‹ Le Syndrome "Crise Gastrique"Chapitre 14 sur 26 · LEA · texte numérisé non relu

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Même au cours des accès, à une muqueuse normale correspond une sécrétion normale, tandis qu'une hyperchlorhydrie antérieure entraîne de l’hyperacidité avec hypersécrétion et que des lésions glandulaires diffuses expliquent l'hypo ou l’anachlorhydrie. « Quel que soit le type sécrétoire, les symptômes de la crise ne sont pas modifiés. Peut-être les douleurs sont-elles un peu plus violentes lorsque la sécrétion est très riche en Hel libre. » Les conclusions de Babon sont absolument exactes par rapport à l’état du chimisme en général. Il nous a semblé cependant que d’une façon très constante les observations qui paraissent se rapporter à des sujets indemnes de toute gastropathie antérieure, indiquent tant pour les vomissements que pour les liquides retirés de l'estomac en cours de crise, non une acidité normale, mais une acidité totale faible avec absence habituelle ou proportion très minime d’Hcl libre. Et encore l’acidité totale peut-elle être partiellement accrue par une pelite quantité d’acide lactique dont la présence se trouve signalée dans plusieurs cas (Obs. de Michel Clarke, Cartairs C. Douglas, M. Labbé et Sainton (1), Smithwick). Il est impossible de ne pas tenir compte de cette hypoacidité des liquides gastriques et de ne pas constater que la crise n’active en rien la fonction sécrétoire de l'estomac, si celui-ci est normal.

Le suc gastrique n'entrant que pour une faible part dans la composition des vomissements, ceux-ci sont

essentiellement constitués par une quantité plus ou

(4) M. LABBÉ el SAINTON. — Loc. cit.

ANORRE

moins considérable de mucus, par de la salive déglutie en abondance, par le peu de boissons ingérées et accessoirement par de la bile. Le liquide retiré par la sonde présente d'ordinaire une hypoacidité également très marquée.

Au contraire, l'examen de l'estomac pratiqué en dehors des accès paroxystiques et toujours dans les mêmes conditions d’intégrité de la muqueuse, permet de se rendre compte que les fonctions sécrétoires comme la fonction motrice sont absolument normales et que l'acidité totale et l'Hel libre avoisinent les chiffres habituels.

Tel n’est souvent pas le cas par suite de la fréquente coexistence d’une gastropathie qui viendra modifier les résultats des examens et expliquer les apparentes contradictions des premières recherches publiées.

IT. — Radioscopie gastrique.

L'examen radioscopique de l'estomac ne donne pas de renseignements caractéristiques; il ne semble pas que l’hypersthénie que l’on constate puisse constituer un syndrome radiologique de la crise gastrique.

Quoiqu'un certain nombre d'examens isolés aient été pratiqués, en Allemagne surtout, il n'existe, à notre connaissance, aucun travail d'ensemble sur la question. Leven et Barretont bien cherché dans une série de communicalions (1) à individualiser par la radiologie une

(1) LEVEN et BARRET. — La chorée de l'estomac. Bull. et mém. de la Soc. de Radiol. de Paris, 1910, p.167. Presse médicale, 1909 et 190.

Leven. — La chorée de lEstomac. — Bull. ‘gén. de thérapeutique 1910 p. 859. ,

affection gastrique spéciale, baptisée par eux du nom de chorée de l'estomac et caractérisée par l'existence de troubles moteurs essentiels avec tendance aux contractures et aux spasmes. Ces auteurs faisaient rentrer dans ce cadre des cas extrêmement disparates ayant certainement trait en grande partie à des ulcus juxtapyloriques, mais comprenant certainement aussi des cas de crises gastriques chez des tabétiques frustes.

L'hypersthénie gastrique est en effet devant l'écran, comme elle l’est cliniquement, la caractéristique de la crise gastrique. Il semble que cette hypersthénie puisse revêtir deux formes. Dans l'une, elle se traduit par une irritabilité extrêmement marquée et de violentes contractions; celles-ci étaient si marquées dans un des cas que nous rapportons (Obs. XI), qu'elles s'étendaient même à la portion verticale. D’autres fois, ie spasme est permanent, pouvant, s'il est localisé à la région médio-gastrique, réaliser ainsi que l’ont rapporté Albers-Schonbers et Reiss (1) l'apparence de l'estomac en sablier; il s'agissait bien d’une contracture, car aussitôt après la fin de la crise, des examens successifs permirent de conslater une image absolument normale de l'estomac, ce qui est la règle, aussitôt le paroxysme terminé.

Hypersthénie avec irritabilité gastrique ou spasmes durant la crise, aspect normal en dehors d'elle, tels sont donc les seuls renseignements que semble pouvoir four-

nir la radioscopie.

(1) Reiss. — Ein Fall von « Crises noires ». Munch. med. Wochens, 1910 p. 1519.

ReDRE TR III. — Etat anatomique de l'estomac.

Les résultats fournis par les précédentes méthodes d'examen laissent supposer quel peut être l’état de l’estomac au cours des crises gastriques, qui ne semblent pas plus susceptibles d'entraîner par elles-mêmes de lésions organiques que de provoquer de troubles fonctionnels sécrétoires. Etsi, à l'occasion de quelques autopsies ou de gastro-entérostomies suscitées par des erreurs de diagnostic, on a pu constater dans un certain nombre de cas des lésions gastriques, il estimpossible, tant à cause de leur rareté que de leur variété, de leur attribuer d’autre relation avec les crises gastriques que celle d’une pure coïncidence, |

Ces lésions sont très disparates : il s'agissait chez le malade de Crouzon (1) d’une sorte de gastrite subaiguë à forme de linite plastique (?); c'étaient des ulcus dans les observations rapportées par Mme Wayncop (2), par Ewald et par Schüller (3), une sténose pylorique d’origine ulcéreuse dans les cas de Pinelès (4) et de Mager (5). Enfin, c'était un épithélioma végétant ayant envahi la presque totalité de l'estomac dans un cas de Roque et Chalier (6).

(1) CRouzoN. — Crises gastriques labétiques avec lésions de l'estomac, in Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu. Conférences du mercredi, 1906. ,

(2) Mme Wayncor. — Crises gastriques en dehors du tabes. Thèse Paris, 1905.

(3) SCHULLER. — Ueber drei Fälle von Tabes Verein von Psych. und

Neurol. 10 nov. 1908. (Wiener klin. Wochens), 1908, no 49.

(4) PINELÈS — Crises gastriques als Fruhsymptom des Tabes. Wiener med. Club, 16 nov. 1898. Wiener klin. Wochens, 1898, n° 52.

(5) MAGER. — Aerztlicher Verein in Brünn. Wiener Klin. Wochens, 1910. p. 35.

(6) RoQuUE et CHALIER. — Cancer de l'estomac avec crises gastriques chez un labétique. Soc. Méd. des h6p. de Lyon, 8 déc. 1908. Lyon médical 1908).

Tant te

On a pu aussi parfois constater des lésions diffuses de la muqueuse en rapport avec les gastrites qu'il est si fréquent de trouver en clinique associées aux crises gastriques. Et c’est au défaut d'examens histologiques qu'il faut attribuer le petit nombre des cas publiés jusqu'ici. Eichorst(l) donnait cependant tout récemment un compte rendu d’autopsie dans lequel la muqueuse présentait des signes caractéristiques de gastrite interstitielle atrophique avec abondante infiltration cellulaire des espaces périglandulaires et atrophie progressive des glandes.

Mais toutes les lésions qu'on a pu trouver ne présententavecles crises gastriques aucun rapport; d’ailleurs, en règle générale, l'estomac a été trouvé sain, — macroscopiquement tout au moins, — dans un certain nombre d'observations déjà un peu anciennes, dans celles de Graves, de Rendu et de Devic, en particulier; il en était de même dans l'examen opératoire de Vallas et Cotte au cours d’une gastro entérostomie, dans un cas d'Eichorst et dans un cas de Mathieu, où malgré l’existence d’hématémèses pendant la vie, aucune lésion gastrique ne put être décelée.

Malgré la rareté des vérifications qui rend impossible l'évaluation exacte de la fréquence des lésions coïneidentes, on peut affirmer que ces dernières n’ont que la valeur d'associations fortuites ét que les crises gastriques, quine semblent pas entraîner, même par une longue répétition, d’altérations de l'estomac, ne reposent sur aucun substratum anatomique gastrique.

(1) Eicnorsr. — Ueber anatomische Magenveranderungen bei gastrichen Krisen der Tabiker. Medizin. Klinik. 1909, p. 1377.

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