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LA CONQUÊTE DES SERVICES PUBLICS

d'à bord parmi les ouvriers des services industriels de l'Etat, ceux des arsenaux, des monnaies, des lignes télégraphiques ettéléphoniques, des exploitations à monopole : il englobe les travailleurs municipaux qui se heurtent à de moindres résis tances, puis il gagne, sous un titre ou sous un autre, les agents et sous-agents des postes, les instituteurs, les commis des régies financières. Les gouvernements engagent la lutte, comme en France, comme en Italie, mais ils l'engagent toujours trop tard, quand le fait syndical s'est révélé, et que l'élan d'association est tel que rien ne saurait le briser. Le mouvement d'union professionnelle, qui s'est propagé dans le prolétariat administratif, et auquel les étatisations progressives fournissent un champ toujours plus étendu, porte ainsi à l'extrême la confiance du syndicalisme.

L'évolution des groupements corporatifs, quelque pays qu'on considère, et en dépit des diversités secondaires qui y peuvent apparaître, se résume en quelques lignes. Les visées sont d'abord étroites; les ambitions des organismes naissants se restreignent à un accroissement de salaire ou à une diminution de la journée de travail, ou à l'établissement d'une rudimentaire mutualité. Dans une seconde période, le syndicat, qui se sent plus fort numériquement et moralement, développe ses institutions de toute espèce, répand sa vitalité sur des domaines nombreux, s'associe aux syndicats de même catégorie et, à la fois, exerce sa pression sur l'Etat, pour lui arracher des réformes partielles du régime social. Il croit à l'interventionnisme; il provoque la puissance publique à

une ingérence fréquente dans l'organisation de la fabrique. Durant la troisième période, élargissant encore son horizon, il perçoit au-dessus de la solidarité corporative, la solidarité prolétarienne ; il superpose des agrégats plus amples aux agrégats existants, afin d'intensifier l'action qu'il exerce sur les gouvernements, et aussi d'assurer, par son propre contrôle, l 'exécution des lois promulguées. Dans une quatrième période, il discerne enfin que la classe ouvrière ne peut espérer de l'Etat, ni initiative hardie, ni appui loyal, parce que cet Etat défendra jusqu'à la mort les intérêts de la classe possédante; il mesure combien sont proches les limites du réformisme social; il conclut qu'il doit tendre, non pas à s'abriter derrière le mécanisme bureaucratique, mais à le détruire et à fonder, par son propre effort, par une entreprise autonome, la société du lendemain.

C'est cette dernière phase, à peine ébauchée ici, mais ouverte là depuis plusieurs années et dont l'avènement est inévitable partout, qui constitue, à la vérité, celle du Syndicalisme.

Il se peut, au surplus, et la France et l'Italie nous offrent ce spectacle à l'heure présente, que certaines corporations conservent encore les thèses du réformisme limité, tandis que d'autres

Paul Louis. — Syndicalisme. 14

se proclament nettement syndicalistes. Il est évident, par ailleurs, que les prolétariats de tous les pays pris d'ensemble ne cheminent point d'une même allure. A confronter celui d'Angleterre et celui d'Italie, celui d'Amérique el celui d'Allemagne, on relève des divergences de tendances qui se ramènent à de multiples causes. Les influences du milieu géographique, celles de la race, celles de l'histoire, celles des conditions économiques secondaires ne sauraient être éliminées, et l'on retrouve, dans la discipline et la lenteur d'action des syndicats allemands, dans la méthode réfléchie des Trades- Unions britanniques, dans l'ardeur combative et subversive des fédérations françaises, des traits spécifiques, une empreinte nationale en quelque sorte, que les phénomènes nouveaux n'ont pu effacer. Mais il n'est point surprenant que la poussée syndicale se diversifie comme tous les grands courants, le courant libéral entre autres, qui ont successivement transformé le monde. Cette différenciation n'équivaut pas à un émiettement de forces. On ne peut tirer argument, contre l'évolution corporative des faits d'ailleurs accessoires que nous venons de signaler. Elle aboutit infailliblement et universellement à un formidable assaut contre l'Etat,

Voici la France : de la mutualité du début sort la « résistance », dont le titre marque déjà l'orientation, puis la Chambre syndicale apparaît. Au lendemain de la défaite de la Commune, lorsque la vie se réveille, les groupements ouvriers demeurent hésitants, Ils se renferment dans la défense des salaires, puis, sans grossir beaucoup les cotisations, dont la modicité demeure une caractéristique du mouvement français, ils renforcent le syndicat en créant des institutions professionnelles, caisses de chômage, cours, bibliothèques, viaticum, etc. Vient le début du xx^ siècle; réformistes et révolutionnaires s'entrechoquent, mais la querelle ne sera que passagère; car tandis que les révolutionnaires comprennent l'utilité des entreprises variées, qui attachent l'individu à la collectivité, même au prix d'une cotisation relevée, tandis que les Bourses de travail veulent généraliser le viaticum, les réformistes se trouvent jetés dans des luttes qui leurdémontrent l'insuffisance de leur conception.

Voici l'Allemagne : malgré leurs ressources considérables, — plus de 60 millions annuellement, — malgré leurs prélèvements grossis surchaque adhérent, plus de 34 francs, les Verbaende * ne se contentent plus de l'étroit corpo-

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