‹ Le Syndicalisme en EspagneChapitre 33 sur 47 · La Voz, 26 juin · texte numérisé non relu

La Voz, 26 juin

crise sociale et syndicale aussi profonde? Deux moyens se présentaient. L'un était de prendre part au mouvement des syndicats actuellement constitués, et de lutter, dans leur sein, pour obtenir un changement d'attitude de ia C.N.T. L'autre, celui que nous suivons (c'est-à-dire la séparation), était d'entreprendre l'organisation pour notre compte.

Nous avons examiné, froidement et avec calme, ces deux moyens, et naturellement nous avons opté pour le dernier, qui est le plus justifié :

1° Parce que, en fait, on a exclu la majorité des militants et tous les syndicats qui ont protesté, puisqu'on leur à arraché, en tant que travailleurs, tous droits d’appartenir et de participer à la direction du syndicat ;

2° Parce qu'on à saisi ce prétexte pour persécuter les ouvriers qui n'ont pas donné de preuves de sympathie

à la F.A.I., dont les directives vont à l'encontre de l'intérêt de la C.N.T.;

3° Parce que nous considérons impossible la vie commune avec ceux qui ne reconnaissent aucune valeur au Syndicat et qui estiment que leur action révolutionnaire doit uniquement consister à pousser le groupe à se livrer à des attentats terroristes ;

4° Parce que, en raison même de ce que la décision prise par le Congrès extraordinaire, de constituer les fédérations nationales d'industrie, a été sabotée, nous savons qu'il sera toujours impossible d'organiser une superstructure syndicale, conforme aux intérêts du prolétariat ;

5° Parce qu'il est impossible de maintenir un organisme comme la C.N.T. sans l’aide pécuniaire apportée : par les cotisations que fournissent les ouvriers.

Pour M. Pestana et ses camarades, le syndicat doit être un organisme de résistance avant d’être un organisme de distribution et de production. Ceci veut dire qu’à son point de vue :

1” le syndicat doit être l’organisation naturelle des travailleurs, dans laquelle doit s'organiser la résistance et la lutte contre la classe capitaliste; en conséquence, les syndicats doivent se composer de travailleurs, jouissant de droits et de devoirs égaux, sans distinction d'idées politiques;

. 2° de même que le syndicat est l’organisation qui convient le mieux aux travailleurs, il est par nature l'organe de production et, en cette qualité, le seul apte à remplir une fonction révolutionnaire;

3° pour pouvoir remplir, immédiatement et à l’avenir, ses fonctions, le syndicat doit être uniquement organisé en vue d'accomplir les fonctions sociales et économiques qui lui incombent.

Au préalable, il faut donc organiser les syndicats; puis, aussitôt après, engager sans retard la lutte en vue d’obtenir :

1° la réduction de la journée de travail;

2° le rajustement des salaires et la fixation d’un salaire minimum ;

3° le droit de contrôle de la production;

4° la lutte contre le chômage.

Et le manifeste ajoute :

Si nos projets de réalisations immédiates n'étaient pas intimement liés à un idéal révolutionnaire, — et dans ce cas, l'idéal ne peut être que l’émancipation des travailleurs, grâce à la solution du problème économique — notre labeur serait infécond et sans racines dans la conscience collectiviste. Il n'en est pas ainsi. En même temps que nous aspirons à chercher une solution à la situation angoissante des travailleurs, nous voulons nous consacrer à une autre œuvre plus importante

encore, plus humaine, plus vaste. S'il est vrai que nous allons chercher à remédier, de toute urgence, aux maux engendrés par le capitalisme soutenu par le Gouvernement, —- ce que ne peuvent empêcher ceux qui ont mal engagé la lutte, — nous allons aussi, d'accord avec le syndicalisme révolutionnaire, jeter les bases d'une société plus Juste.

D'accord avec les syndicats d’Espagne qui travaillent dans ce sens, nous allons résoudre les trois questions capitales suivantes :

1° Etablir la structure des syndicats avec leurs divisions correspondantes, afin que, agissant aujourd'hui sur le terrain de la résistance au capitalisme et de la recherche des moyens de production, ces syndicats puissent être les organes de base du nouveau régime, une fois la révolution faite ;

2° Réaliser là fusion au sein des syndicats, des trois grands facteurs de la vie : main-d'œuvre, technique et science ;

3° Acquérir la connaissance la plus exacte possible de la structure et du fonctionnement du système économique capitaliste, pour être à même d’en utiliser les conquêtes techniques et scientifiques et de transformer suivant nos propres principes l’organisation de l’économie bourgeoise.

En résumé, 1l semble que le but poursuivi par les syndicalistes dissidents puisse se résumer dans les deux propositions suivantes :

suppression du système capitaliste et son remplacement par des organismes émanant de la classe ouvrière;

disparition de l'Etat en tant que pouvoir politique organisé.

Il est juste de dire qu’à l’heure actuelle les éléments rivaux de la C.N.T. paraissent s'être

rapprochés pour mener ensemble une lutte acharnée contre les divers gouvernements qui se succèdent; les controverses de doctrine ont été reléguées au deuxième plan et les partisans de l’action directe immédiate affirment une fois de plus leur autorité. Rien ne résume mieux, d’ailleurs, l'orientation actuelle de la Confédération que la proclamation suivante lancée par les soins de la F.A.I. dans la nuit du 9 décembre 1933 :

« L'heure de la révolution a sonné ; le moment tant attendu par le peuple pour mettre fin une fois pour toutes aux souffrances et à l'oppression séculaire est arrivé. Nous allons vers un communisme libertaire. Tous les ouvriers révolutionnaires doivent se joindre à l'insurrection armée, les femmes dans leurs maisons, les hommes dans les usines et les jeunes gens dans les rues. Tous, comme un seul homme, doivent répondre à l’appel de la Confédération Nationale du Travail et de la Fédération Anarchiste Ibérique.

« La première poussée, nous la destinons à la suppression du pouvoir organisé de l’Etat, en mettant entre les mains du peuple les armes qui sont la garantie de la liberté. Quand ce pouvoir sera détruit, les hommes seront égaux en droits. Vous ne devez plus respecter aucune autorité. »

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