FIÈVRE TYPHOÏDE
La fièvre typhoïde peut, elle aussi, se compliquer d'hémorragies et revêtir à son tour un type clinique spécial.
Mais ici, il faudra nettément distinguer les syndromes -hémorragiques du début et de la période d'état, de ceux qui surviennent durant la défervescence et la convalescence.
Éxaminons donc séparément ces deux variétés el étudions d’abord la fièvre typhoïde à syndrome hémorragique
précoce.
L'influence épidémique paraît iei incontestable (Griesinger, Leudet), cè qui rapproche la fièvre typhoïde
hémorragique de la variole hémorragique.
Il y a des causes qui tiennent au sujet : Gerhardt con-
clut qu'elle frappe de préférence des sujets malades,
affaiblis ou débilités par toutes causes de mauvaise
hygiène ou de surmenage.
Griesinger a pensé qu'elle était plutôt liée « aux degrés avancés de la dégénérescence graisseuse du cœur» ou «à l'introduction dans le torrent circulatoire d'un produit seplique» se basant sur ce fait que les hémorragies accompagnent souvent la pyohémie.
La prédisposition du malade aux hémorragies est non moins importante : L. Guinon cite le cas d’un enfant qui au cours d'un purpura simple fait une fièvre typhoïde ; celle-ci provoque l'apparition de nouvelles taches purpuriques et une abondante hématurie; A. Robin rapporte
lPobservation d'une femme qui en plein traitement mer-
curiel pour la syphilis fait une fièvre typhoïde durant laquelle des hémorragies cutanées el sous-cutanées se montrèrent avec une Intensité surprenante,
Les qualités du virus importent tout autant que la prédisposition personnelle. L'infection éberthienne peut par son intensité éngendrer-ee syndrome, et expérimentalement Sanarelli en inoculant de la toxine typhique à un singe signale que « le lendemain matin sur toute la surface de la peau du ventre, du thorax et sous les aisselles étaient apparues un très grand nombre de taches d’une couleur rouge hémorragique extraordinairement abondantes, et sur les côtés de la poitrine, des taches hémorragiques sous-culanées ».
Ainsi, l'infection éberthienne peut, par sa seule virulence, déterminerces taches hémorragiques sous-culanées;
— 92 — | mais il semble que dans le plus grand nombre des cas il faut plus que le bacille d'Eberth : il est nécessaire de lui associer un lerrain favorable dont nous avons vu l'importance, ou une infection secondaire.
Cette dernière jouerail un rôle spécial d’après G. Etienne, qui cite une observalion personnelle, et d'autres de Wassermann, de Vincent et Cochez, où il y avait association de streptocoques.
Cette fièvre typhoïde à syndrome hémorragique précoce est généralement très grave, el Borsierti en rapporte un tableau vraiment dramatique. Elle conslitue la véritable forme putride hémorragique des anciens auteurs.
Les déterminalions hémorragiques sont multiples. On peut observer ensemble ou isolément: des pétéchies abondantes ou des sugillalions cutanées , des épislaxis, des hémorragies gingivales avec un état (uméfié et fon- gueux des gencives comme dans le scorbut ; des hémorragies internes, séreuses, rénales, utérines, méningées, pulmonaires, inteslinales surtout ; enfin des hémorragies dans le tissu cellulaire et dans les muscles, ;
En même temps, ces symplômes s’accompagnent d’une fièvre violente, d'ane grande faiblesse du cœur, d'adynamie. L'éVolulion esten général très rapide ; la mort est la terminaison ordinaire.
Ces hémorragies peuvent aussi survenir au cours de la défervescence ou de la convalescence, elles constituent alors le syndrome hémorragique tardif de la fièvre typhoïde. |
Ce syndrome diffère complètement du tableau précédent. Mais avant d'en aborder l'étude, il est nécessaire que nous insistions sur une distinction capitale. On ne doit pas envisager sous le titre de syndrome hémorragique les érythèmes infectieux de la convalescence typhique,
compliqués accessoirement de purpura. Ces érythèmes S'accompagnent de vomissements verts, de diarrhée
verte, d'un élat péritonéal, et sont rernebt graves.
Dans ces faits, il s s'agit de malades qui au cours d’une
fièvre typhoïde font une éruption érythémateuse sur cer- Lains points de laquelle sont réparties de petites taches
punctiformes qui ne s'effacent pas à la pression. lei le
purpura est secondaire, il s’agit d’un épi épiphé-
nomène.
Tout autre est l’évolution des véritables syndromes
hémorragiques tardifs. Ceux-c1 peuvent s'accompagner ou
non d’ érythème, mais ils se distinguent des érythèmes
infectieux parce qu ln ‘y a jamais d'hypothermie, ni de
- diarrhée, ni de vomissements, ni d’élat péritonéal.
Ils ontune symptomatologie caractéristique: leur début est tardif, les hémorragies nasales, buccales, intestinales, le purpural abdominal et thoracique prédominent; le facies est anémique, le pronostic est en général bénin (Hutinel, Londe, Poisot, Giroux, Morelli Pour A. Robert el
- Fiessinger, la guérison serait même habituelle au bout de.
cinq à dix Jours.
La raison de ce syndrome paraît résider dans une altéralion humorale du milieu sanguin qui devient plus fluide par suite de la perte très marquée des substances
organiques au cours de la fièvre typhoïde ; cette altération humorale se traduit par un abaissement de la densité du
sang, une sédimentation des-globules rouges.
SYNDROMES HÉMORRAGIQUES TUBERCULEUX
Les syndromes hémorragiques tubereuleux sont assez fréquents : ils se manifestent à nous sous une série de formes excessivement différentes : tantôt ils sont d'une extrême gravité, {antôt, au contraire, bénins; tantôt ils précèdent l'évolution bacillaire, tantôtils surviennent en pleine évolution granulique, tantôt ils se montrent ‘au cours d'une tuberculose ancienne ; enfin, il faut mentionner les syndromes hémorragiques parcellaires liés à la tuberculose et caractérisés par des hémorragies locales,
tenaces, indéfiniment prolongées, récidivantes.
Les syndromes hémorragiques, précédant l’évolation bacillaire ont été étudiés par plusieurs auteurs.
Carnot avec Bensaude et Harvier ont pu observer un bel exemple de syndrome hémorragique prétuberculeux, en apparence primitif. I s'agissait d'une femme qui, allaitant son enfant, présenta des hémorragies gingivales, nasales et une éruption purpurique disséminée, le syndrome s'aggrava bientôt, une hématurir se déclara; les membres supérieurs se :couvrirent de piquetés hémorragiques, les membres inférieurs de larges ecchymoses. Le sang très anémique se coagulait en 20 minutes : le caillot plasmatique n'étais pas rétractile. Les hémorragies multiples récidivèrent par poussées pendant 20 jours, puis cessèrent. Mais à ce moment, la malade très amaigrie, présentait des signes nets de bacillose, ses crachats contenaient des bacilles de Koch. La tuberculose évolua d'ailleurs rapidement avec une allure aiguë.
Rendu avait déjà signalé Papparition du purpura simplex comme signe prémonitoire de la tuberculose. Il en
Te