‹ Le syndicalisme européenChapitre 3 sur 9 · II · texte numérisé non relu

II

632 oo4

Les fédérations ont, pour la plupart, consacré aux allocations de grève des sommes importantes : 17000 francs dans le bois, 68676 dans la métallurgie, 28376 dans les tabacs. Les frais d'indemnité de chômage les plus élevés

se rencontrent dans l'imprimerie (80975 francs), les métaux (809^7), le tabac (3i 5oi), le textile (67-481). Ce sont les métaux qui dépensent le plus pour les secours de maladie (107829); le viaticum ne s'inscrit que pour de modestes sommes ; les bibliothèques et organes corporatifs coûtent ici quelques francs, ailleurs quelques centaines, au maximum 10 000 francs chez les métallurgistes ; l'administration exige 21 460 francs chez les métallurgistes, 18222 dans la pierre, 712^ dans le bâtiment, i 4oo dans le textile.

Les groupements locaux affectent, aux secours de grève, des sommes qui vont de 895 francs chez les employés, à 109 179 dans la pierre et à 22/1117 dans l'imprimerie; le chômage prélève de 26 francs chez les verriers à 121674 dans le textile; la maladie, de 6 francs dans l'alimentation à 28 298 dans la métallurgie ; le viaticum, de 5 francs dans le commerce à 20816 dans le textile; les bibliothèques et organes professionnels, de 7 francs dans le tabac à 34 9i4 dans le textile ; l'agitation de i85 francs dans la voiture à 11 666 dans le transport ; et l'administration, de 81 dans la voiture à 24 36i dans le textile et 26 998 dans la métallurgie. Tous ces chiffres se réfèrent à 191 1.

En réalité, la solidarité fonctionne dans la plupart des associations de métiers, mais elle s'exerce plus ou moins. L'institution des caisses de secours multiples, en dépit de l'exiguïté relative des contingents, caractérise assez

BIBUOTHECA ^

lOO LE SYNDICALISME EUROPEEN

nettement Torientation qu'a prise, dans les dernières années, la fraction des syndicats belges, de beaucoup la plus nombreuse, qui est affiliée à la commission générale. L'indemnité de chômage a tendance à accroître de plus en plus son importance dans l'ensemble de ces allocations mutualistes. Il est à remarquer que les communes, par les avantages pécuniaires qu'elles font aux syndicats dotés de ce service, ont contribué à stimuler ce mouvement ; le système de Gand est bien connu : il consiste à verser à chaque chômeur une majoration calculée elle-même surl'indemnité syndicale, et ses résultats ont paru assez satisfaisants, du moins aux municipalités, pour que bon nombre d'entre elles voulussent se l'approprier. Il y avait douze de ces fonds communaux, qui sont d'ailleurs plus ou moins distincts de l'administration, en igo/i ; 22 en 19 10; 25 en 191 1. A la fin de cette dernière année, 896 syndicats se trouvaient en rapport avec eux, dont 3i de mineurs, 36 de l'imprimerie, /45 des métaux, 56 des textiles, 19 de l'alimentation, 5o du bâtiment et 53 du bois.

Les groupements adhérents à la commission générale et dont les tendances sont en gros celles du parti ouvrier, auquel ils servent de base, se sont efforcés de régulariser la grève, c'est-à-dire d'éviter les aventures « dangereuses ». De là les pouvoirs qui ont été conférés en cette matière aux centrales récemment créées, et qui ont paru exorbitants aux

BELGIQUE lOI

syndicalistes des sections locales. On ne saurait dire pourtant que les syndicats affiliés à la centrale nationale redoutent les chômages volontaires, — car i6i grèves ont été proclamées en 191 1, englobant 61 000 personnes, et à coup sûr ils ont exercé sur leur déclaration et leur conduite une influence prééminente ; au reste, la Belgique est le pays d'Europe qui a vu les grèves générales les plus fréquentes et relativement les plus puissantes, et le caractère politique de ces mouvements, s'il mérite d'entrer en compte, ne pourrait être invoqué pour contester l'esprit combatif du prolétariat flamand ou wallon.

Les organisations inscrites à la commission publient 26 organes professionnels sur lesquels 21 paraissent mensuellement, 3 bimensuellement et i hebdomadairement ; 8 sont conçus en français, 8 en flamand et 10 dans les deux langues.

Le chiffre des fonctionnaires appointés par les mêmes organisations était, au i" janvier 1913, de loi.

De tout temps, depuis la formation de la commission syndicale, il y a eu en Belgique des syndicats, qui tout en se plaçant sur le terrain de la lutte de classes, revendiquaient une indépendance absolue vis-à-vis du parti ouvrier. Leur tendance se rapprochait, à beaucoups d'égards, de celles du syndicalisme révolutionnaire français, — qu'on considérât

leur résistance aux structures centralistes ou leur répudiation de toute action politique.

C'est au 6^ congrès corporatif de Bruxelles, en 1906, que l'opposition se manilesta pour la première fois, avec une réelle vigueur, au régime de rapports qui avait prévalu entre le parti et les groupements professionnels. Les diamantaires, les typographes, des sections du textile, des gantiers, des verriers s'élevèrent véhémentement contre cette subordination de fait du mouvement économique au mouvement politique. Ils réclamaient une séparation absolue, estimant que seule elle pourrait assurer un recrutement rapide, et donner à l'effort syndical la plénitude de la liberté. Au 7* congrès, les diamantaires et les syndicats des verriers, dont les aspirations s'étaient déjà marquées au temps de la première Internationale, exprimèrent leur volonté de s'unir en une confédération des syndicats indépendants. Celle-ci fut créée le 16 juin 1907 sur le type fédéraliste : exigeant une contribution annuelle de o fr. 5o par tête, elle devait fournir à ses adhérents des secours éventuels de grève. Mais pratiquement, elle fonctionna mal et peu.

Plus de 10 000 syndiqués belges cependant, — entre beaucoup qui, malgré leurs conceptions socialistes, restaient à l'écart de la commission générale, — voulaient mettre sur pied un organisme viable et capable de défendre le syndicalisme révolutionnaire. D'où, la tentative qui fut renouvelée au congrès de Liège, en

BELGIQUE Io3

octobre igiS, — Congrès auquel étaient représentés 26 syndicats et 2 unions régionales. Il y avait là les employés de Bruxelles, les travailleurs du bois de Liège, de Gand et de Malines, les mécaniciens de Liège, les métallurgistes de Verviers, les mineurs de Liège ; une confédération fut constituée en principe avec des statuts assez analogues à ceux de la C. G. T. française. Tous les syndicats adhérents devaient être indépendants de tout parti politique, les syndiqués pouvant relever individuellement de tel parti qu'il leur plairait. L'ouverture d'une caisse centrale de résistance fut rejetée, et les cotisations furent fixées à 0,25 par an et par membre.

Les syndicats libéraux, — autrement dit les groupements, dont le parti libéral a essayé de stimuler la formation dans le domaine professionnel, n'ont acquis qu'une importance médiocre. Ils accusaient 3oooo membres en 1897, mais n'ont jamais pu justifier ce chiffre. D'après une autre statistique ils auraient fléchi à I 696 en 1905 ; il n'y a pas lieu de s'arrêter longuement sur eux.

Beaucoup plus actif a été le rôle des syndicats catholiques, encore qu'ils aient essayé d'exagérer leur effectif. C'est à une époque relativement récente que le parti catholique belge, dont l'inféodation à l'épiscopat ne s'est jamais déguisée, s'est attaché à créer des groupements purement corporatifs,

iOZi Li: Ji\NDlC:A.USME iiUKOPEEN

dans un intérêt de domination politique et sociale.

Ces groupements de recrutement prolétarien ont succédé à des agrégats, où les éléments de toutes classes fusionnaient pour défendre les mêmes objectifs : la main-mise sur les rouages de l'Etat et la propagation de l'influence religieuse. 11 y eut d'abord les cercles catholiques, puis les œuvres ouvrières, où l'on proclamait que le patron, défenseur naturel du salarié, a droit de tutelle sur lui ; en i884, apparut une union nationale « pour le redressement des griefs », qui se proposait otficiellement d'améliorer la condition économique des travailleurs. Mais toutes ces associations étaient d'orientation plutôt aristocratique. Après les émeutes de 1886, qui marquèrent une date dans l'histoire des ouvriers belges, les catholiques comprirent que l'heure était venue pour eux, s'ils ne voulaient pas être débordés, de rattacher plus directement les salariés à leur cause, en leur faisant une place plus large dans leurs sociétés. La Ligue Ouvrière antisocialiste qui fonctionne à dater de 1890, le comité central des unions professionnelles, qui s'érige en 1891, et qui provoque des fondations de groupes à Bruxelles, Anvers, Gand, Bruges, Liège, etc., se donnent déjà des allures moins empreintes de sens hiérarchique. En 1891 également, surgit la ligue démocratique belge, dont le foyer est Liège et qui se réclame de la doctrine de la fameuse encyclique Rerum Novarun) de Léon X1I|.

Elle est d'abord mal accueillie par la vieille droite, qui la juge dangereuse, — surtout par le chef de cette droite, M. Woeste, qui se méfie de toute innovation, mais enfin son succès même dissipe les soupçons et abolit les réserves ; elle rompt d'ailleurs, dès 1897, avec le parti démo-chrétien de Daens, qui incline plus ou moins visiblement au socialisme, et en 1900, elle se sent assez forte pour éveiller, dans un grand nombre de villes, des syndicats catholiques, qui seront strictement ouvriers, mais qui répudieront toute idée d'antagonisme de classes, et qui professeront les thèses de l'entente sociale. C'est le père Rutten qui se fait l'artisan de l'œuvre. En 1901, il ouvre le secrétariat général des unions professionnelles chrétiennes, qui se charge de stimuler le mouvement corporatif, sans exiger la moindre cotisation, et qui dispose de deux journaux, l'un en français, l'autre en flamand. Dès la fin de cette année, le père Rutten annonce 11 000 syndiqués catholiques. La statistique fournie est de 22000 en 1906, de 89600 en 1908. Les évéques s'étaient assez vite effrayés de cette expansion, puis ils virent dans le groupement corporatif chrétien la seule arme efficace contre le socialisme, et le haut clergé de Tournay, de Malines, de Liège, de Gand, changeant d'altitude, s'évertua à vulgariser les bienfaits de l'association professionnelle. En décembre 1908, la Confédération nationale des syndicats chrétiens commença à fonctionner, avec ses deux sections flamande et wallonne ; elle

accusait ^9728 membres en 1910 et 82761 en 1912, mais ces totaux sont contestés, car ils ne s'appuient point sur des chiffres contrôlés, et dans les milieux socialistes, on prétend qu'ils sont majorés d'au moins un tiers.

Les cotisations des syndicats catholiques, qui se recrutent surtout dans le textile, l'imprimerie, le papier, la pierre, les travailleurs agricoles, sont extrêmement réduites. Aussi les allocations de solidarité sont-elles également très rudimentaires.

On peut estimer à 200000 ou 210000 au maximum le nombre des ouvriers belges organisés ; c'est-à-dire que la proportion serait d'environ i4 pour 100 pour l'industrie, le commerce et les transports.

La Hollande est une des contrées, dont les habitants offrent la densité kilométrique la plus forte. Sur une superficie de 3/iii2 kilomètres carrés, elle rassemblait une population, qui était de 2800000 âmes en 1889, de 3 millions en 1849, de 3 3ooooo en 1869, de 3600000 en 1869, de 4 millions en 1879, de 45ooooo en 1889, de 5 100 000 en 1899, ^® 5 800 000 en 1909. L'élément rural, bien qu'il demeure encore considérable, n'a cessé de réduire sa proportion, et l'élément urbain, très médiocre au milieu du xix* siècle, représente aujourd'hui un pourcentage élevé : 4o pour 100 en 1910, contre 34 pour 100 en 1898 et 28 pour 100 en 1879. On compte 4 villes de plus de looooo âmes: Amsterdam (566ooo en 1910), Rotterdam (4i8 000), La Haye (271 000), Utrecht (120000); 6 autres de 4oooo à looooo, Dordrecht (46 000), Arnheim (64 000), Haarlem (69000), Groningue (74000), Leyde (58 000), Nimègue (54 000) ; 25 autres de plus de 20 000. C'est dire que les conditions du développe-

ment syndical s'améliorent à cet égard, la concentration dans les cités grandes et moyennes ne pouvant que faciliter et hâter en quelque sorte automatiquement la formation des groupements ouvriers. Mais la Néerlande ne saurait pourtant encore, sous ce point de vue spécial et important, se comparer à l'Angleterre, à l'Allemagne et à la Belgique.

Si l'on poursuit l'étude de cette population, on constate qu'elle est divisée dans l'ordre religieux, et cette division, quoique secondaire, ne laisse pas d'entraîner des conséquences. Il y a ici un peu moins de deux cinquièmes d'habitants nés catholiques, un peu plus de trois cinquièmes d'habitants nés protestants ; chacun sait que d'ordinaire la vitalité d'une confession est d'autant plus intense qu'elle se heurte à la concurrence d'une autre confession. A côté des groupements qui se réclament de la lutte des classes, il y aura aux Pays-Bas des groupements qui relèveront du christianisme, protestants et catholiques associés, — du catholicisme ou du protestantisme. Et pour expliquer la nécessité de cette observation, je dirai que le sentiment religieux est demeuré plus vivace en Néerlande que dans la partie wallonne de la Belgique ou en France, par exemple.

Mais ce qui mérite surtout d'être envisagé ici, c'est la nature du développement économique général.

Les Pays-Bas sont essentiellement agricoles et commerçants ; l'industrie n'y vient qu'au

PATS-BAS 1 09

second plan et cette notation se conçoit, puisqu'ils n'ont aucun gisement métallique et que les mines de houille commencent seulement à y être exploitées. Les échanges constituent de beaucoup l'élément le plus considérable de la richesse publique, et à cet égard aucun pays en Europe ne l'emporte sur celui-ci. Le trafic extérieur, de 2 600 millions en 1875, montait à [\ milliards en i885, à 5 et demi en 1896, à 9 et demi en 1906, et à plus de 12 milliards en 1910.

782000 personnes vivaient de l'industrie en 1909 contre 53 1 000 en 1889. 616000 étaient occupées dans l'agriculture en 1909 contre 525 000 en 1889, et ^409 000 formaient l'effectif commercial en 1909 contre 269000 en 1889. Mais c'est le chiffre des salariés organisables qu'il convient surtout de mettre en lumière ; d'après le dernier recensement, il est de 480000, dont 35ooo femmes, pour l'industrie, le commerce et les transports, — et de 296 000, dont (43 000 femmes, dans l'agriculture, — soit un total de 776000, dont 78000 femmes.

L'élément salarié entre pour une moitié à peu près exactement dans la population active des professions industrielles, agricoles et commerciales. Il y a beaucoup d'artisans isolés, de petits négociants, de petits commerçants, comme il est naturel dans une contrée où les grands établissements métallurgiques et textiles font défaut, où l'économie est décentralisée comme toutes choses, où la culture maraîchère tient sa large place, et cela

est décisif aussi pour la marche de cette étude. Si le régime capitaliste s'est puissamment implanté en Néerlande comme partout, il n'y a pas encore, à raison des conditions locales, engendré les mêmes eflets que dans certains Etats voisins. Mais son évolution s'accentue d'année en année, et chaque fois que les circonstances ont favorisé son expansion, dans les Services des transports fluviaux et maritimes, dans la brasserie, dans la taille du diamant, il a progressé avec une stupéfiante rapidité.

C'est en 1798 que les corporations ont été supprimées aux Pays-Bas, mais les droits d'association et de grève n'y furent point tout de suite reconnus. Le code pénal français y fut introduit avec toutes les limitations et mesures répressives qu'il comportait, et il demeura en vigueur même après la réorganisation de l'Europe en i8i5. La Constitution de iS/jS consacra en principe la liberté de se grouper en permanence ou temporairement, mais avec des restrictions graves dans la pratique. Les textes du 22 avril i855, du i4 septembre 1866, et du i5 avril 1886, n'ont pas levé toutes ces restrictions, car s'ils n'exigent plus qu'une association obtienne, pour fonctionner, une autorisation, ils interdisent les associations qui sont ou peuvent être jugées fâcheuses pour l'ordre public, celles qui recommandent la désobéissance aux lois, etc.,

PATS-BAS I î 1

et tout, en cette matière, est affaire d'interprétation, donc de décision arbitraire. Ajoutons qu'aucune société ne jouit de la personnalité, si celle-ci ne lui a été conférée par ordonnance royale.

La loi du 12 avril 1872 a aboli la prohibition, qui pesait jusque-là sur les coalitions, mais en laissant toutefois subsister des pénalités dans des cas spécifiés, par exemple pour entraves à la liberté du travail ; et dans ces dispositions encore, le pouvoir trouve des éléments de répression plus ou moins sûrs. La loi du II avril 1908 est venue d'ailleurs modifier sur plusieurs points, et particulièrement pour une catégorie importante de salariés, la stipulation fondamentale de 1872; et elle apparaît d'autant plus essentielle qu'elle a servi de modèle à des propositions législatives en diverses autres contrées.

De janvier à avril igoS, une série de grèves éclatèrent aux Pays-Bas, alors que le régime politique qui était en vigueur, — de par les conceptions mêmes du premier ministre, était des plus rigoureux pour la classe ouvrière. Le 3i janvier, tous les employés des gares d'Amsterdam, le principal centre économique de la Hollande, proclamèrent la cessation du travail, qui eut lieu effectivement. Elle ne dura que 2A heures, mais n'en produisit pas moins une immense émotion dans un pays fortement hiérarchisé et peu habitué, jusque-là, aux grands conflits sociaux. Plusieurs autres corporations présentèrent à leur tour des pro-

grammes de revendications, et l'effervescence, l'inquiétude se généralisèrent. Dans la nuit du 5 au 6 avril, une réunion tenue à Amsterdam décréta le chômage intégral des transports. Une seconde fois, les employés des chemins de fer obéirent au mot d'ordre, mais le mouvement fut presque aussitôt brisé.

Quelque imparfaite qu'eût été l'entente ouvrière, le gouvernement prit peur et se résolut à sévir. Il fit voter brusquement plusieurs textes, dont le principal visait la corporation des cheminots, et qui tous portent la date du ii avril. L'exposé des motifs du projet, qui aboutissait à interdire pour l'avenir les grèves du rail, assimilait les salariés de la voie ferrée à des agents de l'administration de l'Etat et disait : « Le code néglige les délits les plus graves des fonctionnaires, le manquement au devoir professionnel commis dans le but de troubler l'ordre public et de s'insurger contre la légalité de l'État. Cela ne peut rester ainsi. L'autorité gouvernementale, appelée à présider au bon ordre et au bien-être général dans la légalité, ne saurait permettre que ceux-là mêmes, qui ont contracté de plein gré l'obligation de concourir à ce but, cherchent à rendre pénible, voire impossible aux pouvoirs, l'accomplissement de leur tâche. *

Trois nouveaux articles, SbSbis, ter et quater, furent ajoutés au code pénal. Le premier punissait de 6 mois de prison au plus, et d'une amende de 63o francs au maximum, l'agent ou la personne occupée à un travail continu ou

PAYS-BAS I 1 ô

temporaire au service public du chemin de fer et qui, avec dessein, pour occasionner ou pour maintenir l'arrêt dans l'exécution d'un service public, ou dans le trafic des chemins de fer, négligeait ou refusait d'exécuter des travaux pour lesquels il s'était engagé. L'article 358 ter était ainsi conçu : « Pour le cas où deux ou plusieurs personnes, grâce à un complot, commettraient le délit puni par le précédent article, les coupables ainsi que les meneurs et coauteurs du complot seront condamnés à 2 ans de prison au maximum. » Enfin, aux termes du dtbSquater, si le but visé par le 358 bis était atteint, la prison serait de I an au maximum, dans le cas du 358 6zs, et de à ans au maximum dans le cas du 358 ter.

Deux autres textes répressifs sont datés du II avril 1903. L'un a aggravé les peines contre quiconque par force, menaces ou autres actes de violence oblige autrui à faire ou à ne pas faire; l'autre déclare passible d'un mois de prison et de io5 francs d'amende celui qui paralyse la liberté d'autrui ou qui seul ou avec d'autres entrave un service.

Comme on le voit, les armes, dont les pouvoirs publics néerlandais disposent contre les grévistes, sont extrêmement fortes.

Les premières unions ouvrières, qui se soient créées auxPays-Bas, remonlentau début du xix* siècle ; mais elles étaient naturellement fort loin de l'allure militante que les syndicats

Paul Louis. — Syndicalisme européen. 6

I 1 4 T.E SYN»ICALISME EUROPÉEN

ont prise partout dans les 25 dernières années, et d'ailleurs leur existence resta d'abord si précaire, que lesgroupenients demeurèrent en très petit nombre. Il en fut fondé i3, de tendances diverses, de i8ii à i855, 8 encore de i855 à i865, 65 de i865 à 1878, 72 de 1878 à i885, 271 de i885 à 1894; cette dernière période, qui fut particulièrement active, correspond à la phase du premier grand développement du socialisme en Europe, les adversaires des idées socialistes s'altachant cependant à les combattre avec énergie.

Ce furent les typographes qui, dès le milieu du XIX* siècle, offrirent le type d'organisations stables et pourvues d'un programme défini. De i84o à i85o, leurs mutualités se transformèrent peu à peu en résistances, et en 1866 s'érigea la fédération typographique hollandaise, qui se proposait de lutter pour accroître les salaires et pour réduire la durée du travail. Dans les années qui suivirent, apparurent des associations de charpentiers, d'ébénistes, de forgerons, de cigariers, dont l'action s'étendait à plusieurs provinces. Sous l'influence de l'Internationale qui ouvrit sa première section à Amsterdam en 1868, ces sociétés professionnelles intensifièrent leur activité sans toutefois sortir du corporatisme proprement dit.

Le mouvement syndical de lutte des classes n'a pas eu en Néerlande la priorité chronologique. Si la pensée initiale s'en révèle déjà vers 1869-1870, à l'époque où l'Internationale se répand sur toute l'Europe, celte pensée n'a

engendré que de très faibles formations au début. Comme nous le verrons, la première association social-démocratique ne se constitue qu'en 1878; le secrétariat national du travail n'est appelé à la vie qu'en 1898, et la fédération des syndicats néerlandais ne date que de 1906. Celle-ci est à coup sûr aujourd'hui, et de beaucoup, l'organe le plus vigoureux et le plus considérable, dont la classe ouvrière dispose dans l'ordre économique ; mais les partis qui s'opposaient au socialisme, confessionnels ou non, s'étaient ingéniés, bien avant les socialistes, à rassembler les travailleurs pour adapter si possible, à leurs propres fins, la puissance prolétarienne.

Dès 1870, les libéraux, dont le centre de rayonnement était le grand port de Rotterdam, inauguraient ces tentatives. Ils créèrent la Fédération Générale des ouvriers hollandais, qui proclamait son caractère national et s'engageait à assurer la protection des salariés par l'amélioration des lois; la fédération cherchait à éviter les grèves qui étaient devenues relativement nombreuses, chez les cigariers entre autres. En 1878, elle ajouta à son programme économique, qui relevait de la « paix sociale », un programme politique comprenant l'universalisation du droit de vote et la substitution des taxes directes aux taxes indirectes. Par la suite, elle accentua son caractère

Il6 LE SYNDICALISME EUROPÉEN

politique et se lia formellement au parti progressiste, si bien qu'elle perdit toute individualité. Ses efTectifs, qui varièrent de période à période, furent d'abord de 3 4oo adhérents en 1871, pour monter au maximum de 5 5oo en 1878, retomber à i 960 en i885, se relever plus tard à 3 000, etc., mais en somme son influence ne fut jamais que très secondaire.

Les groupements confessionnels ont pris une autre importance. Ici les protestants précédèrent les catholiques. Déjà la propagande de l'Internationale avait éveillé leurs appréhensions et suscité parmi eux un désir d'organisation. Leur grande association, le Patrimonium, qui se fonda à Amsterdam en 1878, fut une véritable ligue ouvrière qui revendiquait le repos hebdomadaire et des dispositions légales en faveur du travail, tout en demeurant sur le terrain confessionnel. A dater de 1886, ce Patrimonium eut son journal hebdomadaire ; huit ans plus tard, le programme social était revisé et complété par l'adjonction d'un article qui réclamait une large assurance ouvrière. Bien que la société se trouvât souvent en difficultés avec le parti antirévolutionnaire, dont elle subissait par intermittences lesinspirations, elleaccrut peu à peu son action. Elle ne se contenta pas de faire appel aux ouvriers, sans distinction entre leurs professions ; elle forma de véritables fédérations de métiers

qui relevaient de son autorité, celle des employés chrétiens en iSgA, celle des cigariers chrétiens en 1899. Deux ans plus tard, elle s'en remettait, à un secrétariat ouvrier chrétien, du soin de multiplier ces groupements corporatifs, qui devaient au surplus se fédérer entre eux, tenir en commun des congrès et désigner un bureau administratif, la contribution annuelle de chaque membre étant fixée à o,5o centimes. Tout de suite, une disposition était prévue pour les grèves, qui ne pouvaient être soutenues financièrement que si elles avaient été approuvées par le bureau. En 1904, le secrétariat se détacha tout à fait du Patrimonium. En 1906, il avait provoqué la naissance de 9 fédérations professionnelles et de 16 sections isolées, avec plus de 2800 membres, le Patrimonium lui-même comptant i3ooo affiliés. En 1910, la fédération chrétienne nationale signalait i5o sections, 6^19 adhérents et encaissait 3 100 francs de recettes. Le mouvement demeurait donc très faible, et les protestants devaient reconnaître qu'ils réussissaient beaucoup moins bien que les catholiques à retenir les travailleurs loin des groupements de lutte de classes. Ils échouaient spécialement dans leur agitation auprès des femmes : 8 ouvrières en tout étaient inscrites dans leur fédération.

Le mouvement ouvrier catholique a pris

I l8 LE SYNDICALISME EUROPEEN

naissance en i885. Ce fut le i4 mars de cette année que fut créée la ligue populaire catholique de Hollande, qui n'était pas spécifiquement prolétarienne en sa composition, qui se recrutait dans tous les milieux, mais qui s'adressait surtout aux masses du peuple. Son programme initial comporte la lutte directe contre le socialisme et la soumission aux enseignements de l'Eglise. Elle se compose de sections communales, dont chaque membre paiera annuellement o,io et qui se fédéreront entre elles avec un siège commum à Amsterdam.

Dès le début, les chefs de la ligue s'attachent à constituer des syndicats, qui fonctionneront à côté des sections communales, et qui rallieront tous les salariéscatholiques, soucieux d'amender leur sort sous le couvert de la légalité. 49 syndicats étaient déjà représentés au congrès de Rotterdam en 1898, alors que l'ensemble des groupements catholiques existants rassemblait 11 000 personnes. Mais le chiffre de ces syndicats s'accroît assez rapidement, et de 189 1 à 1896, 8 fédérations de métier surgissent sous le patronage de la ligue, entre autres celles des métaux, du bois, du tabac, etc., etc.

Cette première ligue avait limité son action au diocèse de Haarlem; une autre s'érigea en 1893, avec une dénomination un peu ditlérente, pour le diocèse d'Utrecht. S'intitulant ligue des associations ouvrières catholiques romaines, elle déclare, tout en se défendant d'incliner au centralisme et en reconnaissant l'auto-

PATS-BAS 119

nomie des sociétés adhérentes, qu'elle se propose de sauvegarder les intérêts religieux et sociaux des salariés. Elle met à sa tête un comité directeur composé d'autant de délégués qu'il y a de sections, et délibérant sous la présidence d'un mandataire de l'évêque. La cotisation ici aussi était de 0,10 par an et par tête; tandis que la ligue de Haarlem comprenait 16000 membres en 1896, celle-ci recensait 5 000 affiliés répartis en 20 sections.

Une troisième ligue fut fondée pour le Limbourg en 1900, puis les trois associations diocésaines s'efforcèrent de se rapprocher et de se fédérer, malgré la résistance des évêques qui craignaient de ne plus jouir d'une autorité suffisante sur une fédération nationale. Cette organisation centrale a pourtant prévalu au lendemain du congrès d'Utrecht, de 1908, où plus de 9000 ouvriers catholiques étaient représentés, et où fut décidée l'ouverture d'un bureau des syndicats catholiques romains, pour contrôler et inspirer la législation, réunir des fonds de grèves, provoquer des congrès, etc. En 1909, l'épiscopat avait dû se résigner complètement à sa défaite.

C'est à dater de ce moment que le mouvement professionnel catholique entre dans sa phase de réelle activité. En 1910, 25 fédérations de métier se rattachaient au bureau, comptant 1942/i cotisants, possédant 19 journaux et appointant 16 fonctionnaires, alimentant encore des caisses de maladie et de chômage. Les recettes du bureau atteignaient à 4oooo francs,

comme aussi ses dépenses. En dehors de la grande fédération catholique, 12000 travailleurs adhéraient à des sections isolées, mais qui s'inspiraient de la même doctrine de pacification sociale, et de la même foi religieuse. En sorte que 82000 salariés, dont 1900 femmes, étaient organisés en Hollande sous la tutelle de l'Eglise romaine.

Outre le mouvement catholique et le protestant, il y a aux Pays-Bas un mouvement ouvrier interconfessionnel. Il y existe des associations mixtes, qui réunissent des prolétaires de l'une et de l'autre confessions, et qui d'ailleurs se sont heurtées, comme en Allemagne, à la méfiance des prélats catholiques.

La première fut instituée à Twenthe, pour les tisseurs, et au lendemain d'un conflit écomique qui avait démontré la nécessité d'une entente ouvrière. Elle remonte à 1896 et, dans son exposé de principes, affirme ses préoccupations religieuses, son respect de la propriété privée, son désir de vivre en bons termes avec le patronat. Mais elle ne tarda pas, au demeurant, à rencontrer la mauvaise humeur de ce même patronat. Faut-il voir un lien entre l'attitude que prirent les grands industriels du textile et la conduite qu'adoptèrent les évoques? Toujours est-il que ceuxci voulurent forcer l'union de Twenthe à se diviser, c'est-à-dire à exclure les protestants,

PAYS-BAS I 2 l

et comme ils n'arrivaient pas tout de suite à réaliser cette pensée, ils suscitèrent un groupement concurrent. L'union, devant tant de difficultés, devait décliner ; elle n'avait jamais compté plus de 55oo cotisants.

Une autre fédération interconfessionnelle, dite fédération des syndicats chrétiens, établit en 1909 son siège à Arnheim. Elle eut bientôt 7 5oo adhérents, dont 2 720 pour le textile, i i/io parmi les mineurs, 969 parmi les employés, 56o pour les métaux, etc. Elle se plaçait sur le terrain du christianisme, rejetait la thèse de la lutte des classes et se réclamait au contraire de la conciliation des classes. Elle était administrée par un bureau de 7 personnes désignées annuellement au congrès.

On doit remarquer que ces unions mixtes ont trouvé beaucoup plus de crédit dans le milieu protestant que dans le milieu catholique.

Le secrétariat national du travail représente aux Pays-Bas la tendance libertaire. Pour comprendre le rôle qu'il ajoué, et l'antagonisme qui subsiste toujours entre cette organisation et la fédération des syndicats à orientation social-démocrate, il est indispensable de retracer en quelques mots l'historique du mouvement socialiste néerlandais.

Ce fut en 1878 que fut créée l'organisation social-démocratique, qui admettait les principes consacrés un peu auparavant en Allemagne,

au congrès de Gotha. Deux ans plus tard, Domela Nieuwenhuis, qui a été Tune des personnalités les plus marquantes dans le mouvement prolétarien et révolutionnaire de ce pays, fondait la fédération social-démocrate ou Ligue Socialiste, qui se préoccupait beaucoup plus d'action économique que d'action politique. Domela Nieuwenhuis ne s'en fit pas moins élire député en 1888, mais conquis complètement à l'antiparlementarisme, il donna sa démission en 1891, et il obtint de son parti que les élections fussent désormais boycottées. Alors un certain nombre de militants socialistes, Trœlstra, Vliegen, Van Kol, etc., firent sortir un nonveau parti, le parti ouvrier socialdémocrate, du congrès de Zwolle (1894). Domela Nieuwenhuis, en 1897, se retirait de sa propre fraction, ne la trouvant pas sufTisamment intransigeante. Ce n'est pas le lieu ici de s'appesantir sur la carrière du parti ouvrier social-démocrate qui depuis 1900, après fusion avec la Ligue, a pris le titre de Parti Ouvrier Social Démocrate de Hollande et a été grossissant sans cesse le chiffre de ses cotisants, celui de ses électeurs et le nombre de ses élus. A partir de 1889, la Ligue, influencée par les résultats qu'avaient acquis les dockers anglais, s'était efforcée de susciter des syndicats d'ouvriers non qualifiés à Rotterdam et dans les autres ports, et ses efforts avaient obtenu des succès réels. D'autres syndicats, plus ou moins dégagés de sa tutelle, avaient surgi par ailleurs, — chez les diamantaires, chez

les métallurgistes, partagés souvent entre l'orientation libertaire et les tendances socialdémocrates. Les statistiques pour cette période manquent à peu près totalement, car on craignait toujours que les archives ne fussent saisies par le gouvernement.

Le congrès international socialiste de Bruxelles en 1891 avait prescrit l'installation de secrétariats du travail dans chacun des pays adhérents à la nouvelle Internationale; ces secrétariats devaient coordonner FofFensive ouvrière dans l'ordre économique. Ce fut en exécution de cette décision que la Ligue Socialiste provoqua, en 1898, une conférence des délégués des fédérations de métier déjà existantes : cigariers, typographes, meuble, agents de chemins de fer, charpentiers, auxquels devaient s'adjoindre les mandataires de l'association des instituteurs. A cette conférence, qui délivra son extrait de naissance au secrétariat, il fut décidé qu'une nouvelle réunion serait tenue, toujours au cours de la même année, et que les associations ouvrières de toute nature y seraient convoquées. La réunion siégea au mois d'août, mais seules y vinrent les fédérations qui s'étaient fait représenter auparavant, et en outre le groupement déjà vigoureux des diamantaires. Les statuts du secrétariat y furent adoptés. Il était chargé vaguement de rassembler des statistiques et de pourvoir aux rapports internationaux, c'est-àdire que son rôle et ses prérogatives manquaient également d'ampleur. Aucune centralisation,

aucune conciliation des initiatives n'était prévue, aucune autonomie même partiellement rognée. Le siège choisi était Amsterdam, chaque fédération aliiliée ayant le droit de déléguer un de ses membres. La contribution annuelle était fixée à 2 fr. 10 par 100 adhérents, : elle fut portée au double en 1896, mais n'en resta pas moins des plus minimes.

Le secrétariat se déclara franchement libertaire et répudia toutes relations avec la politique. Il estimait que les grèves avaient en soi une valeur révolutionnaire, et s'efforçait donc de les subventionner indistinctement, mais les ressources lui faisaient défaut, comme du reste aux agrégats qui avaient souscrit à ce pacte d'alliance, et où la cotisation maxima était de 0,26 par semaine.

Si l'on recherche quels contingents se réunissaient autour du secrétariat, on s'aperçoit que la période de splendeur de cette institution se plaça plutôt à son début: le déclin était venu après la grève générale de igoS, qui rompit tous liens entre les libertaires et les social-démocrates. Il y eut, dès 1898, i5 728 membres inscrits, qui se répartissaient entre 33o sections et 22 fédérations. L'effectif global passait 318700 ouvriers en 1896, pour retomber à 17653 en 1897, les recettes statutaires du siège n'excédant pas, à cette dernière date, I 700 francs, et la caisse de grève alimentée par des collectes exceptionnelles accusant un avoir de 3i 000 francs. En 1910, les ouvriers, qui relevaient du secrétariat,

PAYS-BAS ia5

n'étaient plus que 3 5oo environ; l'organisation fédérale et les syndicats balançaient alors leurs ressources et leurs débours au chiffre de i/jooo francs; en 191 1, le recrutement avait repris et les travailleurs affiliés montaient à 7 000. Malgré tout, ce mouvement, intéressant par la doctrine qui Fanime, n'a qu'une importance secondaire, si on le compare à celui de la fédération des syndicats néerlandais, qui mérite d'être rapprochée, pour ses visées générales, des commissions syndicales d'Allemagne et d'Autriche.

Cette Fédération (Nederlandsch Verbond van Vakvereenigingen) a fait son apparition en 1906 ; elle est donc relativement jeune encore. Elle a été appelée à la vie par des ouvriers syndiqués nettement dévoués à la social-démocratie, et qui voulaient réagir contre les allures, trop « anarchistes » à leur gré, du secrétariat ; parmi eux se trouvaient surtout des militants diamantaires d'Amsterdam et au premier rang de ces derniers, Henri Polak, secrétaire de la grande association du diamant.

Le Nederlandsch Verbond rassemble les fédérations de métiers, elles-mêmes divisées en sections, qui sont nationalement constituées et qui se réclament des principes socialistes. Il est doublement allié au parti socialdémocrate, par ses principaux propagandistes qui exercent également leur activité dans ce

parti, et par ses doctrines essentielles : conquête des pouvoirs publics, développement de la législation ouvrière, etc. Il ne répudie pas la grève, loin de là, et toutes les fédérations qui le composent ont plus ou moins soutenu des grèves et assisté pécuniairement les grévistes, mais il ne croit pas à l'efficacité de la grève générale.

Le Verbond a un bureau permanent : un président, un vice-président, deux assesseurs et un secrétaire, et ce bureau est assisté d'un comité confédéral de 28 membres. La fédération a grandi parallèlement au parti socialdémocrate, auquel son sort semble associé, mais elle compte beaucoup plus de membres que ce parti et c'est là, au demeurant, un phénomène qui se constate en nombre d'autres contrées.

Les statistiques annuelles démontrent que le Verbond a grossi et grossit toujours avec une rapidité remarquable. Il comptait, au i" janvier 1906, 11 groupements de métiers avec 18960 membres; au i*' janvier 1907, 18 et 26 227 ; au i*"^ janvier 1908, 2k et 82 270 ; au I"' janvier 1909, 27 et 36 623; au i*' janvier 1910, 27 et Ao 628 ; au i" janvier 1911, 28 et 4Â120; au I" janvier 191 2, 82 et 52 235; au 1" janvier 1918, 32 et 61 535; dans ce dernier total d'aiiiliés, les fennnes intervenaient pour 3652, mais nous ne possédons de données complètes qu'au i"janvieri9i2, etc'estaux chiffres de l'exercice clos au 3i décembre 1911 que nous recourrons pour offrir quelques précisions.

Les fédérations de métiers, qui se sont rassemblées dans la fédération des syndicats, sont les suivantes ; — le nom de la ville où se trouve leur siège étant chaque fois indiqué entre parenthèses.

i" travailleurs de l'Etat (Amsterdam) ; 2° garçons pharmaciens (La Haye) ; 3" boulangers, pâtissiers, ouvriers en cacao (Amsterdam) ; 4" bâtiment (Amsterdam) ; 5" diamantaires (Amsterdam) ; 6° brasseurs (Rotterdam) ; 7° ouvriers de fabriques (Delft) ; 8" employés d'hôtels et de cafés (Amsterdam) ; 9° travailleurs municipaux (Rotterdam); 10" verre et céramique (Delft); n'employés de magasins et de bureaux (Amsterdam); 12" travailleurs des ports (Rotterdam) ; iS" habillement (Amsterdam); i/j" cuirs et peaux (Vlaardingen); i5° travailleurs de la terre (Leeuwarden) ; 16" lithographes (Amsterdam) ; 17° plombiers (Rotterdam); iS** mécaniciens (Rotterdam) ; 19° métallurgie (Amsterdam) ; 20" meuble (Rotterdam); 21° mineurs (Heerlen) ; 22" dessinateurs (La Haye) ; 28'' postiers et télégraphistes (Rotterdam) ; 2/i" peintres (Amsterdam); 25° ouvriers des tabacs (Amsterdam) ; 26" personnel des chemins de fer et tramw^ays (Amsterdam); 27° travailleurs de la pierre (La Haye) ; 28° stucateurs (Haarlem) ; 29° textile (Enschede) ; 3o° charpentiers (Amsterdam) ; Si" transports (Amsterdam) ; 32° gens de mer (Rotterdam).

Les trois derniers groupements constitués sontjCeux des gens de mer, des boulangers-

laèJ LE SYNDICALISME EUROPÉEN

pâtissiers et des employés d'hôtels et de cafés.

Sur 32 fédérations, i^ ont leur siège à Amsterdam. Sur i4, 3 seulement résident dans la maison étroite du Regulier's gracht où est installé le secrétariat fédéral, mais il faut ajouter que Texiguïté des immeubles d'Amsterdam, au moins dans les vieux quartiers, est telle que toute concentration analogue à celle qu'on retrouve en certains pays, en Allemagne par exemple, devenait impossible. D'ailleurs la plupart des fédérations, dont le centre est dans la première ville de Hollande, ont leurs bureaux à peu de distance du secrétariat. Seuls les diamantaires font exception, mais c'est, d'une part, qu'ils ont voulu s'établir au milieu du quartier où s'érigent les tailleries de diamant et, de l'autre, qu'ils avaient besoin d'une grande maison pour abriter tous leurs services : ils sont propriétaires d'un superbe édifice très ingénieusement et très élégamment conçu.

8 fédérations ont leur siège à Rotterdam, dont le port a pris un colossal développement. Il était naturel que les travailleurs de la céramique et du verre s'établissent à Delft, où ils sont presque tous rassemblés, — que les tra vailleurs de la terre fissent choix de Leeuwarden, la capitale de la province essentiellement agricole de la Frise, et que le textile préférât Enschede, un des rares centres de grande industrie aux Pays-Bas.

Il importo maintenant de signaler, fédéra-

tion par fédération, les totaux de syndiqués.

Les diamantaires viennent en tête avec 9 775 membres. Quatre autres fédérations ont plus de 3 000 adhérents : les ouvriers municipaux (4 gSo), les charpentiers (3 620), les cigariers (3 5o8) et la métallurgie (3 2 18). Entre 2000 et 3 000, s'inscrivent les employés de chemins de fer et le textile ; entre i 000 et 2 000, les peintres, les boulangers, le bâtiment, le vêtement, le meuble, les travailleurs des ports, les employés, les travailleurs de la terre, les mécaniciens et les brasseurs. Les plus petites fédérations sont celles des garçons de pharmacie, des cuirs et peaux, des travailleurs de la pierre. Les gens de mer, parmi lesquels la propagande n'a commencé qu'en 191 1, sont 675 seulement, en dépit du développement qu'ont acquis les services de navigation de Rotterdam et d'Amsterdam, et aussi les transports sur le Zuyderzée et par les canaux, innombrables en cette contrée. En somme, la progression ne s'est guère accentuée, au cours de la période la plus récente, que chez les mécaniciens, les verriers et les céramistes; les peintres et les métallurgistes restent quelque peu réfractaires à l'organisation. Les femmes syndiquées sont surtout nombreuses chez les diamantaires (i 5o5), dans le vêtement (721), et dans le textile (5/i8), encore qu'ici l'etiectif des cotisantes apparaisse singulièrement restreint.

Les 32 fédérations confédérées se subdivisaient, au i" janvier 1912, en 618 sections : soit

Paul Louis. — Syndicalisme européen. q

l30 LE SYNDICALISME EUROPÉEN

67 pour les charpentiers, 65 pour les cigariers, 55 pour les transports et 49 pour les travailleurs de terre.

Par contre, il n'y a qu'une section chez les diamantaires, comme au surplus chez les ouvriers des cuirs et peaux; on compte 2 sections chez les gens de mer, k chez les travailleurs des ports et 8 chez les dessinateurs. La structure des organisations est déterminée par la répartition même du travail entre les parties du territoire. Les diamantaires sont concentrés à Amsterdam, les marins à Rotterdam et à Amsterdam, tandis que les cigariers sont dispersés sur tout le pays et que les peintres élisent domicile dans chaque localité tant soit peu importante.

Comment se distribuent les membres du Verbond, d'abord entre les provinces, et ensuite entre les agglomérations urbaines ? Cette étude offre une réelle importance, et il convient de rapprocher les chiffres qu'elle dégage du mode d'activité économique de chaque région,

La Hollande du Nord et la Hollande du Sud, où se pressent les cités les plus populeuses et les entrepôts maritimes les plus développés, possèdent respectivement 44,1 pour 100 et 26,4 pour 100 du contingent global des syndiqués affiliés à la confédération. Puis viennent rOver-Yssel, la Gueldre, Utrecht, la Frise avec des coefficients de 3 à 7 pour 100, le Brabant septentrional, le Limbourg et Groningue avec des pourcentages de 2 à3 pour 100, — mais

PATS-BAS I 3 1

l'activité agricole est ici prépondérante, — et enfin la Drenthe et la Zélande avec moins de I pour loo.

La ville d'Amsterdam à elle seule rassemble 2/5 du total du Verbond (20 286 affiliés en 1912) ; Rotterdam se classe au second rang avec 6 5o3, La Haye, au troisième avec 3 175 ; Enschede, Utrecht, Dordrecht, Arnheim, Haarlem dépassent encore le millier.

Les recettes totales des fédérations affiliées au Verbond sont montées, en 191 1, à 2 879000 francs, sur lesquels les cotisations proprement dites comptaient pour 2070000. Les débours ont atteint à i 682 000 et l'avoir à d lAoooo francs.

Le Verbond a sa trésorerie particulière, alimentée par un versement de o fr. 5o par tête et par membre; ce versement est de o fr. 60, quand la fédération dépasse 5 000 membres, et c'est elle-même qui acquitte en tout cas ce paiement. Les recettes confédérales ont été d'environ 80000 francs en 191 1. Elles ne correspondent en fait qu'à des frais limités de propagande ; les appointements des deux fonctionnaires rétribués se totalisent à 9 600 francs.

Pour en revenir aux fédérations elles-mêmes, il est essentiel de constater que les diamantaires à eux seuls s'imposent de i 56oooo francs, c'est-à-dire qu'ils fournissent les trois quarts de l'ensemble des recettes : non seulement ils représentent la corporation la plus nombreuse, mais encore ils acceptent les sa-

l32 LE SYNDICALISME EUROPÉEN

crifices les plus lourds. Les cigariers, pour l'importance des recettes, se placent au second rang avec 126000 francs, les charpentiers au troisième avec 98000 francs, les travailleurs municipaux au quatrième avec 63 000. Voici encore quelques chiffres : boulangers 38 000 francs, bâtiment 28000 francs, employés 3o 000 francs, mécaniciens aSooo, chemins de fer 5o 000, métallurgistes 5o 000, textile 38 000.

Les fédérations les moins bien pourvues sont : les gens de mer 7600 francs, les travailleurs de la pierre A 200, et les fonctionnaires de l'Etat 3 000.

Les diamantaires, bien entendu, dépensent aussi beaucoup plus que les autres fédérations, — 910000 francs en 191 1. Les charpentiers s'inscrivaient pour 106000 francs, les cigariers pour looooo, les travailleurs municipaux pour 57000 francs.

L'encaisse fait défaut dans certaines fédérations, mais atteint à 22000 francs dans le textile, à 3oooo chez les charpentiers, 3900000 chez les diamantaires. En groupant les débours divers des organisations confédérées, on constate qu'en 191 1, les publications professionnelles absorbaient loÂooo francs contre 61000 en 1907, la propagande 42000 contre 17000, les bibliothèques 2000 francs, les appointements des fonctionnaires 189000 contre 98000, les secours de grève 373000 contre 227000, les secours de maladie 208000 contre i32 000, les secours de chômage 33 000 contre io5oo, ceux do décès 25oooo contre 160000.

PATS-BAS l33

Quant au vialicum, il est très peu pratiqué. Les allocations de mutualité arrivent au total à 689 ooo francs.

En s'attachant spécialement à elles, on peut présenter les observations suivantes :

1° Toutes les fédérations n'entretiennent pas toutes les caisses de secours ;

2° Les fédérations ne donnent pas à tous leurs membres des subsides égaux, mais d'ordinaire elles font état, dans le calcul des indemnités, des contributions qu'ils versent, et qui varient avec l'importance des salaires;

3° D'habitude, les hommes mariés sont mieux traités que les célibataires, et le plus souvent ceux qui ont des enfants bénéficient d'un secours supplémentaire.

28 groupements servent obligatoirement des allocations de grève : boulangers, après i3 semaines de cotisation, 10 fr. 5o par semaine, plus o,5o par entant mineur de 16 ans avec maximum de i4 fr. 70 hebdomadairement; bâtiment, après i3 semaines de cotisati n, de 7,35 à i3,65 par semaine selon la classe de contribution, plus i,o5 par semaine pour tout enfant de moins de i4 ans, à concurrence de cinq; diamantaires 25 fr. 20 par semaine, plus i,o5 par semaine pour tout enfant de moins de 16 ans, à concurrence de six; brasseurs 10 fr. 5o par semaine pour les célibataires et 12 fr. 80 pour les ouvriers mariés, plus o fr. 80 par enfant de moins de 16 ans: travailleurs • des ports, à dater du 7* jour de grève, 2,10 par jour ouvrable, plus o,5o par semaine pour

l34 LE SYNDICALISME EUROPÉEN

tout enfant de moins de lA ans; textile, de 7,35 à 12, o5 par semaine selon la catégorie, plus i,o5 pour chaque enfant de moins de 12 ans.

23 fédérations donnent des secours de maladie : bâtiment, après un an d'affiliation, de 4 fr. 20 à 10 fr. 5o par semaine, maximum 60 jours; diamantaires, après i3 semaines d'affiliation, 2 fr. 10 par jour ouvrable ou non, à concurrence de 210 francs par an; verriers et céramistes, après un an d'affiliation et à dater de la deuxième semaine de maladie, de 6 francs à i5 fr. 10 par semaine durant k semaines; vêtement, après 6 mois d'affiliation, i fr. 25 par jour, à concurrence de 42 jours par an; mécaniciens, après 6 mois d'affiliation, de i,o5 à 1,55 par jour, au plus 60 jours annuellement.

i4 fédérations accordent des secours de décès aux familles de leurs membres. Chez les boulangers, ces subsides sont de 63 francs après un an d'affiliation, de io5 après deux ans, de 177 après trois ans; ils s'élèvent dans le bâtiment de 3i,5o à 84 francs selon la classe du cotisant; ils peuvent atteindre à 1260 francs chez les diamantaires.

10 fédérations ont organisé des caisses de chômage : diamantaires, allocation de 2 fr. 10 par jour ouvrable après 100 semaines de cotisation et 6 semaines de chômage, — maximum i3 semaines par an; employés, après un an d'affiliation et pendant i3 semaines, de i,o5 à 1 ,55 par jour et 0,20 par tête d'enfant de moins

PATS-BAS l35

de i6 ans; cuirs et peaux, après 26 semaines d'affiliation, 5,25 par semaine avec maximum de 8 semaines par an; travailleurs de la terre, allocation fixée en chaque cas par le bureau de la fédération, avec une durée maxima de 6 semaines; lithographes, après un an de cotisation, 12 fr. 60 pendant 6 semaines et ensuite un viaticum d'au plus3i,5o; métallurgie du plomb et du zinc, après 6 jours de chômage, 2/10 du salaire par jour avec maximum de 60/10 dans l'année ; mineurs, après 52 semaines de versement et à dater de la deuxième semaine de chômage, de 0,90 à 2,35 par jour, selon la classe et le nombre d'années d'affiliation.

Il convient d'étudier, avec quelque détail, les cotisations qui sont versées aux fédérations, étant entendu que celles-ci assument la direction de tous les services et centralisent toutes les formes d'action : les syndicats ne gardent pour eux qu'une part minime des cotisations et ne jouent guère que le rôle de groupements locaux recruteurs.

Fonctionnaires de l'Etat : 3 classes de cotisations, de o,85 à 1 ,25 par mois, selon l'importance des traitements ; boulangers : 6 classes de 0,20 à 0,57 par semaine ; bâtiment : 7 classes de o,3o à 0,70 par semaine; diamantaires : 4 classes de i,o5 à 3,35 par semaine; brasseurs : 5 classes de 0,20 à o,4o par semaine; ouvriers de fabriques : 3 classes de 0,22 à o,3o par semaine ; travailleurs municipaux : 6 classes de 0,22 à 0,32 par semaine ; verriers et céramistes : 3 classes de 0,26 à o,6/l par semaine ; employés :

l36 LE SYNDICALISME EUROPÉEN

6 classes pour les célibataires, de i fr. 25 à ^,20 par mois, 6 pour les adhérents mariés avec les mêmes chiffres, — mais à salaire égal, le célibataire paie davantage ; travailleurs des ports : 3 classes de o,3o à o,5o par semaine; limonadiers : 2 classes de o,4o à 0,60 par semaine; vêtement: 0,16 par semaine pour les femmes et o,25 pour les hommes; cuirs et peaux: o,5o par semaine; travailleurs de la terre : 2 classes d'avril à novembre 0,16 et 0,20 par semaine, les autres mois 0,10; lithographes : 5 classes de 0,82 à 0,60 par semaine; mécaniciens : 2 classes o,Ao et o,5o par semaine; métallurgistes : 5 classes de 0,00 à o,5o par semaine; mineurs : 2 classes, o,36 et o,/j8 par semaine; dessinateurs : 6 classes de 0,80 à 3,65 par mois; postiers : 17 classes de o,i5 à o,5o par semaine, il y a de plus des droits d'entrée ; o fr. 5o chez les boulangers, les ouvriers du bâtiment, les ouvriers de fabrique, etc., o,3o chez les lithographes, 0,20 chez les cigariers et les travailleurs de la terre, 0,60 chez les mineurs, i,o5 chez les brasseurs, etc.

Le Verbond a un journal bimensuel, tirant à 8750 exemplaires : le Yakbevveging. 3i fédérations ont leur organe spécial, 2752700 numéros ayant été mis en circulation au total en 1911. 6 de ces organes sont hebdomadaires. Il bimensuels, 12 mensuels. Celui des diamantaires, le plus répandu, tire à io85o, celui des travailleurs municipaux à 6000, celui des cuirs et peaux à 4oo.

26 fédérations appointent des fonctionnaires.

Les boulangers ont deux « membres du bureau » (on désigne ainsi les présidents, secrétaires, trésoriers) à 1966 francs chacun, et un employé aux écritures à 827 francs; le bâtiment entretient 2 membres du bureau à 2100 francs; la fédération des diamantaires 9 membres du bureau à 5 ^60 chacun, et 21 employés de 1628 à 3385 francs; la fédération de la brasserie i secrétaire à i 966 francs; celle des travailleurs municipaux 3 administrateurs à 2 i8/i francs et i employé à i 628 francs; celle des verriers et céramistes i secrétaire à 2106 francs; celle des employés deux secrétaires à 8670 francs et 3 36o francs et un commis à i 628 francs ; celle des limonadiers I secrétaire à2 2i5 francs; celle du vêtement 2 secrétaires à 1963 et 2i85; celle des cuirs et peaux 1 secrétaire à 982 francs ; celle des travailleurs de la terre t secrétaire à 1628 francs; celle des mécaniciens 2 secrétaires à 2 i85 francs; celle des métaux k administrateurs de I 965 à 2 i85 francs, et 2 employés à /i36 et 827 francs; celle du meuble i secrétaire à 2100 francs; celle des mineurs i secrétaire à 2 100; celle des peintres 3 administrateurs à 1768 et 2068 francs, i employé à I 768 francs ; celle des cigariers k administrateurs à 1965 francs; celle des chemins de fer 2 administrateurs à 2 780 francs et 2 100, I employé à 2 100 ; celle des stucaleurs i secrétaire à I 965 ; celle du textile 3 administrateurs de 1 628 à 1 7^7 ; celle des charpentiers 3 administrateurs de 2068 à 218/j; celle des

l38 LE SYNDICALISME EUROPÉEN

transports i secrétaire à i 890, et celle des gens de mer 3 administrateurs de 1 470 à 1 786 francs.

La fédération des syndicats se compose exclusivement de fédérations de métier ou d'industrie, c'est-à-dire qu'elle n'admet pas comme éléments constitutifs les unions locales de syndicats. Ces unions n'en existent pas moins ; elles groupent, comme les cartels allemands, les syndicats de chaque ville, soit pour instituer des conseils judiciaires, soit pour réglementer et intensifier la propagande. Leurs ressources sont en général modestes.

L'union d'Amsterdam est de beaucoup la plus importante : ne recevant aucun subside de la municipalité elle demeure essentiellement autonome. De même tendance que le Verbond, elle entretient des rapports cordiaux avec lui.

Fondée en 1899, ®^1® ^ compris, dès le début, 8000 membres, mais c'est surtout dans les dernières années qu'elle a acquis son expansion : 9 100 membres et 26 sections en 1905, i3 3oo membres et 24 sections en 1908, 19800 membres et 28 sections en 1911. Le bureau comprend i président, i trésorier, i secrétaire permanent et 7 assesseurs. Chaque membre verse une contribution annuelle d'un franc, ou mieux cette contribution est acquittée par le syndicat dont il fait partie.

PAYS-BAS iSg

Un certain nombre de syndicats et associations professionnelles demeurent autonomes, c'est-à-dire qu'ils ne sont affiliés à aucune des organisations que nous avons passées en revue.

Le total des syndicats ouvriers néerlandais était au i*"^ janvier 191 1 de 2859, au lieu de 2 253 en 1910. Le total des syndiqués était de 153869 contre i/i3 85o.

Rapprochons du chiffre des organisables : 776000, le chiffre des organisés le plus récent; la proportion est d'environ 20 pour 100.

Il a été constaté en 1910, i3o grèves et i4 lock out, dans lesquels i3 i5o ouvriers ont été intéressés. En 191 1, 17900 ouvriers ont été intéressés dans 2o5 grèves et 10 lock out.

Le mouvement syndical helvétique s'est développé dans des conditions particulières, qui tiennent à la nature du peuplement, à la diversité des langues, à la lenteur relative qui a marqué l'évolution industrielle jusqu'à une phase récente.

La Suisse comptait 3 3ooooo habitants en 1900, et près de 3 800 000 en 1910. La densité kilométrique, pour une surface de Ai 324 kilomètres carrés, atteignait à cette dernière date à 91 unités, c'est-à-dire que sans égaler celles de l'Allemagne, de la Belgique et de la Hollande, elle dépassait notablement celle de la France.

Le contingent rural, quoiqu'il ait fortement rétrogradé dans la confédération, comme ailleurs, reste néanmoins puissant : 70 pour 100 de la population résidaient dans les hameaux ou les petites villes, en 1900, contre 90 pour 100 en i85o. Trois cités seulement montent au-dessus de looooo âmes, sans qu'aucune excède 200000: Zurich avec 190000,

SUISSE l4l

Bâle avec 182000, et Genève avec i25ooo. C'est dire que les occupations agricoles, si leur importance a diminué dans l'ensemble, durant la période la plus voisine, sont loin d'avoir été désertées, et chacun sait quel rôle considérable gardent, dans la politique générale et surtout dans la politique douanière de la République, les associations de paysans.

Un trait, qui est spécial à la Suisse, est la division des langues, et celle-ci va évidemment exercer son influence, plutôt restrictive, sur le développement syndical : 2680000 personnes parlent l'Allemand, 780000 le Français, et 34o 000 l'Italien.

Le pays a été relativement pauvre jusqu'au milieu du xix^ siècle, vivant en tout et pour tout de la culture des céréales, de la viticulture, de l'élevage. L'industrie restait d'autant plus précaire, que la houille faisait totalement défaut et que la mise en valeur des forces hydrauliques fut une innovation de notre âge. Ni l'horlogerie, ni la fabrication des cotonnades et des soieries, ni les multiples transformations et utilisations du bois n'enrichissaient, il y a cinquante ans, les cantons. C'est vers 1880 que la grande industrie s'implanta en Helvétie, pour réaliser dès lors de prodigieux progrès, du moins dans le domaine de la métallurgie et de la mécanique. Le nombre des chevaux de force qu'elle employait passait de 69 5o5 en 1882 à 73/i 620 en 191 1 ; il faisait par suite beaucoup plus que décupler. Il s'élevait de 29762 à 65 463 pour l'industrie

l/ia LE SYNDICAUSME EUROPÉEN

du coton, de 699^ à I7 9ï3 pour celle de la soie, de iSSy à /i3 oi5 pour l'alimentalion, de 17693405817 pour les industries chimiques, de I 863 à 36996 dans le bois, de 7039 à 36 802 dans les métaux et machines, de 2 107 à 4o i46 dans le travail et la transformation des terres et pierres.

L'industrialisation a gagné avec une célérité dévorante dans des cantons qui étaient demeurés, jusque vers 1896, purement ruraux; Schwytz, Uri, Lucerne, les Grisons, le Valais. Le canton de Glaris, hérissé de hautes montagnes entre lesquelles les torrents coulent avec fracas, n'est plus qu'une succession d'usines, depuis que la force des cascades a été captée à grands frais.

Les exploitations industrielles proprement dites sont maintenant au nombre de 7 786, contre A 933 en 1896, et 26^2 en 1882. Les travailleurs des fabriques qui offraient un total de 134862 en 1882, s'inscrivaient pour 200199 ^^ 1895, 2/42534 en 1901, 328841 en 191 1. La concentration de la main-d'œuvre s'est accusée très vigoureusement dans les aciéries (424 ouvriers en moyenne par établissement en 1911 contre 294 en 1901), dans les fonderies et dans les constructions de machines (91 ouvriers en 191 1 contre 64 en 1901), dans les tissages de soie (243 contre 201), dans les fabriques de chocolat (241 contre 116). L'accroissement de l'effectif des usines, qui occupent plus de 200 personnes, a été des plus sensibles.

SUISSE i43

L'industrie ïnaiiul'acturière i éjjartit ainsi son contingent: 18000 ouvriers en chiffres ronds dans les papeteries, 2/1 000 dans le bois, 28000 dans la métallurgie, ^6000 dans la construction des machines, 35 000 dans la bijouterie et l'horlogerie, 18000 dans le travail des terres et pierres ; mais une grosse part du personnel salarié travaille en dehors des fabriques, dans des exploitations de moindre importance. On évalue à i^Booo le total des ouvriers du bâtiment, à 100 000 le personnel du textile, à /ioooo celui de l'habillement, à 82 000 celui de la métallurgie, à 36 000 celui de Falimentation.

Sur les 3288/;! salariés des fabriques, 11775/i sont des femmes et 5i i5/i des adolescents. Si l'on envisage la nationalité, 255 5o8 sont des Suisses, 26 i iG des Allemands, 34898 des Italiens, 5978 des Français, 5869 des Autrichiens, etc., si bien que près du quart des ouvriers embauchés dans les entreprises des cantons sont étrangers. Il y a là un phénomène remarquable, et qui ne saurait rester indifférent au regard de l'histoire corporative.

Le commerce de la Suisse a progressé sous l'influence de deux facteurs : l'essor industriel d'abord, la multiplication des voies de transport ensuite. C'est au cours des trente dernières années que se sont effectués la plupart des percements des Alpes, qui ont activé les relations de la Confédération avec l'Autriche et l'Italie, et stimulé aussi le transit des marchandises venues du nord et de l'ouest de

l/i4 I.E SMSDTCAf.ISMK EUROPÉEIS

l'Europe, et particulièrement de la F'rance et de rAllemagne. Les importations montaient de 685 millions de francs en i885, à i 1 1 1 en 1900, et I 745 en 1910; les exportations de 64i millions en i885, à 836 en 1900, et i 196 en 1910. Tel est le milieu économique dans lequel a évolué la propagande syndicale, qui s'adresse aujourd'hui à plus de 600000 travailleurs organisables. Elle était gênée jadis par la configuration géographique, — certains cantons étant totalement isolés dans leurs réduits montagneux,— par la diversité des langues qui reste un obstacle grave au groupement des personnes, par la prépondérance de l'agriculture, par l'exigùité de l'effort industriel, etc. La plupart des conditions, qui la paralysaient, ont disparu ou se sont modifiées. Les ramifications alpestres, trouées par les tunnels ou surmontées par les roules, ne divisent plus le pays comme autant de cloisons infranchissables ; la fabrique s'est installée victorieusement partout, appelant à elle une portion croissante de la population ; les ouvriers, en s'agglomérant, ont mieux pris conscience de leur solidarité de classe. Et c'est pourquoi il n'y a rien de commun entre le mouvement corporatif de maintenant et celui d'il y a quarante ans ou même trente ans.

La Suisse jouit, de longue date, des libertés théoriques essentielles. La constitution de

1874 dit, en son article 56, que les citoyens peuvent former des associations, « dont le but et le moyen ne sont ni contraires au droit, ni en contradiction avec les intérêts de l'Etat » ; mais une pareille formule peut être, suivant les préférences du gouvernement, féconde pour les travailleurs ou, à l'inverse, pleine d'embûches. Il est toujours aisé, lorsqu'on ne redoute pas l'arbitraire et qu'on veut rompre une poussée libératrice, de soutenir que celle-ci préjudicie à la collectivité. Le gouvernement fédéral et les gouvernements cantonaux sévirent assez souvent contre les groupements professionnels, à l'occasion des grèves. L'intervention de l'armée dans les conflits du capital et du travail n'est pas moins fréquente dans la République qu'ailleurs, et les cantons, qui passaient pour les plus « avancés », n'y recouraient pas moins que les autres. Lors du chômage des employés de tramways de Genève en 1902, un bataillon fut appelé sous les armes ; un incident se produisit qui fit grand bruit: i3 hommes refusèrent de répondre à cette convocation en la taxant d'illégale, et subirent des condamnations plus ou moins dures. Vainement, le congrès socialiste d'Aarau, en 1906, protesta contre cet emploi abusif de la milice : les levées exceptionnelles de troupes ne cessèrent plus ; chaque fois que les travailleurs et les entrepreneurs étaient aux prises, et que le litige se déployait un peu largement, les soldats étaient mandés. Citons les exemples d«

Paul Louis. — Syndicalisme européen. 10

là^ LE SYNDICALISME EUROPEEN

Rorschach (1905), de Zurich (1906 et igiS), de Vevey (1907). C'est surtout dans cette utilisation spéciale de la force publique qu'il faut chercher la raison profonde de l'antimilitarisme ouvrier, qui est très vivace en Suisse Romande. Si les cantons n'hésitaient pas à jeter le poids de l'autorité dans la balance, quand une grève menaçait de s'étendre, le patronat qui s'est organisé ici comme partout, s'est ingénié à détourner les salariés des syndicats. De longue date, il a essayé de pratiquer les pressions que les grands industriels britanniques ont généralisées au milieu du xix* siècle, c'est-à-dire qu'ils voulaient imposer aux salariés avant de les embaucher, la « signature du document », la renonciation à toute action collective. Dans la période de 1890 à 1900, ils menèrent une lutte de plus en plus violente pour briser les associations, si bien qu'une conférence ouvrière, réunissant les délégués des groupements politiques et ceux des syndicats, se préoccupa de cette situation en janvier 1891. Elle établit, par l'énumération de faits précis, que certains usiniers excluaient systématiquement les syndiqués ; elle demanda vainement au surplus que des pénalités fussent édictées pour sanctionner de telles infractions à la loi constitutionnelle.

L'histoire du syndicalisme suisse est une des plus complexes qui soient. Pendant long-

temps, l'effort politique et l'effort économique du prolétariat ont été mêlés, l'un paralysant souvent l'autre, des organisations de tendance très diverse se juxtaposant et n'arrivant pas à se concerter pour une poussée commune. La concurrence des associations, — où les travailleurs du pays exerçaient la direction, — et de celles où les étrangers. Allemands surtout, l'emportaient, fut longtemps aussi un obstacle à toute propagande sérieuse. Cette rivalité était d'autant plus vive alors, que le nombre des travailleurs susceptibles de s'enrôler était plus restreint et que l'industrie était moins concentrée. L'antagonisme du centralisme et des tendances fédéralistes s'exerça avec violence parce que Bakounine avait fait rayonner ses idées sur toute la région jurassienne. Les hostilités de personne à personne se greffèrent sur les luttes de principes et leur donnèrent le caractère d'un âpre acharnement. Le particularisme local, plus durable qu'ailleurs dans un pays aussi déchiqueté par les soulèvements du sol, nuisait à toute conception d'ensemble et provoquait, avec la multiplication des groupements, de très réelles déperditions de forces ; non moins nuisibles à l'ampleur du mouvement étaient les divisions religieuses, le sentiment religieux subsistant d'autant mieux que les confessions se heurtaient entre elles avec fureur. Enfin, en plusieurs cantons, et spécialement en ceux où la langue française et la langue italienne étaient communément usitées, les ouvriers, au

l48 LE SYNDICALISME EUROPÉEN

mépris du développement manufacturier, se retranchaient dans un individualisme excessif, et répugnant par tempérament à l'association, se relusaient à acquitter des cotisations même minimes. Je passe sous silence, dans cette énuméralion de conditions contraires, les dérivatifs, que trop souvent la mutualité pure et la coopération vinrent créer aux efforts de propagande syndicale. Il s'agit maintenant de retracer brièvement cette histoire de l'organisation prolétarienne.

Au lendemain des crises révolutionnaires qui marquèrent un peu partout les années i83o et i83i, une violente réaction sévit en Allemagne. Les militants, qui s'étaient réfugiés en Suisse, y formèrent des groupements, à Berne et à Bienne principalement, et les « cercles de lecture », — tel était leur titre, bien que la propagande politique fût leur objet capital, — ne tardèrent pas à entrer en relations avec les communistes français. A la requête des princes allemands, la confédération prononça, en i834, un certain nombre de dissolutions et d'expulsions.

Quelques années plus tard, les cantons procédèrent de même manière contre les adeptes qu'avaient conquis les doctrines de.Weitling, dans l'Est et le Centre du pays, et les autorités zurichoises se montrèrent tout spécialement rigoureuses. Après la révolution de i8/i8, les fuffitifs d'Alletnaone fondèrent de nouveaux cercles, qui eurent le même sort que les précédents, car i6 d'entre eux furent interdits à

SUISSE I^g

la fois. Les démocrates suisses, de leur côté, en opposition théorique, tout au moins, avec ces associations d'éléments immigrés, avaient institué, au mois de mai i838, à Genève, le Grutli. Répudiant à l'origine le communisme, le Grutli se recrutait exclusivement parmi les nationaux helvétiques, et exerçait sa propagande chez les petits bourgeois, les artisans, les étudiants. A aucun degré, ce groupement n'affectait un caractère de classe. Il n'en fut pas moins dissous, en i85o, par les autorités de Berne, mais la mesure fut proclamée illégale par la confédération; il se reconstitua et ne tarda pas à réunir, en 1860, 61 sections et 2 5oo adhérents.

Deux ans auparavant, avait surgi la fédération typographique, qui était véritablement une union professionnelle, à certains égards, mais qui admettait sous des conditions spécifiées des patrons dans ses rangs.

En i86d, Becker fonde, à Genève, une section de l'Internationale qui rayonne bientôt sur toute la Suisse occidentale ; à partir de 1867, coexistent le groupe des sections allemandes et la fédération des sections romandes de cette Internationale. Le mouvement, très complexe et très confus de cette période, qui n'entraîne d'ailleurs qu'un nombre limité de travailleurs, s'exerce dans des voies diverses: la coopération de production séduit beaucoup d'esprits à la Ghaux-de-Fonds et à Genève ; les problèmes politiques sont maintenus au premier plan, et pourtant une conception assez

lOO LK SYNDICALISME EUROPEEN

nette s'accrédite de la valeur de l'effort syndical : la grève du bâtiment à Genève, au printemps de 1868, fit une profonde impression, parce qu'elle avait réussi à réduire de 12 à 10 heures la journée normale de labeur, et qu'elle avait recueilli, en dehors de la corporation intéressée, de sérieux appuis. Becker disait déjà que le syndicat serait un des rouages essentiels de la société future.

Les organisations professionnelles apparaissent en assez grand nombre, dans les années 1867 à 1870, souvent favorisées par les grèves et les lock-out. Signalons la fédération des cordonniers qui rassemble les groupes de Vevey, de Lausanne, d'Yverdon, de la Chauxde-Fonds, de Neufchâtel, la fédération suisse des tailleurs avec i3 sections, la fédération horlogère dont les centres sont la Chaux-de- Fonds, le Locle et Sonvilliers.

A côté de ces fédérations de métiers, des unions locales de syndicats s'érigent dans les ofrands centres, réunissant les sections des diverses professions : celle de Genève comprend 23 syndicats en 1869, celle de Bâle 11, celle de Zurich 5 ; la préoccupation générale se porte sur les moyens d'améliorer les conditions du labeur, et surtout d'imposer une réglementation de la journée.

La guerre de 1870-71 eut, dans les cantons, cette conséquence de mettre aux prises les ouvriers allemands immigrés et les ouvriers suisses qui se prononçaient en général contre la politique bismarckienne. En même temps,

les querelles qui s'étaient déjà élevées antérieurement entre le Grutli et l'Internationale, entre les partisans et les adversaires de la fusion des actions économique et politique, s'accentuaient de toutes parts. Il fallait trouver une forme d'organisation, qui arrachât les travailleurs d'Helvétie à ces luttes stérilisantes.

Le premier congrès ouvrier se tint à Olten, à la Pentecôte de 1878, réunissant les délégués de 10 000 personnes environ, et les sections du Grutli, les syndicats, les cercles d'éducation y participant simultanément. Tout de suite, lorsqu'ils s'aperçurent que les tendances centralistes ne seraient pas en échec, les mandataires de la région jurassienne, fidèles aux idées de Bakounine, sortirent de la salle des séances. Ce congrès créa la Fédération ouvrière suisse, dont la composition fut des plus hétérogènes et dont l'orientation était celle du socialisme réformiste. Cette fédération, à laquelle chaque adhérent paierait annuellement o fr. 20, serait administrée par un comité de neuf membres.

Le chiffre des affiliés ne dépassa jamais 5 8i5, — ce fut le total de 1876, — parmi lesquels étaient 3 3/i5 syndiqués. A partir de 1877, et bien que les congrès eussent lieu régulièrement, le déclin se manifesta pour diverses raisons, au premier rang desquelles étaient les divergences de vues chroniques entre les groupements corporatifs et les groupements politiques. Au congrès d'Olten, en

l52 LE STiNDICALISME EUROPÉEN

novembre 1880, 27 sections seulement étaient représentées; elles votèrent la dissolution de la fédération et décidèrent, en outre, séparant désormais, au moins en principe, l'organisation social-démocratique et l'organisation professionnelle, d'appeler à la vie une nouvelle Fédération générale des syndicats suisses. Celle-ci devait comprendre des fédérations de métier et des syndicats isolés, concertés dans la défense des intérêts économiques du prolétariat: — l'usage commun de la terre, du sol et des moyens de production était de prime abord revendiqué. Un comité fédéral prononcerait sur l'opportunité des grèves ; mais faute d'argent, il demeura initialement dénuéde toute influence, et au surplus, comme les circonstances étaient contraires, et que les syndicats, loin de multiplier leur nombre et leurs effectifs, se dissolvaient de tous côtés, la nouvelle organisation fut elle-même frustrée du prestige qu'elle escomptait. Elle embrassait 45o membres en 1880, 662 en i885, 1968 en 1887. A dater de ce moment, la croissance se marque, grâce surtout à une succession de grèves heureuses.

En ï886, le Grutli, dont les tendances étaient restées jusque-là de préférence radicales et conformes aux vues de la petite bourgeoisie artisane, accentue son orientation dans le sens ouvrier. Il prend l'initiative de la création d'une caisse de grève, et celle-ci est ouverte à la suite d'une entente qu'il négocie avec la fédération générale,

SUISSE i53

Les statuts adoptés portaient qu'on devrait d'abord chercher à aplanir les différends du capital et du travail, mais qu'en cas d'insuccès de ces efforts pacificateurs, le chômage pourrait être proclamé. Le comité d'administration de la caisse déciderait dans quelle mesure il subventionnerait les chômeurs volontaires. Le premier fonds de la caisse étant constitué par les organisations contractantes, les cotisations restèrent facultatives et un référendum, en

1888, rejeta le principe de l'obligation. Dès

1889, des membres influents réclamèrent la fusion de la caisse et de la fédération. A ce moment, le mouvement syndical suisse accélère sa progression. La fédération générale comprenait 102 sections et 3 46o membres; l^ fédérations centrales étaient apparues, et celle des typographes, l'une des plus importantes, avait adhéré à la caisse de grève.

La fusion préconisée est prononcée le 25 janvier 1891, par une conférence qui se tient à Zurich, et où ^0000 travailleurs sont représentés. Il est arrêté que la fédération générale se composera des fédérations professionnelles et de syndicats isolés; son objectif sera la libération du prolétariat par la socialisation des moyens de production. L'inspiration social-démocratique était hautement proclamée. Les sections garderaient leur autonomie, mais la caisse de grève serait alimentée par des cotisations obligatoires des fédérations, et chaque adhérent verserait 0,20 par mois à la fédération générale. Celle-ci devait

l54 LE SYNDICALISME EUROPÉEN

être administrée par un comité de 12 membres, qui aurait à statuer sur l'utilité de chaque grève et sur la quotité du concours pécuniaire à lui assigner.

Au lendemain de cette réorganisation, la croissance de la Fédération générale s'accentue. Ellecompte 6 960 adhérents en 1892 et 9^95 en 1894, — les horlogers, avec 3 000, lui apportant un contingent précieux.

En somme, dès 1895, ce groupement a acquis une importance indéniable. D'autres ont déjà surgi ou vont surgir à côté de lui, mais sans atteindre à son influence sociale, et il convient maintenant de montrer comment il a réussi, dans la phase strictement contemporaine, à se développer et à multiplier ses effectifs. Nous étudierons ensuite certains détails de son existence actuelle,

Pendant les années 1896 à 1899 reparaissent les vieilles controverses sur les rapports des cercles politiques et des agrégats économiques, controverses alimentées par les appels que les social-démocrates adressent aux membres de la fédération. Puis, c'est la question de la neutralité qui se place au premier plan. Elle est longuement discutée par la Ligue Ouvrière Suisse, qui comprend des sociétés de toutes tendances et dont nous aurons phis loin à examiner l'origine et l'historique. Elle se dresse alors forcément devant la Fédération,

SUISSE i55

qui se prononce en faveur de la neutralité, à son congrès de Winterthur, en 1900, et qui modifie ses statuts en conséquence. On ne parle plus de socialisation des moyens de production, mais seulement de lutte contre les organisations patronales et d'amélioration du régime du travail. En même temps, on recommande une réelle prudence dans les grèves : celles-ci ne devront plus être proclamées que par au moins 90 pour 100 des ouvriers syndiqués occupés dans l'entreprise, ou par 5o pour 100 des non-syndiqués. Mais cette affirmation de neutralité ne satisfait pas tout le monde, car beaucoup de syndiqués préconisent l'entente étroite avec la social-démocratie.

De 1902 à 1908, les débats des congrès fédéraux portent sur l'organisation des caisses de grève ; puis en 190/i, ils roulent sur la valeur relative des fédérations de métier et des fédérations d'industrie, celles-ci paraissant particulièrement recommandables dans un pays où le personnel ouvrier est des plus morcelés. L'effectif total était en 1906 de 3i centrales, de 618 sections et de 48000 membres.

De 1905 à 1906, les syndicats de la Suisse Romande essaient de faire prévaloir la doctrine de l'action directe, empruntée au syndicalisme français, mais cette doctrine est mise constamment en échec.

Le congrès d'Olten, en 1908, élabore de nouveaux statuts. L'organisation se place délibérément sur le terrain de la lutte des classes, c'est-à-dire qu'elle adopte la thèse fondamen-

l56 LE SYNDICALISME EUROPÉEN

taie du socialisme et qu'elle se sépare des groupements libéraux, catholiques et protestants. Les fédérations, qui la composent, conservent leur autonomie intérieure : le comité, que nous appellerons confédéral, comprend de I à 4 membres par fédération. Il nomme lui-même une commission executive de 7 membres, qui est chargée d'unifier l'action des groupements adhérents, de veiller aux relations internationales et de poursuivre les réformes législatives. Les fédérations doivent faire un rapport au comité sur les résultats qu'elles ont acquis, sur leurs recettes et leurs dépenses. Elles conduisent les grèves à leur guise, mais le comité décide s'il y a lieu pour lui de leur venir en aide. Les congrès de la Fédération générale sont triennaux.

Entre temps, le contingent numérique n'a cessé de s'accroître, ainsi que le montreront les statistiques reproduites plus loin. Les causes de cette expansion sont multiples ; il y a eu la propagande menée par les fédérations qui se sont efforcées de faire naître partout de nouvelles sections, et le chiffre de ces sections, pour une seule profession, dépasse parfois la centaine : résultat considérable pour un pays aussi exigu. Il y a eu la propagande conduite par les unions locales de syndicats, qui, de par la force des choses, et en vertu de leur structure même, s'élevaient au-dessus du vieux corporatisme et élargissaient la conscience de classe. Les grèves, qui tendaient plutôt à devenir plus fréquentes, — on en acompte 78 et en outre 11

lock-out en 1910, 79 et en outre 6 lock-out en 191 1, — contribuaient à rallier les ouvriers autour des groupements confédérés. Les organisations patronales, en se généralisant, en se resserrant et se fortifiant, contraignaient en quelque sorte, sous peine d'écrasement, les travailleurs à sortir de leur torpeur. Ces travailleurs comprenaient encore la nécessité de former des fronts plus compacts, soit pour arracher de nouvelles lois protectrices à l'État fédéral, — soit pour sauvegarder, contre tout retour offensif, celles qui étaient déjà acquises, soit pour amener les entrepreneurs à signer de nouveaux contrats collectifs.

La tendance des syndicats qui constituent la Fédération générale est assez claire. Elle se rapproche de celle des groupements allemands qui paraissent, à certains égards, avoir exercé une influence prépondérante sur les centrales de l'Helvélie, et s'oppose à celle du syndicalisme révolutionnaire proprement dit.

Cette dernière tendance, qui puise sa vigueur dans les souvenirs du Bakounisme, continue à vivre et même à se développer dans plusieurs cantons, mais elle a été condamnée officiellement par la centrale nationale.

Les grandes fédérations sont loin d'être hostiles à l'action parlementaire, qu'elles tiennent pour importante et efficace. Elles répudient l'action directe et n'attendent de la grève

l58 LE SYNDICALISME EUROPÉEN

que des améliorations partielles et toujours éventuelles, c'est-à-dire que la grève générale est à leur yeux une « chimère m. Elles veulent attirer les travailleurs en leur assurant des avantages pratiques. Les caisses de secours pour chômage, maladie, invalidité, décès se sont imposé des sacrifices croissants au cours des dernières années. Les dépenses de grève, comme on le verra, n'atteignent qu'à un total limité, ce qui s'explique par la prudence que les groupements apportent à la proclamation des conflits.

D'ordinaire, et hormis certains cas particuliers, les syndicats n'autorisent la suspension du travail que lorsque les moyens de règlement pacifique ont été épuisés. Tel est, au surplus, l'esprit général de la fédération à cet égard, si on le dégage des délibérations des congrès, qui ont eu à statuer sur cette question primordiale.

Le régime du contrat collectif, qui a acquis, en Allemagne, une très notable ampleur, compte, en Suisse, des partisans nombreux et convaincus dans la Fédération. Plusieurs congrès ont discuté les modalités que ces conventions pouvaient comporter, et les mesures qui devaient être prises pour le contrôle de leur exécution. Ils se sont prononcés de préférence pour l'institution de commissions « paritaires » soit mi-patronales et mi-ouvrières. Quelques accords, à raison de l'étendue de leur domaine, méritent d'être cités : celui de igoii entre la fédération des typographes et

la fédération des imprimeurs, celui de 1906 pour la brasserie, celui de 1909 pour la lithographie ; en vertu de ce dernier pacte, les ouvriers contractants s'engagent à ne travailler que chez les employeurs fédérés, et ceuxci, par réciprocité, déclarent ne vouloir embaucher que des salariés fédérés. Ces contrats collectifs peuvent concerner tout le territoire helvétique ou une simple localité ou encore avoir un champ d'application intermédiaire. D'après une statistique officielle, il en existait, en 1911, 294 dans le canton de Zurich, et ils couvraient 11 i5o ouvriers.

Le boycottage est admis comme un instrument utile de défensive et d'offensive dans certaines fédérations, et cette éviction a déjà été prononcée à plusieurs reprises contre des brasseries, des dépôts de cigares, mais le label est resté assez peu employé.

Les relations des fédérations de métier et des fédérations d'industrie ont été en Suisse, comme partout ailleurs, un sujet de controverses interminables. Mais bien que le second type ait recueilli beaucoup de suffrages, le morcellement demeure encore très apparent et paralyse parfois l'attaque ouvrière. Certaines fédérations de métier elles-mêmes ne se sont constituées qu'assez tard, en appelant à elles les petits groupements disséminés (alimentation, peintres, tailleurs, textile).

Il s'est créé, en Suisse comme dans tous les pays de forte organisation prolétarienne, une catégorie de fonctionnaires syndicaux qui sont

l6o LE SYNDICALISME EUROPÉEN

arrivés à acquérir aujourd'hui une réelle compétence; soit qu'ils se chargent de l'agitation, soit qu'ils dressent des statistiques ou rédigent les journaux corporatifs, ils rendent des services qui ne sont plus contestés. Dès 1891, la Fédération générale décidait de se doter d'un secrétaire fixe et appointé, mais en réalité il ne fut désigné qu'en 1897, ®t reçut 2000 francs d'émoluments annuels. Ce fut Calame, qui garda son poste jusqu'en 1910, et qui avait été emprunté à la fédération de l'horlogerie. Depuis lors, le nombre des secrétaires a été porté à trois, en même temps que le chiffre du traitement de chacun d'eux était élevé à 3 000 francs.

La plupart des fédérations professionnelles ont ainsi leurs fonctionnaires. Les typographes appointèrent un secrétaire en 1898, les métallurgistes, qui avaient un secrétaire en 1902, deux en 1904, ont un personnel de 11 employés depuis 1909. La majoration des cotisations, qui a été très marquée dans la plupart des groupements, a permis de parer à des dépenses qui eussent semblé insoutenables auparavant.

L'effectif de la fédération générale a suivi la progression ci-dessous :

1884 5ia

1889 44oo:

1893 ghgS

De 1905 à 191 1, raugmentation a été de plus de 60 pour 100.

Le total de 78 119 se répartit entre 21 fédérations. Il comprend 71 170 hommes et 6949 femmes. Au surplus, voici un tableau qui donnera un aperçu exact de la force des différentes organisations confédérées.

i) Relieurs 711

2) Coiffeurs 127

3) Travailleurs de l'État

et des Communes. 2 655

4) Ouvriers des Trans-

ports I i33

5) Arts graphiques. . 710

6) Bois 7018

7) Chapeliers. . . 253

8) Alimentation. . . 2 948

9) Cuirs et Peaux. . . 1 2i3

10) Lithographes. . . 819

11) Chauffeurs de loco-

motives. ... 2 094 Paul Louis. — Syndicalisme niiropéen.

Femmes

Total.

Hommes. FemmeK, Total.

12) Peintres, Plâtriers.. 3 4i4 3 4i4

i3) Maçons 1 3i6 i3i6

i4) Métaux i3 368 67 i3425

i5) Tailleurs 1 834 112 1946

16) Pierre 1670 1670

17) Textile 4 01 2 2477 6489

18) Employés des Trans-

ports 12 106 12 106

19) Typographes. . . 3 669 3569

20) Horlogers. ... 8 700 2 5oo 1 1 200

21) Charpentiers. . . 1706 1706

On remarquera que les femmes n'offrent guère un contingent sérieux que dans le textile et dans l'horlogerie et que, comme partout ailleurs, elles sont beaucoup moins nombreuses que les hommes.

Si l'on compare les effectifs des fédérations en 1906 et en 1911, cette confrontation montre que certaines d'entre elles ont rétrogradé. Celle de l'horlogerie a perdu plus de 20 pour 100, celle des coiffeurs 55 pour 100, celle du textile 26 pour 100, mais ces réductions ont été compensées, et au delà, par des accroissements dans la fédération des travailleurs de l'iiitat et des communes, dans celles de la lithographie, des arts graphiques, des métaux, des typographes, etc.

Les recettes statutaires des organisations confédérées atteignaient, au total 878 000 francs, chiffres ronds, en 1906, laSoooo francs en 1907, 1277000 en 1908, 1806000 en 1909,

SUISSE i63

i465ooo en 1910, i5o3ooo en 191 1*. Or de 1906 à 191 1, l'augmentation du personnel des organisations n'a été que de moins de 20 pour 100, tandis que celle des sommes perçues montait à plus de 66 pour 100 : ce simple rapprochement atteste que les cotisations ont subi, en Suisse, la majoration qui s'est opérée aussi dans les autres pays.

Pendant cette période de six années, les relieurs ont porté leurs recettes statutaires (cotisations) de 6000 à 3Aooo francs ; des confrontations analogues donnent, pour les ouvriers de l'Etat et des communes, 2000 et 9000 francs; pour le bois 94000 et 188000, pour les cuirs et peaux 8000 et 55 000, pour les métaux 25iooo et 420000, pour les tailleurs 19000 et 32 000, pour le textile 3oooo et 57000, pour les typographes 22^000 et 3i6ooo, pour les horlogers 45 000 et 119 000, pour les charpentiers 20000 et 3i 000.

La cotisation moyenne dans les fédérations passait, entre 1906 et 191 1, de 12 fr, 81 à 20 fr. 47. La progression a été surtout accentuée chez les relieurs : 1 1 ,45 et 38, 60 ; chez les coiffeurs 6,32 et 20,72 ; chez les travailleurs de l'Etat et des communes 1,26 et 3, 60; dans le bois 12, i5 et 3i,95; dans les cuirs et peaux 7,19 et 23,71 ; dans la métallurgie 20,94 et 33,91; dans le textile 3,45 et 8,79; chez les typographes, qui réalisent les recettes indivi-

I . Les recettes globales, avec les contributions extraordinaires, étaient de i 8 1 5 ooo francs en 1910, 1879 000 en 191 1.

l6/| LE SYNDICALISME EUROPÉEN

duelles les plus fortes, 84,44 et 91,69; et chez les horlogers 8,78 et 10,66. Est-il utile de faire remarquer les différences énormes qui apparaissent d'une fédération à l'autre : 3, 60 au minimum chez les travailleurs de l'Etat et 91,59 au maximum chez les typographes?

Près de 3o pour 100 des travailleurs fédérés suisses versent moins de 10 francs par an; un peu plus de 28 pour 100 versent de 10 à 20 fiancs, 21 pour 100 de 20 à 3o francs, un peu moins de 8 pour 100 de 3o à 4o francs, un peu plus de 18 pour 100 de 4o à 5o francs, 4,6 pour joo(ce sont les typographes) donnent plus de 90 francs. Malgré les augmentations qui se sont produites dans les dernières années, les groupements helvétiques ne se rangent pas parmi ceux qui ont fait une large place aux hautes cotisations.

Les dépenses de ces fédérations, qui étaient de 855 000 francs en 1906, de i 663 000 en 1910, sont retombées à i4ioooo en 1911. Pour ce dernier exercice, elles se subdivisent ainsi :

Administration 226000, agitation et délégations 65o 000, organes corporatifs (toutes les fédérations ont le leur) 168000, grèves et lock-out 210000, défense en justice i5oooo, viaticum et chômage iï5ooo, maladie 878000, invalidité et décès 11 4 000, autres secours 28000; le reste se réfère à des allocations de solidarité, payées à d'autres organisations suisses ou étrangères, à des subventions diverses, etc.

Le chapitre des grèves est naturellement l'un

SUISSE i65

des plus intéressants : de igoô à 191 1 il s'est inscrit pour près de 2 millions, mais les frais des différents exercices ont été des plus variables : 294 000 francs en 1906, 876000 en 1907, 870000 en 1908, 175000 en 1909, 555ooo en 1910, 210000 en 191 1. Les fédérations, qui ont le plus dépensé pour cet objet durant cette période, ont été le bois, 812000 francs, l'horlogerie, 891 000 francs, et les tailleurs, 457 000 francs.

Toutes les fédérations donnent des secours, sous une forme ou sous une autre, à ceux de leurs membres qui requièrent assistance, mais elles ne donnent pas toutes des secours de toute nature. Plusieurs ne pratiquent pas l'aide obligatoire, au cas de maladie, d'autres n'ont pas de caisse de décès et d'invalidité. Toutefois à la vérité, les institutions de solidarité tendent plutôt à se généraliser. i5 fédérations servaient des allocations de chômage et de viaticum en 1906, 16 en 1908 et 17 en 191 1 ; II avaient institué des fonds contre la maladie, l'invalidité et le décès en 1906, i4 en 1908 et 19 en 191 1 ; mais, à cet égard, les différences sont fort sensibles d'une organisation à l'autre. Les typographes, pour maladie, décès, invalidité, ont déboursé 100 000 francs en 1906, 109000 francs en 1907, 169000 francs en 1908, 180000 francs en 1909, 179000 francs en 1910 et i84 000 francs en 1911, tandis que les tailleurs ne s'imposaient que de i 200 francs en 1906, i 800 francs en 1907, 2 000 francs en 1908, 2 200 francs en 1909, i 800 francs en 1910, et 2 3oo francs en 1911.

l66 LE SYNDICALISME EUROPÉEN

.Si l'on veut étudier dans son fonctionnement une grande fédération, on peut prendre celle des métallurgistes qui a quadruplé et au delà son effectif dans les douze dernières années. Son succès a tenu en partie aux résultats qu'elle a acquis dans les luttes professionnelles ; grâce à elles, la journée de travail a été réduite à lo heures, à 9 heures et demie et 9 heures, tandis que le salaire moyen progressait de 5 pour 100 de 1910 à 1912. Les membres de cette organisation peuvent ou non adhérer à la caisse de maladie, qu'elle a instituée ; dans le premier cas, les adultes hommes versent o fr. 70 par semaine, et dans le second o fr. 4o ; les femmes et les jeunes gens versent de même o fr. 5o et o fr. 20. Au i*"" janvier 1918, la caisse de maladie groupait i3 5oo membres sur 16822 syndiqués. Outre la cotisation fédérale, il y a une cotisation de o fr. 10 à o fr. 3o, qui va à la caisse du groupement local. L'avoir de la fédération, qui était de 268000 francs en 1910, passait à 620000 francs en 1912, et les fonds des sections, soit i65ooo francs, venaient encore s'ajouter à cette encaisse.

La Fédération générale elle-même a naturellement ses ressources, qui sont indépendantes de celles des fédérations de métier ou d'industrie. Les ouvriers de fabrique paient une cotisation de o fr. 36 par an, les ouvrières et les travailleurs à domicile, o fr. 18 et ces deux chiffres sont très faibles à côté de ceux que l'on constate en Suède, en Norvège etaux Pays-Bas.

Les recettes ont atteint 33 000 francs en 191 1, dont 20000 francs provenant des cotisations et II 000 francs des souscriptions de grèves. Les dépenses, cette même année, se sont élevées à 35 000 francs, soit 8 000 francs pour les impressions, 7000 pour l'agitation, 11 000 pour les grèves, 7000 pour l'administration.

La Fédération générale constitue, au regard du secrétariat international des centrales syndicales, la centrale nationale suisse, mais elle n'est pas l'unique organisation syndicale helvétique.

Nous avons précisé ses tendances, qui, comme celles des fédérations d'Allemagne et d'Autriche, se rapprochent des tendances delà social-démocratie, l'affirmation de neutralité ne s'attachant qu'à la politique proprement dite. A côté d'elle, s'est constituée une Fédération, qui se réclame du Syndicalisme révolutionnaire et qui proteste contre les répudiations solennelles qui ontfrappé, en plusieurs congrès, l'action directe et la grève générale, — contre le légalitarisme et l'électoralisme. C'est la Fédération des unions ouvrières de la Suisse romande, qui a été créée en 1906, et qui s'inspire des délibérations de la conférence de Lausanne de 1905. A cette conférence étaient représentés des groupements de Lausanne, la Ghaux-de-Fonds, Genève, Neufchâtel, Montreux, Vevey. Ce fut la fédération Ro-

mande qui suscita ou encouragea en 1907 la grève des chocolatiers de Vevey, grève qui ne tarda pas à s'étendre à Montreux et à Lausanne. Au surplus, elle est cantonnée entre le Jura et le Léman, dans un domaine où les souvenirs de la première Internationale étaient favorables à sa propagande. Elle comprend des unions locales^ où différents corps de métier sont représentés (Renens, Lausanne, Vevey, Fribourg, etc.), et des syndicats isolés; en tout 7000 travailleurs environ.

Les confessions catholique et protestante sont d'autant plus actives qu'elles ont à lutter, d'une part, entre elles, de l'autre, avec la poussée anticléricale. Elles se sont efforcées également de susciter des groupements ouvriers, soit pour servir leur propre propagande religieuse, soit pour empêcher que les travailleurs n'allassent s'affilier au parti socialdémocrate. Mais seules les organisations catholiques ont quelque importance.

Les premières d'entre elles surgirent en i85o; elles se fédérèrent en i865 ; elles se proposaient un objectif moral et politique,

I. Il y a ^7 unions locales en Suisse, correspondant à nos unionsde syndicats. Les premières remontent à 1870, et furent créées à Zurich et à Bàle, mais ces institutions se sont surtout développées dans les dernières années. Les plus importantes, par le nombre des affiliés, sont celles de Zurich. Winterthur, Bàle, Berne, la Chaux-de-Fonds,

non économique, et comprenaient des personnes de toutes catégories sociales: salariés et patrons y étaient juxtaposés.

Des cercles exclusivement ouvriers, mais dont le programme était complexe, à la fois économique et mutualiste, commencèrent à jouer un rôle en 1899, sous le patronage des évoques qui s'étaient imprégnés des idées de Léon XIII. Le premier d'entre eux fut institué, en 1899, à Saint-Gall et recruta environ 800 membres dans le textile ; il servit de modèle à ceux de Rorschach, Coire, Winterthur et Zurich.

Parallèlement à ces groupements, où seuls les hommes étaient admis, fonctionnèrent des groupements d'ouvrières qui, comme les précédents, étaient dirigés et présidés par des ecclésiastiques. Leurs sièges furent Saint-Gall (1899), puis Rorschach, Herisau et Schaffouse.

Les syndicats chrétiens, qui visent à améliorer le sort des travailleurs par des réformes, qui répudient la révolution et qui rassemblent catholiques et protestants, représentent un autre aspect du mouvement, lis sont contemporains des « cercles ouvriers » dans le sens le plus étroit du mot; car c'est de 1899 à 1900 qu'entrent en activité ceux de Saint-Gall et de Rorschach. Dès le début, se révélèrent les difficultés qui ont quelque peu paralysé l'expansion de ces syndicats en Allemagne. Les prélats catholiques eussent voulu éliminer les protestants ; ils n'y ont pas réussi.

lyO LE SYNDICALISME EUROPÉEN

Le congrès de Saint-Gall, en igoS, proclama la réunion des cercles et des syndicats sous le titre de Fédération Chrétienne Sociale de Suisse. Les membres devaient être chrétiens et on ne leur imposa aucune autre condition. Le but du nouvel organisme était de stimuler la législation ouvrière, d'instituer des caisses de solidarité, des cours professionnels et autres, et des caisses d'épargne. Puis, pour centraliser l'action, on décida d'ouvrir un secrétariat général à Zurich et un secrétariat-adjoint à Saint-Gall. Cette fédération chrétienne sociale entretint d'abord des relations correctes et même courtoises avec la Fédération générale à orientation socialiste, mais comme les syndicats chrétiens tâchaient de s'étendre en brisant, en maints endroits, l'offensive ouvrière, et contrariaient le développement des syndicats dits neutres, ceux-ci les tinrent complètement à l'écart. Il arrivait en effet, comme en Allemagne, que le patronat se servit habilement des ouvriers chrétiens.

Le premier congrès Chrétien Social des syndicats suisses siégea à Winterthur en 1907, et fonda la Fédération Syndicale Chrétienne Sociale, qui conclut aussitôt un cartel avec la Fédération Chrétienne Sociale. La première ne comprenait que des groupements corporatifs, à la difterence de la seconde qui associait ces groupements aux cercles. Elle embrassait, d'après ses statuts, des syndicats autonomes, indépendants de tout parti, interconfessionnels, et qui visaient à obtenir des

mesures capables de remédier au sort des travailleurs.

Un autre congrès, celui de Zurich en 1910, fixa la cotisation annuelle des fédérés à o fr. 5o pour les hommes et à o fr. 3o pour les femmes et détermina le régime administratif, en stipulant qu'il y aurait une commission et un comité plus restreint. Le congrès devait siéger tous les trois ans. La fédération est demeurée surtout catholique, les protestants entrant volontiers dans la Fédération Générale depuis qu'elle s'est proclamée neutre ; et au surplus, les groupes purement protestants ne comptent, en tout, que quelques centaines d'affiliés.

Les syndicats chrétiens ont suivi la progression ci-dessous :

Centrales

Sections

Membres

Recettes en francs

Avoir en francs

1 5 4oo

io5i6

En dehors des syndicats neutres et des syndicats chrétiens, il y a un certain nombre de groupements qui vivent de leur existence propre.

11 sied de citer, dans cette catégorie, les chauffeurs et mécaniciens (aS 000), les em-

ployés des chemins de fer de l'État (22000), répartis en quatre associations ; les typographes de la Suisse Romande (600), etc.

Le contingent total de ces éléments, en majorité de tendance social-démocrate ou libertaire, était évalué à /i2 5oo en 1907, à 28000 en igio et 35 000 en 1911.

La Ligue ouvrière suisse, qui comprend toutes les sociétés ouvrières helvétiques, sans distinction de tendance ou de but statutaire, se superpose aux diverses organisations qui ont été déjà énumérées : elle sert, à vrai dire, de lien entre elles.

Elle remonte à 1887, et son origine est gouvernementale.

En 1886, M. Scherer, avocat à Saint-Gall, et président du Grutli, invita la confédération à subventionner un Secrétariat ouvrier, qui se chargerait d'un travail statistique et de diverses autres tâches d'un intérêt public et même officiel. Le gouvernement fédéral ne répudia pas cette initiative, mais à son acceptation il mit certaines conditions : 1° un comité serait formé, où toutes les fédérations ouvrières suisses, sans qu'on eût égard à leur orientation politique et sociale, seraient représentées ; 2° ce comité nommerait le secrétaire; 3" un rapport financier serait adressé annuellement au département fédéral du commerce et de l'industrie; 4° ce département enverrait un

délégué au comité ; 5° les associations, qui auraient des mandataires au comité, seraient en majorité composées de Suisses; 6° les membres de ce comité et le secrétaire seraient de nationalité suisse.

Ces conditions furent acceptées par le congrès d'Olten (avril 1887) où vinrent siéger les délégués d'associations de toute espèce. La fédération ou Ligue ouvrière suisse y fut créée ; ses organes étaient le congrès triennal, un comité fédéral de 60 membres dont les deux tiers au moins seraient ouvriers, et où le gouvernement serait représenté; un comité directeur de trois membres.

Le premier secrétaire désigné fut Greulich, Silésien naturalisé, et qui a joué un grand rôle dans le mouvement socialiste et syndical suisse. Par la suite, le conseil fédéral helvétique portant sa subvention de 10 000 à 26000 et 3oooo francs, il y eut, outre le secrétaire titulaire résidant à Zurich, 5 secrétaires adjoints, 2 de langue allemande, 2 de langue française et i de langue italienne.

La Ligue ouvrière ne reçoit aucune cotisation : ses recettes sont composées des subventions officielles et des allocations des groupements affiliés. Ses congrès, qui ont réuni io3ooo membres au début, et jusqu'à 3A6ooo plus récemment (mais les doubles emplois sont fréquents), se sont occupés du syndicat obligatoire (1898), des rapports entre syndicats neutres et syndicats chrétiens (1896), des lois sociales, etc.

D'après les dernières statistiques il y aurait, en Suisse, environ 1 35 000 travailleurs syndiqués : le pourcentage des syndiqués par rapport à la population ouvrière totale étant évalué, selon le cas, à 19 pour 100 ou à 28 pour 100.

On compte 76 pour 100 de syndiqués chez les cheminots, 67 pour 100 dans les postes et les douanes, 82 pour 100 dans les arts graphiques, 36 pour 100 dans le bois, 3o pour 100 chez les horlogers, 43 pour 100 chez les peintres, 28 pour 100 dans la chapellerie, 2a pour 100 dans la pierre, 23 pour 100 dans la métallurgie, et 6 pour 100 dans le textile dont l'organisation, comme en plusieurs autres contrées, reste encore rudimentaire.

L'Italie offre, dans le domaine corporatif comme dans le domaine du socialisme politique, un spectacle qui diffère essentiellement de celui que nous présente l'Allemagne ; on ne saurait supposer contraste plus frappant : ici une croissance continue, régulière, méthodique ; là des recommencements incessants, des flambées de révolte, auxquelles succèdent des dépressions subites; d'un côté, une volonté concertée, dominée par des principes bien établis, la passion de la discipline et de l'organisation, la subordination des autonomies locales à la cohésion de l'ensemble; de l'autre, une puissance ouvrière qui se cherche encore dans le heurt des tendances et des doctrines, un prolétariat aussi surprenant dans ses élans imprévus et ses mouvements de masses vastes et fréquents, que prompt à la lassitude et au découragement, le premier échec subi, — des divisions réitérées, une génération ininterrompue de groupements qui se combattent les uns les autres, un émiettement

de la classe non possédante, qui sert ses pires adversaires et qui perpétue la tutelle où elle vit.

Rien n'est plus saisissant pourtant que cette histoire complexe, pleine de brusques vicissitudes, où les syndicats italiens afiirment leur désir frénétique de libération. Ici comme toujours, les caractéristiques du mouvement résultent de la structure économique même du pays, où la grande industrie se taille sa place aujourd'hui, mais aujourd'hui seulement,

— où les journaliers agricoles et les métayers représentent encore un formidable contingent,

— où les conditions du syndicalisme moderne se sont révélées fort tard, — où des éléments historiques et des facteurs intellectuels divers contrariaient l'ordinaire évolution professionnelle.

Sur un territoire de 286648 kilomètres carrés, l'Italie comptait en 191 1, 34 686000 habitants, soit 119 au kilomètre. Elle continue à se montrer essentiellement prolifique, puisqu'elle a gagné près de 10 millions d'âmes depuis 1862, plus de 8 depuis 1872, plus de 6 depuis 1882, près de 2 et demi depuis 1901.

La concentration urbaine s'est accentuée dans la dernière décade. Naples a 724000 habitants, Milan 600000, Rome 538ooo, Turin 427000, Palerme 34iooo, Gênes 272000, Florence 232 000, Catane 2 1 1 000, Bologne 172 000, Venise 160000, Messine 126000, Livourne io5ooo, Bari io3ooo, mais beaucoup de ces villes n'ont qu'une population ouvrière res-

treinte, et le « prolétariat en haillons », celui dont l'existence est une énigme, y représente parfois une quotité énorme, et tel est le cas pour le Sud, depuis Rome, — et la Sicile. Le contingent rural demeure très dense; contre 3267000 Italiens qui tirent leur subsistance de l'industrie, et i 196000 qui la doivent au commerce, 9 611 000 la demandent à l'agriculture, et ces travailleurs, métayers, petits propriétaires des champs, sont en général malheureux, écrasés d'impôts, accablés de dettes, opprimés par la grande propriété, réduits à des salaires ou à des gains dérisoires. Aussi l'émigration vers l'Amérique du Nord et surtout vers l'Amérique du Sud, — République Argentine ou Brésil, — reste-t-elle leur suprême recours. On compte qu'il y a environ 7 millions d'Italiens en dehors de la Péninsule.

La petite industrie domestique subsiste encore dans le milieu rural ; la grande industrie s'est implantée lentement dans le Nord, autour de Milan, de Turin et de Gênes, en lançant quelques prolongements dant le Centre. La houille lui fait défaut et la force hydraulique n'a pu être partout utilisée. Les gisements de minerai sont peu fréquents, ce qui explique suffisamment les retards de la poussée métallurgique. Le climat amollit les énergies et le Romain, le Napolitain, le Sicilien n'ont traditionnellement que peu de besoins, en sorte que la productivité demeure inférieure. Seule, la transformation textile se

Paul T.ouis. — SvndicRlisme européen. 12

178 LF, SYNDICALISME EUROPl^EIf

manifeste active autour de Milan, de Côme, dans les vallées alpestres. Les échanges de la Péninsule, en dépit des progrès accomplis, sont encore limités; ils sont passés de 2200 millions en 1875 à 2900 en i885, pour retomber à 2 200 en 1895, et depuis lors augmenter assez rapidement: 4 700 milions en 1907 et 5 3oo en 1911, mais l'augmentation est toute relative et la Hollande l'emporte sur l'Italie.

Le recensement du 10 juin 1911 nous fournit une statistique des entreprises qui avaient au moins 2 ouvriers à cette date. Elles étaient au nombre de 243986, occupant 2805698 personnes, et utilisant une force de i 678774 chevaux-vapeur. La Lombardie à elle seule possédait 667868 de ces ouvriers, le Piémont 842897; les autres provinces intervenaient pour des effectifs beaucoup plus restreints. L'industrie extractive disposait de 97296 salariés ; la transformation des produits de la chasse^ de la pêche et de l'agriculture, de 648490; la production et le travail des métaux, de 8966x1 ; le bâtiment et le terrassement de 806689; le textile de 667 190 ; les industries chimiques de 108 881; la moyenne des travailleurs par établissement était de moins de 26 dans les mines et carrières, de moins de 6 dans l'alimentation, de moins de 10 dans la métallurgie, de 20 dans le textile, de 20 dans les industries chimiques.

Voilà pour les conditions économiques générales. Il faut ajouter tout de suite que la moitié des Italiens sont illettrés, et par conséquent

ITALIE 17g

risquent d'échapper à la diffusion des idées : quelque conscience qu'ils prennent de leur état, quelque révolte que puisse leur suggérer leur détresse, ils n'offrent à la propagande corporative que des éléments instables. Au demeurant, c'est dans le Sud que le pourcentage d'illettrés est le plus fort, et c'est là que celui des syndiqués est le plus faible.

La législation italienne, d'une part, les pratiques administratives, de l'autre, ont considérablement gêné l'expansion syndicale à toutes les époques, mais ce trait n'est point spécial au pays que nous envisageons dans ce chapitre, et partout les répressions édictées par le pouvoir ont attesté que la lutte de classes était une réalité.

Les corporations furent supprimées dans les différents Etats, qui s'échelonnaient le long de la Péninsule, au cours de la première moitié du XIX* siècle (i8oi-i8/i4). Le pape Pie VII avait interdit les associations, de quelque espèce qu'elles fussent. Pie IX, en 1862, autorisa celles d'entre elles, dont les statuts auraient été contrôlés par une congrégation investie de ce soin. Depuis lors, le pouvoir royal s'est réservé le droit de dissoudre toutes les sociétés qui lui déplairaient, et en dépit des difficultés que la cour du Cassation ellemême lui opposa — (en 1900, elle annula un décret-loi fameux du général Pelloux, pré-

l8o LE S\NDICA.LISME EUROPÉEN

sident du conseil) — il en usa largement. C'est ainsi qu'il sévit, au temps de Crispi, contre les fasci qui organisaient la résistance ouvrière en Sicile et en Toscane; des lois d'exception, telles que la loi du domicilio coatto (domicile forcé), furent mises en vigueur contre ceux qu'on appelait les meneurs. Crispi, plus que tout autre, recourut à la dissolution des ligues prolétariennes, mais en 1898, di Rudini procéda, après les troubles de Milan, à de vastes exécutions de syndicats sous le couvert de la loi martiale, qui fonctionna à Milan, Florence, Naples, etc. La chambre du travail (union locale) de Gênes reçut, en 1901, interdiction de réunir ses adhérents. Ce sont là quelques exemples entre beaucoup.

Les coalitions furent prohibées, jusqu'en 1890, par l'article 386 du code pénal. Cette prohibition intégrale fut levée par l'adoption d'un autre texte qui ne sanctionnait plus que les violences illégales, mais ce texte était extensible, et de multiples poursuites continuèrent à être ordonnées contre les grévistes. Le chômage concerté des cheminots fut combattu, en 1898, par la mobilisation. Quatre ans plus tard, le gouvernement reconnaissait leur syndicat; mais en 1906, en présence de nouvelles menaces de leur part, M. Giolitti déposa un projet qui assimilait toute cessation concertée de travail, pour les agents des voies ferrées, à un délit. Il démissionna peu de temps après; son successeur Fortis fit voter le projet.

L'intervention des troupes dans les grèves

ItALIË loi

est d'ailleurs constante, et dans aucun pays peut-être, les conflits du capital et du travail n'ont entraîné une égale effusion de sang depuis vingt ans. Dans les districts ruraux surtout, les levées de journaliers agricoles se sont heurtées à de terribles répressions, aussi bien au temps du crispinisme qu'à une date beaucoup plus récente ; et un certain nombre des grèves générales, plus ou moins effectives, qui ont eu lieu, ont été déclarées par solidarité pour les groupements qui avaient compté des victimes.

Il est vrai que si FÉtat a tourné de longue date ses rigueurs contre les agrégats ouvriers et leurs propagandistes, l'organisation patronale, surtout pour l'industrie, ne s'est affirmée que dans la phase la plus voisine. C'est en avril 1910 seulement que se constitua la confédération nationale des patrons, qui s'assignait comme programme la défense de la liberté du travail.

En Italie comme partout, le mouvement socialiste a exercé une influence sur le mouvement corporatif, dont il a subi à son tour la réaction. Une brève esquisse de l'évolution des groupements politiques de la classe ouvrière est donc indispensable.

Les premiers cercles ouvriers remontent à 1843. D'après une statistique qui est peut-être sujette à caution, ils comprenaient, vingt ans après, 1 1 1 000 membres. En tout cas, ils

iSa LE SYNDICALISME EUROPÉEN

tenaient annuellement un congrès. Le i3*, qui eut lieu à Rome en 1870, créa le pacte de fraternité des socialistes italiens. Le i4*, convoqué à Gênes en 1876, recommanda la constitution de chambres du travail pour la sauvegarde des intérêts professionnels.

Entre temps, Bakounine avait fondé à Naples, en 1867, la première section de l'Internationale, qui ne tarda pas à provoquer l'apparition d'autres sections à Bologne et à Florence. Mais l'Internationale fut dissoute. Ses membres continuèrentà tenir des réunions secrètes. Vers 1876, un mouvement socialiste plus consistant se révèle ; tiraillé entre la doctrine marxiste et l'anarchiste, il se propage surtout en Emilie et en Romaine. Le congrès de Ravenne, en 1880, proclame la formation d'un parti ouvrier qui fonctionne vraiment à partir de i885, et qui rassemble 26000 affiliés en

1886, année où il est dissous. Il reparaît en

1887, mais son existence est plutôt nominale. La lutte s'accentue entre socialistes et anarchistes. Le parti socialiste italien date, sous sa forme contemporaine, du congrès de Gênes de 1892; les anarchistes restent en dehors; les syndicats sont séparés de l'organisation politique, — cette séparation n'excluant pas les relations personnelles. Au congrès de 1898, le parti décide qu'il soutiendra les grèves et qu'il appuiera l'eflort corporatif; mais il est dissout en 1894. 11 se reconstitue seulement en 1895 avec plus de 20000 membres. De 1902 à 1912, il est travaillé par les luttes des

réformistes, des syndicalistes ou révolutionnaires, et des intégralistes, sur lesquelles nous pouvons nous dispenser de nous appesantir ici. En 1912, à la suite de la guerre de Lybie, et à propos du pacte noué entre certains députés et le cabinet Giolitti, une scission éclate. À côté de la section italienne de l'Internationale s'érige un parti réformiste. A ce momeot, le nombre des adhérents a fléchi de 45 000 en 1904 à 25 000. Aux élections de igiB, les premières du suffrage quasi-universel, les socialistes de l'internationale recueillent 85oooo voix et obtiennent 62 sièges.

Trois courants se manifestent dans le mouvement corporatif de la Péninsule : i" le socialiste réformiste qui a fini par prévaloir dans la confédération du travail, composée elle-même de fédérations de métier et de chambres du travail ; 2° le syndicaliste révolutionnaire qui s'accroît d'année en année ; 3" le catholique. Le socialiste réformiste et le syndicaliste révolutionnaire s'attachent aujourd'hui à se séparer, mais ils ont longuement lutté, et jusqu'au cours des dernières années, dans les mêmes organismes, et pratiquement les réformistes avaient dû souvent capituler devant les syndicalistes; autrement l'on ne s'expliquerait point les grèves générales, qui se sont succédé très rapidement, et dont la plus fameuse est celle de 1904.

l84 LE SYNDICALISME EUROPEEN

Les trois courants se retrouvent aussi bien dans le prolétariat industriel que dans le prolétariat agricole qui fournit ici, trait unique, un chiffre d'organisés supérieur à celui du précédent. Le mouvement de lutte de classes, c'est-à-dire celui d'où forcément s'excluent les catholiques (et j'entends par ce terme les salariés qui acceptent les directions des cercles ecclésiastiques), sort des mutualités professionnelles. C'est en elles à l'origine qu'il s'est abrité, ici comme en France et ailleurs. Aux mutualités succédèrent les résistances, les « sociétés d'amélioration », desquelles se rapprochent les ligues agraires, et de ces dernières il sera parlé plus loin. Les syndicats proprement dits n'apparaissent que vers 1870, et les typographes à cet égard donnent les premiers exemples que Ton connaisse ; ils se proposaient avant tout l'élaboration d'un tarif et dans ce but se dotaient de caisses de grèves plus ou moins bien pourvues. Ils étaient 2 288 en 1870 et 3 762 en i885, concentrant à ce moment, dans leurs sections locales, plus du quart des travailleurs de la profession. Après eux vinrent les tisseurs, les métallurgistes, les cheminots. L'évolution industrialiste qui s'accomplit dans le Nord, à dater de 1890 et surtout de 1900, provoqua directement cette expansion, que l'on peut suivre en quelque sorte à la trace, après 1901. En même temps les groupements de journaliers et de métayers grossissaient dans une énorme mesure.

ITALIE l85

En 1909, on comptait i 774 syndicats de gens de la terre, 635 du bâtiment, 178 dans les mines, 336 dans les métaux, 208 dans le textile, 343 dans le vêtement, 147 dans le transport, 177 dans l'imprimerie, 228 dans le bois, 389 dans la céramique, le verre et les produits chimiques, soit au total 4 266 syndicats avec environ 700000 membres. Mais ce tableau ne fait point le départ entre réformistes, révolutionnaires et catholiques et du reste' les statistiques italiennes laissent fort à désirer pour la précision.

Une autre enquête de 1912 signale 5 4o2 syndicats avec 817000 membres. Sur ces 5 4o2 groupements, i 354 restaient en dehors des fédérations et des chambres du travail, qui toutes adoptent le principe de l'antagonisme des classes, et sur ces i 354, 697 s'affirmaient catholiques. Une autre division du même total 5 4o2 donnait 3 808 sections industrielles et I 594 sections agricoles.

Le rapport du secrétariat international des syndicats s'arrête, pour l'exercice 191 1, à 296976 syndiqués dans l'industrie, le commerce et les transports, dont 17 384 femmes, — et à 4i2 967 dans l'agriculture, dont 64 875 femmes. Nous aurions donc une somme de 709943 syndiqués dont 82259 femmes. Il y aurait une femme syndiquée pour environ 8 hommes, tandis que la proportion en Allemagne est de I à i3, aux Pays-Bas de i à 20 et en Suède de i à 20 également.

Si l'on défalque du total de 709 943 les mem-

l86 LE SYNDICALISME EUROPÉEN

bres des groupements catholiques, il resterait un peu plus de 600000 ouvriers réformistes ou révolutionnaires, mais acceptant l'opposition des catégories sociales. Faut-il croire que ce contingent serait monté dans le cours de 19 12 à 700000 environ? Cet accroissement est fort admissible, si Ton tient compte de l'augmentation qui s'est marquée pour la même année en d'autres contrées, à la faveur de la prospérité économique et des progrès industriels.

Nous connaissons, d'après le secrétariat international des syndicats, les recettes et dépenses d'un certain nombre de groupements relevant du réformisme ou du syndicalisme révolutionnaire. Pour 482 àgS ouvriers en 191 1, les sommes perçues ont été de 918 000 francs, les sommes déboursées de 617000. L'encaisse au I" janvier 1912 était de 298000 francs.

Les cotisations sont parmi les plus basses qu'on puisse signaler. Si l'on s'attache aux éléments exactement connus et qui se réfèrent à 384 000 travailleurs seulement, 9^,4 pour 100 d'entre eux versent moins de 10 francs par an, 1,2 pour 100 donnent de 10 à 25 francs, 4 pour 100 de 4i à 45 francs.

Les syndicats italiens ont formé des fédérations de métier, des chambres du travail, et des centrales nationales, celle des syndicalistes s'étant constituée après celle des réformistes.

Il }! a lieu de considérer, d'une part, les fédérations de l'industrie, et de l'autre la fédération des travailleurs de terre.

Les premières grandes organisations fédérales d'ouvriers industriels remontent aux alentours de 1890. La ligue de l'union Ferroviaire qui, à cet égard, fournit un des types les plus intéressants, fut fondée à Milan en 189 1 et fonctionna pratiquement trois ans plus tard. Dissoute à deux reprises par Crispi en 1894 et par Pelloux en 1898, elle se reforma sans attendre et comptait 4i 000 membres en 1902; elle atteignait en 1918 à 60000 et se partageait en réformistes et en révolutionnaires, ceux-ci ayant la prédominance. La fédération lithographique naquit en 1892 de la fusion de deux syndicats. La fédération métallurgique succéda, en 1901, à un comité central de résistance, qui était apparu en 1898, — et dès 1902 rassemblait 5o 000 membres ; celle des cuirs et peaux est de 1900; celle des ouvriers de l'Etat de 1898. Celle du bâtiment a voté ses statuts en 1899, et elle devait jouer un rôle considérable: de 10 sections et de 522 membres qu'elle possédait au moment où elle proclamait son existence, elle passait à 356 sections et 20 265 membres en 1905, et à 434 sections et 43 820 membres en 1909.

De 1900 à 1902, le nombre des fédérations s'accroît rapidement : à celles qui militent déjà, s'ajoutent celles du livre, des verriers, des tanneurs, des menuisiers, des tisseurs, des chapeliers, des travailleurs de la mer. Au

l88 LE SYNDICALISME EUROPEEN

mois d'août 1902, 24 au total avec 1 l\2b sections sont en plein fonctionnement. Après les métaux, les bâtiments et les cheminots, la plus importante est celle du textile avec 102 sections et 18000 adhérents.

Le mouvement fédératif traversera, au surplus, des fluctuations dans les années qui suivent. Si l'on laisse de côté les travailleurs de terre, les centrales constituées contiennent en

1906 2702 sections et 167289 membres, en

1907 2 o44 sections et 204271 membres, en

1908 2606 sections et 191600 membres, en

1909 2 479 sections et 176 836 membres, en 1910 2894 sections et 166 166 membres, en 191 1 8176 sections et 210 621 membres. Même en ajoutant les travailleurs de la terre, on n'arrive pour 1911 qu'à 4 770 sections* et 363o57 membres, en sorte qu'une large fraction des travailleurs italiens demeurent en dehors de ces centrales.

Durant ce même exercice 191 1, la fédération des cheminots accuse 65 000 affiliés, celle du bâtiment 4i 452, celle des gens de mer 29000, celle des typographes i3 65o, celle des travailleurs de l'Etat 10 228, celle du textile 8089, celle des boulangers 7400, celle du personnel des hôpitaux et hospices 3 i63, celle des employés d'hôtels et de restaurants 2 298, celle des relieurs 2 o64, celle des cuirs et peaux I 689, celle de la porcelaine i 5oo, celle du

I. On a vu plus haut que, d'après une enquête, en 1912, l[ 0^8 sections étaient fédérées. Les données des différentes statistiques italiennes sont loin de concorder entre elles.

bois I Aoo, celle des soullleurs de bouteilles 1296, celle des lithographes 1087, celle des produits chimiques 760.

Les cheminots ont encaissé en igio (force est de s'en tenir à cet exercice), 202000 francs, le bâtiment 1^2000, les verriers 96000, les typographes 48 000, les lithographes 36 000, le textile 26000, les chapeliers 28000, les métallurgistes 19 000 ; les cotisations à ce moment ne dépassaient guère 3,5o en moyenne par tète et par an. Les chiffres ci-dessus indiquent qu'elles étaient inférieures à 4 francs chez les cheminots et chez les typographes, et atteignaient au plus 3 francs dans le textile et 2,35 dans les métaux.

Neuf fédérations en 1911-1912 avaient une caisse de grève, cinq autres une caisse de chômage, quatre un service de viaticum. Dix huit publiaient un organe particulier.

Comme on le voit, les fédérations sont loin d'être toutes également développées : disposant de minces recettes, de caisses mal garnies, elles ne peuvent d'habitude pourvoir aux institutions qui ont été aménagées adleurs. Mais des efforts considérables ont été tentés au cours des dernières années, afin d'améliorer un état de choses qui était tenu pour insuffisant et pour fâcheux. D'une part, on s'est attaché à accroître les cotisations, et de l'autre on a essayé de fortifier les liens qui existent entre les sections. Cette dernière tendance s'est marquée surtout chez les typographes, dans le bâiiment. dans la boulangerie.

igO LE SYNDICALISME EUROPÉEN

La puissance des organisations rurales constitue un des traits spécifiques du mouvement syndical italien. La densité du peuplement à la campagne, la misère des journaliers et des petits métayers ont été les raisons de cette formation corporative, tout autant que la permanence d'une tradition révolutionnaire enracinée de longue date chez les paysans de la Péninsule.

Les premières ligues agraires ont surgi en 1884. A Mantoue s'étaient formées la société pour l'assistance mutuelle des paysans de la province et l'association nationale italienne, dont le rôle était analogue à celui des ce résistances » de l'industrie. D'autres se créèrent à côté d'elles, dans les districts de la vallée du Pô principalement, si bien qu'au total 62 de ces syndicats affirmaient leur vitalité dès i885. Ils se préoccupaient surtout de faire hausser les salaires et de faire baisser les fermages ; la négociation de contrats collectifs était leur principal souci. Le gouvernement ne tarda pas à les dissoudre. En 1891, à cette physionomie initiale du groupement agricole se substitue un aspect tout différent. Les idées coopératives se répandent parmi les paysans du Mantouan, qui ont toujours été plus hardis que ceux du Centre ou du Sud. Le 11 octobre de cette année, une fédération mantouane rassemble des coopératives, des mutualités,

des sociétés d'éducation, qui se recrutent exclusivement dans le milieu rural. Mais la grande grève agricole de Molinella en Emilie (1893), qui suit de près le soulèvement de Fasci de Sicile, effraie le pouvoir, et la Fédération est dissoute en iSg/j- Dès l'année suivante, des ligues d' « amélioration », qui se proposent le même objectif que celles de i885, reparaissent dans le Mantouan et dans d'autres régions. Elles proclament des chômages de plus en plus longs et nombreux, tels que ceux de Molinella encore et de Ferrare en 1897, auxquels participent 11 000 travailleurs. 9 de ces grèves éclatent en 1897, 27 en 1900 et de 1901 à 1902, en i5 mois, Ton en compte 600 autour de Pavie, de Rovigo, de Ferrare, de Novare, de Côme et de Crémone. Ce sont ces cessations réitérées du labeur qui ont révélé en quelque sorte le prolétariat rural à lui-même ; elles ont été surtout engendrées par une terrible détresse. Dans la contrée de Vérone, les salaires avaient fléchi jusqu'à o fr. 80, dans celle de Rovigo jusqu'à

0 fr. ^o, jusqu'à o fr. 26, la moyenne étant de

1 fr. i5 pour toute l'année.

Les ligues, qui multiplient de plus en plus leur contingent vers 1901-1902, exigent un droit d'entrée de o fr. i5 et une cotisation mensuelle de o fr. 10. Elles concentrent toute activité sur l'augmentation des salaires. Celles de Mantoue se fédèrent en 1907 et comptent bientôt Ao 000 membres ; d'autres fédérations provinciales se dressent à Ferrare, à Rovigo.

à Parme, à Vérone, acceptant de prime abord l'inspiration socialiste. La doctrine de la lutte de classes est communément accueillie.

En novembre 1907, la fédération nationale des travailleurs de terre naît au congrès de Bologne, où siègent les délégués de 704 ligues et de i44ooo ouvriers. Elle comprend des journaliers, des domestiques à l'année, des petits propriétaires aussi, — qui sont de la sorte assimilés à des salariés, et revendique avant tout l'établissement de règlements collectifs où seront précisées les conditions du salaire, la durée de la journée, et inscrites Tinterdiction d'user de l'outillage mécanique et la suppression du paiement à la tâche. Elle recueillit d'abord de si réels succès, en dépit d'une hâtive contre-organisation des employeurs, qu'elle fit hausser sur toute la ligne la rétribution usuelle, mais ce ne fut, à vrai dire, qu'un feu de paille. La fédération, qui possédait 227 000 membres en janvier 1902, n'en avait plus que loi 200 en janvier 190^, et se dissolvait en février pour céder la place à un simple secrétariat.

La phase de dépression ne fut pas plus longue que la phase d'exaltation. La fédération se reconstitue en 1906 au congrès de Bologne, avec admission des ligues qui comprennent des salariés, des métayers, des petits propriétaires cultivant de leurs propres mains. Elle tiendra des congrès tous les deux ans et dans l'intervalle, sera administrée par un bureau de cinq membres, et par un comité

composé de six délégués par 5 000 affiliés. La cotisation, de o fr. o5 en 1906, est relevée à o fr. io en 1908. Bien qu'elle n'eût pas reconnu la grève générale comme un moyen normal, la fédération ne la répudiait pas en principe. Elle n'a point cessé d'être déchirée entre les réformistes et les révolutionnaires.

Le nombre des ligues agraires était de 982 en 1906 avec 221918 membres, de 1298 en 1907 avec 273 698 membres, de i 809 en 1908 avec /426079 membres, de i 17^ en 1909 avec /io5 1^9 membres, de i 69/» en 1910 avec 890 85i membres, de 1 694 en 1911 avec 412967 membres ; mais de ce total il y a lieu de déduire, pour établir le contingent des syndiqués à tendance socialiste, /i3 000 ouvriers catholiques rassemblés en 226 sections.

La fédération elle-même ne comprend qu'une portion assez réduite des travailleurs organisés. De 77000 en chiffres ronds au moment de sa restauration, elle passait à 117 000 en 1907, 186000 en 1908, i63oooen 1909, 167000 en 1910, et i53ooo en 1911. Ses recettes sont restées très exiguës. Les chambres du travail, dont nous allons parler, ont attiré à elles 222000 travailleurs agricoles syndiqués.

Les régions de la Péninsule, qui présentent les plus gros effectifs d'ouvriers ruraux organisés, sont : la Romagne avec i/fiaooo, l'Emilie avec 61000, la Fouille avec 47000, la Lombardie avec 47000.

Paul Louis. — Syndicalisme européen. i3

Les chambres du travail ont joué, dans le passé tout au moins, un rôle notablement plus actif que celui des fédérations; elles l'emportent aussi par le nombre des salariés qu'elles ont rassemblés. On ne saurait mieux les comparer qu'à nos unions locales de sj^ndicats, puisqu'elles enferment, dans un organisme unique, les syndiqués de chaque ville, et les entraînent de la sorte à passer outre aux préoccupations particularistes du métier.

Dès 1876, un congrès ouvrier préconisait la constitution de ces cartels locaux, mais l'idée dem<Mir;n"t confuse, lorsfjue I exemple de la Bourse du Travail de Paiis détermina les Milanais à se mettre à l'œuvre. Les typographes de la capitale lombarde, en provoquant, le 2 décembre 1889, les autres associations de leur ville à une réunion générale, songeaient moins à façonner un organisme de combat social qu'à réglementer le placement. Le 27 avril 1890, les statuts de la chambre du travail étaient adoptés, — et le conseil municipal ayant accordé une subvention annuelle de i5ooo francs et le prêt d'un immeuble de 80 pièces, l'institution commença à fonctionner le 22 septembre 1891. Elle devait donner des bureaux aux divers groupements, en excluant les réunions publiques, défendre les intérêts ouvriers, pourvoir au placement, recueillir

de>; renseignements sur l'état du marché, ouvrir des cours professionnels, etc. Elle serait administrée par un bureau de 18 membres, qui désignerait 2 secrétaires appointés. Les autres cités industrielles ne tardèrent pas à imiter Milan : Turin, Plaisance, Bologne, Brescia, Crémone, Florence, Parme, Pavie, Rome, Vérone, Venise, Naples, etc., se dotèrent de chambres du travail, si bien que le total en était de 16 en 1896. Partout les municipalités libérales inscrivaient à leur budget des crédits en faveur de ces «cartels». Le gouvernement parut d'abord indifférent, puis il se montra nettement hostile, et une loi communale nouvelle stipula que les conseils municipaux ne pourraient plus distribuer des subsides que pour des buts communs. Le conseil d'Etat consulté décida que les chambres du travail servaient l'intérêt exclusif d'une classe (novembre 1896). Les dissolutions eurent lieu isolément, successivement, puis en masse, après les émeutes de 1898, et k des chambres tout au plus furent épargnées. Après 1900, les unions locales se reformèrent en grand nombre, et dès lors, malgré les rigueurs exercées parfois contre elles, manifestèrent une vitalité croissante.

Entre temps, elles s'étaient fédérées au congrès de Parme, en juin 1898, et avaient tenu un second congrès fédéral en 1897 ; mais la fédération manquait de fonds, car 288 francs seulement furent encaissés de 1897 ^ 1900, en sorte que son fonctionnement était tout théo-

igô LE SYNDICALISME EUROPÉEN

rique. Au troisième congrès, en 1900, 48 unions locales étaient représentées, et au quatrième, en 1901, 57, qui groupaient 262000 personnes. La même année, se constituait le secrétariat national des chambres et syndicats, qui allait être l'origine de la confédération générale.

Suivons maintenant le développement des chambres du travail. On en compte 91 au i" janvier 190^, avec 3 345 sections affiliées et 3472^9 membres; 82 au i*"" janvier 1906, avec 2 732 sections et 298 446 membres ; 84 au i"' janvier 1907, avec 3o32 sections et 387 384 membres ; 92 au i" janvier 1908, avec 3 799 sections et 558 o44 membres, provenant aussi bien des groupements industriels que des ligues agraires. Le total est, au i*"" janvier 1909, de 98 avec 3 834 sections et 501228 membres, de 94 au i" janvier igio avec 4 i45 sections et 4o5 i49 membres.

Prenons les dernières statistiques. Au 1" janvier 1911, 94 chambres rassemblent 4 794 syndicats et 485 563 membres; tandis que depuis 1908, le chifï're des syndicats s'est accru de près de i 000, celui des syndiqués adhérents a baissé de plus de 72 000, mais les fluctuations violentes sont une des caractéristiques du mouvement corporatif italien. C'est la province de Romagne qui a fourni le plus fort recrutement à cette forme de l'organisation, avec ses 1579 sections et 134798 membres. Les unions locales de l'Emilie ont 941 sections et 81 857 membres, et celles de

la Lombardie 768 sections et 69^26 membres. La chambre de Milan, la plus puissante par l'effectif, indique 28216 adhérents, celles de Ferrare et de Ravenne plus de 26000 respectivement, celles de Bologne et de Naples 28000, celle de Reggio d'Emilie 21000, mais il y a aussi des contingents inférieurs à i 000 et tel est le cas pour 35 cartels.

Les bilans pour 7^ chambres ont donné, en 1910, 609666 francs de recettes, 88710^ de dépenses, et les subventions municipales figurent dans le premier compartiment pour iiôooo francs. Les cotisations des syndiqués sont en général médiocres. A Parme, où l'organisation, de tendance purement révolutionnaire, est spéciale, et où la Chambre absorbe l'intégralité des versements des syndiqués, à l'exclusion des sections ou fédérations, la contribution annuelle par tête est de 5 fr. 20. A Piombino, elle est de 8 fr. 64 et cette importance relative s'explique par le même motif. Elle est de 2 francs à 2 fr. 5o dans cinq localités ; de ï fr. 5o à i fr. 80 dans A ; de i fr. 20 à I fr. 5o dans 11; de i franc dans 21 ; de o fr. 70 à o fr. 80 dans 11 ; de o fr. 5o à o fr. 60 dans 88; de o fr. 80 dans i. La Chambre de Milan a perçu 5i 5o3 francs, celle de Parme Ai 866 francs, celle de Ravenne 85 000, dans le dernier exercice connu.

Veut-on se faire une idée des institutions, qui sont alimentées par les Chambres, à l'aide de ces ressources si diverses dans leur quotité ? 22 des groupements entretiennent un

iqS le syndicalisme européen

bureau de placement, 6i un bureau de renseignements judiciaires, 3o un office de consultalions médicales, i8 des cours professionnels, 4o des bibliothèques. Ils laissent aux journaux socialistes hebdomadaires, — (il y en a une centaine), le soin de publier les informations qui concernent leur activité.

La Confédération du travail, qui est considérée par le secrétariat international des syndicats comme la centrale nationale italienne, est issue du secrétariat national de 1901. Cet organisme était demeuré sans grande autorité. Au mois de septembre 1906, les métallurgistes convoquèrent à Milan un congrès, où ils appelèrent les ouvriers syndiqués de toute la Péninsule, et ceux-ci, au nombre de 200000, s'y firent représenter. Les réformistes s'y heurtèrent aux syndicalistes, qui, eux, repoussaient toute idée de centralisation. Malgré la résistance de l'élément révolutionnaire, la création de la C. G. T. fut votée par ii^ooo voix. La C. G. T. naissait par suite sous les auspices du réformisme. Il fut entendu qu'elle comprendrait les fédérations qui y adhéreraient, et aussi les chambres du travail, mais sans que ces chambres participassent à son administration. La gestion revenait à un bureau de 9 membres et à une commission de 3o, tous élus par les fédérations, le siège étant fixé à Turin; 4 des membres du bureau devaient

résider à Turin, 2 à Milan, i à Bologne, i à Rome, I à Reggio. Le programme, que s'assignait le nouvel organisme, était la direction du mouvement syndical, la défense des intérêts ouvriers dans Tordre législatif, rétablissement d'une entente entre l'effort corporatif et celui des coopératives et aussi celui du parti socialiste. Ce dernier article provoqua tout de suite des luttes très vives entre la majorité de la C. G. T. et les syndicalistes. La G. G. T., dès 1907, prenait position au surplus contre la grève générale agricole et contre les autres chômages concertés, et en 1908 elle se montra hostile à la gigantesque levée rurale du Parmesan. Les révolutionnaires l'accusèrent de manquer à ses devoirs les plus simples visà-vis du prolétariat.

A la fin de l'année 1907, un rapprochement étroit s'était opéré entre le bureau confédéral, celui du parti socialiste, et la fraction parlementaire socialiste. Le congrès syndical de Modène, en septembre 1908, sanctionna le pacte intervenu. En même temps il précisa la tactique de la C. G. T. en matière de grève. La suspension volontaire du travail, d'après ses décisions, était un moyen d'action dont il ne fallait user qu'avec prudence : que si elle s'imposait ou semblait s'imposerdans un métier déterminé, la fédération intéressée devait être consultée par les sections en conflit, et s'adresser elle-même à la confédération, qui ouvrait des souscriptions éventuelles et en rassemblait les fonds. A ce même congrès, où la tendance

200 Llî SYNDICALISME EUROPEEN

centraliste s'allirma hautement, fut envisagée la création de caisses de secours de maladie. Le congrès de Padoue, en mai 191 1, fut le théâtre d'une lutte véhémente entre socialistes etsyndicalistes : ceux-ci furent finalement battus et ne recueillirent que moins du tiers des voix. Les statuts furent modifiés. L'organisation comprendrait désormais les fédérations, les Chambres du travail et les syndicats isolés, qui ne pourraient s'agréger à une fédération. Les délégués du bureau seraient choisis par les fédérations et par les chambres, mais ceux des chambres n'auraient que voix consultative. Enfin, la cotisation annuelle fut portée de ofr.o5 à G fr. 10 pour tous les syndiqués, et le siège fut transféré à Milan, un des centres du mouvement réformiste, en dépit de la force du contingent révolutionnaire qui s'y est recruté.

La C. G. T. (Confederazione générale del Lavoro) comprenait 197422 membres en 1907, 262007 ^" 1908, 302962 en 1909, 356/120 en 1910, 38A4/i6 au i"janvier 1911. A cette dernière date, 52 chambres du travail et 20 fédérations étaient affiliées. Les recettes, pendant l'exercice 191 1, étaient montées à environ 53 3oo francs dont i3 4oo francs de collectes de grève. Les dépenses atteignaient à 46 3oo francs, dont i/Jioo francs pour les grèves, i3 5oo francs pour l'administration, 7600 pour le bulletin.

Les réformistes et les révolutionnaires n'ont

ITAUK 20 1

cessé, on l'a vu, de s'entrechoquer, depuis de longues années, dans les associations professionnelles de la Péninsule, à tous les degrés. Les révolutionnaires avaient combattu la C. G. T. dès son origine, mais une portion d'entre eux y étaient demeurés pourtant, avec les fédérations ou les Chambres du travail, auxquelles ils adhéraient. Un congrès de cette tendance se tint à Parme en novembre 1907, provoqué par les chambres de Parme, de Plaisance et de Ferrare ; l'union générale ouvrière de Rome, qui s'était fondée dans la capitale en opposition avec la Chambre, — jugée trop réformiste et trop favorable au parti socialiste, — y était largement représentée, iioooo voix contre 9^000 (on comptait non les délégués, mais les mandants) condamnèrent la C. G. T. et décidèrent de se rallier à l'action directe et à la grève générale, en chargeant un comité national d'organiser la résistance. Le siège de ce comité fut d'abord Bologne, puis Parme, et le bureau eut à diriger un journal V Interjiazionale, qui devait attaquer le centralisme des réformistes, mais dont la diffusion fut d'abord restreinte. 11 faut ajouter que beaucoup de révolutionnaires étaient encore restés affiliés à la C. G. T. Le deuxième congrès de leur nuance, qui se tint à Bologne en mai 1909, consacra leur attitude en s'abstenant de leur prescrire la rupture avec cette organisation ; mais il invita la C. G. T. à se reconstituer sur la base du respect de l'autonomie des sections, et établit un comité de 1' « action directe ». En

dépit de l'antagonisme des doctrines, la séparation n'était donc point consommée entre les deux fractions du syndicalisnie. Le congrès de Modène, en novembre 1912, alla beaucoup plus loin que celui de Bologne. Les révolutionnaires déclaraient à ce moment qu'ils étaient i5oooo. Au congrès lui-même, 100000 étaient représentés, soit 3oooo travailleurs de terre en 3oo syndicats, Soooo ouvriers des transports en 100 syndicats, 20000 du bâtiment et de l'ameublement en i5o syndicats, 7000 métallurgistes en 25 syndicats, plus des contingents de l'habillement, des mines, de l'alimentation, etc. Deux projets furent discutés, l'un qui invitait les révolutionnaires à entrer en masse dans la C. G. T., afin d'en changer l'orientation, l'autre qui leur demandait de se rassembler dans un groupement nouveau. Ce fut le second qui triompha, par la fondation de l'Union syndicale talienne, dont le siège fut fixé à Parme.

En peu de contrées, les conflits du capital et du travail sont, toutes proportions gardées, aussi nombreux et aussi violents qu'en Italie. Les réformistes ont été entraînés le plus souvent dans les grèves, même lorsqu'ils les condamnaient en principe, et les grèves générales — il le faut redire, — ou tout au moins généralisées, sont un des traits spécifiques de la poussée prolétarienne en Italie. Mais sauf exceptions, ces cessations du labeur durent peu, et les secours n'ont guère été distribués

avec une régularité approximative que dans les dernières années. On comptait 28 grèves industrielles en 1879, 47 industrielles et 2 agricoles en 1882, 69 industrielles et 9 agricoles en 1887, 182 industrielles et 9 agricoles en 1899, 810 industrielles et 221 agricoles en 1902, où 345 000 travailleurs suspendirent le labeur, 58i industrielles et 210 agricoles en 1904, 628 industrielles et 87 agricoles en 1906, I 298 industrielles et 3^2 agricoles en 1906, avec 38oooo chômeurs. Les totaux sont 1881 industrielles et agricoles en 1907, 1 459 en 1908, I 118 en 1910.

L'influence du clergé catholique est demeurée très vivace dans beaucoup de régions de la Péninsule, en Vénétie et en Lombardie par exemple. Il n'est donc pas surprenant que pour consolider son influence politique, et aussi pour lutter contre les idées de révolution ou de transformation économique, nuisibles à la souveraineté patronale, ce clergé se soit attaché à constituer, sous sa tutelle, des associations ouvrières.

A l'origine, les congrès catholiques visent plutôt à multiplier les organisations mixtes, où employeurs et salariés se juxtaposent, et où s'exerce plus aisément, par ce contact même, l'influence d'homme à homme. C'est ainsi que le congrès de Bergame, en 1877, discute la création de corporations nouvelles, plus ou moins analogues aux anciennes. Le

3o/| LE SYNDICALISME EUROPEEN

congrès de Liicques, en 1887, recommande ce régime aux travailleurs de la grande industrie. L'Encyclique Rerum Novarum, en 1891, fortifie l'épiscopat et les dirigeants du parti catholique dans leurs intentions, et ils se vantent peu après d'avoir formé 284 sociétés, qui contiennent plus de 78000 ouvriers, et qui rayonnent sur la Lombardie, le Piémont, la Vénétie, la Ligurie. A partir de 1900, du congrès de Rome qui traite en détail des questions du placement, du contrat collectif, des cours professionnels, on évolue vers une forme de groupe purement prolétarienne. Le groupe mixte, qui éveille des suspicions, a fait son temps et ne peut plus rivaliser avec les fédérations et chambres du travail, qui se réclament du socialisme ou du syndicalisme révolutionnaire.

Les catholiques constituent des associations locales ouvrières, qui se fédèrent en associations de district, et celles-ci se fédèrent à leur tour nationalement, en tâchant de réaliser l'entente avec les associations patronales de même degré. Vers igoS-igoA, l'inspiration de ce parti se manifeste aussi bien dans des agrégats corporatifs que dans des coopératives, des caisses de crédit agricole, des banques populaires: plus de 2000 sociétés diverses obéissent à ses suggestions. En 1906 apparaît l'union économique et sociale des catholiques Italiens, qui se propose de réglementer tout ce mouvement, etqui tout de suite commande ài85 sections professionnelles, contenant 70000 adhérents. Sa tendance est celle que le calho-

ITALIE 2o5

licisme social marque généralement: il s'agit de rapprocher les patrons et les salariés, de maintenir la paix entre eux, de réfréner énergiquement toute velléité d'antagonisme, de conserver, avec quelques réformes superficielles, le statut économique. Le 20 mars 1909, se crée le secrétariat général des unions professionnelles catholiques. Celui-ci est actuellement installé à Bergame, et signale l'adhésion de 874 groupes qui possèdent lo/iooo cotisants. Dans tous ces groupes, le clergé local joue un rôle considérable, et dans le comité du secrétariat siège un ecclésiastique. Deux fédérations catholiques de métiers : le textile et les cheminots, fonctionnent seulement à cette heure, qui toutes deux sont inscrites au centre national. Sur les lo/iooo membres qui représentent le total, les ouvriers industriels sont en majorité et les femmes figurent pour un tiers. Les recettes globales de Ï911 ont été de 83 5oo francs, les dépenses de 62 5oo francs et l'encaisse au i" janvier 191 2 montait à environ 70000 francs.

Le secrétariat international des syndicats, en 191 1 toujours, évaluait à 9,49 pour 100 pour l'industrie et à 8,87 pour 100 pour l'agriculture, le pourcentage des ouvriers italiens organisés, — réformistes, révolutionnaires et catholiques additionnés.

Bien que l'Autriche et la Hongrie soient politiquement unies, leurs mouvements syndicaux doivent être séparés dans cette étude, comme ils sont séparés dans la réalité; aussi bien les différences des milieux économiques, du développement agricole ou industriel, — à défaut de toute considération historique ou linguistique, — justifieraient cette dissociation.

Page 1