CHAPITRE II
Le Droit de Grève.
C'est une curieuse époque et que nous ne con naîtrons jamais très bien sans doute au point de vue de l'action ouvrière que celle qui s'étend de l'avènement de la monarchie bourgeoise à la Commune. Elle a vu des révoltes terribles ; elle a connu deux époques (1848 et 1871) oii le prolétariat s'est cru un moment le maître du pouvoir ; on a pu y assister au développement du socialisme, à la naissance de la première Internationale. EUe a laissé derrière elle, avec des exemples et une tradition, une conquête légale : la reconnaissance du droit de grève.
EUe a marqué surtout l'aurore de l'action ouvrière.
Curieuse époque, avons-nous dit. EUe l'est en raison même des facteurs multiples qui déterminèrent l'origine et le caractère du mouvement ouvrier dont eUe englobe l'histoire.
H n'est pas très aisé de les classer, ni de faire le départ entre leur importance et leur influence respective. Essayons pourtant.
En premier lieu, nous l'avons exposé plus haut, le développement de l'industrie moderne. Quand la bourgeoisie industrielle et banquière eut avec Louis -Philippe définitivement supplanté au pouvoir une aristocratie terrienne, la lutte ne manqua plus de devenir directe entre les deux classes. Les ouvriers, qui s'étaient jusque là confiés aux idées républicaines ou bonapartistes (la distinction ne manquait pas d'être alors assez difficile) qu'ils partageaient avec une grande partie de cette bourgeoisie, no furent pas longtemps à se rendre compte que le régime issu des barricades de Juillet n'avait apporté aucune amélioration à leur sort en vérité misérable. D faut même admettre que celui-ci en fut aggravé. Et ce fait explique, dans une assez grande mesure, le caractère violent de lutte de classes que le mouvement ouvrier revêtit aussitôt.
Mais ce serait peu si l'on ne faisait valoir quelles conditions ; économiques pesaient sur le prolétariat-serf. L'introduction du machinisme, en même temps qu'il rendait solidaires dans l'atelier les travailleurs réunis en nombre tel qu'on ne l'avait jamais connu si grand, avait des conséquences effroyables qu'entraîna aussitôt la nouvelle technique : le chômage et l'avilissement des salaires. Le sort de la classe ouvrière était au plus haut point misérable suivant tous les témoignages
du temps. On le mesure à constater les causes qui provoquèrent l'insurrection lyonnaise de 1831 et qui furent la réduction des salaires des tisseurs de 4 francs à 18 sous par jour. Les ouvriers, qui avaient trouvé un noyau d'organisation dans la « Société de résistance » des chefs d'ateliers, le Devoir, prirent les armes. Les canuts inscrivirent sur leur drapeau la pathétique devise : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ». Beaucoup moururent sur les barricades de la Croix-Rousse ; les autres durent se soumettre, enragés...
Des causes toutes semblables provoquèrent presqu'en même temps de nombreuses grèves. Il y en eut à Paris et en province ; certaines fm-ent victorieuses, malgré toutes les entraves et l'hostilité du pouvoir. Le mouvement fut même si puissant, la multipHcation des «sociétés de résistance » teUe que le gouvernement fit voter une nouvelle loi (25 mars 1834) contre les associations non autorisées.
Ce vote fut comme le signal de deux insurrections nouvelles qui éclatèrent presque aussitôt, l'une à Lyon à la suite d'une poursuite pour faits de grève : elle fut écrasée après cinq jours de lutte héroïque ; l'autre, à Paris, aboutit à un massacre.
Les organisations secrètes furent traquées, leurs membres arrêtés. Tbœers, qui devait étouffer
dans le sang la Commune et qui ne dut sans doute avoir dans sa vie d'autre regret que celui de n'avoir pas participé aux répressions de juin 1848, fit peser sur toute la classe ouvrière un régime de terreur écrasant.
Pourtant, les raisons de s'unir étaient pour les salariés si impérieuses que la tendance à l'association ne s'en trouva point supprimée. Organisations mutueUistes et de secours contre le chômage, premiers essais de coopératives de production et même sociétés de résistance, telles furent, sous la monarchie de Juillet, avec le Compagnonnage, les ébauches du groupement prolétarien...
Ajoutons à cela leur nouveau caractère, indiquons l'origine d'un nouvel esprit qui commença alors à se manifester parmi les travailleurs. Nous avons noté ce sentiment obscur — première origine de la notion de classe — de l'opposition entre les intérêts des employés et des employeurs ; il faut y joindre un autre sentiment d'hostilité, encore sourd mais incontestable, contre l'État, serviteur de la bourgeoisie et massacreur des prolétaires. Cette conscience mal éclairée des conditions de la lutte devait avoir pour effet de suggérer aux travailleurs une conception double: d'abord que le prolétariat n'arriverait à rien qu'en luttant pour s'assurer à lui-même le pouvoir ; ensuite que c'était à l'exploitation patronale même qu'il devait s'en prendre, et qu'il fallait par suite en venir à une transformation sociale.
L'influence, qui devait aller croissant, du socia-
lisme sur les masses ouvrières trouvait ainsi son origine.
On n'essaiera pas ici d'énumérer même succinctement les écoles socialistes d'alors : elles sont loin d'ailleurs d'avoir eu une action égale sur les masses. Celles qui séduisirent les travailleurs de la façon la plus immédiatement saisissable furent incontestablement les doctrines républicaines de la Montagne, directement inspirées de Babœuf par l'entremise de Buonarrotti, survivant romantique de la conspiration des Egaux, et qui trouvaient leur expression dans les organisations secrètes qui nous ont au moins laissé les noms populaires deBARBÈsetdeBLANQUi. Mais celles dont l'influence, pour être sur-lechamp moins visible, devait avoir des effets beaucoup plus durables parce qu'elles devaient fournir aux travailleurs quelques formules, quelques idées autour desquelles allait se cristalliser l'idéal commun, furent les écoles socialistes du moment qui allaient avec variété infinie de sectes, de chapelles, de cultes, d'inventions biscornues, des utopistes saint-simoniens ou phalanstériens aux socialistes étatistes à la Louis Blanc.
La Révolution de février 1848 se produisit dans ce bouillonnement, cette confusion, ce tumulte d'idées amplifiés encore par une polémique inouïe de journaux et de brochures.
Elle fut pendant quelques semaines une victoire populaire et un triomphe passager du peuple. Le socialisme étatiste tout au moins fut porté au gouvernement provisoire dans les personnes de Louis Blanc et d'ALBERT. Les travailleurs qui avaient voulu la République escomptèrent qu'elle allait opérer à leur profit, qu'elle n'était en somme que le prélude d'une transformation sociale dont le caractère serait l'abolition de cette dernière servitude : le prolétariat.
Autant étaient grands les espoirs, autant la désillusion fut prompte et rude.
La question sociale ? Les faits la posèrent eux-mêmes. Les journées de février furent suivies d'une intense crise industrielle et d'un chômage général. Les revendications ouvrières s'exprimèrent dans cette formule : le droit au travail... Quelques mesures inopérantes, les unes platoniques, les autres vaines, du gouvernement provisoire, la suppression du tâcheronnat, la réduction de la journée de travail à dix heures à Paris et à onze en province, la création de la commission du Luxembourg n'étaient pas de nature à régler les problèmes du moment ni à satisfaire aux réclamations des trava,illeurs.
Pour remédier au chômage, le gouvernement provisoire avait décidé, le 28 février, la création d'ateliers nationaux. On a beaucoup polémiqué autour de cette institution et de sa lamentable histoire ; on a voulu y voir la condamnation sans appel de tout effort d'organisation du travail.
Nous croyons — et les ateliers nationaux sont loin de correspondre à. l'idéal qui est le nôtre — que cette expérience ne saurait être concluante : entreprise dans des circonstances qui rendaient sa réussite improbable, menée d'abord dans des conditions désastreuses, ensuite avec la volonté de la conduire à un échec, elle devait forcément avoir une fin rapide.
Ce résultat eut des conséquences tragiques. L'arrêté de dissolution des ateliers, approuvé le 19 juin sur le rapport de Falloux par une Chambre réactionnaire, qui ne laissait aux ouvriers que l'alternative du chômage, de l'enrôlement dans l'armée ou la déportation mal déguisée dans les Landes, aboutit à l'insurrection du 23 juin ; elle fut réprimée après quatre jours de lutte, avec une sauvagerie qui ne devait être dépassée que vingt-trois ans plus tard.
Les « trois mois de misère » que les ouvriers de Paris avaient « mis au service de la République » trouvèrent leur épilogue dans le faubourg Saint- Antoine, les fusillades dans les prisons, les déportations sans jugement, la restriction de la liberté de la presse, la dissolution des clubs — une réaction qui ne devait plus cesser de s'aggraver.
Le prolétariat de la capitale était privé de ses éléments les plus actifs. Ainsi s'écroulait son premier rêve. Mais ainsi encore sombraient à tout jamais les illusions du socialisme utopique, humanitaire, « fraternitaire », plein de foi en la bonne volonté des classes adverses ; ainsi également
se trouvait atteint de façon irrémissible le socialisme autoritaire qui attendait de l'action de l'État la réalisation de la justice sociale.
On peut dire que les idées prolétariennes modernes, après cette longue et crueUe série de leçons, datent de ce moment.
Quand éclata la Révolution de 1848, déjà existait la première affirmation de deux œuvres dont la fortune allait être bien différente.
Proudhon, qui allait prendre une place prépondérante dans la pensée révolutionnaire, avait publié ses Contradictions économiques et développait son œuvre puissante, confuse, pleine de contradictions certes, mais aussi de conceptions saisissantes. Difficile à saisir parce qu'il est tout, sauf systématique, d'une originalité si grande qu'on a pu le traiter en même temps de « père de l'Anarchie » et de « petit bourgeois », il faut, pour le comprendre, sentir que nul, dans l'abondante cohorte des réformateurs du dernier siècle, n'a eu plus que lui l'instinct ouvrier. N'est-ce pas en 1848 justement qu'il écrivait cette prophétie, formule oii notre sjnidicalisme trouve une étonnante synthèse de son idéal : « L'ateHer fera disparaître le gouvernement » ?
A l'opposé presque, par son caractère et sa formation, génie encore, mais systématique, d'une puissance de travail et de pensée également for-
midable, sans nul sentiment du reste de cette liberté que Peoudhon avait au plus haut point, Karl Marx avait publié avec son ami Engels le retentissant Manifeste communiste. Il s'était rencontré, il avait communié un moment avec le révolutionnaire français mais pour s'écarter presque aussitôt. Leurs deux voies qui s'étaient croisées allaient diverger vite, et l'hostilité de Marx fut presque aussitôt irréductible.
Ce n'est pas pour rien qu'on signale ici l'action de ces deux hommes ; leurs conceptions, qui devaient se heurter encore, allaient exercer une influence décisive au moment oii le mouvement ouvrier allait renaître, après un sommeil de dix-sept ans.
n ne fallait pas moins que cette période, en effet, et la venue à l'action d'éléments nouveaux pour que l'organisation prolétarienne pût triompher de la répression qui avait suivi juin et que le second Empire continua naturellement.
Le coup d'État, et la réaction qui le suivit aussitôt eurent pour effet la dissolution des sociétés ouvrières qui avaient pu survivre jusque là. Seules subsistèrent quelques associations de secours mutuels « approuvées ». Cependant, on put voir renaître, au bout de quelques années, quelques timides essais de coopératives, quelques sociétés de crédit mutuel. Elles végétèrent, jalousement
surveillées par 1?.. police impériale. Leur rôle n'est pourtant pas méprisable, car elles devaient fournir enfin prétexte à la création de sociétés de résistance, embryon des sjmdicats.
Le renouveau de l'action ouvrière commença à poindre vers 1862, après la visite de délégations ouvrières subventionnées à l'exposition universelle de Londres, au cours de laquelle les travailleurs qui les composaient purent prendre contact avec les organisations anglaises.
' L'année suivante marqua une date notable dans le mouvement ouvrier ; ce fut la publication du Manifeste des Soixante (1), signé par quelques ouvriers parisiens qui proclamaient la rupture entre le prolétariat et la bourgeoisie même républicaine et réclamaient une représentation directe des travailleurs au Parlement.
On ne peut guère méconnaître l'importance de cet acte. Les signataires, sans doute, tournaient court dans leurs conclusions. Toutefois, c'était un fait énorme que cette affirmation de classe. Pour la première fois, allait écrire PnoTJDHOisr, «la plèbe a fait... acte de volonté et de personnalité ; elle a bégayé son idée ».
En fait, les ouvriers de la capitale votèrent en grand nombre pour les candidats de l'opposition dont ils assurèrent le succès. Le gouvernement impérial s'alarma ; il allait cher-
(1) Ce manifeste fut le prétexte du dernier livre de Pkoudhon De la capacité politique des classes ouvrières. L'auteur devait mourir en 1865.
cher un instant à se concilier la classe ouvrière.
L'agitation politique qui avait provoqué le Manifeste avait eu pour conséquence d'augmenter le recrutement des sociétés existantes.
L'agitation ouvrière s'accroissait sensiblement. En 1863, elle fut surexcitée par des poursuites en masse dirigées contre les grévistes de la typographie parisienne. Le gouvernement ne put que céder devant la pression des organisations et de l'opinion. C'est ainsi que fut votée la loi de 1864 qui reconnaissait enfin le droit de coalition.
La loi nouvelle était d'aiUeurs loin d'être libérale. De nouvelles menaces demeuraient et sont encore suspendues sur les travailleurs en grève. Le délit de coalition était remplacé par ceux d'atteinte à la propriété et d'entraves à la liberté du travail qui ont depuis servi souvent à justifier des poursuites. EUe était d'autre part bien restreinte par [l'interdiction persistante du droit d'association et de réunion, car ainsi les mouvements de grèves se trouvaient réduits à des actions non concertées.
Mais les événements se précipitaient encore puisque cette même année 1864 vit se constituer, à Londres, V Association internationale des Travailleurs dont le rôle devait être décisif.
On ne peut songer ici qu'à retracer les faits essentiels qui marquèrent son existence.
Fondée dans un meeting ouvrier interna! bional en faveur de la Pologne qui fut tenu le 28 septembre au Saint-Martin's Hall, l'Association dont Karl Marx écrivit les statuts fut constituée de la façon suivante : les travailleurs d'un même métier formaient une section, ces sections à leur tour une fédération et c'est de l'ensemble de ces fédérations qu'était faite l'Internationale à la tête de laquelle se trouvait un Conseil Central résidant à Londres,
C'est en 1865 que fut formée la première section française qui eut son siège à Paris, rue des GraviUiers. L'année suivante, l'Association commençait à tenir ses Congrès. Le premier eut lieu à Genève. Il fut remarquable à plusieurs égards : la délégation française, la plus nombreuse, s'y montra inspirée de la pensée proudhonienne et fit admettre que le but essentiel de l'Internationale : la suppression du salariat, s'obtiendrait par l'association et surtout par l'association coopérative; mais on y vit encore la délégation anglaise faire admettre le principe de la journée de huit heures comme revendication générale du prolétariat ; on y vit même évoquer l'idée de la grève générale.
Le deuxième Congrès, tenu à Lausanne en 1867, demeura encore pour la majorité de ses membres dans la tradition « mutuelliste » ; il déclara en outre que « l'émancipation sociale des travailleurs est inséparable de leur émancipation politique » et que « l'établissement des libertés
publiques est une mesure d'une absolue nécessité ».
Ce vote fut en France le prétexte de premières poursuites, mais qui n'entravèrent point le développement de l'Association.
Les Congrès suivants, par contre, marquèrent une évolution sensible vers le collectivisme sous l'intervention surtout d'un militant trop oublié aujourd'hui, le Belge César de Paepe. A Bruxelles (1868), à Bâle (1869) on déclara que la « propriété collective est une nécessité sociale », que « la société a le droit d'abolir la propriété individuelle du sol et de le faire rentrer à la communauté. »
Déjà des oppositions se manifestaient au sein de l'Internationale. Le « mutueUisme » modéré des délégués français perdait du terrain ; peu à peu montait d'autre part l'influence de Marx qui devait plus tard devenir prépondérante. Mais déjà s'affirmait contre celui-ci une autre tendance : celle des « fédéralistes » qui suivaient le Russe Bakottnine. Les deux thèses ne devaient pas tarder à s'affronter ; l'opposition devait croître entre ceux qui concevaient la révolution sociale par la prise de possession de l'Etat et déclaraient indispensable la constitution du prolétariat en parti politique, et les fédéralistes qui voulaient supprimer l'organisation bourgeoise, désorganiser l'État actuel et reprendre la reconstitution sociale à la base par la Commune, cellule initiale.
Les divergences n'étaient pas moins sensibles sur le rôle des syndicats ; certains prétendaient
restreindre leur action à la seule défense des intérêts corporatifs, d'autres au contraire y voyaient déjà, non seulement un instrument de lutte, mais une institution durable et dont ce serait le rôle, la révolution accomplie, d'organiser le travail et de continuer la production.
Toutes les différences — et elles subsistent encore aujourd'hui — devaient avoir pour conséquence la scission d'abord, la fin de l'Internationale ensuite. Lorsque Marx, dont le rôle avait crû au point de dominer complètement le Comité central de. l'Association, eut réussi à se débarrasser de Bakoxjnine et des amis de celui-ci, l'Association alla s'éteindre obscurément à New- York.
Mais on ne saurait diminuer son rôle qui fut énorme. Création spontanée des travailleurs, elle a aidé à développer leurs groupements dans les pays d'Europe, elle leur a fait comprendre la puissance d'un prolétariat qui ne sera plus divisé par les frontières nationales, elle les a amenés à préciser leurs aspirations et leurs idées, elle leur a montré comme but final de leurs efforts la suppression du prolétariat et du salariat, elle leur a appris qu'ils constituent une classe ayant son idéal et sa mission propres, elle leur a donné la formule de leur action : «l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes !... » Aujourd'hui encore, cette expérience et cet enseignement valent pour nous ! La conscience ouvrière moderne date vraiment de
cette Association nationale des Travailleurs, « enfant né dans les ateliers de Paris et élevé à Londres ».
L'influence de l'Association n'avait pas tardé à devenir considérable en France et à servir de point d'appui, pour ainsi dire, dans l'intense explosion de grèves qui se produisit dans les toutes dernières années de l'Empire, notamment à Roubaix oii la cessation du travail tourna à l'émeute, à La Ricamarie (Loire) où la troupe tua neuf ouvriers mineurs et une femme, au Creusot...
Gouvernement et patronat ne tardèrent pas à prendre peur. Le premier reprit les poursuites qui se succédèrent amenant des condamnations de plus en plus fortes, la dissolution des bureaux qui étaient reconstitués aussitôt. Malgré cette persécution ou peut-être à cause d'elle, du retentissement des procès qui attiraient sur l'Liternationale l'attention du pubKc et la sympathie de l'opposition grandissante, l'organisation prospérait constamment.
C'est alors qu'éclata la guerre de 1870-1871. EUe devait avoir pour épilogue l'insurrection communaliste, où plusieurs des « internationaux », notamment le relieur Varlin, sans aucun doute la plus attachante figure du mouvement ouvrier d'alors, jouèrent un rôle. Après deux mois d'un second siège, la Commune fut vaincue. Ce fut la répression encore, et plus sauvage, plus impi-
toyable que jamais. Quand prit fin la Semaine Sanglante, lorsque les derniers communards eurent été traqués sur les hauteurs de Ménilmontant, collés au mur du Père-Lachaise, fusillés dans les prisons, enfermés à Versailles en attendant le bagne ou le poteau, ou réduits à l'exil, lorsque Paris ouvrier eut été écrasé et réduit à l'impuissance, il semblait que plus rien ne devait subsister de l'action ouvrière. Elle devait revivre, sans beaucoup attendre et les auteurs de la répression eux-mêmes assistèrent à son recommencement.