ce qu’ils seront dans le Symbole vulgaire».

Toutes ces corrections sont faites dans le formulaire cité et expliqué dans les sermons 115, 131 et 195 de Tempore et dans le premier du Suppleinentum operum sancti Augustini publié par Yigaier 2 . On a ici pour la première fois le Sym-

1 . « Créateur des choses visibles et des invisibles, • dans la révision de saint Augustin; — « Créateur du ciel et de la terre, » dans le Symbole vulgaire, t 11 s’est assis à la droite du Père, » dans le Credo de saint Augustin; — « 11 s’est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant, » dans le Symbole vulgaire.

2. Le sermon 1»r du Supplément de Vignier, et les 115», 131® et 195» de Tempore sont les 240», 241», 242® et 2i4® de l’Apjicuduv dans Augustini opéra, t. V, col. 2971-2978 et 2980-2982. Le Symbole vulgaire est également cité dans le sermon 181»

bole des Apôtres complet, achevé, tel qu’il est resté jusqu’à nos jours.

A quelle époque, en quel lieu, dans quel but a-t-il subi ce dernier remaniement ? C’est ce qu’il s’agit maintenant de rechercher.

L’époque peut en être aisément déterminée. Les sermons dans lesquels le Credo est rapporté pour la première fois dans sa forme définitive sont attribués à saint Augustin. Il est reconnu aujourd’hui qu’ils ne lui appartiennent pas et qu’ils furent composés par des hommes qui prétendaient marcher sur ses traces, mais qui restèrent bien loin de leur modèle. Ils l’imitent presque constamment, quoique avec peu de bonheur ; souvent ils le copient *. Ce qui leur appartient en propre est d’une extrême

de Tempore, qui se trouve, sous le titre de Sermo de Symbolo, dans Augustini opéra, t. VI, col. 1733-1740. Mais ce sermon est une compilation du onzième ou du douzième siècle.

1. Le sermon 131e de Tempore, qui l'emporte, sous tous les rapports, sur le 113®, est plein de réminiscences des sermons de saint Augustin. 11 sc termine même par un long passage emprunté textuellement au sermon 21 2« de ce Père de l’Église, Augustini opéra, t. V, col. 1372. Ce sermon 131 ode Tempore fut en grande estime dans les Églises frankes. Avant qu'on y eût admis le rituel romain, il y servait à l’instruction religieuse des catéchumènes; on leur en faisait la lecture trois dimanches consécutifs, avant de les admettre au baptême. Marlène, De antiguis Ecctesias ritibus, t. f, p. 94 et 93.

ilU LE SYMBOLE DES APOTRES

pauvreté de pensée et de style. La différence qu’il y a entre eux et l’évêque d’Hippone n’est pas seulement celle qui sépare la médiocrité du génie. De celui-ci à ceux-là, il a dû s’écouler un assez long espace de temps. La décadence de la langue, du goût, de la pensée est bien autrement marquée dans les sermons 115 et 131 de Tempore, que dans les ouvrages, je ne dis pas d8 saint Augustin, qui est une brillante exception, mais de la plupart des écrivains ecclésiastiques de son temps, tels que Rufin et bien d’autres. Les auteurs de ces sermons sont postérieurs à ces derniers, au moins d’une centaine d’années, et si l’on considère que le formulaire tel qu’ils l’ont fait n’était pas universellement reçu à l’époque de Charlemagne dans les Églises frankes, ni même probablement dans celles d’Italie, et qu’un des deux nouveaux articles qui le distinguent des précédents se rattache à une doctrine qui date du commencement du sixième siècle, on aura d’assez bonnes raisons de croire qu’ils n’ont pas vécu avant l’an 550.

Il ne peut y avoir de difficulté sur le lieu où le Credo reçut sa forme définitive. Ce ne fut ni dans la Gaule septentrionale où il n’était pas encore universellement adopté, comme je viens de le dire, au neuvième siècle, ni en Italie où le formulaire de la fin du quatrième siècle est encore seul en usage au sixième, ni encore moins dans la Gaule

méridionale et dans l’Espagne ou le symbole usité était celui du premier concile écuménique de Constantinople. Le dernier travail de révision du symbole des Apôtres n’a donc pu avoir lieu qu’en Afrique. Le principal remaniement de ce formulaire y avait été exécuté ; celui-ci en fut une sorte de continuation. L’un avait été fait par saint Augustin, ou du moins sous son inspiration et sa direction ; il était tout simple que ses imitateurs poursuivissent son œuvre.

Le but qu’ils se proposèrent ne diffère presque en rien de celui que le célèbre évôque d’IIippone avait eu en vue. Comme lui, ils voulurent rendre meilleure la rédaction de ce formulaire, et dans cette intention, ils changèrent le visibilium et invisibilium crêatorem en creatorem cœli et terræ, expression plus claire, plus simple et moins abstraite que l’autre, et ils ajoutèrent les mots Dei et omnipotentis à l’avant-dernier article de la seconde partie qui devint alors : Sedit ad dexteram Dei Patris omnipotentis, « il s’assit à la droite de Dieu, le Père tout-puissant. » Comme lui encore, ils voulurent le compléter, et c’est ce qu’ils firent en y ajoutant l’article Descendit ad inferna, « il est descendu aux enfers, » article qni ne se trouvait jusqu’alors que dans le Credo de l’Église d’Aquilée, et en y en insérant nn autre, destiné à exprimer une doctrine qui prenait chaque jour une plus

grande importance dans les croyances des chrétiens de l’Occident et qui se rattachait d’ailleurs à des doctrines jouissant d’une grande popularité.

Quelle différence cependant entre la révision que nous avons attribuée à saint Augustin et celle qui produisit le Credo du sermon premier du supplément de Vignier et des 115 et 131 de Tempore? La première n’atteignit pas le fond du Symbole et n’en modifia en rien les doctrines. Les deux articles qui y furent alors ajoutés se trouvaient déjà dans tous les formulaires des Églises de l’Orient ; ils avaient par conséquent une sorte de sanction officielle ; ils ne portaient d’ailleurs que sur des croyances implicitement contenues dans les symboles latins de la fin du quatrième siècle; la création de toutes choses par Dieu le Père était supposée par la qualification de « Tout-puissant » donnée à Dieu *, et « la vie éternelle » par les deux articles précédents, « la rémission des péchés > et « la résurrection de la chair 2 . Enfin la

4. Saint Augustin fait remarquer lui-môme que c’est parce qu’il est tout-puissant que Dieu a créé le monde. La création est pour Jui une preuve de sa toute-puissance. Augustini opéra, t. V, col. 4372-4374, Sermo 244, § 2 et 3; t. VI, col. 262-264, De fi de et sijmbolo, § 2.

2. Pourquoi en effet y aurait-il une rémission des péchés et une résurrection de la chair, sinon pour être admis dans la vie éternelle? Saint Augustin le dit presque en ces termes . • Re-

nouvelle rédaction donnée à l’article de la naissance de Jésus-Christ déterminait plus nettement le fait lui-méme ; elle n’ajoutait rien à la croyance chrétienne et ne la changeait en rien.

Il n’en est pas de môme de la révision du sixième siècle. La nouvelle rédaction du second article de la première partie, et celle de l’avantdernier article de la seconde ne portent, il est vrai, que sur la forme ; mais l’introduction du Descendit ad infema, « il est descendu aux enfers » et du Communionem sanctorum, « la communion des saints, » ajoute deux nouvelles croyances à celles qui étaient déjà mentionnées dans le Credo, et en modifient profondément l’ensemble de la doctrine. Le premier de ces articles se trouvait déjà sans doute dans le formulaire de l’Eglise d’Aquilée ; mais on n’avait pas, pour l’insérer dans le Symbole des autres Églises, des raisons analogues à celles qui avaient engagé saint Augustin à y transporter l’article de la création et celui de la vie éternelle. Les croyances, objets de ces deux articles, étaient implicitement contenues, comme je viens de le dire, dans d’autres passages du Symbole ; mais surtout elles avaient toujours fait partie de la foi chrétienne, elles avaient été constamment proclamées

missio peccatorum si in Ecclesia non esset, nulla futuræ vilæ et liberationis æternæ spes esset. Augustini opéra , t. V, col. 1369, Sermo 213, § 8.

par toutes les Églises ; les inscrire dans le Credo, c’était tout simplement y exprimer en toutes lettres ce qu’il était facile à chacun d’en tirer par voie de déduction ; en définitive, ce n’était pas étendre ce formulaire, c’était seulement le rendre plus clair. Au contraire, les croyances que supposent les deux articles nouveaux ne sont en aucune façon des conséquences de celles qui y étaient déjà contenues. Quoique répandues au sixième siècle parmi les chrétiens de l’Occident, elles n’avaient été officiellement reconnues ni par une grande assemblée ecclésiastique, ni même par aucune Église considérable de cette époque.

Le fait exposé dans le premier de ces deux articles : Descendit ad inferna, « il est descendu aux enfers, » était connu, il est vrai, depuis les premiers temps du christianisme ; il était resté cependant dans l’ombre jusqu’au moment où les prédicateurs du quatrième siècle s’avisèrent d’y chercher des tableaux brillants et des effets oratoires. Il avait reçu, il est vrai encore, une sorte de sanction dans un synode tenu à Sirmium en 358 par des semiariens 2 ; mais le sens dans lequel il fallait l’enten-

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