MES NUE
moins sympathiquement, on pouvait essayer tant soi peu d’opium pour mitiger du moins les irritations convulsives de ces organes ; et que si, par hasard, ce moyen produisait quelque effet, comme il en avait produit un grand sur un de mes compatriotes atteint d’affections peu différentes, il fallait insister sur son emploi avec prudence et à propos. Cependant la maladie dura tout cet été. Sur la fin de cette saison, la difficulté de respirer ayant augmenté avec la toux, et avec des crachats teints d’une couleur plombée, les attaques devinrent aussi plus fréquentes, plus longues et plus graves et les facultés de l’intelligence qui s’exerçaient avec la mémoire dans leurs intervalles, semblaient manquer pendant leur durée. Cependant j’appris de ceux qui avaient visité le malade, le vingtième jour avant sa mort, que le pouls était fort, mais encore rare. Celle-ci eut lieu enfin l’avant-dernier jour de septembre, de la même année, 1747, et elle avait été précédée, ce même jour, de trois ou quatre attaques. Depuis le premier commencement de la maladie jusqu’à sa fin, c’està-dire pendant quinze mois, il ne se manifesta jamais aucune fièvre et il n’y eut jamais aucune douleur de tête. Le cœur était très gros par la dilatation de ses ventricules et non par l’épaississement de ses parois, cependant les colonnes étaient grosses, ce que je remarquais surtout dans le ventricule droit. Les orcillettes et toutes les valvules étaient également grosses, mais saines cependant ; et les orifices des artères coronaires étaient de même trop grands. L’aorte était aussi trop grosse, jusqu’au commencement de sa courbure, Je remarquai, dans sa face interne, un peu au-dessus des valvules, un petit nombre de protubérances où la substance de l’artère était plus épaisse, plus dure et plus blanche. J'en vis aussi une à l’endroit où la même artère descendait le long des vertèbres du dos, car je la fis ouvrir jusque-là. Ni le lieu ni l’heure, ne me permirent de disséquer le crâne.
OBSERVATION 2. — Morgagni, in Sedibus.
Anas-Poggio, prêtre respectable et probe, avait 68 ans, était d’une habitude de corps un peu grasse et d’un teint fleuri lorsqu'il fut pris pour la première fois d’un accès d’épilepsie qui laissa après elle une extrême rareté du pouls et un grand froid de tout le corps. Mais on triompha de ce dernier en l’espace de 7 heures et il ne revint pas, quoique les accès devinssent plus fréquents ; l’autre symptôme persista toujours.
Le premier accès d’épilepsie avait succédé à une douleur dans l’hypocondre droit, qui s’était dissipée après des déjections bilieuses. Les autres, qui étaient plus légers, succédaient presque toujours à un sentiment d’une espèce de fumée qui montait vers la tête en partant dans les hypocondres dont le gonflement continuel était incommode au malade et augmenté par tout ce qu’il prenait et surtout par les liquides. Comme les choses étaient dans cet état et qu’il n’y avait point de douleurs de tête, ni aucun symptôme qui indiquât qu’elle était affectée idiopathiquement, des médecins âgés, qui avaient désiré autant que le malade de m’adjoindre à eux pour le traitement de cette maladie rebelle, ne doutaient pas qu’elle ne dépendit de l'irritation des hypocondres.
Et, en effet, on trouve dans Galien, comme vous le verrez dans cette section du sepulchretum l’histoire d’un grammairien qui devenait épileptique lorsqu'il restait trop longtemps sans manger, et cette épilepsie n’était produite par aucune autre cause que par la bile. IL existe aussi des exemples d'adultes et, à plus forte raison d’enfants tourmentés par des épilepsies qui avaient pour cause des lombrics intestinaux ; c’est à cela que se rapporte l’observation de Spigel sur un petit chien que les lombrics firent périr, exemple qui a beaucoup de rapports avec une de mes histoires que j'écrivis autrefois à Wallisnieri et qui a été publiée par lui. Vous savez d’ailleurs que cette maladie est produite par un mauvais état des autres viscères du ventre, ce que confirme la section déjà citée.
Mais, quoiqu’on employât sur Poggio, d’après mon assentiment, un traitement qui avait pour but de nettoyer, d’ouvrir, d’adoucir les hypocondres, néanmoins les accès revenaient souvent, de sorte que nous commençâmes à craindre que la tête elle-même n’eût contracté une lésion, attendu surtout que ces accès avaient lieu quand le malade tournait la tête avec trop de promptitude, qu’ils laissaient un sentiment de pesanteur et qu’un peu de sang était assez souvent rendu par le nez, avec les mucosités que le malade mouchait. C’est pourquoi, comme dans le commencement, on avait pratiqué deux saignées au bras, pour diminuer la pléthore et qu’on n'avait pas négligé d’administrer en même temps les remèdes qui soulagent ordinairement la tête, je conseillai de tirer encore du sang des veines de l’anus et de mettre en usage les différents médicaments qui sont cités comme les plus appropriés contre cette maladie, par des médecins très célèbres. Ces derniers n’eurent aucun succès, mais la saignée fut très utile.
La saignée fut utile, soit en soulageant la tête, soit en débarrassant les viscères auxquels se distribue la veine porte, de sorte que les accès cessèrent pendant peu de temps.
Comme ils revenaient ensuite avec plus de fréquence, on levait souvent le malade pour lasseoir, tantôt on lui frottait les membres inférieurs, tantôt on serrait ces derniers avec des liens dont on les entourait, tantôt on appliquait sur eux des ventouses sèches qu’on enlevait bientôt après, car, par ces moyens, les accès paraissaient avoir des intermittences plus longues, Je m’assurai aussi que, lorsqu'ils revenaient plus souvent, on les prévint quelquefois et même qu’on les supprimât quand ils étaient pour ainsi dire commencés, avec de l'esprit de sel ammoniac mis sous le nez du malade, quoiqu’il n’eût pas la faculté de sentir.
Les accès, pour la plupart, étaient très courts, mais violents. Car les yeux se renversaient, les membres s’agitaient continuellement, les fonctions de tous sens étaient suspendues ; souvent, il y avait des symptômes de suffocation qui étaient accompagnés de temps en temps d’une respiration stertoreuse ; quelquefois on remarquait une évacuation d'urine. Il y eut des accès très mauvais le jour du solstice et
celui d’une éclipse de soleil.
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Au reste, si vous regardez cela comme un effet du hasard, vous ne croirez certainement pas que ce fût fortuitement aussi que les accès, non seulement ne furent pas plus légers, mais encore qu’ils se trouvèrent souvent plus violents lorsque l’urine avait été rendue en plus grande quantité, soit naturellement, soit par les moyens de l’art. Car nous dûmes aussi employer quelquefois ces moyens, lorsque le malade, commençant à dormir était tout à coup réveillé par une difficulté de respirer qui le forçait à s’asseoir, car cela nous faisait soupçonner une hydropisie de poitrine et ce qui augmenta nos soupçons à cet égard, c’est que le sujet racontait que, depuis longtemps il avait très souvent une de ses jambes un peu enflée et que, dans le moment où nous l’examinâmes, après en avoir été avertis, nous vimes que la tuméfaction montait déjà jusqu’à la cuisse. Il fut facile d'augmenter la sécrétion des urines avec les remèdes ordinaires et simples et, par suite de diminuer cette tuméfaction ; alors, notre soupçon s’affaiblit et se dissipa entièrement plus tard ; mais la violence des accès, loin de diminuer, augmentait, comme je le disais, quoique les urines s’évacuassent et qu’elles fussent quelquefois opâques et noirâtres.
Comme ces moyens, et d’autres que je passe sous silence, pour tenir la promesse que j'ai faite d’être court, ne pouvaient rien contre les accès d’épilepsie, et que ceux qui, jusqu'alors avaient pu quelquefois les retarder ou les supprimer ne produisaient plus cet effet, un seul remède fut constamment utile, c’est l’opium qu’on donnait au commencement de la nuit à la dose d’un demi-grain.
La fréquence et la violence des accès jointes aux veilles affaiblissaient tellement le malade que nous dûmes chercher, de quelque manière que ce fût, à arrêter cet affaiblissement. Or, l’opium procurait du repos et du sommeil la nuit, et tant s’en faut qu’il résultât de son administration de la pesanteur de la tête et de la stupeur, qu’au contraire ces deux symptômes qu'avaient laissés les accès du jour disparaissaient. Mais si on en suspendait l’usage, ils persistaient, et les premières veilles fatigantes revenaient.
De plus, après une de ces nuits beaucoup plus mauvaise que les autres, l'inégalité du pouls s'était jointe à son extrême rareté dont il a été parlé au commencement, de sorte que,
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très souvent, il était beaucoup plus rare, qu’ensuite il ne Pétait pas plus qu’à l'ordinaire et que bientôt après il le devenait beaucoup plus; cela nous donnait d’autant plus d’inquiétudes que la maladie commençait alors par obscurcir entièrement le pouls pour se déclarer ensuite subitement et nous administrâmes de même de l’opium après avoir inutilement mis en usage les moyens propres à délayer le sang et à lui donner du mouvement ; la nuit redevint tranquille et l'inégalité du pouls diminua.
L'usage continué de ce remède administré tous les jours à l’entrée de la nuit, fit entièrement disparaître cette inégalité et diminua même la première rareté. Peut-être soupçonnerez-vous qu'il n’arrive pas très rarement que l’épilepsie laisse après elle, sur les hypotondriaques, de la rareté du pouls, lorsque vous comparez, cette observation avec celle du célèbre Gerbez qui dit, en parlant du pouls d’un homme hypocondriaque robuste : « Il était si lent, pendant que cet homme qui était sujet de temps en temps à de légers accès d’épilepsie, était en bonne santé, que le pouls d’un autre individu sain aurait facilement battu trois pulsations avant que celui de ce sujet n’en n’eût battu deux. » Mais, pour revenir à mon sujet, aucun accès n’ayant eu lieu pendant treize jours, on suspendit l’usage de l’opium. La première nuit ne fut pas mauvaise, mais les autres furent extrêmement fatigantes par les veilles, et enfin, par cette difficulté de respirer, dont il a été parlé plus haut, et rien ne procurait du calme que ce médicament. \
Mais, afin d’abréger, les accès de la maladie, de très fréquents qu’ils étaient tous les jours au mois de juin, diminuèrent au point qu’il n’y en eût qu’un au mois de juillet, qu’un seul ou deux eurent lieu au mois d'août et de septembre et qu’ils manquèrent ensuite entièrement au moins pendant les deux mois suivants et pendant le temps qui s’écoula jusqu’à ce que je partisse pour aller faire le cours public de médecine, Nous pensâmes que cet amendement était dû à lopium donné à propos, tantôt la nuit, de temps en teHipe toutes les deux nuits et enfin en laissant plusieurs nuits d'intervalle. En effet, ce fut lui qui apaisa ces mouvements tumultueux qui des hypocondres montaient assez souvent, d’une manière sensible, à la poitrine et dans la tête.