‹ Le syndicalisme contre l'étatChapitre 13 sur 46 · LA PORTÉE DES LOIS OUVRIÈRES · texte numérisé non relu

LA PORTÉE DES LOIS OUVRIÈRES

plus possible les délégués syndicaux, qui ne tomberaient point soûs la tutelle du patronat, et qui constateraient les délits sans crainte de représailles; on institue, pour les infractions, des pénalités dérisoires : on énerve la législation par des interprétations qui, d'étape en étape, la réduisent à une formule vide.

L'Etat se porte donc au secours de la classe dirigeante contre la classe dirigée. Contraint à des concessions officielles, il viole les engagements pris, il foule sa propre légalité, il enseigne une fois de plus au prolétariat, et par la plus saisissante des procédures, qu'il reste outil de domination, et qu'il ne peut ni se transformer, ni abandonner une parcelle de sa fonction fondamentale.

Dans son développement historique, depuis les origines de la grande révolution économique jusqu'à nos jours, il offre une puissante et admirable continuité de vues, de tendances et d'efforts. Multipliant ses rouages au fur et à mesure de l'expansion industrialiste, empiétant sur tous les domaines, ramenant toutes les activités, autant du moins qu'il le peut, à l'organisation bureaucratique, comprimant les groupements naturels et les associations contractuelles, subordonnant les individus et les

m LE SYNDICALISME CONTRE L ÉTAT.

collectivités au salut public qui est l'intérêt particulier des possédants, il est incapable de créer, d'émanciper, d'élaborer une structure nouvelle. 11 n'est qu'une police supérieure, une police compliquée et envahissante, au profit de la classe maîtresse de l'époque. Il périra avec la hiérarchie sociale, mais s'il ne peut périr qu'avec elle, il est destiné à recevoir les premiers coups; sa masse énorme et ses innombrables contreforts surgissent de toutes parts. Il suffit de le considérer, pour comprendre l'évolution du syndicalisme.

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