‹ Le Syndicalisme des Techniciens en FranceChapitre 11 sur 42 · ESP TS · texte numérisé non relu

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valent aussi bien pour la France : « Je n'ai pas fini d’en dessiner, des norias ! » me disait un jeune camarade anxieux de l’ankylose qui le guettait à l’orée de sa carrière. » 1

Voilà qui n’est pas fait pour rassurer le technicien. Le progrès l’élimine, le chômage le menace. Commentant les statistiques des services de placement des techniciens du commerce et de l’industrie, M. Rosier ? déplore un chômage particulièrement . navrant : « Ainsi se constitue une masse d’intellectuels errant au gré des circonstances les plus diverses, prêts à abandonner toute spécialisation et ainsi le fruit de tant d’années d'efforts, masse qui, en recevant sans cesse de nouvelles recrues, peut former un noyau de mécontents d’une influence particulièrement redoutable. »

Il importe cependant de ne pas faire montre d’un pessimisme exagéré. L'évolution industrielle comporte très heureusement quelques facteurs favorables aux techniciens.

Tout d’abord, il va de soi que ces efforts considérables vers une organisation plus rationnelle et vers une technique plus perfectionnée constituent par euxmêmes et pour très longtemps encore un gage certain d’intense activité intellectuelle. Et puis, de nouvelles industries se sont développées de façon extraordinaire, créant autant de besoins nouveaux et stimulant les échanges : automobile, cinéma, aviation, T. S. F,, etc. Des techniciens s’y occupent par milliers.

(1) Couturaud. — « Etapes » du 16 janvier 1937. (2) A. Rosier. — « Du chômage intellectuel >», p. 5.

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Nous tenons à exprimer ici notre reconnaissance à M. Platrier, professeur à l’Ecole Polytechnique, qui, dans un long entretien, a bien voulu nous préciser le problème quant à la France. M. Platrier confirme le discrédit des élites techniques chez nos industriels. Pendant trop longtemps, et sous linfluence des conceptions de Ford, on a professé que seul l'ingénieur commercial, apte à conquérir des débouchés, présentait quelqu’intérêt. Quant aux techniciens purs, on en trouvait « à revendre » et l’on ne se faisait pas taute de les exploiter. Au surplus, en France, on en arrivait volontiers à se passer d’ingénieurs, leur préférant de bonnes équipes d’agents de maîtrise bien conduites par un chef technique (chef de fabrication ou autre).

Mais M. Plairier nous signale que cette façon de voir appartient au passé et que déjà se dessine un mouvement contraire qui permettrait, dans un proche avenir, l’accession de notre jeunesse active et cultivée aux postes qu’un pays soucieux de son équilibre et de son prestige se doit de lui réserver.

$ 2. — Définition et classification des techniciens.

Cette partie du personnel placée entre les maîtres de la grande entreprise et les ouvriers ou employés ne présente aucune homogénéité. Avant d’aborder l'étude sociale d'éléments aussi composites, il est indispensable de les examiner d’un peu plus près. Quels sont leurs traits communs ? A l’inverse, quels sont les caractères propres à chaque catégorie ?

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Les rares syndicats qui ont travaillé à la mise au point de conventions collectives de cadres n’ont pas réussi à poser de définitions générales vraiment intéressantes. Certaines conventions englobent sous le qualificatif de « collaborateurs » tout le personnel employé et techniciens payé au mois. Cette caractéristique peut être retenue comme particulièrement commode lorsqu'il s’agit d’élaborer une convention collective, il est bien évident qu’elle n’a pas d’autre prétention.

D’autres conventions sont spéciales aux « ingénieurs ». Ce terme est généralement réservé au personnel ayant une certaine formation scientifique et technique sanctionnée par des diplômes. Il ne peut pas, lui non plus, s’appliquer à l’ensemble des cadres.

On a dit aussi que la maîtrise, c'était toute cette partie du personnel qui exerce une autorité quelconque dans l’entreprise. C’est trop exclusif. Les cadres d’études (laboratoires, analyse budgétaïre, etc...) n’exercent aucune autorité, pas plus que certains secrétaires de directeurs dont la première qualité doit être la discrétion.

Le problème doit être pris de plus haut. A notre avis, Ce qui caractérise la maîtrise, c’est une certaine identité de volontés entre elle et le chef d’entreprise, identité officiellement reconnue par la collation d’un grade ou d’un titre quelconque.

Le chef d’entreprise, depuis longtemps, ne peut prétendre à tout prévoir, organiser ou contrôler par luimême sur un plan fonctionnel de plus en plus com-

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