‹ Le Syndrome de BabinskiChapitre 24 sur 53 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

Femme Z..., âgée de quarante-neuf ans. Rien de particulier à noter dans les antécédents de cette malade, si ce n’est qu'elle a eu deux enfants morts, l’un à l’âge de six semaines et l’autre à trois mois. Depuis dix-huit mois, la respiration est devenue difficile.

La face antérieure du thorax présente une voussure dont le sommet occupe l'articulation chondro-sternale de la deuxième côte gauche qui est animée de battements systoliques. Sur toute la région précordiale on constate une circulation. veineuse collatérale très marquée. L'index placé dans la région de la fourchette sternale est soulevé par l’aorte.

Le palper fait percevoir un frémissement systolique au niveau de la voussure, Le maximum des battements du cœur se trouve dans le cinquième espace intercostal gauche à 1 centimètre en dehors de la ligne mamelonnaire, La percussion donne à la hauteur de l'union de la première avec la deuxième, pièces sternales, une matité large de 8 centimètres qui déborde de 3 centimètres à droite le bord droit du sternum. Au foyer d’auscultation de l’orifice aortique, on entend un souffle systolique et un deuxième bruit clangoreux ; à l’appendice xyphoïde on entend un double soufle systolique et diastolique.

À l'examen radiographique, on voit une ombre située audessus de l’ombre du cœur, aussi étendue que celle-ci et correspondant évidemment à une vaste poche anévrismale.

La pupille gauche est très dilatée, le réflexe à la lumière de

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ce côté n’est pas complètement aboli mais est très notablement affaibli ; la pupille gauche se contracte à l’accommodation.

La pupille droite est normale. Le réflexe du tendon d’Achille est extrêmement faible à gauche, il est aboli à droite.

Aucun autre signe objectif à noter; pas de douleurs, pas de

troubles vésicaux, pas trace d’incoordination motrice.

D’après ce que nous avons vu précédemment, il est évident que pour les auteurs classiques le myosis observé dans l'observation I serait dû à une compression du sympathique droit par l'aorte dilatée et

à à sa paralysie secondaire ; la mydriase que rapporte

| l’observation IT serait, au contraire, sous la dépendance d’une simple excitation du sympathique gauche par la poche anévrismale.

M. Babinski s’est cru autorisé à rejeter de toutes pièces une telle opinion dans le cas présent, comme dans beaucoup de cas. C'est dans l'étude des obser-

vations précédentes qu'il trouve les faits nécessaires

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à sa démonstration. [ls sont au nombre de quatre. Nous insisterons surtout sur les deux derniers, car ils sont de beaucoup les plus importants et les plus valables.

I. — Tout d’abord, objecte M. Babinski, les expériences des classiques ne démontrent nullement qu'une irritation du nerf sympathique soit capable de donner lieu à une dilatation permanente de la pupille. Comment donc concevoir que la mydriase gauche constatée dans l'observation II est sous une

telle dépendance ? Rien sans doute ne s'oppose

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à ce qu'il en soit ainsi, mais enfinil ny a aucune raison nou plus pour accepter un fait qui n’est nullement prouvé.

Il. — Dans les observations précédentes, pas plus que dans celles publiées antérieurement par les auteurs classiques, on ne noteles autres phénomènes qui accompagnent toujours la compression du grand sympathique cervical.

Dans l'observation I, on n’a pas constaté de rougeur de la face du côté correspondant au myosis; il n’y a pas eu d'avantage d’exagération des sécrétions sudorale et salivaire. Dans l'observation II, on n’a pas observé de pâleur de la peau ; le globe oculaire ne faisait pas saillie. Dans le cas de Gairdner, au contraire, remarque M. Vaquez, qui vit un anévrisme de l'aorte thoracique déterminer un myosis gauche, accompagné de sueurs froides et de rougeur du même côté, la démonstration de la théorie classique semblait évidente. Malheureusement depuis ce temps, dans tous les cas qui ont été signalés, on n’a jamais noté que les troubles oculo-pupillaires exclusive-

ment.

Il n’est donc pas possible de s'appuyer sur des expériences qui déterminent tout un ensemble de phénomènes qu’on ne retrouve presque jamais en clinique.

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