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SURPRODUCTION DE CORPS TOXIQUES

La première cause de l'établissement de l’intoxication à laquelle on pense de suite est évidemment la surproduction des corps toxiques. Il est bien certain qu’elle joue un grand rôle pathogénique, bien que n'étant cependant pas le facteur suffisant.

Ses causes sont nombreuses. Mais elles ont toutes à la base un déséquilibre intestinal, qu’il s’agisse de modifications chimiques du contenu, où d’un déséquilibre des flores bactériennes intestinales qui commandent cette formation en exces.

Il serait vain de vouloir les dissocier; ils dépendent étroitement l’un de l’autre, s’intriquant, soit que la dissynergie des deux flores amène des troubles de la constitution chimique du milieu, soit qu'au contraire celle-ci soit sous la dépendance de ces derniers. De toutes façons, il en résulte de grandes pertubations de la digestion caecale.

Ce déséquilibre bactériologique peut être aussi sous la dépendance de modifications du milieu intestinal, en créant un état nouveau qui permette à une flore de se développer de façon élective aux dépens de l’autre. Un trouble de l’épuration colique provoqué par un dysfonetionnement du complexe aérobieanaérobie, pose des conditions de vie nouvelles pour certaines espèces, qui leurs permettront une activité et une multiplication prédominante par rapport aux autres. De même, des réactions de la muqueuse (une sécrétion dûe à l’irritation) sont cause d’un développement extraordinaire de la flore protéolytique : ce qui se manifeste par la multiplication des éléments microbiens et aussi par l’augmentation des produits de son activité destructrice de la matière albuminoiïide qui sont les toxiques que nous avons déjà étudiés.

Ce déséquilibre peut reconnaître une cause plus banale : c’est un apport considérable soit d’hydrates de carbone, soit de substances protéiques à la suite d’une ingestion trop importante de ces corps, pour une raison quelconque. Il en résulte une rupture du jeu habituel de la digestion cæcale par prédominance de la flore en cause qui doit s’attaquer à l’excès alimentaire. Cette prolifération de l’une où l’autre des deux flores devient exclusive et détruit ainsi l'harmonie des destructions chimiques qui existait auparavant. Le terme ultime est identique, et nous aurons toujours une production exagérée de corps toxiques.

Il en est de même pour les anomalies du transit, si fréquemment retrouvées qui ont aussi une part importante dans ce mécanisme : il n’est pas douteux qu’un transit iléal ou cæcal acéléré rompt l’équilibre intestinal. La stase cæcale ayant comme conséquence l’apparition de putréfactions précoces alcalinisera un milieu qui est habituellement acide. De même, le reflux des matières dans le grêle déterminera aussi une rup-

ture de cet équilibre, se traduisant par une multiplication de l’une des flores bactériennes et par conséquent par une élaboration exagérée de corps toxiques.

La pullulation et surtout la dyssynergie de la flore microbienne est à la base de la surproduction des produits toxiques : elle agit, non seulement par elle même en créant un état infectieux associé, mais aussi par une recrudescence de son activité biochimique. Il ne faut pas oublier non plus certaines propriétés de ces germes. C’est ainsi que le colibacille peut être considéré comme gros producteur d’indol. Par conséquent les circonstances favorables à la manifestation de cette propriété amèneront une production très augmentée de ce produit. Nous avons vu aussi le rôle de cette bactérie dans la production d’autres corps, les amines en particulier. Là encore, une viciation du milieu intestinal, une prolifération abondante du coli aura pour conséquence une surproduction de produits toxiques. D’autre part VINCENT a mis en évidence une toxine colibaciliaire neurotrope et une entérotrope, toxines facilement absorbables. Il est vraisemblable que cette dernière produite en grande quantité, sous les influences énoncées plus haut, altère les défenses intestinales et crée des conditions propices à la résorption.

De même le déséquilibre du chimisme intestinal a lui aussi comme conséquence la perturbation de l’équilibre bactériologique. Nous l’avons déjà dit, les rapports entre eux sont intimes; une acidité cæcale exagérée donnera naissance à des produits toxiques en abondance par l’intermédiaire des saprophytes.

Une des causes les plus importantes est dans les perturbations réalisées par les insuffisances digestives. Des éléments nutritifs n’ayant pas subi une mastication complète, ayant échappé à l’action des ferments digestifs par suite d’hypochlorhydrie ou d’une insuffisance pancréatique ou entérique, ne parviendront pas au colon dans leurs conditions chimiques habituelles. C’est par conséquent l'intestin qui aura la charge de remplacer l’action digestive supérieure. Sa flore microbienne devra terminer la digestion. Suivant les substances en cause ce sera la flore saccharolytique qui supplantera la flore amylolytique ou inversement; il y aura exagération des processus de putréfaction ou

Are

de fermentation. Que ce soit une acidité trop importante ou une alcalinité exagérée qui domine, le résultat final sera le même : élaboration de produits toxiques en abondance.

Il sera donc important de déceler les insuffisances digestives par tous les moyens qui sont à notre disposition : clinique, examen chimique du suc gastrique, tubage duodénal, analyse coprologique. Leur diagnostic, bien qu'étant d’un intérêt précieux, ne sera pas toujours facile car il est rare de se trouver en présence de grandes insuffisances. Le plus souvent, en effet, on ne rencontre que des troubles légers qui, bien que difficilement saisissables, n’en ont pas moins un retentissement fâcheux sur la digestion cæcale :

HYDRATATION DES MATIÈRES.

Le rôle de l’hydratation des matières comme facteur favorisant la résorption a été signalé par ANTOINE. C’est le colon qui absorbe la plus grande proportion d’eau. Par conséquent plus les selles en contiendront, plus la résorption des toxiques sera facilitée, surtout la résorption des corps les plus hydrosolubles (acide oxalique, acétone, acide formique, toxamines). Guy LAROCHE et POUMEAU DELILLE ont d’ailleurs montré pour l’indol que la résorption dépend de la quantité d’eau ingérée, du coefficient d’hydratation du contenu colique avec lesquels elle est en rapports très étroits et constants.

Or dans la partie initiale du gros intestin, les selles contiennent une grande quantité d’eau qu’elles perdront au fur et a mesure du cheminement dans le reste du colon. Leur absorption en est donc facilitée d'autant.

Cliniqueinent ces résultats se manifestent de façon éclatante. Combien de malades ne se ressentent de leur état intestinal que lorsqu'ils présentent des diarrhées, alors que la constipation ne les gêne nullement. Que de fois constate-t-on des colibacilluries à la suite de ces mêmes épisodes, qu'ils se produisent spontanément ou qu'ils aient été provoqués. Nous arrivons alors à l'influence manifeste de l’hydratation intestinale causée par divers agents thérapeutiques sur la colibacillose uri-

naire d’origine intestinale. Comme Font encore signalé Mouri- QUAND et Mademoiselle SCHOEN au Congrès de Chatel Guyon, administration de purgatifs violents, par l’hydratation excessive qu'ils occasionnent, va toujours de pair avec l'élimination des colibacilles dans les urines. Dans le même sens agissent les laxatifs irritants, les irrigations intempestives de l'intestin. Il y à là par conséquent un facteur de grande importance pour ja résorption toxique, qui est démontré de façon certaine par l'observation clinique courante.

D’autres auteurs ont envisagé en outre la perméabilité de la muqueuse cæco-colique. Guy LARGCHE pense que les moyens de défense naturelle de la barrière intestinale sont amoindris par certaines influences pathologiques; ou qu’il se produit des érosions de la muqueuse, érosions créant une solution de continuité, dûes à une exaltation de la flore microbienne, à des parasites, à une inflammation, ou à des germes virulents anormaux, peut être à des troubles circulatoires.

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