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La diminution considérable, qui se produisit de 1906 à 190g, était due pour une large part au morcellement d'un certain nombre de fédérations ; mais elle était imputable aussi aux effets de la crise économique qui déchaîna un formidable chômage. En quelques mois, les mineurs syndiqués perdirent 12 pour 100 de leur contingent, les métallurgistes 8 pour 100, la fédération du textile 10 pour 100.

Si l'on fait le total des centralistes et des séparatistes tchèques, qui étaient 36 000 en 1909, 76000 en 1910 et 85 000 en 1911, on obtient une somme de 45i 000 ouvriers organisés de tendance socialiste en 1909, 476000 en 1910, et 5o6 000 en 191 1, c'est-à-dire que de 1907 à 1909, le déchet réel aurait été de 5oooo, et que de 1907 à 191 1, l'accroissement serait à peu près nul. Cette stagnation contraste fort avec les progrès qui ont été constatés partout ailleurs.

Il est intéressant de confronter les effectifs donnés à la commission centrale syndicale par les différentes provinces, en 1907 et en 191 1. iNous apprendrons ainsi, d'un côté, dans quelles régions le séparatisme a produit ses dommages, et de l'autre, quel est l'état

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général de l'organisation dans les divers milieux.

A Vienne, aux deux dates 1907 et 191 1, les syndiqués sont en chiffres ronds: 126000 et i53ooo; dans la Basse Autriche 4oooo et 34 000 ; en Bohème 178000 et 98000; en Bukovine I 000 et i 600 ; en Dalmatie 5oo et 800 ; en Galicie 12000 et 17000; en Istrie 11 000 et 1 6 000 ; en Carinthie [\ 000 et 6 000 ; en Garniole 3 000 et 3 000; en Moravie Agooo et 3oooo ; en Haute Autriche 8 000 et 1 1 000 ; dans le pays de Salzburg 5 000 et 5 000; en Silésie 26000 et 17000; en Styrie 26000 et 26 000; en Tyrol 9 000 et 9 000.

11 résulte de ce rapprochement que le schisme tchèque a engendré des reculs très sérieux en Bohème (près de 5o pour loo), en Moravie (38 pour 100), et en Silésie (33 pour 100). II en résulte aussi que si le mouvement syndical continue à prospérer dans la capitale, il demeure rudimentaire dans toute la zone alpestre et le long du littoral.

Les fédérations les plus importantes étaient, en 191 1, les suivantes : bouchers et charcutiers (69 470 membres), métallurgistes (66121), ouvriers du textile (4i 609), ouvriers du bois (28627), maçons (28471), employés de commerce (16768), typographes (i5 639), ouvriers des produits chinii(|ues (i4 20i). Mais certaines tombent au-dessous de 600 : couvreurs, ouvriers photographes, employés de journaux.

Les recettes des syndicats atliliés à la com-

mission centrale sont montées à 2 229000 francs en 1901, à 2617 000 en 1902, à 2 9^3 000 en 1908, à 3392000 en 190^, à fiQ^i 000 en 1906, à 6982000 en 1906, à 8120000 en 1907, à 9329000 en 1908, à 8/^97000 en 1909, à 8 6od 000 en 19 10, et à 9 190000 en 1911.

L'immense majorité des syndiqués autrichiens paient par an moins de 3o francs de cotisations : 0,98 pour 100 versent moins de 10 francs; 26,38 pour 100 de 10 à i5 francs; 27,85 pour 100 de 16 à 20 francs; 22,09 pour 100 de 21 à 25 francs; 1/1,82 pour 100 de 26 à 3o francs. De très légères fractions s'imposent des sacrifices supérieurs : les typographes donnent 95 francs, les lithographes 53 francs, les chapeliers 5o fr. 80, les coiffeurs 5o fr. 25.

Les dépenses statutaires* des mêmes syndicats affiliés à la commission se chiffraient par 2 1 1 1 000 francs en 1901, 2 392 000 en 1902, 2 6^7 000 en 1903, 3oo4 000 en 190^, 3829000 en 1905, 5609000 en 1906, 7 1^7000 en 1907, 8 355 000 en 1908, 8 235 000 en 1909, 8 o23 000 en 1910, et 85/12000 en 1911.

11 est bon d'étudier d'un peu plus près ces dépenses, car cette étude même nous renseignera exactement sur l'organisation et en même temps sur les tendances pratiques des groupements de lutte de classes.

Pendant la période qui s'étend de 1901 à

I. Elles ne comprennent pas celles de grèves, les fonds de grèves étant administres séparément.

191 1 et qui comprend 11 années, les syndicats ont déboursé exactement 69898000 francs en vertu des statuts. Là-dessus 25 94 1000 francs, un peu plus de /iS pour 100, étaient appliqués aux allocations de solidarité, soit 1696000 francs au viaticum, 10 344 000 francs au chômage, 10666000 francs à la maladie et au décès, 3i34ooo francs à l'extrême urgence, etc. Si l'on examine plus spécialement les dépenses de 191 1, les allocations de solidarité ont exigé une quote-part sensiblement égale : 3 63oooo francs sur 8 542 000 francs. Les organes professionnels coûtaient 1 i36ooo francs, l'agitation et la propagande 1060000, l'administration I 564 000, dont 898000 pour les émoluments des fonctionnaires.

Les secours de grève distribués par les fonds spéciaux étaient de 4oi 000 francs en 191 1, et de 902 000 en 1910.

Les fédérations qui servent les indemnités les plus élevées, par tète, en dehors du cas de grève, sont les typographes (60 fr. 5o), les lithographes (58 fr. 5o), les chapeliers (33 francs), les ouvriers des raffineries de sucre (24 fr. 45), mais dans beaucoup des groupements fédéraux, les frais moyens descendent au-dessous de 8 francs ; ils ne sont plus que de 5 fr. 10 chez les verriers.

L'avoir total des organisations inscrites à la commission s'élevait au i*"" janvier 1912 à i3 i45 000 francs : les encaisses les plus abondantes étaient celles des typographes (3 700 000 francs), et des métallurgistes (i 687 000 francs).

Ce même avoir était de 2 85o 000 francs en 1901, de 5 387 000 francs en igoS.

Au i" janvier 1912 également, les centrales professionnelles d'Autriche publiaient 62 organes en langue allemande, 3^ en tchèque,

11 en polonais, 8 en italien et 5 en slovène. Sur ces 1 10 organes, 17 étaient hebdomadaires,

12 bimensuels.

Pour l'exercice 191 1 enfin, la grande centrale nationale. Commission des Syndicats, avait encaissé 2^8 000 francs, chaque membre devant 0 fr. 54 par an, — et dépensé 256ooo francs, dont 190000 pour l'agitation et les grèves.

Ces notations financières et statistiques permettent de se rendre un compte approximatif de la tactique des groupements syndicalistes favorables à la lutte de classes. Vivant en étroit accord avec le parti socialiste, réalisant avec ce parti un parallélisme de marche absolu, administrés par des secrétaires qui sont en même temps des militants socialdémocrates, ces groupements portent leur idéal bien au delà du pur tracle-unionisme. Ils admettent que la libération de la classe ouvrière ne peut être acquise qu'au prix d'une transformation complète du régime de propriété, et revendiquent l'abolition du salariat. Mais si leur objectif est révolutionnaire, ils accueillent, dans la pratique de l'existence quotidienne, les maximes réformistes ; ils n'ont point de sympathie pour l'action directe ou pour la grève générale et marquent parfois plus d'opposition au syndicalisme révolutionnaire

« à la française » que les syndicats allemands eux-mêmes. Ils exaltent leur activité propre sans rabaisser la valeur de l'action politique ou parlementaire; ils s'emploient à obtenir des lois ouvrières plus conformes aux intérêts de leurs membres ; ils attribuent, et au regard du recrutement et au regard de la sécurité même de leurs affiliés, une grande importance à leurs institutions de solidarité; on a vu plus haut qu'ils avaient organisé des caisses de viaticum, de chômage, de maladie et de décès. 11 faut ajouter qu'ils s'ingénient à fortifier la culture intellectuelle dans leurs milieux professionnels respectifs.

S'ils se défient de la grève générale, s'ils ont pris des précautions contre les grèves ordinaires, afin qu'elles ne fussent pas prononcées à la légère, et qu'elles réunissent le maximum de chances de succès, ils ont recouru bien souvent à la suspension volontaire du labeur. Ils reconnaissent en elle une arme efficace. De 1898 à 1911, en 22 ans, plus de 8 800 chômages concertés se sont produits ; les années 1900 et 1907, les plus remarquables sous ce rapport, en fournissent à elles seules respectivement i o83 et i 086. Plus de 175 000 ouvriers en un seul exercice ont cessé leur travail pour amener le patronat à des concessions. Les lock-out ont été jusqu'ici moins fréquents et moins amples en Autriche qu'en Allemagne. Les dernières années ont signalé une moyenne de 35 qui intéressaient 26000 salariés.

AUTRICHE-HONGRIb 2 2 0

La grève n'est jamais proclamée par les sections locales, qui sont tenues, à raison même de la constitution de ce syndicalisme, d'en référer aux centrales ou fédérations. Celles-ci ont les mêmes prérogatives, la même autorité de direction que les centrales allemandes ; elles sont également consultées chaque fois qu'il s'agit de passer des contrats collectifs, et ces conventions ont pris dans l'Empire une extension qui mérite d'être signalée, car elle aussi est une caractéristique de ce mouvement. De 1906 à 1910, 3 096 contrats ont été conclus ou renouvelés, pour 665 000 salariés. Grâce à eux, i5oooo travailleurs ont obtenu une journée de 9 heures ou moins, et 355 000 une journée de 9 à 10 heures.

Un certain nombre d'ouvriers organisés demeurent en dehors des syndicats à tendance social-démocrate.

1° Des cercles d'ouvriers nationaux allemands se sont constitués à dater de 1870. Imbus des idées pangermanistes, réfractaires à tout sentiment de classe, ils formèrent en 1898 une confédération, dont le but était essentiellement politique. A ce courant politique, se juxtaposa à dater de 1905 un courant corporatif. Successivement apparurent des fédérations des employés de chemins de fer, des employés de commerce, du bois, des métaux, des fonctionnaires, et ces fédérations

Paul Louis. — Syndicalisme européen. i5

instituèrent, en 1908, une commission centrale qui reçut mandat de convoquer des congrès périodiques. A la fin de 1911, 85 000 personnes étaient affiliées à cette commission. 2" Il eût été étrange qu'en Autriche, pays de catholicisme résistant, l'Eglise n'essayât pas d'éveiller dans le prolétariat des groupements qui lui fussent dévoués. Le mouvement chrétien-social, politique avant tout, qui se développa à partir de 1892, cherchait déjà ses points d'appui parmi les salariés, et inscrivait dans son programme une réglementation « équitable » de la journée. En 1897, un congrès chrétien-social, qui se tinta Salzburg, fit appel aux protestants aussi bien qu'aux catholiques pour constituer une fédération ouvrière chrétienne, dont l'objectif serait à la fois moral et économique. Cette fédération, qui fut dotée au congrès de Vienne, en 1902, de ses statuts, de son programme et de ses rouages administratifs, progressa lentement. A côté d'elle, en dehors d'elle, s'étaient formées des centrales de métier chrétiennes qui, dès 1904, recensèrent près de 23 000 membres ; centrales du bois, des cordonniers, des tabacs, des mines, des boulangers, etc. Ces centrales tinrent, en novembre 1907, une conférence à laquelle participèrent les délégués de 70000 travailleurs, et qui précisa le but de ce syndicalisme chrétien: organisation des ouvriers, défense de leurs intérêts matériels et moraux sur la base du christianisme, exclusion de la doctrine de la lutt^ de classes et de toute

préoccupation politique, établissement de bons rapports avec le patronat. Le premier congrès des syndicats chrétiens s'ouvrit à Vienne en 1909 : I 100 organisations s'y firent représenter, qui comprenaient près de 90000 personnes. Il adopta la création d'une commission centrale qui annonçait 3oooo adhérents au i"" janvier 1911, et ^5 53o l'année suivante à pareille date ; le total des syndiqués chrétiens s'élevait alors à plus de 82 000.

Le secrétariat international des syndicats attribue à l'Autriche 496 268 ouvriers organisés pour 191 1. Il semble que ce chiffre soit fort inférieur à la réalité, et en tout cas il ne s'applique même pas à la totalité de ceux qui se rangent au syndicalisme fondé sur l'opposition des catégories sociales.

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