ETUDE CLINIQUE DU SYNDROME
Symptomatologie.
Par un abus de langage d’ailleurs regrettable, on donne parfois le nom de crises gastriques à des phénomènes douloureux, à des accès de gastralgie divers accompagnés ou non de vomissements et que l’on peut voir survenir au cours de nombreuses affections de l'estomac.
Le terme de crise gastrique doit en effet être réservé exclusivement au syndrome très particulier caractérisé par l'apparition brusque, soudaine, de douleurs épigastriques d'une intensité vraiment spéciale et accompagnées d'une intolérance gastrique d'ordinaire absolue. Douleurs et vomissements se répètent sous forme de paroxysmes dont l’ensemble constitue une crise d’une durée variable, mais qui cesse aussi brusquement qu'elle est née, sans laisser derrière elle aucun trouble des foncüons digestives. Tels sont les caractères de la crise gastrique typique : ils sont pathognomoniques.
Un des caractères les plus frappants du syndrome est sans contredit son début soudain qui entraîne le passage brutal d'un état de santé parfait à un état de souffrance
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suraigué ; telle est la règle; néanmoins dans quelques cas, l’accès est précédé pendant quelques heures, ou même quelques jours par des prodromes assez variables dans leur expression. Les plus fréquents, d’après Soupault, seraient des troubles gastriques légers, comme des nausées, une sensation pénible de tension épigastrique, une sensation de cuisson à l’œsophage, des éructations, ou du hoquet; ces phénomènes sont en rapport avec la préparalion lente de la crise et indiquent un début d’irritabilité du plexus solaire.
«Très souvent aussi, la perturbation nerveuse qui annonce l'accès porte sur le système nerveux central et se traduit par une sensation de malaise général indéfinissable, de fatigue extrême, de brisement; des vertiges et des éblouissements peuvent l'accompagner. Dans des cas beaucoup plus rares, des troubles sensoriels particuliers pourraient, comme le signalait lout récemment Singer (1), précéder la crise à la manière d’une aura : ce sont des troubles du goût, des hallucinations de la vue ou de l'odorat. Une malade de Fabinyi pouvait prédire son accès vingt-quatre heures à l'avance, à cause d’une hallucination visuelle toujours identique, consistant dans la vue de serpents se mouvant rythmiquement; cette sensation pourrait s'expliquer, d'après Singer, par la projection sur le monde extérieur des vaisseaux réliniens dilatés sous l'influence d'une crise d'hypertension.
Ce cas est à réunir à ceux où des phénomènes anormaux si exceptionnels ont précédé les crises qu'ils n'ont
(1) SiGer. — Die Krisen der Tabiker. Berlin. Klin. Wochens. 1911,
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que la valeur de curiosités pathologiques; c’est ainsi que chez un malade de Giraudeau, chaque perturbation atmosphérique était suivie d’une crise; dans le cas de Vulpian, le signe prémonitoire consistait en une éruption de roséole à la racine des cuisses et sur le thorax.
Mais si la crise peut se trouver précédée de quelques phénomènes le plus souvent d'ordre très banal, son début dans l’immense majorité des cas est brusque et inopiné. Il ne présente aucune relation avec les périodes digestives, l'accès se produisant aussi bien à Jeun, qu'immédiatement après le repas ou quelques heures plus tard. Il nous semble cependant, d'après les très nombreuses observations que nous avons eu l’occasion de consulter, qu'il est fréquent de voir la crise, de même que ses paroxysmes successifs, se produire le matin au réveil. Enfin, le début habituel de la crise trois ou quatre heures après le repas doit faire penser à une hyperchlorhydrie concomitante entrainant par irritation locale le déclanchement de la crise.
Un vomissement marque parfois son début; plus souvent la douleur ouvre la scène : paroxysmes douloureux et vomissements d'une extrême fréquence sont d’ailleurs les seuls symptômes propres de l'accès ; les symptômes généraux ne sont que secondaires.
La douleur peut être d'emblée d’une violence extrême ou augmenter progressivement d'intensité. Elle siège à la région épigastrique, mais en dépasse ordinairement les limites, surtout du côté de l'hypochondre gauche: Elle semble moins localisée que dans les gastropathies
organiques : tandis que le malade atteint d’une gastral-