LIVRE PREMIER, CHAPITRE II. <">-v
parole, ou enfin par quelque autre chose dont les seu< ont été frappés.
« Et notre vie ayant commencé par de pures sensations* avec peu ou point d'intelligence, indépendante du corps, nous avons (1rs l'enfance contracté une >i grande babitude de sentir el d'imaginer, que ces choses nous suivent toujours, sans ((ne nous en puissions être entièrement séparés.
« De la vient que nous ne pensons jamais, ou pi que jamais, à quelque objet que ce soit, que le nom dont nous L'appelons ne nous revienne ; ce qui marque la Liaison des choses qui frappent nos sens, tels que sont les noms, avec nos opérations intellectuelles. »
« On met en question s'il peut y avoir, en celte vie, un pur acte d'intelligence* dégagé de toute image sensible. Et il n'est pas incroyable que cela puisse être, durant de certains moments, dans les esprits clercs a une haute contemplation, et exercés durant un long temps a se mettre au dessus des sens; mais cet état est fort rare, et il faut parler ici de ce qui est ordinaire à l'entendement. »
« L'expérience fait voir qu'il se mêle toujours, ou presque toujours, à ces opérations, quelque chose desen- Sible, dont même il se sert, pour s'élever aux objets les }>lus intellectuels. »
(t Aus>i avons-nous reconnu que L'imagination,
pourvu qu'on ne la laisse pas dominer el qu'on Mche la retenir en certaines bornes, aide naturellement l'intelligence. »
« Nous avons vu aussi que nôtre esprit, averti de cette suite de faits que nous apprenons par nos sens, s'élève au dessus, admirant en lui-même el la nature des choses et Tordre du. monde. Mais les règles et les principes, par lesquels il aperçoit de si belles vérités dans les objets sensibles, sont supérieurs aux sens ; et il en est à peu près des sens et de l'entendement, comme de celui qui propose simplement les faits et de celui qui en juge. »
« Il y a donc déjà en notre âme une opération, et c'est celle de l'entendement, qui précisément, et en elle-même, n'est point attachée au corps, encore qu'elle en dépende indirectement, en tant qu'elle se sert des sensations et des images sensibles *. »
A la doctrine des Pères de l'Église, joignons celle de quelques philosophes anciens et modernes :
a La sensation est notre messager, dit Plotin, et l'intelligence notre roi, afeôr^tç oï rj|Mv ë^&koç, fia<yiXei>ç & 7tpo; %aç Ixeïvoç. — Olympiodore semble commenter ce passage quand il dit :
u Nous ne pensons pas avec les Péripatéticiens que la sensibilité est le principe de la science ; car jamais
. 1. Bossuet, De la Conn. de Dieu, t. X, c. m. 6. prop. p. 67.