‹ Le symbolismeChapitre 9 sur 30 · MORTS ET DISPARUS · texte numérisé non relu

MORTS ET DISPARUS

Quand je me retourne pour évaluer le chemin parcouru par les symbolistes, ce ne sont pas seulement les feuilles mortes dont je viens de parler que je découvre. J'aperçois aussi, dans une brume de mélancolie, les fantômes de ceux qui, partis avec nous, auréolés d'espoir et rayonnants de lyrisme, sont tombés ou ont bifurqué avant que s'imposât l'art dont ils furent les fervents serviteurs.

La vie de Paris, si dure aux pauvres, en a tué quelques-uns. D'autres étaient marqués, dès leurs débuts, d'un sceau de fatalité. Pressentant, sans doute, qu'ils mourraient bientôt^ ils ont dépensé leur jeunesse, en prodigues, à tous les carrefours. Ils ont brûlé, comme des torches aux flammes mi-parti de violet et d'or, parmi les fêtes pavoisées de fantaisie et de rêve où certains d'entre nous tentaient de leurrer leur tristesse foncière et de transfigurer une réalité morne.

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D'autres enfin, que sollicitait une vocation plus impérieuse, ont abandonné la littérature pour chercher dans le mysticisme la source où s'étancherait leur soif d'absolu.

Il importe que dans ce livre voué à donner la physionomie d'une génération de poètes, je dresse, ne futce qu'une statuette à quelques-uns de ces disparus. Ils ont péri au plus fort de la bataille ; c'est pourquoi je juge équitable de perpétuer leur mémoire dans la mesure de mes moyens.

Je parlerai donc d'Edouard Dubus, d'Albert Aurier, d'Emmanuel Signoret qui sont morts et de Louis Le Cardonnel qui s'est fait prêtre.

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