LIVRE III. « M UMT1Œ PREMIER. Hi'i
bole, partout la comparaison, partout le style imagé, parce que ce Langage esl en soi an langage divin et qu'il esl mieux proportionné à ta nature de l'homme.
Quelle douce et| profonde mélancolie, quelle vérité vivante dans ce passage de saint Grégoire de Nazianze : « .l'aimais le soir h me promener seul sur les bords de la dut... les (totssureicités venaient se bris sur le rivage: il- étaienl semblables à des montagnes mobiles qui s'élevaienl e1 s'abaissaienl alternativement. Les herbes flottantes, les petits cailloux et les coquillages étaienl agités et ramenés dans tous les sens. Mais le rocher solide demeurail calme dan- son immobilité.... Ce spectacle était pour moi tout un en-
smemenl La mer, c'est la vie, ce sont les choses humaines : n'\ trouve-t-on pas l'amertume et l'instabilité? et les vents et les mouvements imprévus? Au milieu de cette mer d • la vie, je voyais des caractères faibles, sans énergie, emportés par les vagues et n' ti .mi aucune résistance. D'autres, établis sur la pieu. qui est le Christ, élevés par l'énergie «le leur carai ■ au-dessus du vulgaire, demeurent immobiles, et supportent les secousses el bâtions des vagues, une fermeté d'âme qui ne sait point se démentir '-. » — Cette comparaison si simple et si belle, ne fait-elle
i. Ont. 16, t. I, c. vin et i\, p. 1238-1 I
pas mieux comprendre l<is secousses e1 les vicissitudes de la vie, que les descriptions les plus détaillées? Et les hommes avec la variété de leurs caractères
opposés, est-il possible de mieux les peindre? Qui a fourni le pinceau ? C'est toujours la comparaison.
La comparaison donne souvent au style une physionomie pittoresque. — On ajustement comparé le style imagé aux couleurs dans la peinture , aux formes en relief dans la sculpture et la statuaire. L'imago fait ressortir les choses, elle les grave dans l'esprit, ou bien elle revêt de couleurs brillantes ce qui serait demeuré presque inaperçu. Mieux que Tacite, elle dit tout en abrégeant i : dites de quelqu'un qu'il est un marbre, votre phrase est plus énergique que si vous accumuliez les détails. Vous avez tout dit dans une image : froid, poli, dur, voilà les trois idées rendues en un mot, elles sont sculptées dans une vive arête. elles sont en relief. Faites trois pages délayées, vous n'en direz pas autant peut-être, et surtout vous serez beaucoup moins intelligibles, vous laisserez moins de traces en l'esprit qui vous écoute. — C'est ce pit-
1 Quand Mgr l'évêque d'Orléans s'écrie : « un homme est un prisme, les rayons de Dieu le traversent. Ce n'est pas lui qui est beau, ce sont les rayons, c'est Dieu : mais on ne les verrait pas sans lui. » Quelle splendidc image ! elle dit plus que vingt autres pages sur la grandeur et le néant de l'homme.