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PRÉFACE
manquèrent pas de faire les écrivains ecclésiastiques qui combattirent les hérésies de leur temps. 11 n’est pas un seul d’entre eux qui ait négligé d’en dresser le tableau. En Orient, on appelait cette sorte de résumé des croyances catholiques un canon de la vérité, xxvwv tÿîç àV/iOeta;, et en Occident, une règle de foi, régula fidei.
Ces formulaires diffèrent entre eux, sinon dans le fond général, du moins dans la forme. Les uns sont concis et affectent la forme d’une confession de foi; d’autres sont développés et ont une certaine tournure oratoire; il en est dans lesquels on semble avoir voulu mentionner toutes les croyances propres à l’Église catholique à cette époque; il en est d’autres dans lesquels on s’en est tenu à celles qu’on regardait sans doute comme fondamentales. Évidemment, aucun des écrivains ecclésiastiques qui ont tracé des tableaux des croyances catholiques n’avait l’intention de dresser un formulaire destiné à servir de profession de foi dans l’Église ; il n’avait pas d’autre but que d’indiquer à sa manière quelles étaient celles sans lesquelles on ne pouvait pas être compté au nombre des vrais chrétiens. On
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n’en saurait douter, quand on voit que quelquesuns d’entre eux, par exemple Irénée et Tcrtullien, ayant à énumérer, dans des ouvrages différents ou dans des' parties différentes d’un même ouvrage, les doctrines de l’Église catholique, le font chaque fois en des termes différents. Dans tous les cas, aucun de ces formulaires n’a jamais été revêtu d’un caractère officiel.
Le seul formulaire qui, après la formation de l’ancienne Église catholique et avant le Symbole du concile œcuménique de Nicée, ait eu un caractère officiel, est celui qui est généralement connu sous le nom de Symbole des Apôtres. Ce n’est pas qu’il eût été solennellement sanctionné par quelque assemblée de délégués des communautés confédérées. Comme il était né d’une simple transformation ou pour mieux dire d’un développement d’une formule qui servait, depuis longtemps déjà, de profession de foi aux néophytes au moment où ils allaient être admis par le baptême au nombre des fidèles, il n’en fut regardé que comme une forme perfectionnée, comme une édition améliorée, si l’on peut ainsi dire, et il en prit naturellement la place.
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Cette substitution s’opéra d’autant plus facilement que les additions faites à l’ancienne formule la complétaient, sans en changer l’esprit, et répondaient aux besoins et aux sehtiments des communautés unies en une Église catholique , en exprimant les croyances par lesquelles elles se séparaient des sectes rivales. C’est probablement à Alexandrie ou à Antioche, c’est-à-dire dans des lieux où le gnosticisme avait une certaine puissance, et offrait un danger sérieux aux communautés qui se liguèrent pour le combattre avec plus de chances de succès, que cette transformation eut lieu vers le milieu du troisième siècle. Sous cette forme nouvelle, la profession de foi des néophytes se répandit de proche en proche dans la plupart des Églises de l’Orient; elle passa de là en Italie et dans l’Afrique proconsulaire. Mais un grand nombre d’Églises ne l’adoptèrent pas, et continuèrent encore longtemps à faire usage de l’ancienne formule.
Cette modification de la profession de foi des néophytes, vers le milieu du troisième siècle, est sans le moindre doute un fait considérable. On y a la
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preuve manifeste des craintes que le gnosticisme inspirait à cette époque à l’Église catholique. Les additions qui furent faites alors à l’ancienne formule étaient toutes dirigées, en effet, contre cette théosophie. Ainsi, l’établissement de la hiérarchie et la confédération des Églises, qui en avait été comme la conséquence, n’avaient pas suffi pour garantir la pureté de la foi. 11 fallait encore s’assurer de la fidélité des membres des communautés unies, en leur faisant promettre, au moment de leur baptême, qu’ils entendraient les croyances controversées dans le même sens que l’Église dans laquelle ils entraient, et non dans celui que leur donnaient des sectes rivales.
Ce n’est pas là cependant que réside le plus grand intérêt historique du Symbole des Apôtres. Ce qui le recommande à l’attention de l’historien, c’est d’avoir été pendant trois cents ans, au moins, un formulaire ouvert, dans lequel on inscrivit successivement les croyances catholiques, à mesure que, sous la pression des besoins du moment ou de l’esprit du temps, elles sortaient, comme des con-
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séquences plus ou moins logiques et nécessaires, des croyances antérieures.
La formule qui en a été le fond primitif remonte à la fin du premier siècle ou au plus tard au commencement du second, et nous rappelle une époque de foi simple et naïve qui n’avait été encore ni troublée ni déviée par le besoin de formules dogmatiques. A peine a-t-on conçu l’idée d’une confédération des communautés qui repoussaient en commun, d’un côté, l’idéalisme théosophique des sectes gnostiques, et de l’autre le légalisme passablement grossier des judaïsants, qu’on se hâte d’ajouter cette conception à la formule primitive, et qu’on juge nécessaire de faire engager les néophytes à croire non pas seulement au Père, au Fils et au Saint-Esprit, comme on avait fait jusqu’alors, mais encore à la sainte Église, dont la notion venait d’être déterminée. La lutte continuant avec une vivacité croissante contre les diverses sectes gnostiques, on fait suivre les termes du Père et du Fils d’articles explicatifs, destinés à marquer nettement dans quel sens l’Église catholique, en opposition aux spéculations de la gnose, enseigne à ses membres à les entendre. Quand, au
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troisième siècle, les novatiens mettent en question les privilèges spirituels de l’Église, en prétendant qu’il est des péchés auxquels nul pouvoir ecclésiastique ne peut promettre ni encore moins assurer le pardon, il devient indispensable d’expliquer dans un sens contraire le quatrième terme de la confession de foi des néophytes, et d’y ajouter quelques articles destinés à affirmer le droit que l’Église catholique prétend tenir de Dieu, d’ouvrir les portes du ciel en remettant les péchés et en donnant la vie éternelle. Enfin, les luttes apaisées et l’Église débarrassée des dangers que lui avaient fait courir l’hérésie et le schisme, on insère encore dans le Symbole des Apôtres deux articles, qui, contrairement aux précédents, ne furent pas provoqués par quelque opposition de sectes rivales ou dissidentes, et qui expriment des croyances nées d’un développement de l’Église catholique parfaitement libre, mais s’accomplissant dans un temps et dans un milieu où il ne restait plus de traces de l’ancienne culture et où commençaient à s’épaissir les ténèbres de l’ignorance.
Ainsi, tandis que les professions de foi, les règles
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de foi, les canons de la vérité, les Symboles des conciles témoignent seulement de l’état des croyances au moment où ils sont formulés, le Symbole des Apôtres doit à la manière toute particulière dont il s’est formé l’avantage d’être l’image et l’expression d’un développement long, fécond et de grande importance. Il nous fait assister, en quelque sorte, aux luttes et aux progrès de l’ancienne Église catholique. L’histoire de sa formation côtoie l’histoire des dogmes pendant les six premiers siècles, et ne s’explique que par elle.
C’est à l’étude de la formation de ce Symbole que ce volume est consacré. Les raisons qui m’ont engagé à entreprendre ce travail se sont sans doute présentées déjà d’elles-mêmes à l’esprit du lecteur. En outre de l’intérêt historique que présente une confession de foi née dans les circonstances que je viens de rappeler, il m’a semblé qu’une étude de ce genre aurait le double avantage, d’un côté, de donner une idée de la manière dont les dogmes se produisent et se formulent, et, de l’autre,
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de jeter quelque jour sur l’histoire, si peu connue parmi nous et cependant si digne de l’être, des premiers siècles de l’Église.