‹ Le syndicalisme anglaisChapitre 5 sur 10 · LX PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE · texte numérisé non relu

LX PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE

Bien que l’auteur se soit servi, dès le commencement de son ouvrage, des mots trade

union^ cette expression fat employée pour la première fois en 1830 seulement. Auparavant, les groupements ouvriers étaient désignés par les mots : institutions, associations, clubs, iracle societies^ unions et unions de sociétés. Dans ce sens, le mot tracle correspond en français au mot métier. Quant à l’expression trade union, elle a deux acceptions différentes, selon que le mot trade est mis au singulier ou au pluriel. Trade union désigne le groupement des travailleurs d’un seul métier; Trades union^ veut dire le groupement d’ouvriers de plusieurs métiers et, par extension, la réunion de tous les travailleurs dans une seule société. Ce dernier mode de groupement fut couramment appelé, pendant la période révolutionnaire, le Nouvel Unionisme, par opposition à l’autre mode, qualifié de Vieil Unionisme.

Le Nouvel Unionisme visait, de 1829 à 1834, à former une organisation unique et universelle de tous les salariés.

Les fileurs et les ouvriers du bâtiment du Lancashire et du Yorksliire furent les promoteurs du Nouvel Unionisme. Pendant l’année 1829, deux Unions nationales furent fondées, sur leur initiative, dans ces deux grandes indus tries; mais l’Union nationale des fileurs de coton obtint un plus rapide développement.

Les fileurs de coton. — Devant l’échec de la désastreuse grève des fileurs de Hyde, près Manchester, qui se produisit en 1829 et ne dura

1. Le mot trades union (avec un s) n’est plus en usage actuellement.

pas moins de six mois, les fileurs reconnurent l’insuffisance de TUnion locale pour résister à une coalition de patrons. Les Sociétés de fileurs existant en Angdeterre, en Ecosse et en Irlande furent invitées à envoyer des délégués à une conférence qui eut lieu à Ramsay (île de Man) au mois de, décembre 1829. L’Union générale des fileurs de coton des Irois pays y fut fondée. Ses ressources consistaient en une cotisation de 10 centimes par membre et par semaine.

Elle tint un Congrès à Manchester, en 1830, et un autre à Liverpool, en 1831. Cette Union générale, après avoir perdu beaucoup d’adhérents, est devenue, selon toute apparence, la fédération des Sociétés de fileurs du Lancashire, qui se préoccupa surtout d’obtenir une loi limitant la durée du travail.

Le principal organisateur de FUnion générale des fileurs, Doherty, après avoir sans doute abandonné, à la fin de 1829, la fonction de secrétaire qu’il y occupait, tenta l’organisation d’une association nationale, non plus des Unions d’un seul métier, mais des Unions de toutes les professions, c’est-à-dire d’une Trades Union embrassant tous les travailleurs syndiqués du Royaume-Uni.

Sur l’initiative de Doherty, un Congrès des délégués d’Unions de 20 métiers différents fut tenu à Manchester, en février 1830 ; cinq mois plus tard, réalisant le projet de Doherty, VAssociation nationale pour la protection du

travail fut fondée. Son but essentiel était de résister à toute réduction de salaire, mais de ne pas recourir à la grève pour obtenir des augmentalions. Neuf mois après sa fondation, FAssociation qui avait reçu 46,650 francs de cotisations, comptait de 10 à'20,000 membres, répartis dans les Unions de divers métiers. Elle publia, en janvier 1831, un journal hebdomadaire, la Voix dit Peuple. Francis Place devint alors le trésorier de FAssocialion. Le journal, rédigé par Doherty, soutenait les idées radicales en politique et donnait des renseignements sur les événements révolutionnaires de France.

Grâce à une active propagande, FAssociation obtint bientôt un développement considérable. Elle parvint, aux dires de journaux du temps, à grouper 150 Unions comprenant environ 100,000 membres ; le tirage de la Voix du Peuple aurait atteint 30,000 exemplaires.

Mais ce ne fut qu’un feu de paille, et ce grand mouvement se désagrégea aussi rapidement qu’il s’était produit. Divers incidents y contribuèrent: à la suite du vol, par un employé, de 2,500 francs au préjudice de FAssociation, le Congrès de 1831, tenu à Nottingham, décida que chaque Union conserverait dans sa caisse la part de cotisations qu’elle devait à l’Association; d’autre part, les Unions du Lancashire ayant refusé de soutenir la grande grève de Nottingham, les Unions de cette ville se retirèrent de FAssociation. Enfin, la presse ne cessa de montrer Fx4ssocia tion comme un danger pour les patrons, le gouvernement et les classes

moyennes. Bref, elle disparut à la fin de 1832, après avoir remplacé son premier journal par le Défenseur des pauvres gens qui ne parut que pendant Tannée 1832.

Les ouvriers du bâtiment. — La place occupée jusque-là dans Topinion publique par TAssociation nationale fut bientôt prise par d’autres Sociétés générales et surtout par V Union générale des métiers du bâtiment (General Trades Union). Elle admettait dans son sein les Unions des divers métiers du batiment et avait pour but d’unifier et d’augmenter les salaires. Son organisation laissait une assez grande autonomie aux Unions de chaque métier comme aux Unions de chaque région. [Les statuts de l’Union générale comportaient des rites secrets et des cérémonies religieuses qui rappellent nos sociétés compagnonniques.]

Sous l’impulsion de TUnion générale, les ouvriers de Liverpool adressèrent une série, de revendications à leurs patrons. La lutte fut, ostensiblement du moins, dirigée contre les gros entrepreneurs qui supplantaient de plus en plus les petits patrons de chaque métier. Le mouvement se généralisa et bientôt la plus grande partie des ouvriers du bâtiment de Liverpool fut en grève ; les réclamations des ouvriers portaient notamment sur : l’unification des tarifs de chaque métier, la limitation du nombre des apprentis, l’interdiction du travail aux pièces et des machines, etc. Ces réclamations étaient présentées sous une forme injuineuse et menaçante.

Dans une réunion tenue en juillet 1833, les patrons décidèrent de repousser toutes les demandes des ouvriers et, de plus, prirent rengagement de n’embaucher dorénavant que des ouvriers ayant déclaré, par écrite ne pas appartenir à une Union. (Cet engagement écrit est connu, dans les annales des Unions, sous le nom de présentation du document. Nous lé retrouverons souvent dans la suite de ce travail). La lutte, qui fut extrêmement vive, s’étendit à Manchester, où elle produisit les mêmes résultats.

Au milieu même de ce grave conflit (septembre 1833), rUnion générale tint à Manchester son Congrès annuel ; composé de 270 délégués, représentant 30,000 ouvriers du bâtiment, il dura six jours et coûta 75,000 francs.

Au cours de ce Congrès, auquel les événements donnaient une grande importance, Robert Owen lança l’idée que, par l’association dans la production, les ouvriers du bâtiment pouvaient vaincre les résistances patronales en travaillant à leur propre compte. Cette idée fut acceptée avec enthousiasme et, séance tenante, il fut décidé de construire, à Birmingham, un édifice (Builders' Gild Hall) destiné à servir de bureau central à rx4ssociation coopérative. La pose de la première pierre de Lédifice eut lieu le 5 décembre 1833, dans une imposante manifestation. Mais le projet de constituer une vaste Association coopérative, pouvant entreprendre la construction des bâtiments dans tout le pays, avorta complètement, et l’édifice de Birmingham

fut abandonné par les ouvriers avant même que la construction en fut achevée. Quant à FUnion générale, elle disparut en 1834.

Industries textiles, — L’activité syndicale des ouvriers du bâtiment ne constitue qu’une partie du mouvement général d’organisation et de lutte qui caractérise cette époque. En effet, on retrouve Dohert)^, en 1833, à la tête de Société pour la régénération nationale, poursuivant une agitation en faveur de la journée de huit heures', toutefois, cette Société ne demandait l’intervention de la loi qu’en faveur des enfants âgés de moins de onze ans. A cette époque, les enfants, comme les adultes, faisaient 69 heures de travail par semaine.

Sous l’influence de Doherty, les tisserands et les fileursde coton de Lancashire se préparaient à la grève générale, dans le but d’obtenir la journée de huit heures ou, plus exactement, la semaine de 48 heures.

: Au printemps de 1833, l’Union des drapiers de Leeds, fondée en 1831, déclara la grève dans plusieurs établissements, dans le double but de forcer tous les ouvriers drapiers à adhérer à l’Union et d’obtenir des patrons runification des tarifs. Les patrons ripostèrent en prenant entre eux l’engagement formel de refuser tout travail aux membres de l’Union. Les ouvriers ayant protesté avec indignation et refusé d’abandonner rUnion, les patrons fermèrent (lock-out) ‘ leurs établissements pendant plusieurs mois.

1. Le lock-out est la grève déclarée par un ou plusieurs prrtrons.

Ces événements, et plusieurs autres moins importants, portent à croire qu’il existait, en 1833, sinon une Trades Union effective (c’est-àdire une fédération de tous les syndicats existants), du moins un lien plus ou moins déterminé entre les travailleurs syndiqués.

Robert Oweii, — Le mouvement qui caractérise le mieux l’esprit et les tendances de l’époque a été organisé et dirigé par Robert Owen. Sous le nom de Grand National Consolidated Trades Union, il fonda, en janvier 1834, une Association qui, en quelques mois, groupa près de 500,000 membres, dont plusieurs milliers d^ouvrières et de travailleurs agricoles. Dans un Congrès, tenu en février 1834, à l’Institut Owen, à Londres, cette Union nationale se donna le programme suivant : assurer à ses adhérents des secours en cas de maladie et de décès, une pension de retraite et organiser des associations coopératives de production. Son plan d’action consistait à provoquer, au moment opportun, une grève générale de tous les travailleurs, afin d’obtenir ainsi la journée de huit heures. Par ses cérémonies d’initiation, ses rites secrets, l’Union nationale rappelle nos Sociétés compagnonniques, ou mieux les Chevaliers du travail de l’Amérique du Nord. Il faut dire que son extension extraordinaire tenait surtout à ce que les Unions adhérentes n’avaient aucune cotisation à verser au comité.exécutif de l’Union nationale.

Son influence croissante inquiéta bientôt le gouvernement et les patrons. Ceux-ci réso-

lurent d’exiger de leurs ouvriers la déclaration par écrit [Üie document) qu’ils n’appartenaient pas à l’Union nationale. Cette mesure provoqua beaucoup de lock-outs et de grèves qui troublèrent profondément, pendant Tannée 1834, la situation industrielle et politique.

Parmi les nombreuses mesures répressives prises par l’autorité contre ce mouvement, il faut signaler la condamnation à sept ans de déportation prononcée, en mars 1834, contre six ouvriers de Dorchester, simplement pour avoir prêté serment d’administrer une section locale de TUnion nationale : condamnation excessive qui indique bien la terreur que cette agitation inspirait aux classes dirigeantes.

Le gouvernement eut môme le dessein de modifier la loi de 1825 sur la liberté d’association professionnelle. Dans ce but, il chargea Téconomiste Nassau Senior de lui adresser un rapport sur la situation et de lui soumettre des propositions. Senior montra la situation comme extrêmement périlleuse et conclut en proposant des mesures répressives et la modification indirecte de la loi de 1825. Sans oser demander au Parlement, dans lequel les idées radicales étaient dominantes, des changements aussi importants aux lois existantes, le ministère s'efl'orça de paralyser le mouvement en faisant appliquer d’anciens textes de lois dans un esprit rigoureux ; les magistrats appliquèrent notamment des lois de 1797 et de 1819 sur les serments illégaux et prohibèrent ainsi les serments d’initiation à l’Union nationale.

Afin de protester contre ces mesures de réaction, rUnion nationale fomenta, avec le concours de plusieurs Unions qui ne lui étaient pas affiliées, une grande agitation dans tout le pays. Elle proposa la tenue, à Londres, d’un meeting monstre au cours duquel une pétition adressée au ministère de Tintérieur serait couverte de signatures. Toute la presse, le Times entre autres, rappelant les événements de 1830 à Paris, s’opposa vivement à la tenue de ce meeting. Le gouvernement fit savoir qu’il ne recevrait pas les délégués.Cependant le meeting eut lieu le 21 avril 1834; plus de 30,000 travailleurs y prirent part, ce qui, pour l’époque, était aussi considéralDle qu’une réunion de 100,000 personnes aujourd’hui.

En même temps, les hommes politiques du parti radical attaquèrent violemment le gouvernement, lui reprochant sa politique de réaction contre le trade unionisme en général et spécialement le jugement prononcé ^.ontre les six ouvriers, à Dorchester. Le Gouvernement, s’étant refusé à considérer cette condamnation comme excessive, les six ouvriers durent subir leur peine. Devant cette sévérité, la plupart des Unions, y compris l’Union nationale et l’Union du bâtiment, supprimèrent, en quelques années, l’usage du serment.

Le meeting du 21 avril 1834 causa une agitation profonde parmi les travailleurs. Les ouvriers tailleurs de Londres, surexcités au plus haut degré, décidèrent, peu de jours après la tenue du meeting, d’exiger une réduction de la

journée de travail. La première grande Loge des tailleurs, adhérente à TUnion nationale, adressa, sur un ton impérieux et comminatoire, ses réclamations aux patrons tailleurs. Sur le refus de ceux-ci d’accorder satisfaction aux ouvriers^ une grève générale des tailleurs de Londres éclata. Il y eut 20,000 grévistes.

L’Union nationale se chargea naturellement d’assurer des subsides aux grévistes. Au mois de mai 1834, elle ordonna la levée d’une cotisation extraordinaire de 18 pence (1 fr. 85) sur ses adhérents dans tout le Royaume-Uni. Mais cette cotisation n’ayant été versée que par un petit nombre de membres, il fut impossible à l’Union d’assurer à chaque gréviste une indemnité de plus de 5 francs par semaine. Finalement, les tailleurs durent reprendre peu à peu le travail aux conditions fixées par les patrons.

Cet échec et rinsuccès d’innombrables petites grèves qui éclatèrent de toutes parts à cette époque, ébranlèrent le crédit de l’Union nationale.

De plus en plus débordé par ce mouvement gréviste qui s’étendait chaque jour davantage, le Comité exécutif de l’Union nationale publia une Déclaration sur le but et l’objet des Trade Unions, dans laquelle il désapprouvait les conflits et recommandait la coopération de production.

L’Union sanctionna en quelque sorte cette Déclaration en refusant d’approuver la demande d’augmentation de salaire présentée par les cordonniers de Londres^ donnant comme motif

que, après la défaite des tailleurs, le moment était mal choisi pour engager une nouvelle grève. Les cordonniers, irrités par cette décision, se retirèrent immédiatement de FUnion nationale et firent grève avec leurs propres forces.

Une atteinte plus grave encore fut portée à rUnion nationale par le lock-out qui se produisit, en juillet 1834, dans les métiers du bâtiment. Les ouvriers de cette industrie adhéraient en plus grand nombre à FUnion nationale qu’à FUnion du bâtiment. La cause du lock-out fut véritablement futile. Les ouvriers d’un entrepreneur ayant refusé de boire d’une bière fabriquée par un brasseur hostile aux unionistes, cet entrepreneur ne permit pas, au contraire, qu’une autre bière fût bue dans ses locaux.

Tous les entrepreneurs de Londres saisirent cette occasion de forcer tout leur personnel à la signature du <( document )>, c’est-à-dire la déclaration, par écrit, de chaque ouvrier qu’il n’appartenait pas à une Union. La lutte dura jusqu’en novembre 1834, les entrepreneurs abandonnèrent le « document )), mais les ouvriers durent accepter toutes les autres conditions qui leur furent* imposées.

Ce conflit désorganisa complètement les loges d’ouvriers du bâtiment adhérentes à FUnion nationale. Dès lors, le mouvement syndical, dans cette industrie, revint à Fancien mode d’organisation en Clubs locaux et en Sociétés nationales dans chaque profession.

Pendant que ces événements se déroulaient à

Londres, des luttes et des conflits analogues sévissaient sur divers points du pays : leurs résultats ne furent pas plus heureux.

Dès la fin de juillet 1834, il était évident que les ambitieux projets de TUnion nationale avaient complètement échoué. A cette époque, les organisations fédérales avaient disparu, entraînant avec elles leurs projets chimériques. L’opiniâtre volonté des patrons à obtenir la signature du « document » fut le puissant procédé employé par eux pour combattre le mouvement ouvrier.

Une apathie générale au point de vue unioniste succéda à cette période troublée de 1830- 34, qui a vu Féclosion d’un premier « Nouvel Unionisme » caractérisé par des tendances et un esprit révolutionnaires.

Avant de poursuivre cette étude, il convient d'indiquer sommairement quels furent les initiateurs de cet important mouvement.

Durant les années de crise économique qui suivirent la paix de 1815, William Cobbett, homme politique, acquit une influence considérable parmi les travailleurs en attaquant le gouvernement et le Parlement. Ses projets de réforme, toutefois, visaient beaucoup plus l’ordre politique que l’ordre économique et social.

Robert Ovven et ses principaux disciples, se rendant compte de la transformation profonde qui s’opérait dans l’organisation industrielle, s’efforcèrent de faire prévaloir leurs théories communistes et de combattre les mauvais effets

de la propriété privée et du capital personnel dans rindustrie. Ils crurent que des associations volontaires englobant tous les travailleurs, supplanteraient à la fois les propriétaires et l’Etat, en supprimant la concurrence.

On a vu que TUnion nationale, œuvre d’Owen et de ses partisans, s’est écroulée sans avoir pu réaliserses desseins. Néanmoins, la propagande owénite a profondément impressionné le prolétariat. La campagne ayant pour but d’obtenir la journée de huit heures par la grève générale a non seulement produit de formidables grèves englobant des métiers entiers, mais elle a été aussi le point de départ d’une action continue qui, après nombre de vicissitudes, aboutira plus tard à la loi fixant la journée de travail à dix heures pour les femmes et les enfants.

Les idées répandues par Robert Owen ont également produit'ces nombreuses tentatives d’associations coopératives de production qui, notamment en 1874, ont causé tant de déceptions aux unionistes.

Dans l’ordre politique, cette période est marquée par un phénomène très significatif. Sous rinfluence de William Lovett, une modeste Union de charpentiers devint, en 1831, V Union nationale des Classes ouvrières, qui fit une campagne aussi énergique qu’impuissante en faveur du suffrage universel. La modification introduite dans le système électoral, en 1832, était loin de réaliser les aspirations de cette Union. [Du reste, le suffrage universel n’est pas encore introduit en Angleterre].

En résumé, cette période est caractérisée par des tendances agressives et des violences du côté ouvrier, et par une tyrannie extraordinaire du côté patronal.

L’apathie qui succéda à Leffervescence de 1830-34 fut de courte durée ; le mouvement unioniste reprit bientôt son essor, grâce à diverses Unions locales et Unions de métier qui n’avaient pas participé au mouvement général.

Dès 1835, rUnion des potiers obtint une augmentation de salaire à la suite d’une grève dont le succès est resté mémorable dans la profession.

En 1836, les typographes écossais fondèrent l’Association générale typographique de l’Ecosse qui, pendant quelques années, exerça un contrôle elfectif sur les conditions du travail dans ce métier.

Dans le bâtiment^ plusieurs Unions nationales avaient pu résister à tous les événements, quand les grèves importantes survenues à Glasgow, en 1837, vinrent compromettre sérieusement le trade unionisme. Ces grèves, réveillant les craintes du Gouvernement et des classes dirigeantes, aboutirent à la condamnation des leaders et à la nomination d’une commission parlementaire chargée de faire, encore une fois, une enquête sur les résultats que pourrait produire l’abrogation des lois de 1825 sur la liberté d’association professionnelle.

La situation s’aggrava de nouveau. Les Unions de fileurs de coton qui, à Glasgow, avaient dé-

chaîné une véritable terreur, virent leurs chefs condamnés à sept ans d’exil. L^état général des esprits était surexcité au point que ces condamnations furent accueillies avec la même indignation que lors de l’affaire de Dorchester, en 1834. Le parti radical prit fait et cause pour les unionistes et les défendit à la Chambre des Communes. Cependant, un député radical, O’Connell, se séparant de ses collègues, signala les défauts des Trade Unions et les accusa d’égoïsme. Finalement, sous la menace de l’enquête parlementaire, qui d’ailleurs n’aboutit point, les Unions abandonnèrent peu à peu certaines pratiques condamnées par la loi.

Vers la fin de 1837, le mouvement unioniste se reprit à décliner. D’une manière générale, la classe ouvrière lui devint aussi peu favorable que la situation économique, alors fort précaire.

Entre 1837 et 1842, il s’est produit un mouvement insurrectionnel suscité par le parti chartiste, dont le but était surtout politique. Les Unions n’y prirent part que d’une manière indirecte. Les chartistes ont bien cherché à tirer parti, au profit de leurs visées politiques, des grèves partielles ainsi que des tendances à la grève générale dans certains métiers, mais ils ne purent parvenir à enrôler effectivement les Trade Unions.

Pendant cette période, les idées communistes de Robert Owen, après avoir été sensiblement modifiées, donnèrent naissance à la coopération de consommation, — dont le type est la célèbre Association des pionniers de Rochdale, fondée

en /1844, — et aussi à la coopération de production.

La Révolution de 1848, en France, ramena Fopinion vers les projets de réformes sociales. Mais ce ne fut qu’un feu de paille. La nouvelle génération d’ouvriers, qui n’avait pas connu les époques de luttes et d’oppression, se laissait facilement pénétrer par les théories de la liberté du travail et de la libre concurrence, vulgarisation des doctrines de Bentham, Ricardo, G rote, etc.

Ainsi se termine la période révolutionnaire du trade unionisme. Le chapitre suivant va montrer, surtout dans la période de 1850 à 1875, la difliision d’idées très différentes et l’organisation p;raduelle de ces grandes fédérations et amalgamations d’Unions formées par les ouvriers de métiers, — avec leur administration centralisée, leurs caisses de secours en cas de maladie et de chômage, etc. Nous verrons aussi, fait capital, les négociations remplacer^ autant que possible, la guerre de classes, dans les rapports des Trade Unions avec le patronat.

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