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mettant de dépister une lésion organique du système nerveux qui eût fort bien pu être méconnue.
B. — Justification de la dénomination proposée par M. Vaquez. — Fréquence du syndrome de PBabinski. — Observations. :
Les conclusions précédentes, ainsi que les observations qui en avaient élé le point de départ, demandaient à être confirmées. IL convenait d'examiner d'une manière minutieuse tous les malades porteurs de lésions aortiques et d'explorer complètement l’état de leurs pupilles. M. Vaquez, le premier, put apporter des faits à l'appui de ceux de M. Babinski : ils lui étaient fournis par quatre observations fort instructives. Nous les relatons plus loin sous les numéros |, IT, III, IV.
Les trois premières reproduisent parfaitement le type de celles relatées par M. Babinski : il s’agit de malades qui viennent consuller pour des troubles fonctionnels relevant d’une lésion cardio-aortique. Le premier se plaint de douleurs dans la région précordiale, de dyspnée d’effortet de vertiges; le second vient consulter pour des vertiges ; le dernier enfin souffre de crises d’oppression assez violentes pour simuler l’asthme essentiel. L'examen physique du cœur révèle une insuffisance aortique chez le second et une double lésion du même orifice chez les deux
autres. Tous présentent des troubles pupillaires,
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Un examen complet des pupilles permit à
M. Vaquez de ne pas se laisser égarer sur la nature de ces lésions et sur les liens qu’elles pouvaient avoir entre elles. Dans les deux premières il constata un signe d'Argyll-Robertson très net ; dans la troisième l'absence complète des réflexes à la lumière et à l’'accommodation. Ainsi que le prouva la recherche des réflexes achilléens et patellaires il s'agissait de tabes frustes à des degrés différents d'évolution : chose curieuse le seul cas dans lequel ces réflexes persistaient élait celui dans lequel la syphilis était avérée. Cette dernière observation présentait, en outre, un intérêt tout particulier puisque le malade était déjà venu consulter M. Vaquez deux ans auparavant, c'est-à-dire avant la communication de
M. Babinski. Or, à cette époque on observa déjà.
l'inégalité pupillaire, mais on ne rechercha pas l’état du réflexe lumineux ; un interrogatoire superficiel ne révéla aucun antécédent spécifique, tandis que celte fois au contraire interrogé avec plus de détails le malade avoua avoir eu un chancre syphilitique et avoir suivi le traitement approprié.
Ces observations (1) confirment, en somme, pleinement les faits avancés par M. Babinski. C’est la lésion aorlique qui à encore permis de dépister la lésion inconnue du système nerveux. Toutes deux dépendent
vraisemblablement d’une cause unique la syphilis.
1. Vaquez. Société médicale des hôpitaux, 7 février 1902, 30 décembre 1904. Ats
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Une nouvelle observation de M. Vaquez, celle que
nous relatons sous le No IV, fort instructive et sur
laquelle nous ne saurions trop insister, présente une
valeur beaucoup plus considérable encore que les
précédentes pour justifier les conclusions de M. Ba-
binski. Elle permet en effet de saisir sur le fait l’alté-
e ’ : 7e ralion préalable du vaisseau par la syphilis. 1
s'agit, en résumé, dit M. Vaquez, d'un malade atteint d’un tabes fruste complètement méconnu el chez lequel, sous l'influence d’un traumatisme banal, une lésion aortique par rupture valvulaire s’est trouvée tout à coup constituée. Les caractères propres à ces sortes delésion, d’origine traumatique, sont ici des plus nets. Nous rappellerons, pour mémoire, la douleur subite, les palpitations, l'oppression soudaine, avec l’accalmie habituelle des Jours suivants : Si la dyspnée d'effort avec crises nocturnes a rapidement reparu, cela tient à des conditions tout à fait exceptionnelles que nous avons rappelées. Les signes physiques observés confirment ces données : le caractère piaulant du bruit, sa propagation étendue vers l'appendice xyphoïde et dans le dos permettent de supposer une rupture peut-être de ja valve postérieure, mais à Coup sûr une rupture traumatique sous l'influence de l'effort. »
Le traumatisme en somme n’a fait que mettre en
évidence une lésion préexistant depuis longtemps
déjà ; il n’a été que la cause occasionnelle d’acci-
dents dont la cause réelle est la syphilis. On conçoit
dès lors, toute l'importance que présente cette notion au point de vue médico-légal : dans toute aorlile, même traumatique, il convient de rechercher le rôle des altérations antérieures du vaisseau. La syphilis devra être incriminée quand on observera la coexistence d’autres lésions, particulièrement du système nerveux. s
Au point de vue clinique cette observation présente encore un autre intérêt ; la ponction lombaire a été pratiquée eta révélé une /ymphocytose abondante dans un liquide clair, s’'écoulant goutte à goutte et légèrement albumineux. Nous ne reviendrons pas sur Îa signification et la valeur de ce nouvel élément de diagnostic : nous rappellerons seulement qu'ilest la signature même de l’altération des méninges par le processus syphilitique. Quant aux autres caractères du liquide ce sont ceux que l'on observe généralement dans la syphilis tertiaire.
Afin de mieux attirer l'attention sur cette association de la lymphocytose et du signe d’Argyll d’une part, avec l’aortite d'autre part, M. Vaquez a proposé de la désigner sous le nom desyndrome de Babinski.
Son existence en dehors de loute autre maladie,
son importance, Sa fréquence, légitiment cette dénominalion : nous allons le prouver.
a) Le syndrome de Babinski, tel que nous l'avons défini, ne s'applique nullement, en effet, à des symptômes disparates confondus au milieu d'autres mani-
festations d’une même affection. Les phénomènes
qui le constiluent se présentent au contraire isolé-
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ment et forment à eux seuls toute la maladie. Bien plus, le mode sous lequel on les rencontre, est toujours le même : c’est l'aortite qui occupe le premier plan, et ce n’est que secondairement, par un examen systématique et complet que l’on découvre les deux autres éléments. Pendant très longlemps, indéfiniment même, cette associalion peut demeurer telle : il est donc bien juste qu'un terme la désigne.
Ce terme a d’ailleurs l'avantage de s'appliquer à une entité anatomo-pathologique bien définie, à la méningile chronique syphilitique qui peut elle-même évoluer de plusieurs facons ultérieurement.
b) Son importance capitale a été bien mise en lumière par M. Vaquez.
La notion du syndrome de Babinski est en effet d’une utilité constante en clinique. Chez tous les aorliques 11 conviendra d'explorer systématiquement l’état des réflexes pupillaires : Souvent on aura occasion de découvrir un signe d'Argyil Roberison simple ou binoculaire. Il ne sera pas possible, dès lors, d'invoquer une compression nerveuse pour expliquer ce phénomène comme tous les autres troubles pupillaires qui peuvent exisler en même temps. Il faudra, au contraire, les attribuer à une lésion d’origine syphilitique du système nerveux central : la lymphocytose, rachidienne en fournissant en quelque sorte la preuve anatomique. On aura ainsi tout naturellement été amené à remonter d’une aorte évidente, manifeste, pour laquelle le malade venait
consulter, à une lésion du système nerveux absolu-
ment inconnue jusqu'alors. L'examen complet du malade montrera si cette lésion n’est pas en train d'évoluer vers le tabes fruste, la paralysie générale ou toute autre maladie d’étiologie spécifique.
Une telle notion, d’une valeur aussi grande, entraine une conséquence d’un intérêt pratique non négligeable. Il conviendra, en effet, d'appliquer à ces aortites la règle générale s'adressant à toutes les manifestations syphilitiques. Quand on aura constaté l'existence de troubles pupillaires, quand on sera sûr, par suite, que l’aortite a été déterminée par la syphilis, il sera légitime d'instituer aussitôt le trai-
tement spécifique. « Si ce traitement, remarque . M. Vaquez, est ineflicace au cours des anévrismes ou des dilatations aortiques, rien ne nous dit qu'il ne sera pas suivi de succès, plus heureux quand il aura été dirigé contre des lésions valvuilaires, surtout si elles sont récentes. Peut-ètre même que le bénéfice que certains des malades porteurs de telles lésions ont retiré du traitement ioduré longtemps prolongé n’avait-il son origine que dans la nature même de ces lésions ? »
Le syndrome de Babinski, remarquons-le enfin, présente un gros intérêt pathologique : en rapportant à une cause unique la syphilis, les symptômes qui le constituent, il a secondairement confirmé l'hypothèse de Bouveret. Une seule règle régit donc tous les faits observés : la syphilis est le lien qui unit l'aortite aux troubles pupillaires dans le tabes, comme en dehors de cette maladie toutes les fois
du moins où on peut constater l'abolition ou l'affaiblissement du réflexe lumineux puisque ce signe est lui-même fonction de syphilis. Une seule exception, évidemment est à faire pour les cas où la coïncidence est fortuite, comme celui, par exemple, d’une lésion vasculaire aortique d’origine rhumatismale évoluant
-au cours d’un tabes.
c) La grande fréquence du syndrome de Babinski est maintenant un fait indiscutable : « Le tabes (1), écrit de Massary, semble s’appauvrirou même s’arrêter plus fréquemment qu'auparavant dans une évolution qui n’est pas fatalement progressive (2), pourune raison ou pour une autre les formes frustes deviennent de plusen plus fréquentes * fait curieux et vraiment paradoxal, les coïncidences d’aortite et de tabes n'en sont que plus souvent observées. » Beauchesne (3) émet une opinion analogue et la fonde sur les observations précédentes ainsi que sur celles de Widal et Lemierre (4). Tous les cas signalés depuis et ceux que nous apportons dans cette thèse nous obligent à conclure dans le même sens : ils légitiment en même temps la dénomination que M. Vaquez a proposé de donner à cette association de l’aortite et de la ménin-
gite chronique syphilitique.