‹ Le syndicalisme contre l'étatChapitre 30 sur 46 · Vorwaerts du 28 août · texte numérisé non relu

Vorwaerts du 28 août

ratisme. Ils dépensent largement pour l'offensive et la défensive économiques, — plus de 50 millions par an, mais les contrats collectifs qu'ils passent, les augmentations de salaires qu'ils obtiennent, les réductions d'heures qu'ils arrachent, les compléments de législation sociale de plus en plus limités qu'ils provoquent, ne modifient point essentiellement la condition de leurs affiliés. Si la tactique trade unioniste leur suffisait, c'est-à-dire si l'amélioration de leur sort leur semblait dépendre exclusivement de négociations avec le patronat, ils n'auraient pas versé d'un seul bloc dans le socialisme, ils n'auraient pas établi une alliance étroite et permanente avec la Social Démocratie. Ils ont envisagé la possibilité de la grève générale : ils l'ont proclamée en Prusse du moins, et en Saxe, en l'honneur du suffrage universel. Audessus des lentes tractations, ils ont déjà aperçu d'autres formes d'attaque.

Et de même les grandes corporations britanniques ne sont pas restées rivées aux conceptions archaïques. La mutualité ne constitue plus le souci unique des Trades-Uiiions transformées, vivifiées par le souffle collectiviste. Elles savent bien que le prolétariat ne s'émancipera jamais dans le cadre de la société présente, et que son

affranchissement exige des méthodes différentes de celles du passé. Leur énorme fonds deréserve, plus de 130 millions, la puissance contributive de leurs membres, 43 francs par tête, sont mis au service de fins qui évoluent peu à peu. La constitution du parti du travail pénétré d'esprit socialiste, les caractères mêmes des dernières luttes politiques, le rejet à Nottingham, en 1908, de la conciliation et de l'arbitrage obligatoires, — mesures étatistes, — les votes généraux des congrès, tout atteste que les ouvriers anglais, comme les autres, ont mesuré l'inaptitude du régime contemporain au renouvellement.

L'énumération se pourrait poursuivre. Les économistes et les sociologues conservateurs prétendent exploiter trop largement l'opposition des syndicats jaunes et des syndicats rouges, l'antagonisme des réformistes et des révolutionnaires, les divergences de tactique qui se manifestent entre les organisations des différents pays. Par la logique des choses, plus forte que les volontés individuelles les groupements ouvriers, quel qu'en soit l'esprit initial, sont entraînés à lutter contre la puissance publique, c'est-à-dire à embrasser le syndicalisme. Cette prévision sedéduitde tous les faits déjàconstatés.

LES rNSTITUTIONS SYNDICALISTES

Si l'on dresse un tableau des services divers qu'ont créés les syndicats à notre époque, des modes d'activité qu'ils ont adoptés, des initiatives nombreuses qu'ils exercent, on ne peut être que surpris de l'ampleur de leur rôle. Et l'on conçoit comment ils se heurtent, non plus aux patrons envisagés individuellement, mais au patronat, à l'Etat, à tout le système. Et l'on comprend aussi comment ils peuvent passer de la mutualité la plus anodine, de la confiance la plus enracinée dans la législation, aux conclusions subversives.

Le groupement corporatif moderne a introduit l'assurance et l'assistance mutuelle dans les domaines les plus variés. Moyennant la cotisation qu'il fixe et qui tend universellement à s'accroître, il autorise ses membres à recourir

à lui dans toutes les circonstances fâcheuses, qui résultent directement ou indirectement du régime économique. Les grandes fédérations internationales, qui se sont formées dans les dernières années, se sont érigées, à cet égard, en éducatrices puissantes, car elles ont peu à peu acheminé les prolétariats, hostiles aux budgets syndicaux élevés, vers des notions différentes.

Si Ton prend les organismes professionnels allemands, on peut détailler, comme il suit, les services collectifs qu'ils ont institués : viaticum (1.400.000 francs, au total, en 1908), — secours de chômage (10.250.000 francs), — secours d'invalidité de maladie (10,800.000 fr), — secours en cas de décès (820.000 fr.), — secours d'urgence (660.000 fr,), — grèves dans la corporation (6.000.000 fr.), — grèves hors de la corporation et à l'étranger (90.000 fr.), — défense en justice (405.000 fr.), — administration corporative (2.650.000 fr.),— bibliothèques (200.000 fr.), — cours professionnels (108,000 fr.), — statistiques (55.000 fr.), — agitation (3.100.000 fr.), — brochures et journaux (450.000 fr.), — placement (76.000 fr.), — conférences et réunions générales (545,000 fr.), — contribution à la commission des syndicats (350.000 fr,), — contribution aux cartels (Bourses du travail) et secrétariats ou-

vriers (offices ouvriers de consultation juridique fondés dans les diverses agglomérations industrielles) (823.000 fr.).

De 1896 à 1906, les cent principales Unions britanniques ont affecté, sur une dépense totale de 437.800.000 fr. S ?)8.62.^.000 fr. aux secours de grève, 96.850.000 fr. aux secours de chômage, 185.9SO.000 fr. aux secours de maladie, accidents, vieillesse, et aux indemnités funéraires.

Voilà une première nomenclature des services syndicaux. Elle ne représente qu'une faible portion des entreprises, qui incombent aux groupements professionnels. C'est à eux qu'il appartient de débattre, de négocier, de signer, et de faire exécuter les contrats collectifs, qui, plus ou moins légalisés selon les pays, n'en deviennent pas moins une forme usuelle de la convention de travail. Ce n'est plus l'individu qui discute les conditions de son labeur, durée, rémunération, etc., mais le syndicat se substitue à lui, traitant, non seulement pour ses membres, mais aussi pour les ouvriers du même métier, qui peu à peu bénéficient de son initiative, et qu'il attire méthodiquement à lui.

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