‹ Le syndicalisme contre l'étatChapitre 18 sur 46 · Huret. Rhin et Weslphalie, Fasquelle, 1907, p · texte numérisé non relu

Huret. Rhin et Weslphalie, Fasquelle, 1907, p

1890, à 10, en 1907. On y compte une cité de plus de .100,000 âmes : Cologne; deux de plus de 250,000 : Dusseldorf et Essen; quatre autres de plus de 150,000 : Elberfeld, Barmen, Dortmund et Duisbourg, tandis que Bochum et Crefeld excèdent encore 100,000. Le rendement houiller a progressé de 3 millions de tonnes, en 1850, à 34 millions en 1885, à 41 en 1890, à 76 en 1906; l'industrie chimique employait 10,000 hommes en 1875, 23,000 en 1895, 30,000 en 1905. La brasserie donnait 4 millions d'hectolitres en 1884, et 13 en 1907. Ces chiffres mesurent la puissance économique de cette région. Toutes les conditions de formation du syndicat s'y trouvent admirablement coordonnées.

Voilà le district type, mais nous le retrouverons ailleurs, dans la contrée dont Prague est le centre, dans celle dont Milan et Côme sont les chefs-lieux, dans le bassin minier et métallurgique du Donetz, dans nos départements du Nord et de Meurthe-et-Moselle; il est vrai que nulle part l'étendue surpeuplée, et tout entière asservie au grand patronat, n'est aussi large que dans ces provinces rhénanes. Quoi qu'il en soit, le capitalisme accumule comme à plaisir, sans discernement et sans appréhension pour l'avenir,

les matières explosives qui détruiront sa puissance.

Le syndicat naît spontanément, sur ces terres préparées pour sa venue et pour son triomphe. L'organisation ouvrière se calque sur l'organisation industrielle, s'installe dans les cadres que l'industrie lui façonne et lui offre. D'abord, le groupe d'atelier, qui se lie aux groupes des ateliers de même fabrication, dans la localité, pour créer la première association corporative; puis au-dessus de cette association corporative, la fédération de métiers, et la Bourse du travail ou le cartel, comme l'on dit outre-Rhin, qui rassemblent, l'une les travailleurs de même métier dans toute une région, l'autre les travailleurs de tous les métiers dans une même ville. La Fédération de métiers, une fois éveillée, va susciter des syndicats dans les districts où la combativité prolétarienne reste latente ; et lorsqu'elle a réussi dans sa tâche, et qu'elle a jalonné tout le pays d'organismes nouveaux, déjà grands ou encore rudimentaires, elle se confond avec d'autres fédérations de métiers dans lafédération nationale d'industrie. Enfin, apparaissent les agrégats de dimensions plus vastes, la Confédération Générale, pour prendre ce nom, les Fédérations internationales, la Confédération Internationale.

D'assise en assise, s'élève l'édifice prolétarien. La classe ouvrière oppose d'abord ses formations à celles de la production capitaliste restreinte, et de l'État greffé sur cette production, puis brusquement, élargissant ses cadres au fur et à mesure que le marché des échanges s'étend sous l'influence des adaptations techniques, elle brise les parois de la société politique, et se dote d'une organisation mondiale.

Le syndicat a été engendré par le processus capitaliste. Il tirera un merveilleux parti des services publics, que le régime moderne institue pour assurer sa durée, sa domination, et la prospérité de la classe dirigeante. On ne conçoit pas que le groupement corporatif puisse se propager, s'il n'a à sa disposition les moyens de transport et de communication peu coûteux que l'Etat a aménagés, et dont il ne saurait limiter que difficilement l'usage. A l'époque oii l'on va lentement de ville en ville, où les messages ne se transmettent qu'au prix de multiples eff'orts, les idées ne peuvent cheminer d'un bout à l'autre du territoire. Les hommes ne prennent point le contact. Gomment se dresseraient-ils d'un élan collectif, pour soutenir une revendication? On s'explique par là, que dans les contrées où les chemins de fer demeurent rares encore, l'asso-

m LE SYNDICALISME CONTRE l'ÉTAT.

ciation professionnelle ne se développe que péniblement. Sa puissance dans un pays déterminé est subordonnée à l'extension du réseau ferré, téléphonique, télégraphique. Si, au cours d'un conflit du capital et du travail, les mesures défensives et offensives ne sont pas arrêtées rapidement et appliquées avec la simultanéité requise, tout un mouvement peut être compromis et brisé. Jadis les grands centres seuls étaient des foyers de lutte, ou bien si des centres secondaires se formaient dans les provinces, ils n'étaient pas rattachés aux premiers. On a pu dire que l'abstention des départements, — qui n'étaient que vaguement avisés, — fut pour beaucoup dans la défaite du Paris communaliste de 1871. La nouvelle organisation prolétarienne, en France comme partout, n'a pas gagné seulement en effectif et en énergie, tandis que la concentration industrielle se fortifiait méthodiquement; elle a emprunté à l'outillage, que cette concentration suppose, un supplément de cohésion et de discipline. Le régime capitaliste arme donc de toutes pièces son adversaire mortel, le syndicalisme, après l'avoir suscité dans ses propres cadres.

On peut supposer que dans la mesure ob. les syndicats ouvriers se seraient assuré les ser->

LA CONCENTRATION CAPITALISTE. Ho

vices des télégraphes et des chemins de fer, une grève générale effective à Paris aurait sa répercussion aujourd'hui à Lille, à Lyon, à Marseille, à Grenoble, à Toulouse. On peut supposer qu'une poussée collective à Berlin se propagerait dans les deux heures à Hambourg, à Stuttgart, à Cologne, à Breslau ; et l'Italie, dans les dernières années, nous a offert de curieux et suggestifs exemples de chômages épidémiques. Mais en sens inverse, la révolution russe a été en partie vaincue, parce que les associations politiques et professionnelles des différentes villes ne correspondaient pas régulièrement les unes avec les autres, et que les séditions gardaient le plus souvent un caractère local. Le prolétariat russe souffre des mêmes infériorités que l'Empire russe, et que la production russe, de la même insuffisance de l'outillage, de la même inaptitude à vaincre les distances. Partout, si l'on peut dire, la force syndicaliste est proportionnée à la force capitaliste, contre laquelle elle se dresse.

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