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Ces faits étaient d’une grande évidence, Ils auraient gagné néanmoins à être constatés et fixés à l’aide de la méthode graphique. Malheureusement pendant qu’on préparait, dans ce but, un sphygmographe veineux très sensible, le malade, se sentant moins bien, voulut absolument quitter l’hôpital,
pour retourner dans son pays. Il mourut le jour même en
wagon, d’une manière subite, probablement par arrêt brusque du cœur.
Malgré cette lacune de l'observation, il n’y a pas d’hésitation à avoir sur la nature de ce cas : on est tout à fait autorisé à conclure dans le sens d’une dissociation des deux rythmes auriculaire et ventriculaire. s
Le fonctionnement isolé, indépendant de la masse ventriculaire est très nettement démontré par les caractères graphiques de sa pulsation. A l’état physiologique, la systole ventriculaire est toujours immédiatement précédée de la systole auriculaire ; aussi la pulsation cardiaque commence-telle par un faible soulèvement, dit présystolique, d’autant plus marqué que la systole auriculaire est plus forte. On chercherait en vain les traces de cette présystole dans la plupart des pulsations ventriculaires du tracé cardiaque de Damiron. Ces pulsations débutent brusquement avec toute : leur ampleur et ne sont point préparées par la courte et petite ondulation présystolique due à la contraction de l’oreillette. Elle existe parfois cette pulsation présystolique ; mais c’est précisément quand le rythme auriculaire amène une systole de l'oreillette à sa place normale, immédiatement. avant la systole ventriculaire.
Péndagt que les systoles ventriculaires, en devenant beaucoup plus rares, se rendaient indépendantes du mouvement des oreillettes, celles-ci conservaient leur rythme normal et continuaient à battre de 60 à 66 fois par minute. Tantôt les battements auriculaires avaient lieu quand les orifices auriculo-ventriculaires étaient ouverts, et alors ces battements se transmettaient parfaitement bien au sang du ventricule et à la paroi thoracique. Tantôt ils survenaient au moment de Ja fermeture de ces orifices, c’est-à-dire pendant la systole ventriculaire, et alors la pulsation de l’oreillette ne pouvait plus être transmise par le sang qu ventricule à la région de la pointe du cœur. Mais le retentissement de ces battements
auriculaires dans les veines du cou n’en était alors que plus marqué ; de plus, à ce moment, grâce à la tension de la valvule auriculo-ventriculaire, ils se traduisaient dans la région précordiale, par un bruit assez fort pour faire croire à un dédoublement de l’un ou de l’autre des deux bruits normaux. Pure hypothèse, sans doute, mais hypothèse plausible ! N’est-il pas rationnel de penser que le battement auriculaire, aphone ou quasi aphone, quand il pousse le sang librement devant lui, peut donner naissance à un bruit marqué, si l’orifice auriculo-ventriculaire est fermé par un obstacle, membrane tendue que le battement fait tendre davantage.
I est bien possible que les muscles papillaires aient aussi joué leur rôle dans la circonstance. Mais une discussion à ce sujet serait bien aventurée, en raison de lobscurité des notions que nous possédons actuellement sur l’action physiologique de ces organes. Cette discussion ne saurait, du reste, modifier en rien le point fondamentale qui est acquis à l'évidence, à savoir que l'oreillette battait 66 fois par minute et le ventricule 24 fois seulement.
Si étonnante que soit cette dissociation des deux rythmes auriculaire et ventriculaire, il est facile de démontrer néanmoins qu’elle peut s'expliquer par certaines données de la physiologie expérimentale.
On connaît bien cette petite expérience de cours qui consiste à séparer l'oreillette du ventricule, sur un cœur de grenouille isolé, et à montrer que les deux organes dont le jeu était auparavant symétriquement couplé, se mettent alors à battre en discordance plus ou moins marquée. Est-il si difficile d'admettre que la même discordance peut se reproduire, pendant la vie, sur un mammifère, dans le cas où une lésion altérerait la constitution et l’influence physiologique des cellules ganglionnaires directrices ou régulatrices du jeu du cœur ?
Mais il n’y a pas à s’arrêter à cette première explication possible, car il existait, chez notre malade, évidemment tout autre chose qu’une altération nerveuse périphérique. Cet homme avait des vomissements fréquents et éprouvait des vertiges, de courtes pertes de connaissance, précédées de vives douleurs dans la région de la nuque et de l’épigastre, ces dernières s’irradiant souvent du côté de l’abdomen et de
la poitrine. Le chef de service avait diagnostiqué une lésion bulbaire, au niveau de l’origine des nerfs vagues : diagnostic très vraisemblable, quoique lautopsie n’ait pu être pratiquée. Or, d’après les faits expérimentaux acquis, une telle lésion est éminemment propre à modifier les battements du cœur.
Dans sa vague généralité, cette proposition ne sera nullement contestée. Les esprits sont moins préparés à admettre qu’une altération du nerf pneumogastrique soit de nature à influer sur le cœur dans le sens spécial et précis d’une disso-
ciation des rythmes auriculaire et ventriculaire.
Et cependant, la dépendance réciproque de ces deux rythmes n’est pas un fait tellement nécessaire, qu’on ne soit à même de constater assez souvent des exceptions, dans les laboratoires où l’on fait de la cardiographie. Je n’ai qu’à prendre au hasard dans mes nombreux tracés cardiographiques, pour trouver des exemples de dissociation fugitive des systoles auriculaire et ventriculaire.
Voici le cas qui se présente assez souvent.
I1 n’est pas rare que la présence des ampoules introduites dans les cavités du cœur pour recueillir les pressions développées par la contraction de ces cavités, détermine, au premier moment, un léger trouble des mouvements cardiaques. Le plus souvent, ce trouble consiste en systoles ventriculaires redoublées, qui se produisent irrégulièrement, de temps en temps, ou, plus rarement, avec une certaine régularité, dans une suite plus ou moins longue de révolutions cardiaques successives. Or, ce trouble ne se traduit pas dans le tracé de l’oreillette, qui continue à battre avec un rythme à peu près normal.
La figure 6 (1) est un exemple intéressant du cas de dissociation fugitive. Deux contractions ventriculaires se rapprochent assez pour que la seconde puisse être considérée comme un redoublement de la première. Mais la contraction auriculaire correspondant à cette seconde systole du ventricule n’a pas, comme celle-ci, pris de l’avance ; elle est restée à sa place normale et donne sa courbe, dans le tracé, juste au
(1) Non reproduite, ainsi que quatre tracés guivants.