LIVRE III, CHAPITRE PREMIER. I
philosophie, lespassions, enfin tout cequi demandait un style plus relevé, était <lu domaine de la poésie et de la musique. Ce qu'aujourd'hui peu de personnes -dit en état de comprendre, tout le monde en avait l'intelligence, et entendait avec plaisir chanter jusqu'aux Laboureurs, aux bergers et aux oiseleurs, comme dil Pindare. Bien plus, cette facilité pour La poésie faisait employer la musique et les vers à cor ri] les mœurs, à donner Librement des avis utiles, à conseiller La vertu, à renfermer des Leçons de sagesse dan- des fictions ingénieuses. Les Louanges mêmes des Dieux, les vœux <it les cantiques, empruntaient Les charmes de La poésie h L'harmonie du chant. Dans Les uns, c'était un talenl naturel ; dans les autres, l'effet il»' l'exercice et <1<> L'habitude ' . »
Ce témoignage de Plutarque, «lit l«i V. Thomassin, me parait avoir un rapport fort admirable <'t forl surprenant avec nos Écritures. Cai il est visible dans Les Livres du vieux Testament, que Lespremii livres qu'on écrivit furent composés en vers, <>u mêJ de vers et relevés de toute La pompe de La Poésie : que l'on usa très-souvent d'Hymnes, de Psaumes et <!«' Paraboles ; <|ii»4 la Philosophie ne fut point autrement
te par Salomon ; que la Musique fut jointe
I ï i il. SYMBOLISME.
sortes de Poésies anciennes ; que les Prophètes se servirenl d'instruments de musique, pour s'éleveraudessus d'eux-mêmes e1 pour entrer dan.- l'enthousiasme ; enfin que les simple- bergers, comme David, i'ureni capables, non-seulement de comprendre, de débiter en vers et en Psaumes cette aacienne Théologie *. »
Écoutons Strabon: « Ératosthène enseigne que les tes ne donnent pas d'instruction et qu'ils font tout uniquement pour plaire. Mais cela est faux, et contraire à l'opinion des vrais sages , qui appellent la poésie, une sorte de première philosophie, primant quamdam philosophiam, qui fait notre éducation et nous enseigne en nous charmant . et même nos auteurs disent que le poëte est le seul vrai sage. Les enfants commencent dès le bas Age à apprendre les poètes, non point seulement par récréation, mais pour se former à la vertu ; l'éloquence de la vraie poésie a précédé celle de l'art oratoire... puis le langage est descendu à la prose, comme dans une sphère inférieure et le seul nom de pedestris, que l'on donne à la prose, indique que le premier rang appartient à la poésie2. »
Aristote va plus loin, il affirme, au moins sous certains rapports, « que la poésie a quelque chose à la
1. Thomassin, Méthode d'étudier les poètes, t. p. c. ix, t. I, p. 126.
2. Strabon, 1. I, c. iv, n° 10, c. n, nos 3 et 6, p, 516, édit. Didot.