‹ Le SymbolismeChapitre 14 sur 175 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE PREMIER

poètes au moins par L'idée. Leur style n'est pas froid comme L'algèbre : il est animéet plein de vie, il emprunte ses couleurs a toute la création. Lalan elle-même dont ils se lervent n'est-elle pas une continuelle métaphore! Ne frappe-t-elte pas constamment ii La porte des objets sensibles, pour] trou un écho des vérités éternelles? C'est une observation que nous nous bornons à insinuer en ce moment, nous n servant de lui donner à la fin de cet ouvre un plus ample développement. — En dehors même du Langage métaphorique qui est I»' Fond de toutes les Langues, j"1 l'ai remarqué souvent, ces hardis navigateurs de la pensée, après une excursion sur les hauteurs dénudées de la métaphysique, éprouvent le besoin de redescendre sur la terre, pour incarner Leur idée dans quelques images, afin de la mieux r. d'en déterminer Les contours, de la rendre \)\u> claire et plus intelligible pour eux-mêmes el pour iei autres : car rien n'éclaircit mieux une pen qu'une comparaison vraie et juste, rien ne rend sa conception plus facile e1 son enfantement plus complet. Lisez saint Thomas; après un vigoureux coup d'ailes, il s'arrête tout à coup, jette un regard sur «la terre, et avec c< vast i upd'œil qui saisit les analogies partout, il Laisse tomber son idée sur un objet matériel : ou plutôt il b revêt d'ui nparaisori

empruntée quelquefois à l'objet le plus vulgaire, el

il semble dire : voilà la vérité, avec le complément

de son expression. — La comparaison devienl alors

comme la pièce d'un feu d'art i ûce: au moment, où elle

jette son dernier éclat, elle laisse tumber une lumière

plus vive l.

Dans la troisième Conférence du Christ de la Tradition, nous avons longuement développé ces poi-ées, que la création était l'image des idées divines, image imparfaite, mais véritable; que chaque créature cor-

] . Citons un exemple entre mille, et nous choisissons un des plus hardis métaphysiciens de l'antiquité, un de ceux qui recherchent le moins ce qu'on pourrait appeler les fleurs de la pensée. Saint Augustin veut faire comprendre pourquoi tant de choses nous paraissent désordonnées dans le monde et il en donne celte première raison que nous ne voyons pas l'ensemble des œuvres du Seigneur. Cette réponse est excellente; mais comme, sous celte forme abstraite et laconique, elle pourrait sembler peu intelligible à. beaucoup d'esprits, saint Augustin, pour la rendre sensible, a recours à cinq comparaisons: l3 une personne placée comme une statue dans le coin d'un palais ne peut juger de la beauté de l'édifice ; 2° un soldat perdu dans les rangs ne peut pas voir l'ordre général de l'armée ; 3n celui qui d'un poème ne saurait qu'un vers, serait incapable de saisir les perfections de l'œuvre entière, 4° celui qui, dans une pièce demarquetterie,ne verrait qu'un petit carré, serait exposé, s'il se laissait aller a ses premières impressions, à accuser l'impérilie de l'artiste ; 5" En entrant dans l'échoppe d'un artisan, un ignorant aperçoit une multitude d'instruments dont il ne sait pas l'usage; plusieurs même peuvent le blesser, parce qu'il les manie avec imprudence : mais l'artisan plein d'intelligence rit de cette méprise, et continue a faire un heureux et utile usage de ses instruments. » (Divers passages, cités par Thomassin, De Dco, 1 II, c. xi, n° 11.)

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