DOCTRINE CLASSIQUE
10 Les idées de H. VixcenT — d’après la série de communications — mémoires et articles qu’il a consacrés — de mars 1898 à la fin de 1905 — à ce sujet.
20 Les idées, un peu différentes, actuellement admises par la plupart des auteurs.
10 Pour Vixcenr, le bacille fusiforme constitue l’agent déterminant essentiel de l’angine ulcéromembraneuse, car c’est la seule espèce microbienne qu’on y rencontre d’une manière constante. Le spirille intervient efficacement lui aussi mais ce n’est qu’un associé d'importance moindre ; habituel dans la forme commune, ulcéro-membraneuse 1l manque en effet complètement dans la forme plus rare, dite dipthéroïde.
Certes, le bacille fusiforme — de même que son associé de prédilection — doit être considéré comme un hôte quasi-normal de la cavité buccale où Vincenr l’a constaté 22 fois sur 27 examens. Néanmoins, il pullule en telle quantité dans la lésion amygdalienne qu’on ne saurait douter de son rôle pathogène. Parfois à l’état de culture pour ainsi dire pure, il est en
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tout cas toujours manifestement prédominant. Le spirille — quand il existe — mérite pareillement une place à part à côté du bacille fusiforme, en raison de son abondance. Les autres microorganismes coexistants ne sont au contraire que des germes adventices négligeables comme le prouvent leur nombre infini et leur diversité vérifiée par la culture.
Ces constatations apparaissent encore plus nettemént à l’examen histologique (pratiqué seulement par Vincenr sur la fausse membrane provenant d’une angine à forme diphtéroïde). On voit alors que si dans les couches superficielles le bacille est accompagné de microbes variés, il végète au contraire absolument seul dans les parties profondes. Il s’y trouve en quantité « colossale » formant là, un véritable feutrage extraordinairement dense et compact.
Au surplus, l’examen bactériologique répété au jour le jour montre bien l’étroite relation qui he le processus nécrotique et le bacille fusiforme accompagné ou nom de spirille. Particulièrement riche et pure au début, la flore bacillaire ou fuso-spirillaire diminue au contraire dès que l’amygdalite commence à s’amender. Elle cède alors de plus en plus la place aux germes adventices pour disparaître quand la lésion touche à sa fin. L’angine vient-elle à récidiver ? à émigrer sur la luette, l’amygdale opposée ? les bacilles réapparaissent aussitôt en très grand nombre et le même cycle recommence. ë
À ces arguments, VINCENT s’est efforcé d’ajouter des preuves expérimentales ; à défaut de cultures
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de bacilles fusiformes, impossibles à obtenir au moins à l’état pur, il s’est adressé à l’exsudat diphtéroïde même. Mais, ses essais d’inoculation « sur la conjonctive, sur la muqueuse buccale ou vaginale » des animaux ont toujours échoué. Par contre, il a obtenu des résultats positifs chez l’homme en choisissant pour sujets d'expérience des malades déjà atteints d’amygdalite fuso-spirillaire unilatérale. « Si l’on blesse légèrement, dit-il, l’'amygdale saine la luette ou l’un des piliers avec la spatule chargée de l’exsudat, on voit se développer une lésion pseudomembraneuse identique à la lésion initiale, avec pullulation du bacille fusiforme seul ou escorté du spirille. » Ultérieurement dans un travail récapitulatif sur les diverses déterminations de l'infection fuso-spinillaire, 1l signalera la possibilité d’inoculer même un sujet sain au niveau du sillon gingivo-labial mais à la condition que celui-ci ait été au préablable ulcéré. js
Inoculable, l’angine à bacilles fusiformes est aussi contagieuse quoiqu’à un faible degré. Cette notion de contagiosité, VinceNT l’admet avec Doprer, Cosra, de Moxrien, sur la foi de rares observations (dont une seule personnelle) tendant à établir que Pamygdalite a été transmise d’un sujet à un autre « à la suite de contact intime ou de l’usage d’un même ‘objet ».
Les quelques essais d’inoculation ci-dessus relatés ne résument pas toute la contribution apportée par Vincenr à l'étude expérimentale de l'infection fuso-
Tarnos
spirillaire. On ne saurait les séparer de ceux, qu’en 1896, il avait tenté en étudiant la pourriture d'hôpital (où comme l’on sait il décrivit pour la première fois la symbiose fuso-spirillaire). ;
Chez l’homme, VincenT n’eut que des échecs dans ses tentatives d’inoculations cutanées sur lui-même et sur quelques arabes.
Chez les animaux (lapins, cobayes, rats blancs), il ne fut tout d’abord pas plus heureux. En vain pansa-t-il des plaies artificielles avec la pulpe diphtéroïde — en vain pratiqua-t-1l des injections souscutanées de cette même pulpe émulsionnée.
Par contre, dans une deuxième série d'expériences, il parvint à provoquer des abcès sous-cutamés suivis d’ulcérations caractéristiques avec pullulation du bacille fusiforme, mais il lui avait fallu :
— Soit opérer sur un animal cachectique (lapin tuberculeux),
— Soit ajouter à la pulpe en de diverses cultures microbiennes virulentes (streptocoque staphylocoque doré, co, ete.). C’est à l’aide de ce dernier artifice et en utilisant notamment un mélange de cultures de staphylocoque doré et de colibacille que Jurent réalisées les lésions les plus démonstratives.
La conclusion de tels faits, l’expérimentateur l’a tirée lui-même : pour s'implanter le bacille fusiforme demande l’intervention des facteurs favorisants — déficience de l’état général et surtout associations
microbiennes, dont le rôle semble être de « labourer le terrain ».
Cet enseignement du laboratoire, VINCENT n’a pas manqué à l’occasion de l'appliquer à la clnique. À la suite d’une communication de SrmoniN montrant que l’amygdalite fuso-spirillaire pouvait succéder ou se surajouter à des angines diverses (streptococciques-staphylococciques-scarlatineuses et surtout diphtériques) il a souligné l’action favorisante exercée vis-à-vis de la symbiose « par toutes les maladies qui retentissent sur le pharynx et par toutes les causes qui en altèrent l’épithélium » ; c’est par cette altération préalable de la muqueuse buccale qu'il a, en particulier, expliqué les inoculations positives antérieurement rapportées.
Il fut plus affirmatif encore à propos d’une observation de Wipaz et DARRÉ concernant une malade dont l’angine de VincenT avait été précédée d’une amygdalite pseudo-membraneuse à staphylocoques. « C’est là — fit-1l remarquer — une nouvelle preuve que lassociation fuso-spirillaire nécessite certaines conditions favorisantes pour s’installer à la surface des tonsilles. »
Enfin, à l’occasion de cette même malade,' atteinte en outre de stomatite ulcéro-membraneuse au niveau de sa dent de sagesse inférieure, il a attiré l'attention sur le rôle fréquemment joué en pareil cas par l’éruption dentaire.
En conclusion, si, pour Vincent, le bacille fusiforme associé ou non au spirille, est bien la cause essentielle, déterminante de l’angine « diphtéroïde », il n’en résume pas cependant toute l’étiologie ; avec