‹ Le symbolisme de Baudelaire à ClaudelChapitre 4 sur 14 · RES · texte numérisé non relu

RES

Comme beaucoup d’autres, il est égaré par la révolulion romantique dansun labyrinthe dont il ne parvient pas à sortir. Il est condamné au morceau détaché, au fragment. Depuis André Chénier, on dirail que ce fut la destinée de tous les grands poètes du xix° siècle, siècle d'attente, de recherches, d'essais, de méditation, siècle préparatoire, dont il semble que nous allions enfin sortir.

Baudelaire, malgré tous ses efforts, n'a pu être que l'homme d’un seul livre et d’un livre composé de fragments, mais qu'anime une puissante unité intérieure et que peuple le plus poétique et le plus angoissant mystère. Là errent, dans les ténèbres, des Hamlet et des rois Lear. Souvent, au milieu d’une pièce de vers, on entend tout à coup monter une plainte et un gémissement égarés, dont la détresse vous poursuit :

L’espérance qui brille aux carreaux de l’auberge Est soufflée, est morte à jamais!

Jamais, pour ma part, je n’ai pu me redire ces vers mystérieux sans une émotion de rêverie poignante.

Le livre est plein de choses pareilles. On a beau le relire, on est sans cesse surpris et saisi. C’est un monde d’évocations et de songes. Mais il représente le travail de peut-être dix-huit années. Chacune des pièces qui le composent a dû être reprise et refaite vingt fois, à des intervalles éloignés. Beaucoup ont dû étre éliminées. Le poète n’a gardé que ce qui était irrévocablement réussi et a fait disparaître le reste,

Page 1