‹ Le symbolismeChapitre 5 sur 30 · YOUS · texte numérisé non relu

YOUS

Acturus se recueillit et, après avoir étanché la sueur

qui lui baignait le front, il me répondit : « Il faut que je consulte mon esprit familier. Revenez demain, »

Le lendemain, je ne manquai pas de revenir. L'oracle nous avait été favorable. Il fat convenu que non seulement nous paraîtrions tous les mois en un fascicule de deux cents pages, mais encore que nous serions imprimés en caractères elzévirs tout neufs.

Le symbolisme était sauvé ! Et c'est ainsi que parut la seconde Vogue, rédacteur en chef, Gustave Kahn, secrétaire de la rédaction, Adolphe Retté.

Il y avait eu en 1886-87 ^"^^ première Vogue où collaboraient Verlaine, Jean Moréas, Jules Laforgue, Gustave Kahn, Charles Vignier, où M. Charles Henry préludait à l'esthétique bizarre qu'il devait développer, par la suite, dans la Revue Indépendante et où furent publiées, pour la première fois, les Illuminations et Une Saison en enfer d'Arthur Rimbaud.

La seconde Vogue, moins vide-poche que la première, parut en juillet i88g, c'est-à-dire en pleine exposition. Elle avait pour principaux collaborateurs : Paul Adam, Henri de Régnier, Francis Vielé-Griffîn, Félix Fénéon, Maurice de Flcury, Georges Vanor, Gustave Kahn y faisait la critique littéraire, les autres y donnaient des nouvelles, des poèmes, des articles d'esthétique et, sous la rubrique ]\otes et notules, des entrefilets où nos adversaires étaient retournés sur le gril avec des raffinements exquis.

Pour deux raisons, je vais reproduire deux articles

parus dans le numéro d'août. La première c'est que, lorsque la seconde Vogue mourut, je fis détruire tous les exemplaires — fort nombreux — qui nous en restaient. Grâce à cette mise au pilon, elle est aujourd'hui introuvable et je doute que les plus acharnés pourchasseurs de choses rares dans les boîtes des quais réussissent à en déterrer un fascicule. La seconde, c'est que ces articles prouvent que nous, qui étions accusés de nous détourner de la vie contemporaine pour rêvasser dans une Thébaïde imaginaire, nous savions parfaitement tirer de l'ambiance la matière de tableaux où ne manquaient nile sens de la modernité ni une façon mi-goguenarde, mi-lyrique de juger les événements et les hommes. Cette manière a été imitée depuis, mais non pas égalée.

Nous avions résolu de donner une large place à l'Exposition. Ce numéro d'août se conformait donc à la règle que nous nous étions imposée. En voici, d'ailleurs, le sommaire :

Gustave Kahn : Chronique, l'Art français à l'Exposition. Adolphe Retté : Bars et brasseries à l'Exposition, Henri de Régnier : Spectacles en plein air. Jean Thorel : Telles choses nCadvinrent, récit de voyage. Maurice de Fleury : Tola, conte.

Edmond Gousturier : La Reliure à l'Exposition. Notes et Notules.

Voici l'article de M. Henri de Régnier. Il est

d'autant pins intéressant à reproduire que le poète ne l'a recueilli dans aucun de ses volumes et qu'il constitue, en outre, un modèle de style cursif et d'esprit.

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