‹ Le Syndicalisme des Techniciens en FranceChapitre 20 sur 42 · PL · texte numérisé non relu

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sous la forme syndicaliste. Après avoir fait remarquer que les syndicats de maîrrise recrutent leurs. éléments de préférence chez ceux qui ont fait leur deuil des situations prédominantes, il conclut ! : « Le syndicat risque de situer l'organisme dit <« le plus représentatif » de la profession dans une région qui: est intellectuellement de moindre dynamisme ». Ce qui revient à dire que syndicalisme et élites sont deux mots qui jurent. M. Couturaud tombe ainsi dans cette aberration fréquente qui consiste à prendre comme critérium de la valeur sociale d’un individu la position qu’il occupe dans la société. Le directeur du « Comité de Défense des Inteilectuels Libres » devrait savoir que les « intelligences les plus dynamiques >» ne se retrouvent pas toujours, tant s’en faut, parmi les gens en place, et qu’à tout prendre, d’ailleurs, l'intelligence est elle-même un piètre critérium social. M. Doliléans situe parfaitement le problème ! : « Une échelle nouvelle des valeurs et des jugements ? Elle ne peut être établie si ne se déplace pas l’angle de l’éclairage sous lequel les hommes se considèrent et s’apprécient les uns les autres. Sans doute, de tout temps, des individus ont jugé leurs semblables non d’après des signes extérieurs, mais selon la valeur qu’ils accordaient à leur personnalité. Mais la règle des relations sociales, c’est de juger d’après les signes extérieurs, l’apparence, la richesse, les honneurs, les titres, les di-

(1) « Etapes », n° 14.

(2) Edouard Dolléans, « Victoire des Obscurs », p. 37.

plômes, l’ameublement, le crédit, et les autres ornements de la situation sociale. »

On dit aussi que le syndicalisme est incompatible. avec les fonctions d’autorité exercées par la plupart des techniciens. Les chefs qui commandent et les ouvriers qui obéissent ne peuvent pas se sentir solidaires, bien au contraire il ne peut naître entre eux que des antagonismes. Au surplus, le chef qui ferait cause commune avec les ouvriers pour une certaine action sociale perdrait ipso facto tout son prestige.

Dernier argument, présenté par M. Lambert-Ribot Jui-même !: « On ne peut pas à la fois prétendre collaborer avec le patronat et travailler à sa suppression. »

Ce sont là de purs sophismes que les théoriciens du syndicalisme ont éventés depuis longtemps et que les plus humbles militants sont capables de réfuter. Nous n’en voulons pour preuve que cet extrait d’un rapport syndical sur le rôle social des cadres ? :

« Il nous faut toujours faire preuve de plus de compréhension dans le métier et de plus d’intelligence dans l’exécution. Nos entreprises doivent être des écoles où les élèves acquièrent peu à peu la science des maîtres par leurs efforts quotidiens. Cette science, nous ne devons pas la sous-estimer, et pour autant que les instructions reçues ne débordent

(@) Conférence sur le problème social de la production, voir la Journée Industrielle du 10 janvier 1930.

(2) Syndicat des Chefs de Service et Assimilés de l’Edition- Presse-Messageries, rapport approuvé à l’unanimité du conseil

syndical le 19 décembre 1937. (I1 s’agit d’un syndicat rattaché à la C. G. T.).

rare

pas le cadre technique, nous devons nous montrer. les plus souples, les plus diligents, les plus disciplinés.

Nous entendons bien ici nos vieux ennemis...

.t Cela vous va bien de prêcher plus de discipline et plus de travail, à vous qui avez semé le désordre partout. Comment voulez-vous conserver de l’autorité sur un personnel que vous avez encouragé dans sa lutte directe contre le patronat? Vos procédés vont se retourner contre vous. »

Nos ennemis se trompent. Il y a longtemps que les ouvriers ont compris la différence entre la subordination technique et la sujétion sociale. Personne ne songe à nier la nécessité d’une coordination de tous les efforts chaque fois qu’une œuvre collective est en cours. Qu'il s’agisse de la direction d’un navire ou de celle d’un orchestre, la nécessité d’un chef n’est pas discutable. Et nous n’en avons pas aux directeurs eux-mêmes dans la mesure, du moins, où leurs émoluments correspondent à leur activité productrice. Mais que voit-on de nos jours ?.….. ….Une Concentration de capitaux, qui donne à ses détenteurs une puissance sociale aussi formidable qu’imméritée,

Fort bien, diront aloïs nos adversaires, mais si vous contrebattez le capitalisme, comment pouvezvous prétendre, en conscience, exercer les fonctions de maîtrise qui vous sont imparties par les représentants de ce même capitalisme ? Notre réponse est facile. Ce n'est pas parce que nous sommes les

victimes d’un système de production particulièrement vicieux que nous entendons rester improductifs. Bien au contraire, si nous voulons que notre voix porte, si nous voulons être entendus quand nous prêchons une forme d’organisation économique plus kumaine, nous devons dès à présent prouver aux tenants du capitalisme que nous sommes les meilleurs producteurs et que par conséquent on devra tôt ou tard tenir compte de nos formules. »

De son côté, Louis Vallon: lance en ces termes un appel au syndicalisme des techniciens : « La confusion de ces deux rapports de subordination distincts, le technique et le social, est savamment entretenue dans l'esprit des ingénieurs par le patronat, qui voit dans le personnel technique et de direction l’instrument de son autorité. Mais dans le capitalisme contemporain, cette conviction est de plus en plus difficile à maintenir. Autrefois, le capitalisme représentait effectivement l'intelligence en face des bras; aujourd’hui, il n’en est plus de même. Cette transformation n’a pas échappé à l'esprit d’une fraction importante des ingénieurs et des techniciens. Ils se sentent dominés par une autorité extérieure à la vie du travail, insolente et désinvolte. Seul le syndicalisme pourra, par son action propre, fournir une base démocratique à l’autorité sociale, et du même coup renforcer l’autorité technique nécessaire, qui serait ainsi librement et collectivement acceptée par tous. »

(1) L. Vallon. — « Le syndicalisme et le problème des cadres. » Idée et Action, avril-mai 1937.

8 3. — Les courants syndicalistes dans la maîtrise.

Ainsi, malgré les résistances acharnées du capitalisme, le syndicalisme des techniciens est né. Il s’est même considérablement développé depuis 1936 malgré les difficultés signalées plus haut et qui semblaient décourager à l’avance, dans les cadres, toute tentative d'organisation sociale.

Au reste, si le développement du syndicalisme des cadres rencontre infiniment plus d’obstacles que n’en a rencontrés le mouvement ouvrier, il semble bien que sur un point, il marque un avantage sur ce mouvement. Il y a en général plus d'intelligence dans la maîtrise que chez l’ouvrier. Il en résulte qu’à effectifs égaux, un syndicat de techniciens s’organisera et s’administrera mieux qu’un syndicat ouvrier et que son action sera mieux conduite, sauf le cas, bien entendu, où des créatures du patronat parviendraient à s’y installer. Le « noyautage » d’un syndicat de cadres pour le patronat est en effet relativement aisé.

Le patronat favorise également les groupements pseudo-syndicaux de maîtrise qui ont réussi à canaliser une très grande partie de l’irrésistible courant social en 1936. Nous ne nous attarderons guère sur ces formations sinon pour en souligner l’inanité.

Sans doute, toutes les organisations syndicales de maîtrise se prétendent-elles indépendantes. Mais l’indépendance se prouve, et trop de syndicats de techniciens, dits indépendants, se révèlent incapables de

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résister aux influences patronales. Sans parler des pseudo-syndicats entiëérement aux mains capitalistes, la tendance collaboratiste joue parfois avec une telle force dans certains syndicats indépendants qu’elle en arrive à dévier au profit du patronat l’activi.é des meilleurs militants,

En dehors de la C. G. T., en guerre ouverte contre le capitalisme, il s’avère donc difficile de porter un jugement sûr quant à l’indépendance des syndicats de maîtrise. À plus forte raison est-il délicat d’apprécier la valeur syndicaliste d’un fédération ou d’une confédération hors-C. G. T. Les syndicats qu’elles groupent, en effet, peuvent toujours se prévaloir d’une certaine tradition d’indépendance poursuivie par leur fédération, ce qui leur permet de couvrir plus aisément, le cas échéant, des coilusions occasionnelles ou permanentes.

Jusqu’aux mouvements sociaux de 1936, on ne connaissait guère, comme groupements de techniciens, qu’une multitude d’amicales. Elles se sont révélées pratiquement impuissantes à relever la condition sociale de leurs adhérents. Elles n’étaient d’ailleurs pas constituées dans ce but. Quant aux rares syndicats existants, ils ressemblaient plutôt à des sociétés d’études économiques et sociales et n’envisageaient ni Paction syndicale directe, ni la défense professionnelle active de leurs membres.

Il convient de noter toutefois, antérieurement à 1936, quelques mouvements de maîtrise significatifs. Lors de l'Exposition Universelle de 1900, les Chan-

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