L'ENSEIGNEMENT OFFICIEL
L'enseignement, dans le monde contemporain, constitue l'un des moyens d'action de la puissance publique sur la foule. Comme il y aurait danger, pour la technique industrielle, pour le recrutement des salariés, à laisser le peupleàrignorance,rEtatconsacreàrinstruction un nombre respectable de millions. Pour prendre un exemple, et qui n'est peut-être pas le plus typique de tous, ce budget spécial chiffrait en France par 38 millions en 1869, par 77 en 1879, par 159 en 1889, par 201 en 1899. 11 dépasse aujourd'hui 282 millions, et il faut prévoir que cette somme croîtra encore assez notablement, le jour oij l'on attribuera aux écoles professionnelles, l'extension qu'elles ont prise en Allemagne, en Suisse et en Danemark.
Mais le relèvement technique de la masse
n'est pour l'Etat qu'une préoccupation de second plan ; et cette préoccupation de second plan ne s'indique môme que dans les contrées, cil s'est accomplie la transformation industrialiste. L'objet suprême de l'administration est de se prémunir contre la dilTusion des idées subversives, et de leur barrer la route, en adaptant les cerveaux aux besoins du régime, et en leur imposantune certaine conception des choses . Sans doute elle risque en répandant les principes scientitifiques elles notions même élémentaires de l'histoire, de susciter des séditieux, ou tout au moins d'armer des mécontents ; mais, même au prix de ce péril, elle préfère assurer sa mainmise sur les jeunes générations. N'est-elle point maîtresse des programmes et de ceux qui les mettent en œuvre ?
11 y a, dans l'enseignement primaire de la France, de la Suisse, de la Prusse, du Danemark, une orthodoxie dont il ne serait point malaisé de définir les grandes lignes, et cette orthodoxie change, dès qu'on a franchi une frontière. Elle sera républicaine ici, et monarchique là, encore qu'il faille discerner entre la monarchie constitutionnelle, la monarchie semi-absolutiste et la monarchie despotique, selon les contrées. Partout elle consacre les principes du régime