CHAPITRE IV
Antimilitarisme et Internationalisme.
Revenons aux conséquences de la décision prise au Congrès de Bourges. Une propagande intense avait suivi qui donnait pour objectif général à l'action ouvrière la réduction de la journée de travail à huit heures.
Là était l'expression complète de cette action directe que nous venons de définir. H ne s'agissait plus de se former en cortèges pour aller présenter une pétition sollicitant des pouvoirs publics le vote d'une loi reconnaissant cette réforme, ni de se réunir en meetings pour émetbre des vœux. Un grand « calicot » longtemps étalé sur la façade de la Bourse du Travail de Paris proclamait :
« Au l^r mai 1906, nous ne travaillerons plus que huit heures par jour. »
A la lettre, sans doute, cette affirmation ne fut pas suivie. Mais en fait, qui donc pourrait aujourd'hui ignorer que cet audacieux défi a été pour beaucoup dans la victoire enregistrée par le mou-
vement prolétarien au coiu's de l'année 1919 ?
Une agitation comme celle qui se déroula dans cette période ne pouvait pas être vaine puisqu'elle portait sur une des revendications les plus ardemment voulues par les travailleurs. Une longue agitation suivit. Des grèves multiples éclatèrent aux quatre coins de la France. Il en fut de tragiq^ues, comme à Limoges où deux tués et de nombreux blessés vinrent attester la sympathie du gouvernement républicain pour la masse ouvrière ; il y en eut de très graves, comme celle des mineurs du Nord où M. Clemenceaf, « vieux débutant » au pouvoir, essaya en vain sur les « gueules noires » du bassin lensois une éloquence politique qui avait eu jadis de l'effet sur les électeurs de Montmartre et en a toujours sur le Parlement ; il y en eut de symptomatiques, comme cette grève des facteurs qui, en 1908, préludait aux grands mouvements des postiers de l'année suivante.
Sans aucun doute, il faut attribuer cette activité continue et croissante à la propagande faite autour du P^ mai 1906 et^à l'occasion des huit heures.
Certes, comme nous l'avon-* indiqué déjà, la réduction de la journée de travail réclamée à Bourges ne fut pas atteinte. H j eut pourtant une levée considérable et qui ne fut pas sans obtenir de résultats positifs. Ce que nos adversaires appelaient alors un échec, nous pouvons mieux mesurer aujourd'hui que ce fut un succès, non pas décisif, non pas complet comme nous l'aurions désiré,
mais un succès quand même. Pour de nombreuses corporations, il fut marqué par des grèves notables. Et ce qui valait peut-être mieux encore, c'est que l'esprit de combattivité des masses se trouvait réveillé.
Une des conséquences de cette agitation fut la loi sur le repos hebdomadaire.
Justement, cela permet de préciser davantage ce qu'est l'action directe. Celle-ci ne va pas jusqu'à nier la valeur des réformes ; mais elle considère comme seul opérant l'effort qui oblige le Parlement, la loi, soit à enregistrer une réforme déjà réalisée par l'action des travailleurs, soit à céder à l'agitation de ceux-ci. De toute manière, l'initiative n'appartient plus aux dépositaires du pouvoir politique ; elle est entre les mains des producteurs. Ceux-ci agissent et le pouvoir entérine des résultats...
Une action aussi intense ne pouvait guère aller sans provoquer la répression du pouvoir. Nous renonçons à relater ici, même sous la forme d'un résumé succinct, les perquisitions, les poursuites, les condamnations auxquelles donna lieu cette activité. Des villes furent mises en état de siège, les militants totalisèrent des années de prison,
1908 vit deux événements déplorables. Une grève des sabliers de la banlieue sud-est de Paris fut l'occasion, à Draveil, d'une fusillade dont personne n'osera plus contester qu'elle eut lieu sans provocation, puisque les gendarmes qui se
livrèrent à cette acte tirèrent du dehors des coups de carabine par la fenêtre d'une salle de réunions où étaient rassemblés les grévistes.
Une émotion vive s'empara des travailleurs parisiens. Malgré ra\às des militants qui redoutaient un traquenard, une démonstration fut décidée ; elle eut lieu à Villeneuve-Saint-Georges et fut l'occasion d'une autre fusillade mortelle dont le gouvernement chercha à esquiver la responsabilité en arrêtant les principaux militants de la C. G. T. et en essayant de les impliquer dans un funambulesque complot royaliste.
Mais laissons...
Tous ces faits donnaient un caractère d'actualité à la motion qui fut votée la même année (1908) au Congrès de Marseille (1) sur l 'antimilitarisme :
Le Congrès confédéral de Marseille, rappelant et précisant la décision d'Amiens ;
Considérant que Varmée tend de plus en plus à remplacer à l'usine, aux champs, à l'atelier, le travailleur en grève, quand elle n'a pas pour rôle de le fusiller comme à Narbonne, Raon-l'Etape et Villeneuve-Saint- Georges ;
Considérant que l'exercice du droit de grève ne sera qu'une duperie tant que les soldats accepteront
(1) Le Bureau confédéral régulier n'y assistait pas, pour cause d'incarcération. Le secrétariat de la C. G. T. était assuré provisoirement par Ltjquet.
de se substituer à la main-d'œuvre civile et consentirant à massacrer les travailleurs ;
Le Congrès, se tenant sur le terrain purement économique, préconise Vinstruction des jeunes pour que du jour où ils auront revêtu la livrée militaire ils soient bien convaincus qu'ils n'en restent pas moins membres de la famille ouvrière et que, dans les conflits entre le Capital et le Travail, ils ont pour devoir de ne pas faire usage de leurs armes contre leurs frères les travailleurs ;
Considérant que les frontières géographiques sont modifiables au gré des possédants, les travailleurs ne reconnaissent que les frontières économiques, séparant les deux classes ennemies : la classe ouvrière et la classe capitaliste.
Le Congrès rappelle la formule de V Internationale :
« Les travailleurs n'ont pas de patrie »; qu'en conséquence, toute guerre n'est qu'un attentat contre la classe ouvrière, qu'elle est un moyen sanglant et terrible de diversion à ses revendications ;
Le Congrès déclare qu'il faut, au point de vue international, faire l'instruction des travailleurs afin qu'en cas de guerre entre puissances les travailleurs répondent à la déclaration de guerre par une déclaration de grève générale révolutionnaire.
Cet ordre du jour présentait ce caractère de lier deux questions : l'une, celle de l'antimilitarisme proprement dit, c'est-à-dire de la constitution même de l'armée permanente et de son
emploi pour assurer l'ordre capitaliste, pour remplacer dans certains cas les travailleurs en grève ou réprimer leur action ; l'autre, celle de l'internationalisme et de l'action contre les menaces de guerre.
H serait faux de croire que l 'antimilitarisme ouvrier ait été uniquement inspiré par la « peur » du service militaire obligatoire, l'horreur de la caserne et le dégoût de la discipline, — en somme par un individualisme forcené.
L'action syndicale est une discipline qui se réalise de façon de plus en plus stricte. Notre antimilitarisme donc avait surtout ce caractère d'être à la fois une protestation contre l'armée, « chien de garde du capital », une hostilité des travailleurs contre le fait de retenir pour des tâches improductives des hommes jeunes, et surtout, par dessus tout, une manifestation contre le chauvinisme, le militarisme, et tous les germes de conflits mondiaux qu'ils contenaient — on l'a trop vu depuis.
Toute autie explication serait inutile. Depuis, il y a eu la guerre, et nos adversaires les plus fielleux ne se hasardent plus à prétendre que notre antimihtarisme était lâcheté, que notre internationalisme était une « trahison ». Tant des nôtres sont tombés de la mer du Nord aux Vosges, les masses ouvrières ont participé d'un tel élan à cette lutte effroyable que la calomnie ne peut les atteindre, ni même les viser...
Lutte contre la guerre. Notre antimihtarisme dont nous ne répudions rien, surtout après la
catastrophe, notre internationalisme, dont il nous faudra parler tout à l'heure pour montrer que nous avions raison, étaient la traduction vive peut-être — mais d'une vivacité d'autant plus marquée que nous ressentions des craintes plus nettes — de cet esprit pacifique qui anime le prolétariat.
Nous savions — hélas ! nous le savons mieux encore — que le régime capitaliste, ses compétitions, ses querelles, ses conflits, l'impérialisme militaire ou financier, l'appétit de domination appuyé sur des armées pejmanentes enflées au maximum, étaient une continuelle tentation à la guerre.
Que nous avions raison, on no peut plus l'ignorer.
Pourquoi nous étions contre la guerre ?
D'abord parce que nous prévoyions trop l'effroyable caractère qu'un conflit armé devait revêtir — ce qui semblait impossible et qui est devenu une réalité.
Sentiment humain d'abord. Nous reprocherait-on par hasard de l'avoir eu ?
Et, de plus, connaissance certaine qu'une guerre entraînerait une effroyable ruine — en hommes et en richesses matérielles — qui compromettrait l'avenir du Monde, la civilisation elle-même, et par suite l'avenir du prolétariat.
C'était du reste là une des idées les plus nettes du prolétariat organisé de ce pays. Pas un de ses
Congrès qui ne se soit prononcé dans ce sens. Pas un des militants de notre action qui ne se soit donné de toutes ses forces à la propagande internationaliste et antimilitariste. Cela nous a valu beaucoup d'injures, pas mal de persécutions, un total considérable d'années de prison. Nous n'avons pas hésité pourtant à continuer dans ce sens notre eflEort. Aujourd'hui, l'effroyable expérience faite, c'est notre orgueil de pouvoir rappeler que tout ce que le syndicalisme de ce pays a pu donner à cette œuvre, il l'a sacrifié sans hésiter.
Nous ne nous sommes pas bornés à faire de l'internationalisme en France. Tous les efforts que nous pouvions faire ont été employés à faire partager notre conviction par les autres organisations, à associer à notre action les mouvements ouvriers étrangers.
Nous pensions, bien avant la guerre et avant cette paix, que l'action ouvrière pouvait et devait être un facteur décisif dans le maintien de l'équilibre mondial. Nous voulions appeler tous les travailleurs du Monde à organiser une action contre les risques de guerre et à proclamer leur volonté irréductible de ne pas permettre le déchaînement d'une catastrophe. C'est une histoire assez longue ; elle vaut pourtant qu'on la redise ici.
n n'est pas inutile de rappeler qu'en 1900, au moment même oii s 'affirmait avec le plus de force la campagne anglophobe qui durait depuis près de vingt ans, malgré les criailleries et les insultes les organisations ouvrières françaises
affirmaient leurs sentiments fraternels avec les travailleurs organisés d'Angleterre. H existe encore, de ces manifestations qui furent une première manifestation d'entente cordiale, un témoignage curieux : il y a à la Bourse du Travail de Paris, dans la salle de réunions de la Commission administrative, une adresse fraternelle des militants anglais qui rendirent visite alors, et la première des signatures est celle d'AppLETON, aujourd'hui président de l'Internationale ouvrière.
Dès ce moment, l'idée était mûre d'une organisation commune à tous les mouvements ouvriers des pays modernes. Elle fut réalisée sur l'initiative des groupements allemands, et le Congrès de Montpellier (1902) décidait, en même temps que l'unité ouvrière, l'adhésion de la C. G. T. au Secrétariat International dont le siège était fixé à Berlin et dont la direction revenait à Legien (1).
L'année suivante eut lieu à Dublin un Congrès de la nouvelle Internationale. Deux conceptions s'y heurtèrent : l'une, celle du syndicalisme français qui voulait réaliser une organisation vivante, agissante, combattive ; l'autre, celle des Allemands qui ne voulaient qu'en faire un organe d'administration et de statistique.
(1) Le Congrès constitutif se tint à Copenhague (1901) ; douze nationalités avaient répondu à l'appel de la Commission yénéra^e des syndicats allemands,
Ces derniers l'emportèrent ; ils firent admettre 1 les décisions suivantes :
« La publication annuelle d'un rapport sur le mouvement ouvrier de chaque pays qui, traduit en trois langues, (allemand, anglais, français) serait adressé aux autres nations ; l'envoi hebdomadaire, durant une grande grèveouunlock-out, d'un état sur la situation en vue de renseigner les organisations étrangères et d'éviter l'effet des fausses nouvelles lancées par la Presse ; la constitution indépendante du Bureau international qui avait été tenu jusque-là par la Commission générale des syndicats allemands et dont le siège demeurait fixé à Berlin. »
La C. G. T. avait essayé de faire autre chose. EUe présenta à Dublin un rapport où elle exposait sa pensée sur l'antimilitarisme et la grève générale. Il ne fut ni lu, ni même distribué.
Dans ce rapport où étaient résumées d'une façon remarquable les conceptions du syndicalisme français, on lisait notamment cette affirmation d'antimilitarisme :
« L'État n'observe jamais la neutralité. Au moindre conflit, pour de siywples menaces de grève, il mobilise l'armée et l'envoie sur le théâtre des événements contre les travailleurs. L'antimilitarisme doit être mis au premier rang des préoccupations des travailleurs organisés. C'est une besogne aussi indispensable et aussi urgente que celle qui consiste à rallier au Syndicat les camarades inconscients. »
Le refus de faire connaître ce rapport, par lequel les délégués français apprirent pour la première fois l'autoritarisme de Legien, cette espèce d'ostracisme hargneux dirigé contre le mouvement français qui contredisait de façon si nette les conceptions social-démocrates de la majorité, n'aboutit pas à une rupture formelle puisque la C. G. T. continua de payer ses cotisations, mais elle eut pour effet une hostilité à peine masquée.
Un autre grief du mouvement français contre cette conception d'une Internationale syndicale uniquement bureaucratique était celui-ci : les syndicalistes demandaient l'institution de « Congrès » internationaux, seuls capables de donner un peu de vie à cette sèche constitution ; cette proposition avait été repoussée, l'Internationale, sous l'influence des Allemands, ayant décidé de tenir de simples conférences de secrétaires des Centrales nationales qui ne pouvaient avoir qu'un médiocre caractère, aucune influence véritable, et dont il ne pouvait sortir aucune solidarité.
Toutefois, la question n'est pas là.
Ce qui importe dans cet exposé de l'internationalisme ouvrier, c'est de constater que, toujours sous l'influence de l'AUemagne, toutes les tentatives obstinées de la C. G. T. pour faire admettre la discussion de l 'antimilitarisme, de l'action du prolétariat contre la guerre, se heurtèrent à cette affirmation étrange, aujourd'hui insoutenable et dépassée :
— Ces questions sont du domaine politique.
Elles regardent les représentants de la classe ouvrière dans les Parlements des divers pays. C'est aux députés socialistes qu'il convient de s'adresser pour les régler.
Les syndicalistes français répondirent que la situation de leur mouvement était telle qu'il n'y avait plus de subordination du mouvement corporatif au mouvement politique. Mais c'était en vain.
Les choses allèrent si loin que lorsque la Confédération réclama un jour la solidarité de l'Internationale syndicale en faveur de la lutte menée en France pour le repos hebdomadaire, on lui répondit encore que c'était une question politique et du ressort exclusif des groupes parlementaires.
L'auteur de ce livre qui, ayant été appelé au secrétariat de la C. G. T. après un intérim de quelques mois rempli par Niel à la suite de la retraite de Griffuelhes, fut appelé à prendre contact à la Conférence internationale de Paris (1909) avec les représentants des autres Centrales nationales de syndicats, ne croit pas utile d'insister davantage sur ces conflits maintenant effacés. Du moins lui permettra-t-on de signaler déjà, à cette place, que l'action soutenue du mouvement français a été décisive dans la reconstitution de l'Liternationale qui est intervenue après la catastrophe.
Que le syndicalisme français ait été dominé surtout par l'idée d'éviter une guerre, on le
comprendra mieux encore devant le résumé de quelques faits.
En 1906, les incidents du Maroc qui faisaient craindre une conflagration avaient amené la C. G. T. à déléguer à Berlin son secrétaire Grif- FCELHES. Celui-ci se heurta non à un refus formel, mais à l'invitation de s'adresser au Parti socialiste.
L'idée du syndicalisme français, c'est que les travailleurs devaient répondre « à toute déclaration de guerre... par la grève générale révolutionnaire. » (1).
En 1911, de nouveaux incidents vinrent renouveler les craintes de conflagration générale. H y eut échange de délégations entre la France et l'Allemagne à l'effet de provoquer un mouvement commun des deux prolétariats.
En 1912, le conflit balkanique et les menaces de répercussions possibles amenèrent la C. G. T. à convoquer un Congrès extraordinaire des syndicats où fut votée la résolution suivante :
« Le Congrès confédéral extraordinaire de Paris rappelle que la raison d'être de la Confédération Générale du Travail est de grouper en des organismes : syndicats, unions de syndicats, fédérations corporatives, les travailleurs avides de conquêtes morales, matérielles, en créant entre eux une communauté de pensée, d'action, d'où, résultent une solidarité, une
(1) Ordre du jour de la Conférence des Bourses du Travail tenue à Amiens à l'issue du Congrès confédéral de 1906.
union sans lesquelles le progrès ne pourrait se réaliser.
Qu'ainsi, la C. G. T. s'affirme comme le représentant naturel du prolétariat, puisqu'elle exprime ses désirs de mieux-être et de liberté et constitue l'organe par lequel ils doivent se réaliser, en exerçant son action- par l'intermédiaire des groupements précités qui sont autant de foyers répandus à travers le pays, au sein desquels les prolétaires trouvent les éléments de leur activité.
Que par là, la C. G. T. a été créée par la classe ouvrière j^oîir synthétiser ses aspirations, les coordonner en vue de leur assurer une force de rayonnement résultant de l'unité d'organisation qui, dans l'autonomie de chaque groupement, puise une valeur plus grande.
Qu'il est reconnu par tous que la C. G. T. se présente comme l'interprète de la volonté des prolétaires organisés, que cette volonté se dégage du droit même qui appartient à chaque salarié de participer de façon effective à la vie confédérale.
Par ces considérations, il apparaît qu'à aucun moment il ne peut exister entre les classes en opposition la moindre communauté de pensée et d'action.
Mieux que tout autre événement social, une guerre fait éclater cette opposition, puisqu'il s'agit pour la dusse ouvrière, sans profit aucun pour elle, de répondre à l'appel guerrier du capitalisme en courant sus aux prolétaires, victimes inconscientes du capitalisme voisin ; que ce faisant la classe ouvrière se prêterait à la plus criminelle besogne
devant augmenter la force d'exploitation du capitalisme et affaiblir, pour de longues années, le mouvement ouvrier.
Pour toutes ces raisons, le Congrès confédéral déclare qu'il ne reconnaît pas à VÉtat bourgeois le droit de disposer de la classe ouvrière, que celle-ci, majeure, entend poursuivre à son gré, dans les conditions déterminées par elle, au sein de ses organisations, son œuvre de propagande et de conquête.
Qu'en s' acheminant vers sa libération, elle est résolue de ne rien sacrifier à une guerre ; qu'au contraire, elle est décidée à profiter de toute crise sociale pour recourir à une action révolutionnaire.
D'où il découle que si, par folie ou par calcul, le pays au sein duquel nous sommes placés se lançait dans une aventure guerrière, au mépris de notre opposition et de nos avertissements, le devoir de tout travailleur est de ne pas répondre à l'ordre d'apj^el et de rejoindre son organisation de classe pour y mener la lutte contre ses seuls adversaires : les capitalistes.
Désertant l'usine, l'atelier, la mine, le chantier, les champs, les prolétaires devront se réunir dans les groupements de leur localité, de leur région pour y prendre toutes mesures dictées par les circonstances et le milieu avec, comme objectif : la conquête de leur émancipation et, comme moyen : la grève générale révolutionnaire.
Les délégués des organisations ouvrières estim,ent que les salariés, mis dans l'obligation d'aller à la guerre, n'ont qu'une perspective : accepter les armes
'pour aller à la frontière, massacrer d'autres salariés ou accepter la lutte dirigée contre l'ennemi commun : le capitalisme.
Scnis l'empire des obligations imposées par nos dirigeants, les délégués, en faisant choix de la guerre sociale, c'est-à-dire de la révolte des exploités contre les exploiteurs, considèrent agir en conformité de vue et de pensée avec les. travailleurs organisés des autres pays également soucieux de ne rien sacrifier à la cupidité des gouvernants, le mot d'ordre étant pour tous : « A has la guerre entre les peuples ! »
Deux ans après, la grande guerre devait apporter une confirmation effroyable de ses craintes.