LA THESE DE L'ACTION DIRECTE
La méthode parlementaire a convenu en principe à l'ère réformiste. L'action directe correspond à la phase syndicaliste. Rien n'est plus simple.
Aussi longtemps que l'association ouvrière croit à la possibilité d'amender le régime par une série de mesures échafaudées les unes sur les autres, elle use des moyens que ce régime lui offre. Elle procède par personnes interposées. Elle s'imagine que d'une discussion théorique, jailliront pour elle des améliorations telles, que sa vassalité sera progressivement abolie. A quoi bon mobiliser en permanence des masses d'hommes, si quelques mandataires intercalés parmi les mandataires de la classe possédante, suffisent à accomplir l'œuvre de régénération? Pendant cette période, le prolétariat renverse la
■2-2i l.E SYNDICALISME CONTRE L ÉTAT.
série logique des choses. Il suppose que l'Etat peutà saguisemodifier la structure économique, — qu'au lieu d'être un simple produit de cette structure. l'Etat la domine et lui commande. Par des tractations avec la puissance publique, les délégués des travailleurs dans les Chambres l'inclineront à bouleverser l'ordre existant. Ce n'est guère qu'après avoir éprouvé la duperie du réformisme social, l'impuissance de l'Etat à réagir contre un mécanismedontiln'estqu'une des pièces, l'inaptitude des institulious politiques à se retourner contre l'organisation de la propriété d'où elles émanent, que les salariés renoncent à l'action indirecte, ou la rejettent au second plan, ou la coordonnent avec l'action directe.
Celle-ci est la pression autonome du prolétariat sur le système de production qui s'est établi et qui subsiste. Elle s'impose surtout à l'heure précise où le syndicat, élargissant ses conceptions, s'attaqueaux fondements mêmes du statutsocial.
Elle ne signifie pas essentiellement coup de force, violence préméditée, subversion brutale, etfusion de sang, pillage et destruction. Elle n'est pas la révolution romantique, la pratique terroriste, que d'aucuns prétendent dénoncer. Elle peut revêtir des aspects multiples : elle va du boycottage à la grève générale, de la démons-