‹ Le symbolismeChapitre 13 sur 30 · A LOUIS II DE BAVIERE · texte numérisé non relu

A LOUIS II DE BAVIERE

Pour Adolphe Retté.

0 vous qui, devançant l'inéluctable loi, Avez étreint la mort au lit d'une eau profonde. Bien qu'ici-bas, Louis, vous ayez été roi. Votre royaume à vous n'était pas de ce monde.

Suprême chevalier des légendes d'azur.

Obstinément fidèle à leur splendeur pâlie. Vous tourniez vers le cycle évanoui d'Arthur Des yeux couleur de mer et de mélancolie.

Et c'était comme un clair de lune intérieur Qui blanchissait votre âme, ô Louis, et les fées Vous appelaient tout bas leur candide seigneur, Vous seulement épris d'impossibles trophées.

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Sur l'hippogriffe aux reins vainement révoltas Et qui frappe le soir de ses ailes de cuivre, S'en aller verg le bois où. dorment enchantés D'antiques rois chenus que votre appel délivre.

Et revoir sur le seuil des palais abolis

Que l'incantation souveraine relève.

Les dames et les preux s'éveiller des oublis

Pour vous suivre, ô leur prince^ à des festins de rêve

Un noble enchanteur vint qui, par des sons, rendit A votre àme l'antique et glorieux domaine Et le magicien que tous avaient maudit Vous dédia son œuvre en mépris de la haine.

Vous fûtes à travers ses somptueux accords Tous les beaux chevaliers qu'il évoque, et votre âme, Votre âme qui cherchait dans le Passé son corps Se retrouva splendide au jour puissant du drame.

L'Advenu radieux que la si pure Eisa Suivit, quand il partit, d'un regard nostalgique, C'était vous : cette enfant votre cœur l'épousa — Puis le départ là-bas et le cygne mystique.

Vous fûtes entraîné par le sabbat vainqueur, Poussant votre cheval k travers les bois sombres. Les mânes et la nuit vous ont pris votre cœur. Car ce n'est pas en vain qu'on provoque les ombres.

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Vous qu'elles adoraient, elles vous ont dompté. Vous n'avez pas connu l'ardeur silencieuse De ceux dont l'âme étreint la chaste vérité. Vous avez écouté l'ondine astucieuse.

Et maintenant, après tant de songes soufferts, Peut-être, prisonnier d'un Passé qui vous brûle, Vous revenez quand vibre en vos châteaux déserts Le cri valkjTien des paons au crépuscule.

Ensuite, Le Gardonnel s'étant un peu calmé, je l'emmenai chez moi ; je lui fis prodiguer les soins nécessaires et je le gardai quelques jours. Ah! il me donna hiendes écheveaux à retordre! D'abord, il fallait le surveiller constamment, car il ne rêvait que de s'échapper pour courir les rues, prêcher les Parisiens et les convertir au papisme le plus exalté.

La nuit, il ne dormait pas. Je lui avais dressé un lit sur le divan qui occupait un coin de mon cabinet de travail. Agité par la fièvre, il se jetait hors des draps, envahissait ma chambre à coucher et me réveillait en sursaut pour me confier, d'une voix étranglée par la peur, que des diables le torturaient, lui soufflaient du feu sur le crâne et lui tenaillaient les membres. Je le rassurais de mon mieux ; je le remettais dans son lit, je lui appliquais des compresses et, pour l'apaiser, je lui récitais des vers empruntés aux Bucoliques de Virgile. L'harm.onie merveilleuse des chants du grand poète latin, les douces images qu'ils lui suggéraient

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écartaient de lui les fantômes. Il s'assoupissait pendant quelques heures. Puis les cauchemars le réveillaient de nouveau et, derechef, il se réfugiait, en criant, auprès de moi.

A la fin j'eus recours à un stratagème qui me réussit. Un soir, avant de le mettre au lit, je pris un morceau de craie et je traçai un pantacle sur le plancher. Je lui affirmai que ce talisman m'avait été indiqué par un Mage, héritier direct des secrets du roi Salomon et qu'il était infaillible pour tenir à l'écart les mauvais esprits. Le Cardonnel me crut. Dès lors, son cerveau, du reste, se dégageant tous les jours, il dormit tranquille — et moi aussi.

Peu après, un finlettré, M. AlidorDelzan, qui aimait et admirait Le Cardonnel, l'emmena à la campagne. Il s'y remit complètement ; et nous espérions tous qu'il allaitnous donner, plus que jamais, de beaux vers. Mais la vocation de pi'êtrise ne le lâchait pas. Il partit pour Rome, y entra dans un séminaire, fut tonsuré et oint de toutes les huiles indispensables, paraît-il, au sacerdoce. Revenu en France, il a été nommé vicaire d'une paroisse près de Valence, dans le Midi.

On m'a dit qu'il composait des odes au Saint-Sacrement et que son curé, hostile à la poésie, le vexait de diverses façons. En tout cas, s'il est vrai qu'il rime encore, cela donne bon espoir qu'il laissera un jour la soutane, pour revêtir de nouveau la pourpre étoilée des lyriques. Je le souhaite fort, car Le Car-

donnel était un excellent poète. Ses vers musicaux, parés d'images rares, évocatrices comme des pierreries fabuleuses, son sens du mystère font de lui une des illustrations du symbolisme.

S'il persiste à s'abolir aux pieds du Galiléen, il faut espérer qu'en compensation, un éditeur intelligent aura l'idée de réunir ses poèmes en volume.

Il me reste à indiquer ce que devinrent les reliques de Monseigneur Afifre. Adrien Remacle a gardé le camail. Quant à la croix pastorale, je l'ai donnée à une jeune personne de mœurs légères qui, bonne catholique, me certifia qu'elle lui porterait bonheur.

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