LES SYNDICATS PROFESSIONNELS FRANÇAIS (S. P. F
$ 1. — Le syndicalisme « jaune ».
En 1899, M. Henri Schneider, propriétaire des usines du Creusot, se vit dans la désagréable nécessité de céder, pour la première fois, devant un mouvement de grève. Esprit réaliste, il ne s’attarda pas à Jaction directe contre un courant qu’il jugeait irrésistible. Puisque le syndicalisme avait le vent en poupe, il lança lui aussi son « syndicat ». La nouvelle organisation eut les premiers pas très faciles et M. Schneider lui fournit même un immeuble, L’immeuble était peint en jaune et cette caractéristique toute extérieure devait connaître la fortune que l’on sait.
Le mouvement social de 1936 a naturellement donné aux syndicats jaunes un magnifique essor. Fondés soit par des employeurs, soit par des organisations politiques à tendances antidémocratiques, ces pseudo-syndicats, sous la fallacieuse générosité de leur pro-
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gramme, sont des formations de lutte contre l’authentique mouvement ouvrier,
Au premier rang d’entre elles, nous devons citer les Syndicats Professionnels Français. Ces syndicats se sont attirés très rapidement les faveurs patronales et M. Lambert-Ribot, à l'assemblée de l’Union des Industries Métallurgiques et Minières, fin juin 1936, soulignait lui-même la nécessité vitale d'encourager les syndicats « professionnels » officiellement et officieusement.
A la faveur du mouvement social les effectifs S. P. F. ont rapidement gonflé et quantité de travailleurs se sont laissés conquérir de très bonne foi par le caractère apparemment libéral de ces organisations.
$ 2. — Les S. P. F. et les techniciens.
Plus particulièrement, les techniciens et les employés, syndicalement moins expérimentés que les ouvricrs, ne devaient pas échapper à cette séduction: Les S. P. F. ont compris tout le parti qu’ils pouvaient tirer de la maîtrise pour renforcer leur action. Ils ont invité les techniciens à s’associer « dans une action commune, avec les syndicats d'ouvriers et d'employés ».
Jusqu’à présent, la Confédération des S. P. F. n’a pas jugé utile de constituer une organisation spéciale pour les techniciens. Leurs syndicats s’agrègent normalement aux Unions Fédérales régionales, exactement comme les syndicats ouvriers.
Les statuts-iypes des « Syndicats Professionnels Français des Cadres de Direction et de Maîtrise » ne sont certes pas faits pour encourager les techniciens à y adhérer, Ces syndicats sont organisés en effet comme de véritables directoires, réduisant pratiquement à rien le droit de contrôle des adhérents sur leur syndicat. On peut penser si le technicien français, dont l’individualisme un peu naïf est déjà mis à mal par l’idée syndicale, acceptera d’un cœur léger cette dictature d’un Conseil Syndical tout-puissant.
Que disent ces statuts-types ? L’article 14 indique que « le Conseil Syndical a les pouvoirs les plus étendus ». L’article 7 prend soin de préciser à deux reprises que « le Conseil reste seul juge de l’admission. se réserve entière liberté d’appréciation pour tout ce qui concerne l’admission ».
Le Conseil juge l’attitude des membres du syndicat (art. 14-2°) et il est habilité par les art. 10 et 11 à prendre toutes sanctions contre les adhérents y compris l’exclusion. Aucun appel n’est prévu. Enfin le Conseil vote le budget et vérifie les comptes.
Quant à l’assemblée générale, elle n’est guère plus qu’une simple assemblée d’information. Le Conseil en choisit la date et fixe l’ordre du jour. L'article 15 indique que les membres sont convoqués individuellement par simple lettre et aucune autre publicité n’est prévue. Le seul pouvoir concédé à l’Assemblée est le renouvellement du tiers sortant du Conseil. Etant donné ce qui précède, des surprises électorales ne sont pas à craindre. Au surplus, le Conseil ne conserve-